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7 years ago
Voilà la suite, j'espère qu'elle vous plaira. Cette fois, nous rentrons dans le vif du sujet.
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2. Quand la marque paraît
Très-très longtemps, trop longtemps après l'arrivée d'Artémis dans le clan redouté des canines pointues à haut potentiel magique
Juliette est surexcitée, elle déboule dans l'antre des vampires où elle trouve Harrieth, affalée dans un des fauteuils.
"La marque, j'ai senti la marque, imparfaite, certes, mais présente malgré tout, hier, chez une petite humaine, tout près de l'endroit où je me rassasiée", s'écrie Juliette.
"Tu es sûre?"
"Evidemment que j'en suis sûre!"
Un long soupir s'en suit.
"D'accord. Mais, veux-tu me dire, Juliette, si c'est bien le cas, pourquoi Artémis, marqueur de notre clan, ne nous en a-t-il pas informés?"
Un haussement d'épaules et un long soupir plus tard, Juliette répond:
"Si je te dis que c'est parce que c'est un parfait crétin, cela te satisfait comme réponse?"
"Un crétin? Avec la marque en tous points parfaite? Non, je ne peux pas le croire, Juliette."
"Arrête de répéter toujours les mêmes choses, Harrieth."
"Quoi, moi? C'est à moi que tu parles?"
"Tu vois quelqu'un d'autre que toi dans cette pièce qui s'appelle Harrieth, Harrieth?"
"Euh, une autre Harrieth, ça pourrait être le cas, d'abord... Tu sais, je ne suis pas la seule nana au monde à m'appeler Harrieth. Je ne pense pas être le centre du monde, moi."
"Non, Harrieth, non, il ne peut pas y avoir, ici et maintenant, dans cette pièce, une autre nana que toi qui s'appelle Harrieth, Harrieth. Tu es la seule Harrieth du clan redouté des canines pointues à haut potentiel magique et tu le sais."
Qu'il y ait un marqueur à cet endroit précis du globe, évidemment, Artémis le sait, et ce depuis belle lurette. Il y en a même bien d'autres. Ici et puis là, et ici aussi...! Mais aucun n'est parfait. Loin de là. Bien loin de là. Au contraire même. Ils sont tous faibles et inintéressants. Totalement. Parfaitement inintéressants. C'est pourquoi, en vérité, Artémis n'en a pas touché mot à ses maîtres. Aucun de ces marqueurs n'est digne de rejoindre le clan.
Et c'est pourquoi, il semble surpris lorsque reproche lui en est fait, au cimetière des âmes perdues, son endroit préféré du domaine, où dans sa petite tenue d'elfe qui convient à sa forme d'enfant qu'il a choisie ce jour et à son humeur, Artémis cherche encore un moyen de s'échapper de cet enfer.
"Artémis, hier soir, Juliette a croisé un humain à la marque, non loin de la faille que tu tenais large et paisible. Qu'as-tu à dire pour ta défense?"
Artémis hausse les épaules et ne répond rien.
"Qui ne dit mot consent", s'écrie Gilbert qui a décidé, aujourd'hui, d'étaler sa culture en matière de dictons.
"Mais tais-toi, Gilbert, tu nous rends fous avec tes citations à deux balles."
"Tchatchatcha... Tu râles parce que t'es jalouse!"
"Jalouse? Jalouse, moi?... Jamais de la mort!" éructe Juliette, prête à en découdre.
Mais Gilbert stoppe là toute velléité en s'adressant de sa grosse voix à Artémis:
"Artémis, le moment est important. Cela fait des dizaines d'années que nous t'enseignons et aujourd'hui, grâce à Juliette..."
Juliette se rengorge.
"Tu vas pouvoir expérimenter tout ce que nous t'avons appris."
Artémis fronce imperceptiblement les sourcils puis un sourire détend ses traits.
"Rooh qu'il est mignon", s'extasie Albert, sitôt suivi par Harrieth:
"Rooh, t'as vu ses p'tits yeux..."
Artémis ne prend garde aux éloges, il sait depuis longtemps que sa forme d'enfant est la plus appréciée par ses maîtres et demande:
"Est-ce que je pourrai y aller en chat, maîtresse Juliette?"
Artémis adore jouer au métamorphe. C'est un de ces jeux préférés ici et le chat est la forme qu'il préfère.
"Non, Arthémis", répond Juliette d'un ton sans appel.
"Mais pourquoi?", s'exclame Albert. "Tout le monde aime les chats. Je suis sûr que notre futur marqueur adorerait suivre un chat."
"Les chats, c'est comme le papier, ça se froisse très vite", déclame, une fois de plus, de sa voix gutturale le brave Gilbert, ravi d'avoir trouvé dans la seconde, une citation qui convienne à la situation, puis se sent obligé d'expliquer, craignant ne point être compris:
"Si Artémis y va en chat, il pourrait trop vite se vexer et repartir sans sa proie. C'est évident!"
Un silence méditatif, quelque peu interdit aussi, s'étire, bientôt troublé par Juliette.
"Non, ce n'est pas parce que les chats se vexent vite, Artémis, que tu ne peux pas prendre cette forme; c'est parce que ce n'est pas possible de passer la faille sous forme animale."
"On pourrait peut-être quand même essayer..." insiste Albert.
Juliette inspire profondément.
"Tu veux tester une autre façon de tuer notre marqueur, Albert?"
En effet, si le temps n'a aucune incidence, dans cet univers, sur l'existence de ses habitants, en ce compris les marqueurs tel Artémis, frappé par la même malédiction de vie éternelle, il n'en est pas moins que la mort les guette et peut surgir sous autre forme: la faim, la foudre, le froid, une blessure mortelle, le feu.
Albert tressaille.
"Non, bien sûr que non."
S'en suit alors une longue tirade sur le processus à mettre en place afin d'assurer la sécurité d'Artémis et lui permettre de ramener ce marqueur.
"N'oublie pas, Artémis. Ce marqueur doit te suivre de son plein gré. Evidemment, toutes les fourberies te sont permises."
gré - nom masculin - selon son gré : à la convenance, au caprice, à la fantaisie de quelqu'un, selon ses désirs, ses sentiments
Fourberie - nom fém. acte fourbe - Fourbe - adj. - qui dénote l'hypocrisie, la perfidie, la fausseté.
Artémis acquiesce et répète ces deux mots qui roulent sur sa langue et caressent son palais:
"Gré, fourberies."
"Il a compris?", s'inquiète Harrieth.
Les membres du clan se consultent du regard, semblent hésiter puis:
"Tu as compris, Artémis?"
Celui qui n'est plus un petit garçon mais en a encore l'apparence acquiesce à nouveau.
"Je passerai la faille et je rencontrerai Louise."
"Louise? Nous ne t'avons pas donné son prénom, Artémis. Comment sais-tu qu'elle s'appelle Louise?"
"Votre haut potentiel magique, mes maîtres, lie l'esprit de votre marqueur aux vôtres. Le lien.", récite sagement Artémis, dont le savoir est grand et de moins en moins erroné, au fil des livres et des prophéties qu'il dévore jusqu'à plus soif.
Albert, qui n'en manque pas une, se moque, outrecuidant, de Juliette en chantonnant:
"Juliette ne se souvient plus du lien, Juliette ne se souvient plus du lien..." ♪♫
Juliette, qui n'a absolument aucun sens de l'humour, s'empourpre et le doigt tapotant la poitrine de son camarade menace:
"Ouïe-je clairement ta moquerie, mon ami?"
Et Albert qui n'a peur de rien ricane:
"Et oui, il me semble bien que je me moque de toi, ma chère Juliette."
Le duel des regards précèdent le moment où Juliette s'éloigne avant de lancer:
"En garde, malheureux!"
La joute, le combat débute.
Artémis n'y assistera pas, il a déjà pris le chemin de la bibliothèque. De toute façon, il sait de quelle manière se terminera cette bataille. Personne ne bat Juliette. Ce n'est pas qu'elle est la plus forte ni la plus entraînée, ni la plus futée; non, elle est juste la plus cruelle du clan des canines aiguisées au haut potentiel magique; ce qui lui donne un avantage décisif quels que soient l'entraînement, l'intelligence ou les épreuves de force auxquels se soumettent les autres.
"Rosa, rosis, rosae, rosarum... Montre-moi, Louise."
La bibliothèque ronfle, craquelle, sautille élégamment et un cahier glisse de l'étagère du bas. Artémis s'en saisit. C'est tellement facile pour lui.
Artémis s'assoit à sa table de travail et se concentre.
Au moment opportun, celui qui a l'apparence d'un petit garçon, mais n'en est plus un depuis longtemps, ouvre le carnet. Sous ses yeux, la page se noircit.
Ailleurs, dans son monde, Louise a décidé de son propre chef, pense-t-elle, d'écrire dans ce journal qui l'attend depuis des lustres.
Connaître sa proie, c'est bien l'essentiel pour un marqueur-chasseur. Artémis n'est pas sûr d'avoir envie de tenir ce rôle; mais c'est celui que lui ont imposé ses maîtres. Ceux-ci sont tellement têtus et enragés qu'il n'est pas utile, sait Artémis, de leur confier son incertitude. Son incertitude quant au choix qu'ils ont posé en choisissant Louise. Un marqueur imparfait, faible, inintéressant. Totalement inintéressant et tout à fait imparfait et si faible. Quelle idée saugrenue!
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Juliette est surexcitée, elle déboule dans l'antre des vampires où elle trouve Harrieth, affalée dans un des fauteuils.
"La marque, j'ai senti la marque, imparfaite, certes, mais présente malgré tout, hier, chez une petite humaine, tout près de l'endroit où je me rassasiée", s'écrie Juliette.
"Tu es sûre?"
"Evidemment que j'en suis sûre!"
Un long soupir s'en suit.
"D'accord. Mais, veux-tu me dire, Juliette, si c'est bien le cas, pourquoi Artémis, marqueur de notre clan, ne nous en a-t-il pas informés?"
Un haussement d'épaules et un long soupir plus tard, Juliette répond:
"Si je te dis que c'est parce que c'est un parfait crétin, cela te satisfait comme réponse?"
"Un crétin? Avec la marque en tous points parfaite? Non, je ne peux pas le croire, Juliette."
"Arrête de répéter toujours les mêmes choses, Harrieth."
"Quoi, moi? C'est à moi que tu parles?"
"Tu vois quelqu'un d'autre que toi dans cette pièce qui s'appelle Harrieth, Harrieth?"
"Euh, une autre Harrieth, ça pourrait être le cas, d'abord... Tu sais, je ne suis pas la seule nana au monde à m'appeler Harrieth. Je ne pense pas être le centre du monde, moi."
"Non, Harrieth, non, il ne peut pas y avoir, ici et maintenant, dans cette pièce, une autre nana que toi qui s'appelle Harrieth, Harrieth. Tu es la seule Harrieth du clan redouté des canines pointues à haut potentiel magique et tu le sais."
Qu'il y ait un marqueur à cet endroit précis du globe, évidemment, Artémis le sait, et ce depuis belle lurette. Il y en a même bien d'autres. Ici et puis là, et ici aussi...! Mais aucun n'est parfait. Loin de là. Bien loin de là. Au contraire même. Ils sont tous faibles et inintéressants. Totalement. Parfaitement inintéressants. C'est pourquoi, en vérité, Artémis n'en a pas touché mot à ses maîtres. Aucun de ces marqueurs n'est digne de rejoindre le clan.
Et c'est pourquoi, il semble surpris lorsque reproche lui en est fait, au cimetière des âmes perdues, son endroit préféré du domaine, où dans sa petite tenue d'elfe qui convient à sa forme d'enfant qu'il a choisie ce jour et à son humeur, Artémis cherche encore un moyen de s'échapper de cet enfer.
"Artémis, hier soir, Juliette a croisé un humain à la marque, non loin de la faille que tu tenais large et paisible. Qu'as-tu à dire pour ta défense?"
Artémis hausse les épaules et ne répond rien.
"Qui ne dit mot consent", s'écrie Gilbert qui a décidé, aujourd'hui, d'étaler sa culture en matière de dictons.
"Mais tais-toi, Gilbert, tu nous rends fous avec tes citations à deux balles."
"Tchatchatcha... Tu râles parce que t'es jalouse!"
"Jalouse? Jalouse, moi?... Jamais de la mort!" éructe Juliette, prête à en découdre.
Mais Gilbert stoppe là toute velléité en s'adressant de sa grosse voix à Artémis:
"Artémis, le moment est important. Cela fait des dizaines d'années que nous t'enseignons et aujourd'hui, grâce à Juliette..."
Juliette se rengorge.
"Tu vas pouvoir expérimenter tout ce que nous t'avons appris."
Artémis fronce imperceptiblement les sourcils puis un sourire détend ses traits.
"Rooh qu'il est mignon", s'extasie Albert, sitôt suivi par Harrieth:
"Rooh, t'as vu ses p'tits yeux..."
Artémis ne prend garde aux éloges, il sait depuis longtemps que sa forme d'enfant est la plus appréciée par ses maîtres et demande:
"Est-ce que je pourrai y aller en chat, maîtresse Juliette?"
Artémis adore jouer au métamorphe. C'est un de ces jeux préférés ici et le chat est la forme qu'il préfère.
"Non, Arthémis", répond Juliette d'un ton sans appel.
"Mais pourquoi?", s'exclame Albert. "Tout le monde aime les chats. Je suis sûr que notre futur marqueur adorerait suivre un chat."
"Les chats, c'est comme le papier, ça se froisse très vite", déclame, une fois de plus, de sa voix gutturale le brave Gilbert, ravi d'avoir trouvé dans la seconde, une citation qui convienne à la situation, puis se sent obligé d'expliquer, craignant ne point être compris:
"Si Artémis y va en chat, il pourrait trop vite se vexer et repartir sans sa proie. C'est évident!"
Un silence méditatif, quelque peu interdit aussi, s'étire, bientôt troublé par Juliette.
"Non, ce n'est pas parce que les chats se vexent vite, Artémis, que tu ne peux pas prendre cette forme; c'est parce que ce n'est pas possible de passer la faille sous forme animale."
"On pourrait peut-être quand même essayer..." insiste Albert.
Juliette inspire profondément.
"Tu veux tester une autre façon de tuer notre marqueur, Albert?"
En effet, si le temps n'a aucune incidence, dans cet univers, sur l'existence de ses habitants, en ce compris les marqueurs tel Artémis, frappé par la même malédiction de vie éternelle, il n'en est pas moins que la mort les guette et peut surgir sous autre forme: la faim, la foudre, le froid, une blessure mortelle, le feu.
Albert tressaille.
"Non, bien sûr que non."
S'en suit alors une longue tirade sur le processus à mettre en place afin d'assurer la sécurité d'Artémis et lui permettre de ramener ce marqueur.
"N'oublie pas, Artémis. Ce marqueur doit te suivre de son plein gré. Evidemment, toutes les fourberies te sont permises."
gré - nom masculin - selon son gré : à la convenance, au caprice, à la fantaisie de quelqu'un, selon ses désirs, ses sentiments
Fourberie - nom fém. acte fourbe - Fourbe - adj. - qui dénote l'hypocrisie, la perfidie, la fausseté.
Artémis acquiesce et répète ces deux mots qui roulent sur sa langue et caressent son palais:
"Gré, fourberies."
"Il a compris?", s'inquiète Harrieth.
Les membres du clan se consultent du regard, semblent hésiter puis:
"Tu as compris, Artémis?"
Celui qui n'est plus un petit garçon mais en a encore l'apparence acquiesce à nouveau.
"Je passerai la faille et je rencontrerai Louise."
"Louise? Nous ne t'avons pas donné son prénom, Artémis. Comment sais-tu qu'elle s'appelle Louise?"
"Votre haut potentiel magique, mes maîtres, lie l'esprit de votre marqueur aux vôtres. Le lien.", récite sagement Artémis, dont le savoir est grand et de moins en moins erroné, au fil des livres et des prophéties qu'il dévore jusqu'à plus soif.
Albert, qui n'en manque pas une, se moque, outrecuidant, de Juliette en chantonnant:
"Juliette ne se souvient plus du lien, Juliette ne se souvient plus du lien..." ♪♫
Juliette, qui n'a absolument aucun sens de l'humour, s'empourpre et le doigt tapotant la poitrine de son camarade menace:
"Ouïe-je clairement ta moquerie, mon ami?"
Et Albert qui n'a peur de rien ricane:
"Et oui, il me semble bien que je me moque de toi, ma chère Juliette."
Le duel des regards précèdent le moment où Juliette s'éloigne avant de lancer:
"En garde, malheureux!"
La joute, le combat débute.
Artémis n'y assistera pas, il a déjà pris le chemin de la bibliothèque. De toute façon, il sait de quelle manière se terminera cette bataille. Personne ne bat Juliette. Ce n'est pas qu'elle est la plus forte ni la plus entraînée, ni la plus futée; non, elle est juste la plus cruelle du clan des canines aiguisées au haut potentiel magique; ce qui lui donne un avantage décisif quels que soient l'entraînement, l'intelligence ou les épreuves de force auxquels se soumettent les autres.
"Rosa, rosis, rosae, rosarum... Montre-moi, Louise."
La bibliothèque ronfle, craquelle, sautille élégamment et un cahier glisse de l'étagère du bas. Artémis s'en saisit. C'est tellement facile pour lui.
Artémis s'assoit à sa table de travail et se concentre.
Au moment opportun, celui qui a l'apparence d'un petit garçon, mais n'en est plus un depuis longtemps, ouvre le carnet. Sous ses yeux, la page se noircit.
Ailleurs, dans son monde, Louise a décidé de son propre chef, pense-t-elle, d'écrire dans ce journal qui l'attend depuis des lustres.
Connaître sa proie, c'est bien l'essentiel pour un marqueur-chasseur. Artémis n'est pas sûr d'avoir envie de tenir ce rôle; mais c'est celui que lui ont imposé ses maîtres. Ceux-ci sont tellement têtus et enragés qu'il n'est pas utile, sait Artémis, de leur confier son incertitude. Son incertitude quant au choix qu'ils ont posé en choisissant Louise. Un marqueur imparfait, faible, inintéressant. Totalement inintéressant et tout à fait imparfait et si faible. Quelle idée saugrenue!
(à suivre...)