Forum Discussion
7 years ago
@KlOohma c'est sûr que si Artémis a l'occasion de s'échapper du clan et de rester sur terre, il va le tenter.
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5. Quand vient la rencontre
C'est sans embûche que, guidé par la magie de son clan, Artémis a passé la faille entre les mondes et atterri pile à l'endroit où Louise se trouve. Seule, comme prévu.
Dès qu'elle est à portée de voix, Artémis, souriant, la salue.
"Salut. Je peux m'asseoir?"
Louise ne répond pas, mais le petit garçon ne se décourage pas aussi vite, il se laisse tomber juste à côté d'elle, sur le banc.
Artémis compte jusqu'à trente puis lance à l'adresse de Louise:
"Tu as des soucis?"
Le regard de Louise file sur sa droite et se fixe sur l'impudent gamin qui ose ainsi troubler sa solitude.
"Des soucis? Non, aucun souci. Pourquoi je devrais avoir des soucis?"
Artémis ne se laisse pas démonter par l'accueil fort peu chaleureux de Louise. Il hausse les épaules.
"Je ne sais pas pourquoi je te demande si tu as des ennuis...? Ah oui, peut-être parce qu'il fait nuit et que tu es assise sur un banc malgré le froid et la neige, toute seule?"
Les dents de Louise crissent:
"Comme toi, quoi..."
"Comme moi, quoi." acquiesce Artémis, en souriant; elle n'avait pas menti, Louise, lorsqu'elle écrivait qu'elle avait un caractère de cochon.
Artémis ne dit plus rien, se contentant de jouer avec ses doigts sur son pantalon et de soupirer plus qu'il n'est nécessaire. En même temps, son regard virevolte partout et ses narines palpitent à la recherche de toute odeur, celle du vent salé, de la brume, du sable... Emmagasiner tous ses parfums, se les réapproprier. C'est comme une urgence.
Louise finit par se trémousser sur son siège et jeter un œil au petit garçon, toujours assis à ses côtés.
"Tu as des soucis, toi?"
Artémis penche délicieusement la tête sur le côté.
"Non, aucun souci."
Louise sourit.
"Tu t'appelles comment?"
"Artémis."
"Moi, c'est Louise."
"Bonjour, Louise."
"Bonjour, Artémis. C'est un prénom de fille, ça, non, Artémis? Une déesse antique-quelque-chose-comme-ça?"
"Oui. Mais je ne suis ni une fille ni une déesse."
Louise rit.
"Moi, je m'appelle Louise mais tout le monde m'appelle Ali. Enfin, je préfère qu'on m'appelle Ali, pas Ali comme le prince Ali, non, plutôt comme Muhammad Ali, tu connais? Le grand boxeur? Moi, j'ai une droite de feu, je mets le chaos en trois secondes. J'aurais dû m'appeler Ali, c'est sûr. Dis, tu vas à quelle école, toi, Artémis? Je crois que je ne t'ai jamais vu dans le coin. Je n'oublie aucun visage, moi, tu sais, et je suis certaine que toi, je ne t'ai jamais vu dans le coin."
C'est qu'elle parle beaucoup Louise une fois qu'elle est lancée. Artémis regrette qu'elle n'ait pas confié ce détail à son journal intime.
"Où je vais à l'école? Ici et là", répond Artémis. "Je suis d'ici et d'ailleurs, tu vois."
"Oh", se contente de dire Louise qui a entendu parler des gens du voyage et, malgré elle, se crispe un peu.
"Tu fais partie des gens du voyage, c'est ça?"
*gens du voyage - communauté des voyageurs ne disposant pas de domicile
Artémis suppose qu'il n'est pas utile de dire toute la vérité à Louise, ni même la moitié.
"On peut dire ça comme ça."
"Tu dis la bonne aventure, toi aussi?"
*dire la bonne aventure - locution - prédire l'avenir par divination
Le petit garçon hausse les épaules.
"Dire la bonne aventure? Je n'y arrive pas encore mais il est possible qu'un jour j'y arrive. Tu sais ce qu'on dit: croire en ses rêves."
Louise rit doucement devant l'enthousiasme d'Artémis.
"Moi, un jour", raconte Louise, " j'ai pressenti que j'allais casser un vase et bien figure-toi que je l'ai cassé, ce vase. C'est peut-être déjà un début de bonne aventure, non?"
Artémis hausse les épaules.
"Peut-être que oui, peut-être que non."
"Enfin", continue Louise comme si elle n'avait pas entendu Artémis, "je dis bonne aventure mais pour le coup, c'était plutôt mauvaise aventure, mes parents n'ont rien voulu entendre à mes dons de future medium et j'en ai eu pour trois jours de corvée nettoyage de toilette. Ce n'est pas toujours pari gagnant d'être voyante. Et M'sieur Senji, mon majordome, qui en ajoute en plus en me disant de sa grosse voix: tu ne l'avais pas venue venir, celle-là, hein Ali."
Il est amusant, ce Monsieur Senji.
Artémis sourit.
"Dis, Ali, tu ne voudrais pas m'accompagner dans mon clan, il commence à faire très froid puis très tard aussi?"
"Non, merci."
"Bah, tu ne vas pas passer la nuit ici, quand même? Si tu viens avec moi, je te présenterai au clan et tu auras un bon lit et ..."
"Oh! C'est vraiment gentil de t'inquiéter de moi, mais non. Je ne vais pas passer la nuit sur ce banc. Et non, non, non, je ne me suis pas enfouie de chez moi, va pas imaginer n'importe quoi. J'avais juste besoin d'un peu d'air avant que mes parents ne rentrent du boulot. Ils me mènent la vie dure, tu sais, tous les deux. Ce ne sont pas des parents faciles, si tu vois ce que je veux dire."
Et blabla et blablabla. Qu'est-ce qu'elle cause, Louise.
Bien sûr, Artémis aurait pu insister, raconter une autre histoire, dire à Louise qu'avoir une boxeuse en herbe pour le raccompagner jusqu'à son clan aurait été rassurant parce qu'il avait cru entendre un bruit effrayant tout à l'heure. Mais non, Artémis a sa dignité, ne veut pas passer pour un trouillard, et comme il n'a pas de plan B qui lui vienne, il préfère laisser tomber et écourter la rencontre. Cela l'arrange, en fait; ce n'est pas comme si Artémis avait vraiment eu l'intention de ramener Louise au clan.
Louise saute du banc.
"Tu sais, ce n'est pas que je ne veux pas rencontrer ton clan, Artémis; mais mes chiens m'attendent, je leur ai dit que je serai rentrée avant mes parents. En plus, Rosie, c'est ma chienne. Elle a fait crac crac avec Bob, mon chien, et elle attend des petits; alors, je ne dois pas la tracasser, tu vois. Rosie devrait mettre bas dans quelques jours, je me réjouis. Je me demande combien de chiots elle va avoir."
"Je comprends", acquiesce Artémis. "Si tes chiens ne t'attendaient pas, tu serais venue avec moi, ce soir."
La petite fille acquiesce gravement.
"Tout à fait. Mais il y aura peut-être une prochaine fois. Tu veux me donner ton numéro de téléphone?"
"Je n'ai pas de téléphone."
"Ah ben oui, les gens du voyage n'ont pas de téléphone, c'est connu. Ni téléphone ni attache, ils vont et viennent."
Louise sourit.
"A bientôt, Artémis."
Artémis répond au sourire de Louise, mais celle-ci ne le regarde déjà plus.
Artémis regarde Louise s'éloigner. Elle semble aussi exténuée que lui l'est. Artémis en est, de façon surprenante, ému. Il soupire, ne comprend pas cette émotion nouvelle qui lui chatouille l'intérieur des joues et lui donne envie de sourire. C'était gai de rencontrer Louise, pour un peu, il en oublierait ses projets...
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C'est sans embûche que, guidé par la magie de son clan, Artémis a passé la faille entre les mondes et atterri pile à l'endroit où Louise se trouve. Seule, comme prévu.
Dès qu'elle est à portée de voix, Artémis, souriant, la salue.
"Salut. Je peux m'asseoir?"
Louise ne répond pas, mais le petit garçon ne se décourage pas aussi vite, il se laisse tomber juste à côté d'elle, sur le banc.
Artémis compte jusqu'à trente puis lance à l'adresse de Louise:
"Tu as des soucis?"
Le regard de Louise file sur sa droite et se fixe sur l'impudent gamin qui ose ainsi troubler sa solitude.
"Des soucis? Non, aucun souci. Pourquoi je devrais avoir des soucis?"
Artémis ne se laisse pas démonter par l'accueil fort peu chaleureux de Louise. Il hausse les épaules.
"Je ne sais pas pourquoi je te demande si tu as des ennuis...? Ah oui, peut-être parce qu'il fait nuit et que tu es assise sur un banc malgré le froid et la neige, toute seule?"
Les dents de Louise crissent:
"Comme toi, quoi..."
"Comme moi, quoi." acquiesce Artémis, en souriant; elle n'avait pas menti, Louise, lorsqu'elle écrivait qu'elle avait un caractère de cochon.
Artémis ne dit plus rien, se contentant de jouer avec ses doigts sur son pantalon et de soupirer plus qu'il n'est nécessaire. En même temps, son regard virevolte partout et ses narines palpitent à la recherche de toute odeur, celle du vent salé, de la brume, du sable... Emmagasiner tous ses parfums, se les réapproprier. C'est comme une urgence.
Louise finit par se trémousser sur son siège et jeter un œil au petit garçon, toujours assis à ses côtés.
"Tu as des soucis, toi?"
Artémis penche délicieusement la tête sur le côté.
"Non, aucun souci."
Louise sourit.
"Tu t'appelles comment?"
"Artémis."
"Moi, c'est Louise."
"Bonjour, Louise."
"Bonjour, Artémis. C'est un prénom de fille, ça, non, Artémis? Une déesse antique-quelque-chose-comme-ça?"
"Oui. Mais je ne suis ni une fille ni une déesse."
Louise rit.
"Moi, je m'appelle Louise mais tout le monde m'appelle Ali. Enfin, je préfère qu'on m'appelle Ali, pas Ali comme le prince Ali, non, plutôt comme Muhammad Ali, tu connais? Le grand boxeur? Moi, j'ai une droite de feu, je mets le chaos en trois secondes. J'aurais dû m'appeler Ali, c'est sûr. Dis, tu vas à quelle école, toi, Artémis? Je crois que je ne t'ai jamais vu dans le coin. Je n'oublie aucun visage, moi, tu sais, et je suis certaine que toi, je ne t'ai jamais vu dans le coin."
C'est qu'elle parle beaucoup Louise une fois qu'elle est lancée. Artémis regrette qu'elle n'ait pas confié ce détail à son journal intime.
"Où je vais à l'école? Ici et là", répond Artémis. "Je suis d'ici et d'ailleurs, tu vois."
"Oh", se contente de dire Louise qui a entendu parler des gens du voyage et, malgré elle, se crispe un peu.
"Tu fais partie des gens du voyage, c'est ça?"
*gens du voyage - communauté des voyageurs ne disposant pas de domicile
Artémis suppose qu'il n'est pas utile de dire toute la vérité à Louise, ni même la moitié.
"On peut dire ça comme ça."
"Tu dis la bonne aventure, toi aussi?"
*dire la bonne aventure - locution - prédire l'avenir par divination
Le petit garçon hausse les épaules.
"Dire la bonne aventure? Je n'y arrive pas encore mais il est possible qu'un jour j'y arrive. Tu sais ce qu'on dit: croire en ses rêves."
Louise rit doucement devant l'enthousiasme d'Artémis.
"Moi, un jour", raconte Louise, " j'ai pressenti que j'allais casser un vase et bien figure-toi que je l'ai cassé, ce vase. C'est peut-être déjà un début de bonne aventure, non?"
Artémis hausse les épaules.
"Peut-être que oui, peut-être que non."
"Enfin", continue Louise comme si elle n'avait pas entendu Artémis, "je dis bonne aventure mais pour le coup, c'était plutôt mauvaise aventure, mes parents n'ont rien voulu entendre à mes dons de future medium et j'en ai eu pour trois jours de corvée nettoyage de toilette. Ce n'est pas toujours pari gagnant d'être voyante. Et M'sieur Senji, mon majordome, qui en ajoute en plus en me disant de sa grosse voix: tu ne l'avais pas venue venir, celle-là, hein Ali."
Il est amusant, ce Monsieur Senji.
Artémis sourit.
"Dis, Ali, tu ne voudrais pas m'accompagner dans mon clan, il commence à faire très froid puis très tard aussi?"
"Non, merci."
"Bah, tu ne vas pas passer la nuit ici, quand même? Si tu viens avec moi, je te présenterai au clan et tu auras un bon lit et ..."
"Oh! C'est vraiment gentil de t'inquiéter de moi, mais non. Je ne vais pas passer la nuit sur ce banc. Et non, non, non, je ne me suis pas enfouie de chez moi, va pas imaginer n'importe quoi. J'avais juste besoin d'un peu d'air avant que mes parents ne rentrent du boulot. Ils me mènent la vie dure, tu sais, tous les deux. Ce ne sont pas des parents faciles, si tu vois ce que je veux dire."
Et blabla et blablabla. Qu'est-ce qu'elle cause, Louise.
Bien sûr, Artémis aurait pu insister, raconter une autre histoire, dire à Louise qu'avoir une boxeuse en herbe pour le raccompagner jusqu'à son clan aurait été rassurant parce qu'il avait cru entendre un bruit effrayant tout à l'heure. Mais non, Artémis a sa dignité, ne veut pas passer pour un trouillard, et comme il n'a pas de plan B qui lui vienne, il préfère laisser tomber et écourter la rencontre. Cela l'arrange, en fait; ce n'est pas comme si Artémis avait vraiment eu l'intention de ramener Louise au clan.
Louise saute du banc.
"Tu sais, ce n'est pas que je ne veux pas rencontrer ton clan, Artémis; mais mes chiens m'attendent, je leur ai dit que je serai rentrée avant mes parents. En plus, Rosie, c'est ma chienne. Elle a fait crac crac avec Bob, mon chien, et elle attend des petits; alors, je ne dois pas la tracasser, tu vois. Rosie devrait mettre bas dans quelques jours, je me réjouis. Je me demande combien de chiots elle va avoir."
"Je comprends", acquiesce Artémis. "Si tes chiens ne t'attendaient pas, tu serais venue avec moi, ce soir."
La petite fille acquiesce gravement.
"Tout à fait. Mais il y aura peut-être une prochaine fois. Tu veux me donner ton numéro de téléphone?"
"Je n'ai pas de téléphone."
"Ah ben oui, les gens du voyage n'ont pas de téléphone, c'est connu. Ni téléphone ni attache, ils vont et viennent."
Louise sourit.
"A bientôt, Artémis."
Artémis répond au sourire de Louise, mais celle-ci ne le regarde déjà plus.
Artémis regarde Louise s'éloigner. Elle semble aussi exténuée que lui l'est. Artémis en est, de façon surprenante, ému. Il soupire, ne comprend pas cette émotion nouvelle qui lui chatouille l'intérieur des joues et lui donne envie de sourire. C'était gai de rencontrer Louise, pour un peu, il en oublierait ses projets...
(à suivre...)