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Fanfandefrance
7 years agoSeasoned Ace
Nous nous sommes aimés, comme on s'aime quand on a seize ans, d'un amour léger et naïf. Aujourd’hui elle me déteste, de tout son corps, de toute son âme. Elle sait que je suis là. Mais elle ne se retournera pas.
Tous les ans, elle revient ici déposer un petit bouquet de fleurs sauvages sur le bord de cette falaise où tout a basculé. Tous les ans je l’observe de loin, en quête d’un pardon qu’elle ne m’accordera jamais. Parce que son frère n’est plus là, par ma faute. Par notre faute à tous les deux. Lui en veut-elle à lui aussi ?
Nous étions jeunes. Fougueux. Intrépides. Insouciants. Inconscients. Invincibles…
Pour nous, tout n’était que jeux et défis fanfarons. Il était mon ami, mon presque frère et nous aimions tant nous mesurer l’un à l’autre dans une rivalité amicale qui nous réjouissait.
Je me souviens de ses sourires provocateurs, de cette malice au fond de ses yeux quand les « t’es pas cap’ » que nous nous lancions à la volée excitaient notre témérité. Nous riions, beaucoup... jusqu'à ce "t'es pas cap'" de trop…
Aujourd’hui je ne ris plus. Jamais. Mon regard s’est éteint. Mon coeur ne connaît plus d’autre sentiment que celui du poids de la culpabilité. Jour après jour, je revois la terreur dans son dernier regard lorsqu’il a compris que la chute l’emportait inéluctablement dans un ralenti terrifiant. Je revis l’incrédulité, l’effroi et la sidération qui se sont emparés de moi. Et plus que tout, j’entends le silence effroyable qui s’est étiré jusqu’à ce que je comprenne.
…
Un jour peut-être se retournera-t-elle pour lire le remords dans mes yeux. Un jour peut-être aurais-je le courage d’aller lui dire combien je regrette de lui avoir volé son frère, de l'avoir haï pour ne pas avoir su se soustraire à temps à notre folie inconsidérée.
Un jour peut-être pourrais-je me pardonner à moi-même...