Forum Discussion
7 years ago
Voilà la suite de l'histoire, un peu plus tôt que prévu.
4. Quand vient le grand soir
Ce soir, c'est le grand soir. Artémis s'observe attentivement dans le grand miroir de la chambre rouge.
Il tente de raviver les souvenirs de ce monde qui l'a vu naître et qu'il ne connaît plus qu'au travers des sensations de ses maîtres, lorsqu'ils partent là-bas se nourrir, et les témoignages de ses pairs au travers les histoires que peuplent les livres qu'Artémis dévore jusqu'à plus soif.
Ce soir, c'est le grand soir et Artémis devine, sait, pressent que la faille s'est ouverte non loin du lieu qui l'a vu naître. Il chérit et s'accroche à cette idée comme moule à son rocher.
Ce soir, c'est le grand soir. Artémis rentre chez lui. Oui-oui-oui.
Le clan lui aussi se réjouit : ce soir, c'est le grand soir. Artémis, marqueur du clan des canines aiguisées au haut potentiel magique, doit passer par la faille, pour la première fois depuis son arrivée ici, afin de nouer le contact avec Louise dite Ali, et la ramener.
"Tu es sûr qu'elle est seule?" s'inquiète Juliette.
Artémis acquiesce d'un sourire. Seule, oui, il le sait.
"Les règles de sécurité, tu t'en souviens, Artémis, marqueur de notre clan? Reste concentré surtout, que nous puissions réguler ta pression sanguine, surveiller tes paramètres et maintenir ton linceul d'invisibilité. Notre magie est grande, Artémis. Nous veillerons sur toi. Pense à stabiliser notre lien en cas de défaillance."
Artémis serre les paupières, c'est la dix millième fois que maîtresse Harrieth lui fait la leçon. C'est bon, là, il a compris; ce qui ne semble pas le cas de notre brave Albert.
"Pourquoi tu parles de défaillance, Harrieth, alors que tu viens de dire que notre magie est grande? Tu vas l'embrouiller ce petit. Ou tu veux m'angoisser, c'est ça?"
Juliette fusille du regard son compagnon.
"La ferme, Albert!"
Et Gilbert rit, réconfortant:
"Ne t'inquiète de rien Artémis, marqueur de notre clan. Tout se passera bien, nous n'avons encore jamais perdu un marqueur dans l'autre univers..."
Albert se racle la gorge mais le regard de Juliette l'empêche de rectifier les dires de Gilbert, erronés pourtant... Il y a eu cette fois où leur marqueur, une brave du nom de Philomène, sitôt arrivée sur terre s'était retrouvée en tas de poussière d'os à l'endroit même où elle avait atterri parce que le clan s'était emmêlé les pinceaux dans les fils du temps. Rattrapée par la réalité et son âge réel... pouf! Il n'y avait plus de Philo... La tuile, quoi. Heureusement, à l'époque, le clan avait d'autres marqueurs; ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.
"Bien", s'exclame un peu trop vivement Juliette. Si nous sommes prêts, nous pouvons y aller."
"Mais avant", intervient Harrieth. "Acclamons notre bien aimée Superbe."
Harrieth se glisse à la vitesse d'une ombre des ténèbres derrière son orgue et s'apprête à entamer un chant en l'honneur de la Superbe sans qui rien ne serait possible, ni ici ni ailleurs. Juliette s'éclaircit la voix, exécute quelques vrilles avec la langue, Gilbert aussi rapide que Harrieth verse du jus de raisins, dont les pieds de vignes furent arrosés de leurs propres crachats durant la dernière pleine lune, si savoureux, dans le verre qu'il tiendra bien haut en offrande pendant toute la mélopée.
Artémis se retient de souffler une nuée de sauterelles à travers la pièce - oui, il peut faire ça aussi -, tant il est agacé par ce cérémonial dix fois, cent fois répétés à toute heure du jour ou de la nuit.
Une fois les bouches closes et les dernières notes de musique égrainées, il est encore l'heure des dernières recommandations:
"Ne traîne pas plus que nécessaire, Artémis. Ne l'effraye pas, elle doit venir à toi de son plein gré, ne l'oublie pas. Nous t'attendrons ici. Nous te suivrons par prescience, tu n'as rien à craindre de nous tant que tu respectes les règles. "
Artémis inspire profondément, tentant autant qu'il est possible de négliger la menace à la fois sous-entendue et explicite qui pèse sur lui. Il a hâte, Artémis, de retourner dans son monde, même pour quelques minutes, même s'il ne doit pas y survivre: respirer cet air frais de là-bas, contempler les couleurs dont il ne se souvient plus, recouvrer des sensations qui furent peut-être les siennes un jour. Oui, il a hâte, Artémis, et il est prêt, prêt à rentrer chez lui.
(à suivre...)
Ce soir, c'est le grand soir. Artémis s'observe attentivement dans le grand miroir de la chambre rouge.
Il tente de raviver les souvenirs de ce monde qui l'a vu naître et qu'il ne connaît plus qu'au travers des sensations de ses maîtres, lorsqu'ils partent là-bas se nourrir, et les témoignages de ses pairs au travers les histoires que peuplent les livres qu'Artémis dévore jusqu'à plus soif.
Ce soir, c'est le grand soir et Artémis devine, sait, pressent que la faille s'est ouverte non loin du lieu qui l'a vu naître. Il chérit et s'accroche à cette idée comme moule à son rocher.
Ce soir, c'est le grand soir. Artémis rentre chez lui. Oui-oui-oui.
Le clan lui aussi se réjouit : ce soir, c'est le grand soir. Artémis, marqueur du clan des canines aiguisées au haut potentiel magique, doit passer par la faille, pour la première fois depuis son arrivée ici, afin de nouer le contact avec Louise dite Ali, et la ramener.
"Tu es sûr qu'elle est seule?" s'inquiète Juliette.
Artémis acquiesce d'un sourire. Seule, oui, il le sait.
"Les règles de sécurité, tu t'en souviens, Artémis, marqueur de notre clan? Reste concentré surtout, que nous puissions réguler ta pression sanguine, surveiller tes paramètres et maintenir ton linceul d'invisibilité. Notre magie est grande, Artémis. Nous veillerons sur toi. Pense à stabiliser notre lien en cas de défaillance."
Artémis serre les paupières, c'est la dix millième fois que maîtresse Harrieth lui fait la leçon. C'est bon, là, il a compris; ce qui ne semble pas le cas de notre brave Albert.
"Pourquoi tu parles de défaillance, Harrieth, alors que tu viens de dire que notre magie est grande? Tu vas l'embrouiller ce petit. Ou tu veux m'angoisser, c'est ça?"
Juliette fusille du regard son compagnon.
"La ferme, Albert!"
Et Gilbert rit, réconfortant:
"Ne t'inquiète de rien Artémis, marqueur de notre clan. Tout se passera bien, nous n'avons encore jamais perdu un marqueur dans l'autre univers..."
Albert se racle la gorge mais le regard de Juliette l'empêche de rectifier les dires de Gilbert, erronés pourtant... Il y a eu cette fois où leur marqueur, une brave du nom de Philomène, sitôt arrivée sur terre s'était retrouvée en tas de poussière d'os à l'endroit même où elle avait atterri parce que le clan s'était emmêlé les pinceaux dans les fils du temps. Rattrapée par la réalité et son âge réel... pouf! Il n'y avait plus de Philo... La tuile, quoi. Heureusement, à l'époque, le clan avait d'autres marqueurs; ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.
"Bien", s'exclame un peu trop vivement Juliette. Si nous sommes prêts, nous pouvons y aller."
"Mais avant", intervient Harrieth. "Acclamons notre bien aimée Superbe."
Harrieth se glisse à la vitesse d'une ombre des ténèbres derrière son orgue et s'apprête à entamer un chant en l'honneur de la Superbe sans qui rien ne serait possible, ni ici ni ailleurs. Juliette s'éclaircit la voix, exécute quelques vrilles avec la langue, Gilbert aussi rapide que Harrieth verse du jus de raisins, dont les pieds de vignes furent arrosés de leurs propres crachats durant la dernière pleine lune, si savoureux, dans le verre qu'il tiendra bien haut en offrande pendant toute la mélopée.
Artémis se retient de souffler une nuée de sauterelles à travers la pièce - oui, il peut faire ça aussi -, tant il est agacé par ce cérémonial dix fois, cent fois répétés à toute heure du jour ou de la nuit.
Une fois les bouches closes et les dernières notes de musique égrainées, il est encore l'heure des dernières recommandations:
"Ne traîne pas plus que nécessaire, Artémis. Ne l'effraye pas, elle doit venir à toi de son plein gré, ne l'oublie pas. Nous t'attendrons ici. Nous te suivrons par prescience, tu n'as rien à craindre de nous tant que tu respectes les règles. "
Artémis inspire profondément, tentant autant qu'il est possible de négliger la menace à la fois sous-entendue et explicite qui pèse sur lui. Il a hâte, Artémis, de retourner dans son monde, même pour quelques minutes, même s'il ne doit pas y survivre: respirer cet air frais de là-bas, contempler les couleurs dont il ne se souvient plus, recouvrer des sensations qui furent peut-être les siennes un jour. Oui, il a hâte, Artémis, et il est prêt, prêt à rentrer chez lui.
(à suivre...)