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Le bunker : Jour 2 (partie 2)
Précédemment : La porte vers le secteur B vient juste de se déverrouiller.
Pierre s’avança le premier dans l'obscurité, la main crispée sur le manche de sa machette. De l'autre, il tâtonna le long de la paroi métallique jusqu’à trouver l’interrupteur.
Les néons du plafond s’allumèrent dans un grésillement hésitant, révélant un long couloir froid flanqué de quatre portes alignées. Tout au fond, une imposante porte blindée fermait hermétiquement le passage vers le niveau inférieur.
Le groupe progressa d'un pas prudent jusqu’à la première ouverture. Pierre abaissa la poignée : verrouillée. Il recula aussitôt d’un pas, crispant ses appuis, prêt à enfoncer le panneau d'un coup de pied magistral.
- Tout doux, Pierrot, le stoppa Camille d'un geste nonchalant de la main. Va pas te déboiter l'épaule ou te casser le pied. Gonzo, fais-toi plaisir.
Le mécano sortit son kit de crochetage de fortune, un immense sourire aux lèvres. Il s’agenouilla devant la serrure et s'y attaqua avec une dextérité remarquable ; le mécanisme ne résista que quelques secondes avant de céder dans un petit cliquetis satisfait.
La porte s’ouvrit sur deux cellules de détention métalliques meublées du strict minimum. Le groupe les fixa, déconcerté et profondément mal à l’aise. Quel genre d’endroit avait besoin d’une prison privée ? Une question muette que tous se posaient... enfin, presque tous.
« Deux vrais lits, nota mentalement Camille en jetant un coup d'œil à l'intérieur. Ce sera toujours plus confortable que le canapé. »
- On devrait peut-être continuer... suggéra Lola, la voix légèrement nouée par la nervosité.
D’un commun accord, ils refermèrent le battant et progressèrent vers l'accès suivant. Après un crochetage en règle par Gonzalo, ils pénétrèrent dans ce qui ressemblait à un bureau de commandement.
- Une radio ! s’exclama le mécano en sautant pratiquement sur le poste de communication pour commencer à le bidouiller.
- Du café ! s’écria Camille au même moment en repérant une cafetière posée sur un meuble.
La rousse s’en approcha, ignorant scrupuleusement le reste pour se préparer une tasse, mais...
- Il faut de l’eau... souffla-t-elle, terrassée d'avance par la distance qui la séparait désormais des sanitaires du hall.
- Tu ne crois pas qu’il y a plus urgent que de te faire un café ? lui lança Pierre d'un ton hautement désapprobateur. Alors Gonzalo, ça donne quoi ? Elle fonctionne ?
- Non, soupira ce dernier en reposant ses tournevis. Faux contact ou composant grillé... Il va falloir que je l'inspecte en profondeur.
- Faisons-nous d’abord un café, réitéra Camille d'un ton nonchalant.
- Non. On inspecte d’abord ce qu’il y a derrière la porte suivante, tranchant le Major.
- Bien... grommela-t-elle en traînant les pieds vers la sortie.
Rapidement suivie par les autres, l'équipe débloqua la troisième porte. Un soupir de soulagement collectif traversa les rangs en découvrant une petite infirmerie d’urgence garnie de matériel de premier soin en parfait état.
Ils se dirigèrent ensuite vers la quatrième porte, que Gonzalo déverrouilla avec la même aisance que les précédentes. Le battant glissa pour dévoiler une chambre spacieuse, vraisemblablement réservée aux officiers, dotée d'une petite salle d'eau adjacente et, surtout, d'un grand lit au matelas particulièrement moelleux.
- PREUMS ! s’écria aussitôt Camille, les yeux brillants, prête à se laisser tomber lourdement dessus.
- Pardon ?! Hors de question ! la coupa Pierre, scandalisé par une telle désinvolture. Il faut établir des priorités, dresser un roulement équitable ou la réserver aux besoins prioritaires ! Tu ne vas pas simplement t'approprier la meilleure chambre sur un coup de tête !
La jeune femme s'arrêta net. Elle le fixa, écouta son sermon d’autorité pendant trois secondes, puis leva lentement les bras au ciel en signe de capitulation. Elle était bien trop épuisée pour gaspiller le peu d'énergie qui lui restait dans un débat stérile.
- Cause toujours, Pierrot... souffla-t-elle avec un geste de dédain. Je vais dormir dans la tôle. Au moins, là-bas, y a un verrou.
Sans lui laisser le temps de répliquer, elle tourna les talons et s'éloigna d'un pas lourd dans le couloir. Elle se traîna jusqu'à la zone de confinement. Sans même prendre la peine d'enlever ses chaussures, elle franchit le seuil de la première cellule et s’effondra de tout son long sur le lit. Tant pis pour le café. Pour l'instant, elle n'avait qu'une seule priorité : fermer les yeux et dormir.
Une minute plus tard, Rei glissa timidement sa tête par la porte. Cherchant un peu de calme et rassurée par la présence paisible de Camille, la jeune fille pénétra dans la pièce et s’installa en silence dans la cellule adjacente.
Pendant ce temps, Gonzalo délaissa le reste de la bande. Saisissant son sac d'outils, il regagna le bureau de commandement, déterminé à ausculter les entrailles de la radio pour la remettre en état de marche.
Au même moment, dans le couloir et la chambre spacieuse, les pourparlers faisaient rage pour déterminer qui aurait le privilège d'occuper le grand lit pour la nuit.
- La question ne devrait même pas se poser, intervint Kai d'un ton posé, en parfait gentleman. On devrait laisser la chambre aux femmes du groupe, ou au moins à l'une d'entre elles. C'est la moindre des choses.
- Il a raison, Papa, s'empressa d'ajouter Arthur, cherchant désespérément à s'éviter une nuit en tête-à-tête avec son père à subir ses remarques martiales. Et puis, quelqu'un doit monter la garde vers le secteur principal et l'entrée. On ne sait pas ce qui pourrait arriver. Il vaut mieux que tu restes positionné dans la zone centrale.
Sensible à l'argument tactique et à son devoir de protection, Pierre hocha la tête avec gravité :
- C'est pas faux. La sécurité avant tout.
Les hommes évacuèrent les lieux, laissant les deux jeunes femmes seules dans la pièce.
- On peut la partager, ça ne me gêne pas, proposa simplement Lola en tapotant le matelas.
Mina hésita quelques secondes. Partager sa nuit avec une quasi-inconnue n'était pas dans ses habitudes, mais l'idée de retourner dormir sur le canapé ou à même le sol au milieu des hommes l'enchantait encore moins.
- D’accord, sourit-elle finalement, soulagée d'accepter ce brin de confort.
Le calme était enfin revenu dans le couloir. Kai s'affairait à inventorier ce qu'il leur restait de vivres, Arthur préparait du café et Gonzalo s'était déjà plongé dans les entrailles de la radio. Au fond de l'allée, Pierre tentait sans grand succès d'actionner le mécanisme d'une autre porte blindée, tout aussi scellée que les précédentes. Camille, de son côté, dormait déjà du sommeil du juste dans sa cellule, tandis que Rei faisait un brin de ménage pour la nuit...
- AH !!!!
Un cri aigu, perçant, résonna soudainement depuis la chambre de commandement.
En un éclair, ce fut le **bleep**-bas de combat. Tout le monde accourut en trombe dans le couloir, armes et outils à la main. Enfin, pas tout le monde : Camille fermait la marche à deux à l'heure, traînant les pieds en se demandant bien quel nouveau drame venait encore de leur tomber dessus.
- Qu’est-ce qui se passe ?! s’exclama Pierre en débarquant le premier, la machette levée, prêt à en découdre.
- J’y crois pas... J’y crois pas ! hurlait Mina depuis la pièce adjacente.
Le groupe s'engouffra dans la suite et découvrit Mina et Lola plantées devant le lavabo de la salle d'eau.
- Vous n'allez jamais le croire, les gars ! lança Lola, totalement euphorique.
- Il y a une baignoire ! Du savon ! Du dentifrice sous scellé ! Des brosses à dents neuves ! s’écria Mina sans attendre, brandissant le tube de pâte comme s'il s'agissait du Saint-Graal.
- Les filles, il ne faut pas hurler comme ça, la recadra Pierre en baissant son arme, le cœur encore battant. On a cru que vous étiez en danger !
- Mais on va pouvoir prendre un vrai bain chaud ! rétorqua Mina, les yeux étincelants rivés sur la faïence.
- Attendez, attendez... Et la consommation d'eau ? s'inquiéta aussitôt Gonzalo en fronçant les sourcils. Les réserves de la cuve vont prendre un sacré coup !
Mina lui fusilla le profil du regard. Au diable la cuve ! pensa-t-elle. J’ai bien mérité un bon bain chaud après ces deux journées d'enfer !
- D’accord Gonzo, mais... on a bien mérité une vraie douche et de ne plus sentir le désinfectant industriel du sas, le temporisa Kai avec empathie.
Alors que le bricoleur s'apprêtait à poursuivre son plaidoyer logistique, une voix traînante et profondément léthargique s'éleva depuis le seuil :
- Il se passe quoi, encore... ? réclama Camille, qui venait seulement d'arriver.
Son regard vaporeux balaya la pièce et s'arrêta sur le tube de dentifrice qu'Mina tenait toujours fièrement à bout de bras.
- Mouais... Tout ce cirque pour ça, lâcha-t-elle avec une moue désabusée. Je retourne me pieuter.
Pendant le dîner, la suite de commandement et sa salle d'eau furent au centre de toutes les conversations. L'équipe s'organisa joyeusement pour déterminer l'ordre de passage sous la douche et l'accès au dentifrice. En bout de table, Gonzalo ne pensait qu'à retourner ausculter son transcepteur radio, tandis que Camille, complètement déconnectée des débats, dégustait enfin son café à petites gorgées.
La soirée se déroula dans une atmosphère de convivialité retrouvée. Tour à tour, chacun profita du confort de l'eau claire pour se laver et se brosser les dents, appréciant ce retour impromptu à la civilisation.
Sa halte hygiénique prestement expédiée, Gonzalo s'était aussitôt réinstallé devant la console radio. Bien décidé à la remettre en état de marche, il semblait prêt à y passer la nuit entière. C’était sans compter sur la rigueur de ses compagnons.
- Gonzalo, il est temps de décrocher et d’aller te reposer, lui lança Pierre en s'approchant.
- Allez-y devant, je n'ai pas sommeil, bougonna le bricoleur sans lever le nez de ses circuits.
- Gonzo... soupira Kai en posant une main rassurante sur son épaule. C'est toi-même qui répètes qu'il faut économiser l'électricité et préserver les batteries, surtout la nuit. Si le générateur est relié aux panneaux photovoltaïques au-dessus, on doit limiter la consommation jusqu'au matin.
- D’accord, d’accord... capitula-t-il dans un soupir vaincu en rangeant ses tournevis. Je continuerai demain.
Il emboîta le pas aux autres pour rejoindre le campement improvisé dans le hall principal. Au même moment, dans la zone de détention, Camille et Rei dormaient déjà à poings fermés dans leurs cellules respectives, tandis qu'Mina et Lola s’endormaient paisiblement dans le grand lit de la chambre.
A suivre...