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CassiopeiaFlouf
7 years agoNew Spectator
Ça faisait trois ans maintenant. Trois ans qu'il avait laissé son premier commentaire sur un article de mon blog. Je m'en rappelais bien, il s'agissait d'une critique de film que je venais de voir et qui m'avait retourné la tête. Il avait aimé ma folie, mon franc parlé. Il disait que j'étais déglinguée du cerveau. Il n'avait pas été particulièrement en accord avec mes dires mais il avait tenu à souligner mon entrain et la façon que j'avais de présenter les choses.
De là, il avait été de plus en plus régulier parmi mes lecteurs. Si bien qu'à force d'échanger et de plaisanter, nous avions fini par nous communiquer nos comptes sur les réseaux sociaux, et les discussions étaient devenues quotidiennes. Une amitié comme on en faisait beaucoup, vous voyez.
J'ai presque peur de vous raconter la suite, tellement elle est clichée. Un sourire chaque matin en lisant son premier message du jour, un pincement au cœur en me rappelant qu'il vivait loin de moi. Oui, c'était bête, mais j'avais fini par m'attacher un peu trop. J'éprouvais ce besoin de lui parler, comme si mes journées ne pouvaient pas être complètes ni remplies de joie sans mes échanges avec lui. Parce qu'ils me faisaient un bien fou. On parlait de tout et de rien. On maudissait la pluie, on se questionnait sur l'intelligence potentiellement cachée des pigeons, on partageait notre mal être quand un membre de notre famille nous tapait sur le système. Souvent, on se moquait l'un de l'autre dans nos avis cinématographiques. Même un simple mot nous suffisait à lancer une conversation. Il n'y avait aucune gêne. Vous voyez le genre d'amitié dont je veux parler ?
Le problème était qu'à force, il était devenu ma bouffée d'oxygène. Alors quand un jour, du haut de ses dix-huit ans, il a eu décidé de parcourir les quelques centaines de kilomètres qui nous séparaient, j'étais aussi transcendée que terrifiée. Et si c'était la déception ? Si, face à face, le courant ne passait pas. Pire, si mon coeur explosait en le voyant, mais pas le sien ?
Debout devant l'océan, j'ai fini par entendre des pas étouffés par le sable. Mon souffle était court.
Il n'y avait plus qu'à se retourner.