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Sul sul à tous. Voici la dernière partie de cette première journée.
Le Bunker : Jour 1 (Partie 4)
Précédemment :
Le groupe est coincé dans le hall d’accueil ce qui engendre une panique. Mais après la brillante démonstration de Camille, un calme relatif est revenue.
Un silence total s'installa dans le bunker alors que Camille refermait de nouveau ses yeux fatigués. Le groupe la fixait, immobile et dubitatif, cherchant désespérément à deviner si elle était en train de méditer sur leur survie... ou si elle s’était tout simplement rendormie.
La jeune rousse réfléchissait bel et bien. Mais certainement pas à ce qu’ils pouvaient imaginer.
Voyons un peu ce qui se tramait sous cette chevelure flamboyante :
[ MODE ANALYSE ACTIVÉ ]
- Plan A : Rechercher le mot de passe.
- Plan B : Pirater le terminal (Option de dernier recours. Effort trop élevé).
— OPTIMISATION DU PLAN —
- Priorité absolue — Éliminer la nuisance principale : Pierrot.
Solution : Lui dégoter une activité distrayante pour qu’il me lâche la grappe et m’évite un violent mal de tête causé par ses cris stridents.
- Priorité secondaire — Stopper les jérémiades collectives.
Solution : Assouvir leurs besoins primaires. Abri : Check. Air : Check. Nourriture : Ouais, les faire bouffer leur fera penser à autre chose.
- Priorité vitale — Éviter tout effort inutile.
Solution : Déléguer l'intégralité du travail physique. Rester tranquillement vissée sur ma chaise.
[ANALYSE TERMINÉE ]
Elle rouvrit péniblement les yeux, étouffa un dernier bâillement, puis souffla un grand coup pour se préparer mentalement à sa longue tirade.
- Pierrot et Gonzo, commença-t-elle en pointant un doigt nonchalant vers la lourde porte blindée, vous deux, vous allez faire le tour de la pièce à la recherche d’une trappe, d’un accès manuel ou de n’importe quoi qui serait caché derrière ces murs. Il va falloir de la poigne et de la méca si vous trouvez quelque chose.
- D’accord, mais ne m’appelle pas Pierrot ! grommela le militaire, agacé par le surnom mais ravi d'avoir enfin une mission d'homme d'action.
Sans attendre, il fit signe au bricoleur de le suivre pour inspecter les parois. Camille braqua ensuite son regard sur les deux femmes :
- Mimi et Lolo... Vous allez vider les distributeurs automatiques : canettes, chips, barres de céréales, gâteaux... la totale. Et si vous trouvez des récipients pour récupérer de l'eau aux toilettes, ce serait parfait. Manger un morceau vous évitera de nous faire des crises apocalyptiques.
- Compte sur nous ! répliqua Lola d'un ton motivé en entraînant Mina par le bras.
Camille se tourna enfin vers les trois derniers du groupe.
- Et vous trois... Kiki, Rei-Rei et Arthie, vous fouillez le bureau. Retournez chaque dossier, post-it, carnet de notes... n'importe quoi qui pourrait nous donner le mot de passe ou des infos utiles sur la sécurité du bunker.
Les trois hochèrent la tête en silence avant de se disperser méthodiquement autour des étagères et des tiroirs.
- Et moi... murmura-t-elle pour elle-même en s’étirant à s'en faire craquer les vertèbres. Je vais taper deux ou trois trucs au hasard sur la console. Sait-on jamais.
Elle se rassit confortablement sur la chaise pivotante du poste de garde, posa sans vergogne ses pieds sur la corniche du bureau et rapprocha doucement le clavier vers elle.
Chacun s’activait désormais à sa tâche et, peu à peu, la tension étouffante cédait la place à une atmosphère de travail presque paisible.
Dans un coin du hall, Gonzalo exposait de folles théories sur ce qui pouvait bien se cacher derrière les revêtements métalliques, sous l'œil dubitatif de Pierre qui ne l'écoutait que d'une oreille. Non loin, le cliquetis régulier des distributeurs automatiques résonnait alors qu'ils déversaient leur contenu, entrecoupé par moments des secousses énergiques que Lola infligeait à la machine lorsqu'un paquet de chips restait coincé. Dans le poste de garde, Kai guidait doucement les recherches du trio autour des meubles d'archives, dispensant des conseils bienveillants à Arthur et Rei.
Devant l’ordinateur, Camille ne faisait pratiquement aucun bruit. Elle tapotait du bout de l'index sur le clavier avec une lenteur calculée, se demandant très sérieusement si quelqu'un remarquerait si elle piquait une petite sieste de vingt minutes.
Mais alors qu’elle s’apprêtait à fermer les yeux pour concrétiser son plan, la voix guillerette de Lola brisa le silence :
- On a tout installé sur la table basse ! Et on a même déniché une pile de gobelets au fond d'un tiroir.
- Génial, murmura Camille d’une voix traînante. C'est l'heure de la pause repas.
Fidèle à sa résolution de ne faire aucun effort inutile, elle resta vissée sur sa chaise de bureau. Rei, devinant immédiatement son intention, vint attraper le dossier du siège et la propulsa sur ses roulettes jusqu’au petit coin détente du hall d'accueil.
Camille ne se leva de son bolide que pour s’effondrer sans retenue dans le moelleux du canapé. Le reste des rescapés les rejoignit, prenant place sur les places restantes ou s'asseyant à même le sol. Mina et Lola prirent alors les commandes du buffet improvisé, orchestrant la distribution des vivres.
Alors qu’ils grignotaient en silence autour de la table basse, Pierre se redressa, la mine sérieuse.
- On devrait faire le point, déclara-t-il d'une voix ferme. Avec Gonzalo, on n'a pas trouvé de déverrouillage direct, mais on a découvert une trappe d'accès dans les toilettes. On n’a pas encore eu le temps de l’ouvrir, mais ça ne devrait pas poser de problème. Par ailleurs, j’ai déjà vu le même modèle de porte blindée que celle du poste de garde sur notre base militaire. Je sais qu’il existe un système d’ouverture d’urgence. Je devrais réussir à la forcer, mais ça irait nettement plus vite si on avait la clé.
- On n'a pas trouvé de clé pour l’instant, lui répondit Kai en reposant sa canette. Mais bon, on n'en est même pas à la moitié des dossiers. Pour l'instant, ce sont principalement des registres codés et des protocoles d’urgence. Rien qui ressemble à un mot de passe ou à des informations personnelles.
Un silence pesant s’installa de nouveau pendant quelques secondes. Camille finit par remarquer que tous les regards s'étaient progressivement braqués sur elle. Elle laissa échapper un long soupir fatigué avant de prendre la parole :
- Pas de déverrouillage de mon côté non plus. J’ai essayé tous les trucs basiques du style « 1234 », « admin » ou « password », mais sans succès.
- C’est tes propres mots de passe, c’est ça ? la taquina Kai avec un clin d'œil, désireux de détendre l’atmosphère.
- Qui sait… souffla-t-elle simplement en portant un biscuit à sa bouche.
Quelques rires discrets accueillirent sa nonchalance.
- Bon, puisqu’on risque de passer un petit moment ensemble sous terre, autant en savoir plus les uns sur les autres, reprit Kai avec un sourire chaleureux. Je commence : j’adore la plongée, même si je n’en ai pas vraiment l’occasion par ici. Sinon, je touche un peu à tout pour dénicher des idées ludiques pour mes cours. J’essaie de tester une nouvelle activité chaque semaine... J’avoue que la survie sous terre n’était pas vraiment sur ma liste.
- Tu as déjà fait de la peinture ? s'enquit Lola, soudain très intéressée.
- Un peu, mais je ne suis pas très doué. Mes élèves de primaire dessinent nettement mieux que moi.
- J’adorerais voir ça ! enchaîna la blonde. À moi ! J’adore le dessin et la peinture, j’ai même appris à faire des tatouages. Mais bon, la vie d’artiste est difficile, alors j’ai repris la boutique de fleuriste de ma mère. Je vous jure que si on trouve de la peinture ici, je repeins ces horribles murs gris !
- Ce ne serait pas du luxe, répliqua Mina en observant le béton brut d'un œil critique. Les constructeurs auraient pu faire un effort sur la déco.
- Carrément ! Et toi, c’est quoi tes hobbies, Mimi ?
- Je n’ai pas vraiment le temps avec mon boulot, avoua la pro de la communication. Mais j’adore aller au spa. Qu’est-ce que je ne donnerais pas pour un bon massage en ce moment…
- Moi aussi ! soupira Lola en s’étirant. Dès qu'on sort d'ici, on se fait une journée spa tous ensemble. On l’aura bien mérité !
Des murmures d’approbation enthousiastes accueillirent l'idée. Kai se tourna ensuite vers l'adolescente à ses côtés :
- Et toi, Rei ? Tu fais quoi sur ton temps libre ?
- Oh... euh... j’écoute de la musique. Et je joue un peu de guitare, murmura-t-elle d’une toute petite voix.
- C’est trop cool ! regretta Lola. Dommage qu'on n'en ait pas une sous la main, tu aurais pu nous jouer un morceau.
Un léger sourire étira les lèvres de la jeune fille, visiblement rassurée par cette bienveillance :
- Je ne suis encore qu’une débutante... souffla-t-elle doucement.
- Au suivant... Artie ? lança la blonde en se tournant vers le fils du militaire.
- Je fais partie du club de foot, répondit le jeune homme d'un ton timide et nerveux.
- D'accord... lâcha Lola, surprise par la brièveté de la réponse. Et le papounet ?
Pierre lui adressa un regard noir qui en aurait refroidi plus d'un.
- Je pratique de nombreux sports de combat au corps à corps, ainsi que le tir de précision, trancha-t-il froidement.
- Un grand sportif, dis donc... ironisa-t-elle doucement.
- Ah, à mon tour ! s’exclama Gonzalo avec enthousiasme. J’adore comprendre et réparer tout un tas de machines. Et en fabriquer, aussi ! Je fais régulièrement des retraites en pleine nature, c’est passionnant de découvrir comment survivre avec trois fois rien. D’ailleurs, je pourrais facilement vous fabriquer un petit réchaud avec une de ces canettes !
- Mais comme on n'a rien à faire chauffer, gardons ça pour plus tard, le temporisa gentiment Kai avec un rire contenu. Il ne reste plus qu’une personne...
Tous les regards glissèrent vers le coin du canapé. La jeune rousse y était affalée, la tête basculée en arrière et les paupières mi-closes.
- J’aime le silence, les siestes, et surtout qu’on me laisse tranquille, souffla-t-elle avant de fermer complètement les yeux.
Des rires étouffés parcoururent le petit groupe tandis que les discussions reprenaient à voix basse, lui accordant enfin le répit tant convoité.
- On devrait se remettre au travail si on ne veut pas vivre dans cet accueil pour les prochains jours, lança Pierre après une bonne demi-heure de conversation, en se redressant d'un air martial.
À sa grande vexation, aucun des rescapés ne réagit directement à son appel. Au lieu de cela, tous les regards se tournèrent spontanément vers la jeune rousse, de nouveau en train de piquer du nez sur le canapé.
Un silence s'installa dans le hall. Après quelques secondes d'hésitation, Rei se pencha doucement vers elle.
- Cam' ? l'appela-t-elle à voix basse.
- Hmm... grogna la concernée en entrouvrant un œil lourd.
- On attend tes directives.
Camille laissa échapper un long soupir d'accablement. Pourquoi fallait-il que ce soit toujours à elle de gérer la logistique ? Enfin, se dit-elle, organiser le travail restait encore le meilleur moyen d'éviter les crises de panique et les jérémiades collectives.
- Gonzo, tu t'occupes de la trappe dans les toilettes. Pierrot, de la porte blindée du poste de garde. Les autres, vous continuez à fouiller la pièce. Et ce serait sympa de faire un peu de ménage au passage, si on ne veut pas entendre Pierrot râler toute la nuit parce que c'est sale. Moi, je vais commencer à étudier le système pour pouvoir le pirater.
Sans discuter, tout le monde s'exécuta. Pierre ravala sa fierté et se dirigea vers le poste de garde pour examiner la lourde porte en acier. Pierre la fixa, tentant de se remémorer avec précision les instructions de l'ingénieur de sa base militaire.
Le droit à l'erreur n'existait pas : un faux mouvement et le mécanisme de sécurité bloquerait définitivement la porte, rendant toute ouverture manuelle impossible. La première étape consistait à dénicher le panneau d'urgence dissimulé dans le bâti. Le visage fermé, il commença à tâtonner méthodiquement autour du cadre métallique, cherchant le moindre relief ou le moindre jeu dans la peinture.
De son côté, Gonzalo était parvenu à déverrouiller la trappe des sanitaires, non sans avoir échafaudé au passage une demi-douzaine de théories sur ce qui pouvait se cacher derrière les murs.
Une fois l'accès libéré, un ronronnement familier et rassurant s'échappa de la cavité sombre. Un grand sourire aux lèvres, le bricoleur alluma sa lampe torche et s'y engouffra à quatre pattes. De l'autre côté, il trouva l'interrupteur et alluma la lumière : la pièce était exiguë, occupée presque entièrement par un petit générateur d'appoint. Il s'en approcha et l'exMina sous tous les angles. Tout était relativement en bon état ; l'ensemble aurait bien mérité un léger entretien, mais cela pouvait attendre.
Au moins, il n'y avait aucun risque de coupure de courant générale. Une excellente nouvelle, car sans électricité, ils se seraient retrouvés pris au piège comme des rats, condamnés à mourir asphyxiés.
Camille était nonchalamment installée devant l’écran, son regard balayant avec agilité les lignes de code. Cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas programmé, mais son cerveau retrouvait rapidement ses marques. Il cherchait déjà la moindre brèche dans un système qui s'avérait particulièrement bien fortifié.
Pendant ce temps, les autres avaient décidé de commencer par un brin de ménage. À cinq, l'affaire avait été rapidement pliée.
- Je me disais, lança Kai en s'épongeant le front, qu’on allait sûrement devoir passer la nuit ici... Et deux canapés pour huit, ce n’est pas suffisant. On pourrait pousser la table basse et installer quelques couvertures par terre. J’en ai repéré dans l'un des tiroirs du bureau.
- C’est une bonne idée, mais... rétorqua Lola avant de se tourner vers le guichet. Cam ! Est-ce que…
- Non, grogna cette dernière sans même lever les yeux de son moniteur. Je ne vais pas ouvrir cette fichue porte aujourd’hui. Faites au mieux, mais je dors sur le canapé.
- On s’en serait douté ! rigola la fleuriste en levant les bras au ciel. Allez, venez, on installe le dortoir pour rendre ça le plus confortable possible.
Le groupe s’activa aussitôt pour aménager un coin nuit décent avec les moyens du bord.
- Ça suffit ! s’exclama soudainement Camille en lâchant un immense bâillement. Je suis crevée, je vais me coucher.
- Ah non ! s’écria Pierre en se rapprochant d’un pas vif.
- Rahh... Pierrot, il est minuit passé. Je ne me suis jamais couchée aussi tard et mon cerveau, là, il sature. J’ai besoin de dormir. On a tous besoin de dormir pour être opérationnels. On reprendra demain.
- D’accord, soupira-t-il, dépourvu d'argument pour la contrer. Mais on fait le point avant.
- Si tu veux, mais tu me pousses jusqu’au canapé.
- Tu me prends pour ton larbin ?! s'indigna le militaire.
- Fort comme tu es, c’est une broutille pour toi.
- La flatterie ne marchera pas avec moi. Tu te lèves et tu bouges.
- Bien, je vais dormir là, alors, souffla-t-elle, déjà prête à étaler ses bras sur le coin du bureau.
- C’est bon, je vais te pousser, Cam', intervint Rei en s'approchant avec un petit sourire.
- Petite, tu ne devrais pas tout lui passer, la réprimanda Pierre en les suivant du regard.
Rei rit doucement : elle savait pertinemment qu’il ne servait à rien de négocier avec une Camille dans cet état de fatigue. Une fois arrivée à portée du coin salon, la rousse se laissa tomber de tout son poids sur le canapé et s’y installa confortablement.
- La porte n’est pas ouverte. Peut-être demain. Maintenant, je dors, lâcha-t-elle avant de se recroqueviller sous son plaid.
Pierre lui lança un regard noir d’agacement avant de reporter son attention sur le reste du groupe :
- L’ouverture d’urgence est grippée, mais je devrais réussir à la débloquer demain.
- J’ai inspecté le générateur d'appoint dans la trappe et il est en bon état, enchaîna Gonzalo. Aucun risque de coupure de courant générale ou de mourir asphyxiés.
- Merci Gonzo, mais je n’avais pas spécialement peur de ça... jusqu’ici, répliqua Lola avec une grimace ironique. Sinon, comme vous pouvez le voir, on a nettoyé et préparé le coin dodo. Ce n’est pas le grand luxe, mais on a fait avec les moyens du bord.
- Ça ira très bien, la rassurera Pierre.
- C’est du beau travail, ajouta Gonzalo en hochant la tête.
Après une rapide répartition des places entre le second canapé et les couvertures étalées au sol, chacun trouva sa position. Quelques minutes plus tard, la lumière baissa d'un ton et un silence lourd retomba sur le bunker.
a suivre...