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G7/ Chapitre 4 - Sortir de sa bulle
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Nous avions dû refaire la chambre de Rose et surtout, dès le lendemain de son anniversaire, lui racheter un lit car elle trouvait le sien trop petit. Le lit et la table de chevet qu’elle avait choisis, étaient de couleur sombre, mais c’est ce qu’elle voulait.
Dans les jours qui avaient suivi, elle s’était séparée de sa maison de poupée et avait tenu à ce qu’on enlève tous les stickers qui se trouvaient sur les murs. Bizarrement, elle n’avait conservé qu’une affiche, des boules à neige et des tubes à bulles que je lui avais ramenés des festivals auxquels j’étais allé.
Nous lui avions aussi acheté un ordinateur afin qu’elle cesse d’utiliser les nôtres.
Rose était une petite fille indépendante. Elle gérait seule son travail scolaire, sans que Maewenn et moi ne nous en mêlions. Nous n’avons d’ailleurs jamais vraiment su quels étaient les devoirs qu’elle avait à faire, mais elle ramenait de bonnes notes, ce qui nous convenait.
Elle s’amusait souvent à faire des bulles avec les tubes que je lui avais offerts. J’ai l’impression qu’elle avait une préférence pour celui de la Convention geek. Je lui en rapporterais un autre, la prochaine fois que la convention passera en ville.
Je l’avais plusieurs fois surprise à s’entraîner à chanter. Au début, mes pauvres oreilles avaient beaucoup souffert mais maintenant, je reconnais qu’elle se débrouillait vraiment très bien. Elle avait dans l’idée de faire un petit spectacle pour Maewenn en chantant en duo avec moi. J’avais accepté. Toutes les occasions de chanter étaient bonnes pour moi.
Cette indépendance de Rose nous facilitait la vie. Terminée la période bambin, où nous devions nous occuper d’elle. Elle se lavait toute seule, mangeait même parfois toute seule, et se déplaçait toute seule. Lorsqu’elle voulait sortir avec des amis, voir ses grands-parents, ou aller jouer aux échecs à la bibliothèque ou au parc (elle adorait les échecs), elle n’avait plus besoin de nous. C’était autant de temps de gagné sur nos activités... Merci la ville et merci les bus !
Maewenn avançait d’ailleurs à grands pas sur son dernier livre, la biographie de ma chère mamie, Linette.
Et je m’octroyais des moments de détente, que je n’aurais jamais cru possible avant.
Ce jour-là, il faisait beau et le marché aux puces était en ville. Nous décidâmes d’aller y faire un tour en famille.
Nous étions arrivés, depuis trente minutes à peine, que j’entendis Rose quémander quelque chose à sa mère, sur le ton du caprice.
- S’te plait, Maman, ce sera pas cher au marché aux puces !
Rose désirait ardemment le « kit d’apprenti scientifique », un jeu qui offrait la possibilité de faire des expériences chimiques, comme les grands. Cela faisait plusieurs fois déjà qu’elle nous en parlait.
- Ce n’est pas la première fois qu’elle mentionne ce jeu... me dit Maewenn.
- Non mais elle risque d’être déçue... à moins qu’un autre enfant veuille se débarrasser de son kit, et qu’elle ait un gros coup de chance.
- Oh zut, ces baguettes !
Je n’étais décidemment pas fait pour cette nourriture exotique...
- Concentre-toi, tu vas y arriver.
J’optai finalement pour avaler ma soupe directement au bol. Je sais bien que cela ne se faisait pas, mais ça alla quand même bien plus vite.
- Je pense que Rose doit être un petit génie, ma chérie.
- Tu crois ?
- Observe... Elle passe son temps à aller jouer aux échecs. Elle a même battu mon père, une fois. Et maintenant elle veut ce kit pour scientifiques en herbe...
- Tu n’as pas tort, dans le fond.
- Je pense qu’on devrait lui acheter ce kit.
- Je marche avec toi. Et je pense même qu’on devrait lui acheter un échiquier.
J’attendis que Rose se soit éloignée pour parler à Maewenn :
- Pour l’échiquier, je propose d’attendre un peu. Ça risque de faire beaucoup...
- Et pour le kit ?
- Je te propose d’aller l’acheter maintenant. Elle aura la surprise en rentrant.
Ce soir-là, après le dîner, Maewenn et moi nous sommes installés devant la télé. Maman avait appelé pour dire qu’elle gardait Rose à dîner. Nous avions acheté le fameux kit d’apprenti scientifique dans l’après-midi.
Rose rentra vers vingt-et-une heures.
- Bonsoir ! Vous avez le bonjour de Papi et Mamie, et de Tatie Morgane.
- Très bien. Mais tu ne devrais pas t’asseoir. Il y a une surprise pour toi là-haut.
- Ah bon ?
On entendit le cri de joie de notre fille depuis le salon.
- Je crois qu’on a réussi notre coup !
- J’en ai bien l’impression.
Pour fêter ça, Rose souhaita que nous donnions notre petit spectacle à Maewenn le soir-même. Je m’amusais beaucoup.
D’ailleurs, je crois que c’est la première fois que je m’amusais ainsi avec ma fille.
Mon père décéda quelques temps après. Rose étant à l’école, nous nous retrouvâmes tristement au cimetière, Maman, Morgane, Maewenn et moi.
Ma femme et moi étions désormais tous deux orphelins de père...
Quelques mois plus tard, alors que nous nous relevions de la peine subie par le décès de Papa, le Festival Frasques et Humour fit son apparition en ville.
Maman avait décidé que nous nous y rendrions tous, que cela nous ferait du bien.
Elle avait même invité Angela, Béatrice, Yann et Gildas à se joindre à nous.
J’étais assis au bar avec en train de discuter avec Béatrice et Morgane lorsque j’aperçus Caleb... Il s’apprêtait à parler à Rose mais Maman l’interpella. Je ne jugeai donc pas utile de me lever et observai la scène de loin.
Étonnamment, Maman ne lui réserva aucune marque d’hostilité.
- Salut Cassandre.
- Bonsoir Caleb.
- Mes condoléances pour ton mari. Je n’ai appris sa disparition, que récemment.
- Je te remercie.
Ils discutèrent encore un moment puis Caleb quitta le festival. Nous y avons passé une très belle soirée. Maman avait raison. Cela nous avait fait du bien à tous.
Ce jour-là, j’endossais mon costume-cravate pour aller au travail. Il y avait une grande conférence de presse dans les locaux de Sim.TV et je me devais, en tant qu’attaché de presse, d’être irréprochable. Je n’avais même pas oublié le badge de Sim.TV, c’est dire !
Pendant ce temps, Rose serait à l’école, et Maewenn, déjeunerait avec sa famille au restaurant de Maman.
Elle m’avouera y avoir passé un très bon moment. Elle avait même appris que son cousin Antonin s’était marié il y a peu avec une jeune femme nommée Chantal. Et oui ! Tout le monde grandissait.
Lorsque je revins de ma conférence de presse, je fus étonné de trouver Maewenn en train de peindre.
- Bonsoir chéri.
Elle m’expliqua qu’elle devait améliorer ses compétences en peinture, pour obtenir sa nouvelle promotion, et comme elle n’avait que quelques notions, elle s’y était mise dès son retour du restaurant.
- Qu’est-ce que tu en penses ?
Je décidai d’aller voir Rose mais notre fille était déjà partie pour le pays des rêves.
Lorsque je rentrai à la maison ce soir-là, ma femme était toute guillerette et chantait dans la cuisine en faisant voler le sel et le poivre !
- Voilà une maison où il fait bon rentrer ! Qu’est-ce qui te rend si joyeuse ?
- Ça y est, j’ai eu ma promotion ! Je ne me suis pas sali les mains à peindre pour rien !
- J’espère bien ! Et quel poste t’ont-ils donné ?
- Critique raffinée, Monsieur...
- Rien que ça ! Mais c’est une super bonne nouvelle !
- N’est-ce pas ! Je ne pensais pas l’avoir si tôt !
- Tu as bien bossé. C’est mérité.
- Ça te dit d’aller au karaoké ce soir pour fêter ça ?
- D’accord. Mais je regarde, je ne veux pas chanter.
Maewenn me regarda donc chanter. Je m’étais même inscrit au concours. Une fois n’est pas coutume. Je sentais que ma femme allait me porter chance.
Porté par l'ambiance, je finis même sur un final endiablé.
Lorsque mon tour fut terminé, nous allâmes nous asseoir pour boire un verre.
- A la tienne, ma chérie. Et à ta promotion !
- Maintenant, il va falloir que j’assure.
- Et pourquoi tu n’assurerais pas ? Tu fais très bien ton boulot. Je le vois bien.
- J’ai juste un peu peur. Ce sont des nouvelles tâches. Et si on allait s’asseoir là-bas pour mieux entendre les résultats ?
Les résultats ne se firent pas attendre, et je fus agréablement surpris d’être proclamé vainqueur du concours avec quatre-vingt-six points sur cent !
- Yes ! Je suis trop content de moi !
Le lendemain, nous nous installions sur la terrasse pour discuter. La neige recommençait à tomber mais il faisait beau.
Maman m’avait appelé hier, pour me demander de revenir vivre chez elle, avec Maewenn et Rose. Mais je n’avais pas eu le courage d’en parler à ma femme, tant elle était heureuse pour sa promotion. C’était le moment de le faire.
- Aller vivre chez ta mère ? Avec la petite ?
- Je pense que depuis la mort de Papa, elle a plus besoin de moi qu’avant.
- Mais il y a Morgane. Elle vit toujours avec elle, non ?
- Oui mais Morgane n’est pas un homme... Je crois qu’une présence masculine la rassurerait.
- C’est sûr... Mais tu te vois quitter San Myshuno, toi ?
- Parce que moi... pas vraiment... ajouta-t-elle.
Moi non plus, en réalité, mais je ne pouvais pas le lui dire si je voulais la convaincre de quitter la métropole. Je savais que Maewenn aimait autant que moi vivre ici. Mais je ne pouvais pas dire non à Maman. C’était Maman.
- Je pense qu’il faut voir le bon côté des choses. Par exemple, nous aurons les nounous à domicile pour Rose. Plus besoin de l’emmener ou d’aller la rechercher à Windenburg ou à Willow Creek.
- Tu parles d’un argument... Nous étions tranquilles ici...
- A part quand Rose s’impose dans notre chambre, ou qu’elle passe son temps à nous parler...
- C’est vrai que chez ta mère, elle aura d’autres personnes à embêter.
- Exactement !
- Et nous pourrions être plus disponibles l’un pour l’autre, et pour nos carrières.
- Tout à fait. C’est pour ça que je te demande d’y réfléchir.
- On déménagerait quand ?
- A la fin du mois prochain.
- Ta demande n’est pas facile du tout... J’aimais bien cet appartement.
- Réfléchis-y, tu veux bien ? On en reparlera plus tard.
- D’accord, je te le promets.
N'ayant pas pu publier l'intégralité de ce chapitre ici, je vous propose de lire la suite sur mon blog : G7/ Chapitre5 Sortir de sa bulle