Forum Discussion
8 years ago
Journal,
il m'est arrivé quelque chose d'incroyable, quelque chose que je n'aurais jamais imaginé. Néo m'a envoyé un message... pour me proposer de le voir ! Est-ce que tu imagines à quel point j'ai été heureuse ?
Je ne vais pas te spoiler de suite la tournure catastrophique qu'ont pris les choses. Avant, il faut que je raconte tout ce qui s'est passé.
Il y a deux semaines, donc, après plusieurs échanges de textos, Néo m'a envoyé ce message me proposant de nous retrouver pour boire un café.
Ni une ni deux, pas folle la bête, j'ai sauté sur l'occasion. On s'est retrouvés dans un petit coin de campagne, à Windenburg, mon coeur battant. Fini la gêne ressentie lorsque je suis allé le voir chez lui, on était incroyablement à l'aise.
On a encore beaucoup parlé. De pleins de choses. C'est incroyables tous les points communs que nous avons, finalement, lui et moi... ce sentiment d'être différent, d'avoir quelque chose de plus à faire dans ce monde. Il m'a avoué qu'il lui semblait avoir une mission, un but bien particulier dans la vie - sans vouloir m'en dire plus. Un peu comme moi et mes ambitions politiques, je suppose.
Depuis que je suis allé le voir chez lui, maman n'arrête pas de me taquiner sur mon soit-disant sourire idiot ou mes mimiques ridicules. Je suppose qu'elle n'a pas tord... je veux dire, je me sens vraiment stupide quand il est avec moi. Et toute rouge. Et j'ai cette drôle de sensation dans le ventre. Il est tellement...
Je te passe mes états d'âme d'amoureuse transie.
On a vraiment passé une super journée. Après pas mal de jus de fruit, on a dansé un peu...
... et puis on a fini dehors à regarder les nuages. Bon, ok, dis comme ça c'est vachement niais... ouais bon, c'est réellement vachement niais. Un vrai film romantique - et l'observateur sait que j'ai jamais été très fleur bleue.
J'aimerais bien te dire qu'on s'est quittés comme ça, sur cette note de douceur... mais c'est allé plus loin. Vachement plus loin.
Je ne sais pas vraiment ce qui s'est passé. Qui a fait le premier pas ? A quel moment exactement ? Qu'est-ce qui a déclenché ça ? Vraiment, aucune idée. Je sais juste qu'on s'est relevés et que l'instant d'après, on s'embrassait.
C'était pas mon premier baiser (y'avait eu Clément, Shingo, et ce type en boite de nuit deux ans avant) : mais c'était un truc que j'avais jamais ressenti. Incroyable. Ça m'a totalement renversé, j'ai cru que j'arriverais jamais à me détacher de ses lèvres.
Où est le problème, alors ?
Il a eu l'air choqué. Quand on s'est arrêtés, il m'a regardé avec un drôle d'air et il semblait amèrement regretter ce qui venait de se passer. Franchement, ça m'a encore plus retournée, et pas dans le même sens. Quoi, je ne suis pas assez bien ? Trop jeune pour lui ?
Et plutôt que de me donner une explication, il est parti. Bam. Comme ça. Sans même me dire quoi que ce soit : je n'sais pas, il aurait pu m'expliquer que c'était pas possible, qu'il ressentait rien... mais non, rien. Il est juste rentré, comme ça, comme un lâche.
Et... rien, en fait. Voilà. J'en suis exactement là. Je suis rentrée à la maison en larme, j'ai tout raconté à maman. Elle a dit pas mal de trucs : qu'il fallait lui laisser le temps, que c'était compliqué pour lui. M'enfin qu'est-ce qu'elle en sait, hein ? Est-ce qu'elle sait ce qu'il a dans la tête ? Qu'est-ce qui pourrait bien être difficile pour lui ? M*rde, ça m'a foutue en rogne. Je pensais que maman me comprendrait, elle, au moins. Pas qu'elle prendrait sa défense...
Les jours suivant, alors que Néo ne donnait aucun signe de vie et que je tirais la tronche à maman, les choses ont quelque peu empirées. Faut dire que perturbés que j'étais, je répondais pas forcément à Shingo et Clément. Ils étaient clairement pas ma priorité, en ce moment.
Alors Clément à fini par en avoir marre et il a débarqué à la maison.
Il voulait savoir ce qui se passait : pourquoi est-ce que j'étais différente depuis des semaines ? Est-ce qu'il avait fait quelque chose de mal ? Est-ce que je l'aimais encore ? C'est vrai que ça n'a pas été correct de le mettre dans le vent comme je l'ai fait depuis que je connais Néo...
... mais sur le coup, je ne l'ai pas forcément vu du même œil : j'étais entrain de faire le deuil d'une relation avec l'homme de ma vie et j'en avais pas grand chose à faire de ses états d'âme. De toute façon, j'en avais assez d'entretenir trois relations en même temps et je pensais trop à Néo pour que Shingo et Clément aient encore une place dans ma vie. Et puis il était bien la dernière personne que je voulais voir pleurnicher.
Du coup, j'ai été assez... méchante. Je lui ai dit que je ne l'aimais pas, que c'était rien qu'une relation à distance et que ça n'était pas important pour moi.
Bon. Dès qu'il est parti, je me suis sentie vraiment mal : parce que pour ce que je lui ai dit, il a pas trop mal réagi. Il est parti sans demander son reste. Ce que je suis bête ; il m'a jamais rien fait, Clément - enfin pas après qu'on se soit remis ensemble. Il ne méritait pas que je traite comme ça, mais j'étais tellement énervée que je n'ai pas franchement réfléchis.
Au moins, c'était fini.
Dès le lendemain, j'ai décidé de quelque chose d'important : puisque j'avais mis fin à ma relation avec Clément, il était temps d'en faire autant avec Shingo. J'ai profité d'être un peu secouée par tout ce qui arrivait en ce moment - et de mon élan de courage - pour lui demander de venir. Je l'ai attendu loin de la maison, pour plus d'intimité, et je me suis préparée à tout lui dire : pas question d'être aussi dure qu'avec Clément.
Finalement, je n'ai pas eu à lui dire grand chose.
Je crois qu'il avait compris depuis longtemps, alors ça s'est fait tout seul. Il avait l'air vraiment triste mais lui aussi a remarquablement bien réagi.
C'est drôle, mais la vie a continué. J'étais persuadée qu'en quittant Shingo et Clément, ma vie s'arrêterait de tourner - et j'avais l'impression que je n'allais jamais me remettre de ce qui s'était passé avec Néo. Pourtant, la routine a suivie son cours, égale à elle-même. Comme ça, une grosse semaine s'est écoulée.
Ivan m'a beaucoup soutenue, un peu malgré lui : il a même été beaucoup plus efficace que papa, maman et leurs grands discours sur l'amour et la douleur qui passent avec le temps. "Un de perdu, dix de retrouvés" qu'il me dit, papa... passer du temps avec mon petit frère, ça m'a changé les idées.
C'est clair que je n'ai pas oublié Néo : oh non, pas un instant. Et malgré maman qui me répétait de lui laisser le temps (mais le temps pour quoi, bon sang ?), je ne pouvais pas m'empêcher de lui envoyer un message tous les soirs. Parfois le matin, aussi. Ou l'après-midi. En fin de mâtiné. Après manger. Après le goûter. Enfin, tu as saisi.
Pas de réponse, bien sûr. Le néant intersidéral.
Et puis cette godiche de Lolita et son air niais... je sais, je ne dois pas parler comme ça de ma soeur, gnagnagna. "Il t'a toujours pas répondu, ton Roméo ? Tu sais, s'il répond pas c'est qu'il s'en fout de toi. Moi, Kévin, quand il a arrêté de me parler...", qu'elle m'a dit, la godiche.
En définitif, même après plus d'une semaine, c'est pas ça. La grosse déprime, même. Je crois que je touche le fond.
Ma tristesse a atteint son paroxysme quand Dandy a disparu de la maison pendant la nuit, sans que personne ne le retrouve. Et finalement...
... finalement, c'est un peu grâce à Dandy que les choses ont repris un cours normal. Enfin, normal ; tu vas voir que pas franchement, non. Je vais t'expliquer.
Samedi, alors que j'étais dans une tenue tout à fait à l'opposée de la robe très féminine que je rêvais de porter devant Néo, on a frappé à la porte : de sa voix doucereuse, Maman m'a dit d'aller ouvrir. Je pense que tu commences à connaître ma mère et à deviner ce qui a suivi : Néo était là, devant la maison, mon chat dans les bras. Il l'avait vu en s'approchant de chez nous...
Maman est partie au travail alors qu'on se regardait, Néo et moi, d'un air pas franchement à l'aise : et elle nous a jeté un de ses coups d'oeil, tu sais, ceux qui veulent dire "je sais bien ce qui va se passer, ma fille."
Bien-sûr, maman avait raison.
J'avais la ferme intention de ne rien laisser passer, de faire des pieds et des mains pour connaître le pourquoi du comment et de ne lui pardonner qu'après des mois de mise à l'essai. Dans les faits, j'avoue que ça ne s'est pas tout à fait passé comme ça... Néo s'est excusé, d'abord, bien sûr ; et il a dit exactement les bons mots aux bons moments. C'est passé comme une lettre à la poste.
En même temps... comment lui résister ?
Il n'a pas voulu m'expliquer tout de suite ce qui s'était passé pour qu'il agisse ainsi, mais il m'a assuré que ça n'avait pas vraiment de rapport avec moi ou le baiser échangé au café - qu'il avait beaucoup apprécié, d'ailleurs. Il a fini par me convaincre d'en discuter dans un endroit un peu plus tranquille.
Néo et moi sommes donc allé dans ma chambre, parce qu'il voulait me montrer quelque chose de très intime. J'arrête tout de suite tes mauvaises pensées, hein ! Rien à voir avec ce à quoi tu penses. Non, c'est un truc carrément plus dingue. Du genre que tu ne peux même pas imaginer. Enfin... je crois.
J'avoue que je m'attendais à toute sorte de choses. Une préférence pour les hommes, le fait qu'il ne me trouve pas à son goût, qu'il soit déjà en couple voir marié, qu'il soit un criminel en cavale sous fausse identité ou même un agent du gouvernement en mission spéciale... mais ça, jamais.
C'est très sérieux qu'il m'a demandé de ne pas paniquer, de ne pas hurler, de ne pas le mettre dehors tout de suite. J'ai voulu détendre l'atmosphère et j'ai dis quelque chose comme "Quoi, t'es enceinte ?"
Jamais j'aurais cru qu'il me réponde, tout à fait sérieusement, "Non, du moins pas encore."
J'étais déjà perturbée. Je veux dire, j'ai trouvé ça bizarre... et puis il s'est mis à faire une petite lumière verte et j'ai arrêté de chercher une explication logique à ce qui m'arrivait.
Je crois d'ailleurs que j'ai bien fait.