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mikael_kcz
7 years agoNew Adventurer
Merci @sirhc59 @Pythonroux @nicolasB @Luluswan @GGOf19 @pytisa @Fanfani. La lecture de ces textes touchants et inspirants m'a donné envie d'y ajouter mon grain de sel. Voici donc le court texte que cette illustration et vos participations m'ont inspiré.
Ce jour-là…
Je me souviens très bien de ce jour-là. Comme je le faisais chaque jour depuis sa disparition, j’étais allé à la plage, là où je m’assoyais sur un rocher, face à la mer, et où je contemplais cet infini, y déversant ma tristesse, mon désespoir, mon ressentiment. C’était devenu mon endroit préféré, mon refuge, ma bulle hors du monde et hors du temps.
Ce jour-là, une femme y était, debout près des rochers. Agacé par sa présence, je demeurai à quelque distance, espérant qu’elle s’en aille au plus tôt. Le bruit des vagues, habituellement réconfortant, n’arrivait pas à réfréner mon impatience. J’eus même envie d’aller lui demander de partir, sachant très bien que ce geste serait des plus inappropriés.
Alors que j’étais sur le point de partir, résigné à revenir plus tard, la femme se retourna. Elle fit quelques pas dans ma direction. «Je suis désolée. Je…», et elle se mit à pleurer. À ma grande surprise, ma frustration laissa place à une impression de connivence, de presque complicité, et je fis un pas ou deux dans sa direction. Soudain, alors que je me sentais à la fois bouleversé et impuissant, elle s’avança et se jeta dans mes bras, appuyant sa tête sur mon épaule.
Je ne savais que faire. Sa proximité, l’odeur de son parfum… Ses sanglots répétés me troublaient. Comme je le faisais souvent avec les enfants, je me mis à fredonner un doux air improvisé tout en lui caressant les cheveux. «Allez, pleure un bon coup. Ca va aller mieux après. » Je ne le réalisai que plus tard mais à cet instant même, il n’y avait plus trace de ma peine, de ma souffrance, de ma douleur. Il n’y avait plus que cette autre qui souffrait, et mon envie de lui venir en aide. Je voulais lui faire don d’une présence humaine réconfortante, présence que j’avais souhaitée pour moi-même mais que personne n’avait pu m’offrir… jusqu’à présent.
Après quelques minutes, elle s’arrêta de pleurer et, me fixant droit dans les yeux, elle chuchota «Merci.» Et dans ce regard, tout empreint de douleur et de douceur, je vis comme un miroir, comme une autre partie de moi-même, et je compris que…
Depuis ce jour-là, nous revenons souvent à ce coin de plage où, face à cet infini, nous partageons nos rêves, nos projets, et même parfois certains de nos souvenirs.