Forum Discussion
8 years ago
Journal,
il y a une épée de Damoclès au dessus de nous. Pourtant, personne ne la voit. Ou peut-être que tout le monde fait semblant. La vie a repris un cours normal, chacun affiche un grand sourire tout au long de la journée. Papa et Néo sont très attentionnés avec moi et ils font attention au moindre de mes gestes.
Le choc passé, papa est plutôt heureux à l'idée d'être grand-père. Il lui a fallut un temps d'adaptation, parce que ça ne le rajeunit pas et que je serai toujours sa petite fille chérie... mais maintenant, c'est un vrai papy poule.
Néo me couvre de petites attention, il veille sur moi en permanence.
Je ne sais pas ; c'est comme s'il voulait que j'oublie ce qui devait arriver. On en parle plus, maintenant que tout est mis au clair : c'est comme s'il fallait oublier. C'est étrange, j'avoue que ça me dérange un peu. Je n'arrête pas d'y penser. Comment vivre normalement, comme si de rien était ? Comment continuer à sourire ?
Ma grossesse est étrangement fatigante, mais maman m'assure que c'est normal parce qu'un corps humain n'est pas fait pour accueillir un bébé extraterrestre. C'est son labo qui suit ma santé et celle du bébé, parce qu'on ne sait pas encore trop comment se passe l'hybridation entre deux espèces. Néo s'inquiète beaucoup de ça, des éventuelles conséquences que ça pourrait avoir sur l'enfant... j'ai du mal à vraiment me poser la question. Si on a pu le concevoir, c'est que tout va bien, non ? Et puis tous ces rendez-vous de suivis, ces mains qui pressent mon ventre, ça me fatigue. J'aimerais bien avoir la paix.
Ne va pas croire que je ne suis plus heureuse de porter l'enfant de Néo. La joie que j'ai ressentie en apprenant ma grossesse est toujours bien présente : mais ce n'est pas comme je l'avais imaginé. Pas aussi parfait, tu vois ? Les douleurs, la fatigue, la tristesse... j'ai hâte de voir mon bébé, mais lorsque je pense à sa naissance, je me demande surtout si Néo sera encore là.
Peut-être que je suis encore trop jeune pour être maman, que c'est trop tôt... j'ai l'impression de ne pas me poser les bonnes questions.
Avec tous ces événements, j'ai un rythmes totalement décalé. Je dors la journée, vis la nuit...
... et bon sang, tu n'imagines même pas tous les problèmes que peuvent entraîner une grossesse ! Cette nuit-même je n'ai pas réussi à aller aux toilettes à temps. Il y en avait de partout, c'était dégoûtant ; et je me suis sentie tellement minable...
... enfin, je veux dire, avec toutes les émotions qui sont en moi en ce moment, j'ai réagis un peu disproportionnellement. J'ai fais une énorme crise de larme, comme si c'était dramatique. Bien-sûr, Néo est venu me réconforter.
Néo, c'est un ange. Tellement doux, tellement patient... comment ferais-je sans lui ? Comment ferai-je sans lui ?
Page 14 : Alanna.
Je m'excuse, Journal, de ne pas écrire plus souvent. Je suis partagée entre l'épuisement de ma grossesse et mon travail, que j'essaie de poursuivre coûte que coûte. Reprendre un peu les manifestations m'a fait du bien, ça m'empêche de me morfondre. Bien-sûr, ça n'a pas été facile de convaincre papa et Néo de me laisser sortir "dans mon état", mais puisqu'ils me voyaient dépérir...
J'ai, en tout cas, trouvé la cause que je veux défendre. Celle qui me prend aux trippes.
Néo. Les extraterrestres : obligés de se déguiser, de se cacher, à cause des peurs de sims stupides. Je veux casser les idées reçues, ouvrir la voie à une amitié entre nos deux peuples. Je ne veux pas que ma fille soit l'une des seuls enfants issus d'une hybridation. Je ne veux pas qu'on la regarde bizarrement.
Je suis forcée d'admettre que même si j'ai repris un peu le travail, je ne vais pas mieux. Tu le constates sans doutes au ton monotone de ces dernières pages.
Il n'y a pas que le départ certain de Néo ou la difficulté de ma grossesse qui m'accablent. Il est arrivé une chose terrible, cette semaine.
Papa nous a quitté.
Tu n'imagines pas comme ça a été terrible de le voir tomber devant nous, sans prévenir, sans rien pouvoir faire. La mort est venu l'emporter sans lui laisser la moindre chance. C'est terrible d'avoir la mort en face de soit quand on porte la vie.
Faute de pouvoir le ramener, maman a voulu venger sa mort. Elle y est parvenue, un peu, mais ça n'a en fait rien changer à son chagrin. Tout me semble tellement vain...
Maman est bouleversée. Nous le sommes tous, à vrai dire... Ivan, surtout. Il a toujours été assez discret et il ne parle pas beaucoup de ce qu'il ressent.
Comme toujours, Néo est là pour moi. Je crois qu'il est la seule personne à me tenir hors de l'eau, ces derniers temps. Le départ de papa m'a achevée. L'avantage, c'est que je n'ai pas beaucoup pensé au départ de Néo depuis.
Lolita, elle, a Shingo pour la soutenir. Même si je l'ai toujours en travers de la gorge, je suis contente qu'elle ne soit pas toute seule pour faire face à la mort de notre père... c'est une peste, mais c'est quand même ma petite soeur.
Je ne t'aurais sûrement pas raconté tout ça maintenant si je n'avais pas eu mes premières contractions il y a trois jours. Ça m'a tiré de ma léthargie d'un seul coup, parce que j'ai définitivement réalisé que j'allais être maman.
Et j'étais terrifiée.
Terrifiée parce que j'étais folle de joie à l'idée d'être mère, mais persuadée que ce n'était pas le bon moment. Je ne voulais pas élever mon enfant seule. Je ne le veux toujours pas.
Néo m'a accompagnée, déguisé, à la maternité. Il était vraiment effrayé, peut-être même plus que moi.
L'accouchement a été, tout comme ma grossesse, incroyablement douloureux. Pourquoi n'était-ce pas aussi beau que dans mes rêves ?
Et puis elle est née. Comme ça.
Alanna. Alanna Berry - Néo n'existe pas administrativement sur Terre, alors elle n'a pas pu prendre son nom. Néo n'a pas pu la reconnaître. Lorsqu'il sera parti, il ne restera plus rien de lui. Même pas un nom.
Ma fille est magnifique. Elle a la peau douce et verte de son père et, selon ma mère, mon regard curieux.
Bien-sûr, la voir me rend incroyablement heureuse... mais c'est un bonheur tellement douloureux. Je n'arrive pas à profiter de cet instant, de l'instant présent, de l'instant qu'on va m'arracher.
La grossesse et l'accouchement m'ont épuisée. Ou peut-être que c'est la tristesse. Pour me laisser récupérer, Néo s'occupe beaucoup de notre fille. Pour l'instant.