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Le Bunker - Jour 2 (Partie 1)
Précédemment : Nous laissions le petit groupe de rescapés en train de dormir après cette journée cataclysmique.
Trois heures plus tard, alors qu'un calme absolu régnait dans le bunker, Camille fut tirée de son sommeil par une envie pour le moins urgente.
Elle se redressa à regret, ébouriffa ses cheveux déjà en bataille et braqua un regard morne sur la porte des sanitaires. Bien trop loin à son goût. En abaissant les yeux, elle découvrit le champ de mines qui s'offrait à elle : ses camarades endormis s'étalaient tout le long du sol. Une hésitation la traversa. Fallait-il tenter le chemin direct et les enjamber au risque de s'étaler, ou faire le grand tour ? Bon sang, elle était bien trop fatiguée pour une telle analyse d'impact. Opérant en mode automatique, elle entama son contournement, les pieds traînant lourdement sur le béton, les paupières mi-closes.
Son besoin assouvi, ponctué d'une précieuse micro-sieste de trois secondes appuyée contre le lavabo, elle entama son périple de retour vers le précieux canapé.
Mais en chemin, elle se stoppa net et cligna des yeux. Une faible lueur vacillait dans le poste de garde. Pourtant, elle avait sans aucun doute éteint l’écran avant de se coucher. En plissant les paupières, elle découvrit une silhouette découpée dans la lumière bleue du moniteur. Son regard glissa un quart de seconde vers le canapé douillet qui l'attendait... puis la curiosité l'emporta. Elle se faufila en silence dans la cabine et découvrit, surprise, le jeune Arthur totalement absorbé par les lignes de commande.
Se glissant dans son dos sans émettre le moindre bruit, elle scruta par-dessus son épaule le code du système qui défilait à toute vitesse.
- Tu piges vraiment quelque chose ou tu fais juste semblant pour avoir l’air cool ? souffla-t-elle doucement à son oreille.
Arthur sursauta violemment, ravalant un cri de frayeur la main plaquée sur le cœur. Il fixa Camille de ses grands yeux écarquillés pendant une seconde, stupéfait de la découvrir là, impassible. Pris de panique, il jeta immédiatement un coup d'œil apeuré vers le dortoir improvisé, vérifiant si son père s'était réveillé, avant de revenir vers la rousse.
- C’est bon, gamin, lâcha-t-elle d’une voix rassurante. Il dort encore à poings fermés. Et je ne lui dirai rien, ajouta-t-elle en voyant qu'il tremblait toujours.
- Merci... souffla le jeune homme en relâchant sa pression. Il... il n’aime pas que je perde mon temps avec ça. Il veut absolument que je devienne militaire, comme lui, comme son père avant lui... C’est une sorte de tradition familiale.
- Je connais, soupira Camille en roulant des yeux. Mes parents voulaient absolument que je reprenne l’entreprise familiale. Mais franchement, ça me saoulait beaucoup trop.
L'adolescent pouffa doucement de rire, l’imaginant sans peine envoyer valser un costume d'entreprise pour faire la sieste.
- Alors, t’as trouvé quelque chose ? l’interrogea-t-elle en désignant le moniteur du menton.
- Euh… ouais, lâcha-t-il, les yeux pétillants. Regarde ici.
Il pointa du doigt un bloc de code spécifique sur l’écran et lui expliqua à voix basse sa théorie pour contourner la sécurité.
- Pas mal, pas mal... C’est même carrément excellent, marmonna Camille en traitant l’information à toute vitesse. Tu pourrais m’aider demain ?
- Euh… fit-il en jetant un nouveau regard anxieux dans la direction de son père.
- Ne t’en fais pas pour lui, je m’en occupe.
- Alors d’accord ! acquiesça-t-il avec un petit sourire fière.
- Allez, au lit maintenant, répliqua-t-elle en lui tapotant gentiment l’épaule. Il faut être en forme pour réfléchir demain.
Pierre fut le premier à émerger à 06h00 pile, fidèle à son horloge interne militaire depuis toujours. Il plia proprement sa couchette de fortune, puis entama sa routine habituelle : étirements méthodiques suivis d'une série de pompes.
Au fur et à mesure, les autres rescapés finirent par se réveiller un à un, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que Camille profondément endormie. Installés dans le coin salon, tous grignotaient quelques biscuits dénichés dans le distributeur en guise de petit-déjeuner.
- Bon, il va falloir réveiller la marmotte, déclara Pierre en désignant la jeune rousse entièrement emmitouflée dans son plaid. J'ai l'impression qu'elle serait capable de pioncer jusqu'à demain.
- Je pourrais même hiberner pendant plusieurs semaines... marmonna Camille d'une voix pâteuse, sans effectuer le moindre mouvement. Il est quelle heure ?
- Sept heures et demie, lui répondit Gonzalo en jetant un œil à sa montre.
- Non mais vous déconnez... C’est le milieu de la nuit ! grommela-t-elle d'un ton plaintif en s'enfonçant un peu plus sous sa couverture.
Les rires amusés de ses camarades résonnèrent dans le hall.
- Tu es réveillée, alors debout ! ordonna Pierre d'une voix martiale.
- Encore cinq minutes... répliqua-t-elle par pur réflexe.
- Et tu réclameras encore cinq minutes dans cinq minutes. Lève-toi !
- T’es vraiment un rabat-joie, Pierrot... grogna-t-elle en finissant par se redresser péniblement.
- Des cookies, Cam' ? lui demanda Rei en lui tendant gentiment un paquet.
- Mouais... pour tout à l'heure, lâcha-t-elle en s'en emparant.
Elle s’étira de tout son long, se leva et traîna ses pieds jusqu'au poste de garde. Autour d'elle, le groupe commença à s’éparpiller. Pierre et Gonzalo se plantèrent de nouveau devant la lourde porte blindée pour reprendre leurs essais. Profitant du brouhaha, Arthur rejoignit discrètement Camille devant le terminal, tandis que le reste de l'équipe s'attaquait au rangement du campement.
Mais à peine le jeune homme posa-t-il les doigts sur le clavier que la voix martiale de son père le fit sursauter :
- Arthur ! Qu’est-ce que tu fais là ? Ce n’est pas un jeu ! Laisse Camille travailler et viens plutôt nous donner un coup de main.
La jeune rousse laissa échapper un soupir exaspéré avant de pivoter légèrement sur sa chaise :
- Il ne joue pas, Pierrot. Il m’assiste. Mais si jamais tu te sens l'âme d'un hacker et que tu veux prendre notre place, vas-y, je te laisse le siège. Ça me permettra d'aller reprendre ma grasse matinée.
Pierre pestat quelques mots inaudibles entre ses dents contre l'impertinence de la jeune femme, avant de faire volte-face et de retourner pester contre son verrou d’urgence. Arthur adressa un sourire profondément reconnaissant à sa nouvelle complice, puis se tourna avec un enthousiasme renouvelé vers le moniteur.
Pierre maugréa encore quelques minutes dans sa barbe avant de se concentrer pleinement sur l’ouverture de la lourde porte. Il donna des directives précises à Gonzalo, lui prêtant main-forte dès que la manœuvre exigeait de la force brute. En fin de matinée, la tension était à son comble.
- Alors Gonzo, tu le trouves ? lui demanda le militaire, alors que le bricoleur était allongé au sol, le haut du corps engagé dans la trappe murale.
- Ouais ! Attends deux secondes que je le connecte... Voilà ! Tu peux tirer le levier.
Pierre agrippa la poignée du mécanisme d'urgence encore grippé. Il y mit toute sa hargne et son poids tandis que Gonzalo se relevait en essuyant ses mains couvertes de graisse. Un déclic métallique net résonna dans le hall, suivi d'un grincement lourd : la porte blindée commença à pivoter lentement.
- Je pense que c’est l'armurerie, déclara Pierre, un brin de fierté dans la voix. On aura enfin de quoi se défendre, peu importe ce qui nous attend dehors... ou dedans.
Dans sa tête, il visualisait déjà des râteliers remplis de fusils d’assaut, de pistolets automatiques et des caisses débordant de munitions.
- Je passe devant, trancha-t-il en franchissant le seuil.
Il s'avança d'un pas martial... puis se figea subitement sur place, pétrifié de stupeur.
- Alors ? lui demanda Gonzalo en lui emboîtant le pas. Ah ouais ! Tu ne t’attendais pas à ça, hein !
Alignées sur des présentoirs en bois et accrochées aux parois métalliques, les armes qui les faisaient face étaient bien plus archaïques que tout ce que le Major avait pu imaginer : des dizaines d'épées étincelantes, des dagues, des machettes, et même une collection d'arcs accompagnée de carquois garnis de flèches.
- Bah au moins, ça ne fait pas de bruit et on ne tombera jamais en panne de munitions ! rigola Gonzalo en saisissant une garde en acier, tandis que Pierre restait totalement sous le choc.
L’étrange arsenal de la réserve fit beaucoup rire le groupe durant le déjeuner, et Gonzalo s'en donna à cœur joie, imaginant des tas de théories toutes plus loufoques les unes que les autres pour expliquer la présence de ces armes médiévales.
Pierre, quant à lui, resta totalement silencieux, la mine sombre. Tout cela n’avait aucun sens. C’était pourtant une certitude pour lui : ils se trouvaient dans un bunker militaire. Alors pourquoi diable n’y avait-il pas la moindre arme à feu ? Peut-être les avait-on dissimulées dans un compartiment secret ? Oui, c'était forcément ça. Il se promit de passer l’après-midi entière à passer l’armurerie au peigne fin.
L’après-midi fut rythmée par un concert ininterrompu de cliquetis métalliques, d'éboulis de meubles lourds et de jurons étouffés en provenance de l'armurerie. Pendant ce temps, installés devant le moniteur du poste de garde, Camille et Arthur enchaînaient les lignes de commande, faisant sauter les pare-feux les uns après les autres. Arthur alignait les caractères sur le clavier à un rythme soutenu, tandis que Camille surveillait le flux d'un œil expert, rectifiant une erreur de syntaxe d'un simple geste du doigt.
Alors que la journée touchait à sa fin, un bip sonore aigu retentit soudainement depuis la console. L’écran clignota puis afficha en lettres vertes claires :
ACCÈS AU SECTEUR B — DÉVERROUILLÉ
Aussitôt, un grincement lourd et mécanique résonna dans toute la pièce. La porte blindée s'ébranla et coulissa lentement, dévoilant un long couloir plongé dans l'obscurité.
- C’est ouvert ! s’écria Lola en pointant l'accès du doigt.
- Restons prudents, lança Pierre en émergeant enfin de l'armurerie, une machette bien en main.
Resserrant les rangs, ils se regroupèrent tous devant l'entrée du nouveau secteur, le regard braqué sur les ténèbres qui les attendaient.
A suivre...