Forum Discussion
8 years ago
Journal,
je m'excuse de ne pas t'avoir écrit ces derniers mois. J'en ai eu envie, parfois, pour te raconter la douceur de mon quotidien... mais je n'en ai jamais vraiment eu l'occasion. Tu t'en doutes donc, les mois ont passés - cinq mois, déjà.
Aujourd'hui, je suis la femme la plus heureuse du monde.
Néo et moi avons passé la quasi-totalité de notre temps ensemble, le plus souvent à la maison. Les choses se passent à merveilles, sans accroche, comme dans un rêve.
Les premiers jours après la révélation ont été un peu bizarre, mais je m'attendais à pire et je crois que j'ai été franchement soulagée. Oui, bon, il est vert et lit dans les pensées... mais c'est plutôt seksy, non ? Et puis ça ne change pas grand chose.
C'est aujourd'hui que j'ai eu envie d'écrire à nouveau, sans doutes parce que je suis un peu nostalgique du temps qui passe. Nous avons fêté deux anniversaires consécutifs - celui de maman hier, celui d'Ivan aujourd'hui. C'est moi qui ai préparé le gâteau, avec l'aide de papa.
En parlant de papa, d'ailleurs, peut-être que tu te demandes comment il a pris ma relation avec Néo. Maman était folle de joie, bien-sûr, mais je pense que c'est toujours dur pour un père de voir sa fille construire sa vie avec un autre homme. Les relations ont été un peu tendues les premiers mois mais, maintenant, tout va bien. Ils s'entendent comme des larrons en foire, ça fait plaisir de voir papa reprendre une seconde jeunesse avec son presque-gendre ! Et oui, avec Néo, c'est du sérieux. Je commence même à penser au mariage, même si c'est un peu tôt... m'enfin, on a toute la vie devant nous !
Tu n'imagines pas comme Néo est un homme en or. Avec moi, bien sûr, avec papa et maman, mais aussi avec Ivan. C'est qu'il a une véritable fibre paternelle, et je pense qu'Ivan est content d'avoir quelqu'un qui veut bien jouer avec lui. Papa et maman travaillent et Lolita et moi sommes trop vieilles, maintenant. Néo a un petit côté immature... craquant !
Hier, donc, juste quand nous allions fêter son anniversaire, maman a eu une promotion. Elle affirme qu'elle est au sommet de sa carrière, qu'elle a enfin atteint le but qu'elle s'était fixé dans sa jeunesse. On est tous vraiment contents pour elle, et moi je suis bougrement fière. Elle est très respectée dans le milieu scientifique et elle est à l'origine de plusieurs grands théorème sur la vie extra-terrestre qui sont bien trop compliqués pour moi. Je me demande si moi aussi, un jour, je serai reconnue pour quelque chose...
C'est donc dans la joie et la bonne humeur qu'on a fêté l'anniversaire de maman. Je crois qu'elle n'avait pas trop peur de vieillir : elle me dit souvent qu'elle est heureuse, qu'elle a le sentiment d'avoir accompli ce qu'elle devait accomplir.
Je crois que je commence à comprendre ce qu'elle veut dire : un travail qui la passionne, un mari aimant, des enfants merveilleux
Bon, par contre, l'âge a fait quelque chose de douteux aux cheveux de maman...
Nous - les filles de la famille - avons décidé d'opérer un petit changement de style. Moi parce que je suis une adulte et que mes vêtements sont ceux d'une adolescente, Lolita car elle sera bientôt plus grande et maman parce qu'il était temps qu'elle s'assagisse - c'est elle qui l'a dit.
On a passé une excellente soirée, tous les six. C'est là que je réalise que mes plaintes d'adolescentes étaient bien ridicules : un amour d'ado foireux, un déménagement dans une autre ville... ce n'est rien à côté du bonheur d'avoir une famille. Et ma famille, c'est ce que j'ai de plus précieux.
Bon, je crois que je commence à devenir franchement mièvre : mais rassure-toi, mon histoire ne se résume pas non plus à un film romantique. Je travailles, me dispute avec ma soeur, et Néo ne faisons pas que nous regarder tendrement dans les yeux... pas besoin de te faire un dessin !
Le lendemain, soit aujourd'hui, on a fêté l'anniversaire d'Ivan. Et ça m'a fait un sacré choc : mon petit frère, mon bébé, qui est né alors que j'étais déjà enfant et que j'ai vu grandir... woh, c'est que ça ne rajeunissait pas mes parents, tout ça. Ça devait leur faire sacrément bizarre de voir leur petit dernier devenir un véritable ado, surtout que Lolita et moi sommes déjà grandes.
Eh, il est pas charmant mon petit frère ?
Page 12 : La fin d'une idylle ?
Journal,
la semaine dernière, je t'écrivais que la vie était magnifique. Maintenant, je n'en suis plus tout à fait sûr. Je me sens terriblement partagée.
Pour tout te dire, ça fait déjà un mois ou deux que je me sens bizarre. J'ai un sentiment de nausée, de drôles d'impressions et des envies inhabituelles. J'avoue que je n'ai pas fait très attention à tout ça...
Surtout que d'autres choses m'occupent : mon amour pour Néo, bien-sûr, mais aussi cette greluche de Lolita. Figure-toi qu'elle a ramené un petit copain à la maison, ce matin. C'est chouette pour elle, encore que je me demande comment quelqu'un peut vouloir d'elle... m'enfin, devines qui c'est ? Shingo, lui-même !
Je ne sais pas si ce qu'il y a entre eux est sincère, mais ils se sont tellement avalé la bouche dans l'entrée que je me demande s'il n'essaie pas de me rendre jalouse. Je sais bien qu'il m'aimait franchement, mais se taper ma petite soeur pour se venger c'est un peu bas, non ? Et puis cette godiche... il n'y a pas un code d'honneur qui fait qu'on ne doit pas sortir avec un ex de ses soeurs ?
Sur le coup, j'ai cru que ça m'avait donné la nausée. Une vraie nausée, avec les machins qui remontent dans la gorge...
... et qui doivent finir par sortir.
Je sais à quoi tu penses. J'y ai pensé aussi, je ne suis pas aussi bête. J'ai filé à la pharmacie, la peur au ventre, parce que plus j'y pensais et plus ça me semblait logique. C'est vrai; j'avais un gros retard : comment avais-je pu ne pas le remarquer ?
Je n'ai pas voulu faire le test de grossesse toute seule. Maman et Néo étaient au labo, alors c'est papa qui est resté avec moi le temps d'attendre le résultat. Une ou deux petites barre ?
Bizarrement, le résultat ne m'a pas étonné. Pas que c'était quelque chose de prévu, mais dès l'instant où j'y ai pensé - en crachant mes poumons au dessus des toilettes -, j'ai su que c'était ça.
Je suis enceinte.
Bon, je ne te raconte pas la tête de papa quand je lui ai dit ce qu'affichait le test. Moi, sur le coup, je n'ai pas trop su quoi en penser. C'était un peu trop soudain pour moi.
Néo est rentré assez tard ce soir-là, tout content de me retrouver.
J'avais eu tout l'après-midi pour y réfléchir et me dire que ce n'était après tout pas une mauvaise chose : je gagnais déjà ma vie, Néo aussi, nous nous émions et les choses étaient sérieuses entre nous. Même s'il arrivait un peu tôt, un bébé, c'était toujours quelque chose d'incroyable, non ? Maman était tombée enceinte rapidement, elle aussi, mais leur couple avait tenu le coup et j'avais toujours été très aimée.
C'est donc avec une joie non-dissimulée que je me suis dirigée vers le père de mon enfant à venir.
Je ne sais plus exactement ce que je lui ai dit, mais j'ai été très franche. Quelque chose comme : " Mon amour, c'est une vraie surprise et je sais que ce n'était pas prévu... mais voilà, je suis enceinte, on va avoir un enfant ! "
Je ne sais pas trop à quoi je m'attendais. Néo adorait les enfants et on aimait bien imaginer notre avenir ensemble, rêveurs. On disait "un jour, lorsqu'on sera une famille..." ; alors j'étais persuadée qu'il réagirait aussi bien que moi.
Seulement voilà, je m'étais trompée.
Néo est entré dans une colère noire, m'a traitée d'irresponsable et m'a dit que je n'imaginais pas les conséquences d'une telle catastrophe. Que c'était impossible, qu'on ne pouvait pas le garder, que je ne me rendais pas compte. Ça m'a rappelé les débuts de notre relation, lorsqu'il la pensait impossible et qu'il affirmait que je ne me rendais pas compte des incidences que pourraient avoir sa nature extraterrestre sur notre couple.
Bien-sûr, je n'ai pas compris la violence de sa réaction. Il ne voulait peut-être pas d'enfant tout de suite, mais pourquoi ne pas prendre le temps d'y penser et d'en parler ? Lui qui était d'ordinaire si doux, si calme, ça ne lui ressemblait pas...
Lolita, qui rentrait du lycée, m'a croisée alors que je retenais mes larmes en tachant d'aller m'isoler à l’extérieur, loin de Néo. Elle m'a enlacée avec force, m'avouant que papa lui avait dit pour ma grossesse et qu'elle était heureuse pour moi. Mais qu'elle hypocrite ! Elle qui m'avait toujours ouvertement jalousé et qui fricotait avec mon ex sous mes yeux sans même m'en avoir parlé...
C'en était trop, et j'ai littéralement explosé. Je lui ai dit tout ce que j'avais à lui reprocher depuis toutes ces années, que je ne supportais pas son comportement puéril et jaloux, que je n'y pouvais rien si elle enviait ma relation privilégiée avec maman ou l'attention qu'on portait à Ivan. Le ton est vite monté, surtout que j'avais encore la conversation avec Néo en travers de la gorge.
C'est maman qui nous a séparées, comme lorsqu'on était petites. Elle avait l'air sacrément en colère, maman, de nous voir nous parler aussi mal. Je pense que voir à quel point ses filles se détestaient devait lui faire assez mal.
On est allé s'asseoir tranquillement au salon après qu'elle ait envoyée Lolita dans sa chambre. J'ai pu lui dire tout ce qui s'était passé aujourd'hui, et j'ai fondu en larmes. Je ne lui ai rien caché : ma grossesse toute fraîche, le bonheur qui m'envahissait quand je pensais à ce futur bébé, la réaction de Néo, ce que je ressentais pour ma soeur... maman m'a écoutée, avec la même patience que d'habitude. Elle m'a ensuite rassurée, m'a expliqué que Néo et moi n'avions peut-être pas assez parlé et que je n'en savais pas assez sûr lui pour comprendre sa réaction. Qu'il fallait attendre qu'il se calme et en parler avec lui.
J'ai l'impression qu'encore une fois, maman en sait plus que moi sur mon propre petit-ami...
Maman m'a enfin touché le ventre et elle a parlé à son futur-petit-enfant - même si on ne voit rien, pour l'instant -. Je crois que ça m'a fait beaucoup de bien de voir quelqu'un se réjouir sincèrement de ma grossesse : entre l'hypocrisie de Lolita, la peur de Papa et la réaction de Néo, je me sentais bien seule...
Page 13 : Quand une bonne nouvelle en cache une terrible.
Journal,
aujourd'hui, deux jours après que j'ai appris ma grossesse, Néo m'a prise à part pour qu'on discute de tout ça. Il avait l'air de s'être calmé, mais surtout, il avait l'air sincèrement attristé. Je crois que j'ai eu la peur de ma vie, parce que j'étais persuadée qu'il voulait qu'on se sépare.
Cette conversation est gravée dans ma mémoire, et je crois qu'elle le sera toujours...
" Macha, mon étoile, je te demande pardon pour t'avoir crié dessus sans explications. Tu ne méritais pas ça, et je te dois la vérité.
- Quelle vérité ? Est-ce que tu m'as menti sur quelque chose ?
- Non... mais je t'ai caché certains faits.
- Tu peux me dire que tu ne veux pas d'enfants, en tout cas pas maintenant... je comprendrais, c'est encore tôt, nous sommes tellement jeunes...
- Non, mon amour, ce n'est pas ça... bien sûr il est tôt, mais avoir un bébé avec toi me comblerait de bonheur... Macha, ce n'est pas ça le problème, mais c'est... je ne vais pas rester, tu comprends ? Un jour, je devrai partir.
- Qu'est-ce que tu veux dire ? "
Tu imagines que ça m'a sacrément interloquée. Partir, mais partir où ? Et surtout, pourquoi ? C'est à ce moment, alors que mes yeux se remplissaient déjà de larmes, qu'il a dit la phrase qui m'a brisé le coeur :
" Je ne resterai pas sur terre éternellement. On m'a envoyé ici avec d'autres de mes pairs pour travailler en collaboration avec des gens de votre planète, des gens comme ta mère, mais ce n'est pas définitif. Ce... c'est comme une mutation, tu comprends ? Et un jour... un jour, je devrais rentrer chez moi. Seul. C'est pour ça que je ne voulais pas, au début, pour nous deux... et pour le bébé. "
Les larmes ont coulé longtemps, très longtemps, pour moi comme pour lui. Et je me suis sentie tellement mal : comme ça devait être dur, pour lui ! Et pour moi, c'était si terrible... et pour notre bébé, tellement injuste...
Nos larmes séchées, nous avons parlé. Nous avons relativisé. Il pouvait nous rester quelques semaines ou quelques années, c'était impossible de le savoir. Ce dont nous étions sûr, ce dont nous sommes sûr, c'est que le bébé est là, maintenant. Et qu'il sera toujours la trace de notre amour, quoi qu'il arrive.