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Chapitre 27/ Philippe - Le secret d'Hitomi
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Même si la pétillerie demeurait ma passion première et que mes ventes de jus de fruits du jardin ne cessaient de grimper, je consacrais de plus en plus de temps à la gemmologie. J’avais lu des livres sur le sujet pour affiner ma technique de taille des cristaux, et apprendre sur les propriétés de ces pierres.
Je passai, pour ainsi dire, plus de temps, dehors, à extraire de la pierre des cristaux bruts, ou à creuser pour en trouver, qu’à la maison avec Jace. Et lorsque j’y étais, je m’enfermais dans mes ateliers, pour tailler, pétiller, ou fabriquer des objets divers pour mes clients.
Pendant ce temps, Jace multipliait ses rencontres avec des jeunes femmes inscrites sur le coin de Cupidon. Dernièrement, il avait invité Justine, Céleste et Alexandra.
La première, Justine, était propriétaire d’un ranch. Elle arriva telle une tornade. Sa voix portait haut, et dès les premiers instants, elle parla de ses chevaux avec une passion contagieuse.
- Tu sais, Jace, mes chevaux sont toute ma vie. Je me lève à cinq heures pour les nourrir, je les entraîne, je les soigne… et le soir, je recommence.
Jace souriait, amusé par tant de vitalité. Il la trouvait gentille, sincère, mais il sentait déjà que son énergie était… trop. Elle parlait sans pause, enchaînant anecdotes et projets, comme si elle vivait trois vies en une seule.
Elle ne tenait pas en place et gesticulait en parlant, ses yeux brillants d’enthousiasme. Elle lui montra même des photos sur son téléphone, en lui présentant chaque animal comme un membre de sa famille.
- Et puis, je veux organiser des compétitions de saut d’obstacles, tu devrais venir ! Ah, et j’ai aussi commencé à construire une nouvelle écurie. Tu sais, il faut toujours avancer, toujours faire plus !
Jace me raconta qu’il s’était senti épuisé. Justine lui avait semblé incapable de ralentir, comme si chaque minute devait être remplie d’action. Elle était pétillante, oui, mais beaucoup trop, à son goût. Jace, qui aimait les moments simples et calmes, se voyait déjà fatigué à l’idée de la revoir trop souvent.
À la fin de la rencontre, il l’avait raccompagnée avec politesse, soulagé d’avoir un peu de silence.
Céleste fut sa deuxième rencontre de la semaine.
Jace avait ouvert la porte, un peu nerveux. Il espérait que ce rendez-vous serait plus calme que le précédent. Sur le pas de la maison, Céleste l’attendait. Elle avait de longs cheveux bruns qui encadraient un visage doux, décoré par un gros nœud violet qui contrastait avec la simplicité de sa tenue. Un piercing brillait sur son nez. Elle n’était pas vraiment son style, mais son visage doux, presque lumineux, l’avait immédiatement touché, et il avait senti une chaleur étrange lui parcourir la poitrine.
- Salut Céleste… entre, ou plutôt viens, je vais te montrer le jardin.
Elle avait hoché la tête avec un sourire que Jace avait trouvé magnifique, et ils s’étaient assis sur le banc, au fond du jardin.
Assis côte à côte, ils commencèrent à discuter. Céleste parlait lentement, avec une voix douce, presque nonchalante. De temps en temps, elle enroulait distraitement une mèche de ses cheveux autour de son doigt. Ce geste simple, presque enfantin, lui parut attendrissant. Et lorsqu’elle levait les yeux vers lui, son sourire tranquille lui donnait l’impression que le temps ralentissait.
- Tu sais, Jace, j’adore la nature… mais je crois qu’elle est faite pour qu’on s’y repose, pas pour qu’on la maîtrise.
Sa voix douce, un peu traînante, résonna en lui comme une mélodie. Jace, qui passait ses journées à pêcher et à composer ses morceaux à la guitare, ne s’était pas senti gêné par cette confession. Au contraire, il y avait trouvé une sorte d’écho. Elle assumait sa paresse avec une sincérité désarmante, et lui, s’imaginait déjà avec elle, dans une bulle de tranquillité.
Il s’était penché légèrement vers elle, cherchant son regard, puis, sans trop réfléchir, il l’avait taquinée :
- Alors, si je veux te revoir, il faudra que je sois aussi paresseux que toi ?
Elle avait éclaté d’un rire très léger, puis elle lui avait lancé un regard malicieux.
- Peut-être… ou alors tu devras m’apprendre à aimer tes ruches et tes poissons.
Jace sentit une complicité naître. Il se surprit à la trouver charmante. Chaque sourire, chaque geste de Céleste semblait lui donner envie de rester là, à l’écouter encore, et il sentait son cœur battre plus vite. Elle n’était pas son style, mais elle l’attirait. Sa douceur, son authenticité, son rapport simple à la vie… tout cela lui donnait envie de se rapprocher.
A la fin de leur rendez-vous, il avait proposé de la raccompagner un bout de chemin. Ils avaient marché côte à côte, leurs épaules se frôlant parfois, Jace guettant chaque sourire et chaque regard qu’elle pouvait lui lancer. Puis mon frère s’était arrêté et lui avait pris les mains :
- Céleste… je crois que tu me plais.
Elle avait baissé les yeux, ses doigts jouant encore avec une mèche de ses cheveux, puis avait relevé son visage vers lui avec un sourire timide sur les lèvres.
Alors, Jace n’avait plus hésité et, avec une audace nouvelle, il s’était penché vers elle. Leurs lèvres se rencontrèrent dans un premier baiser, doux et sincère, qui promettait que leur histoire irait plus loin.
Ce soir-là, Jace passa sa soirée à parler de Céleste, et de tout ce qu’il aimait en elle. Je pense qu’il avait trouvé quelqu’un qui faisait battre son cœur autrement, peut-être d’amour.
Jace n’avait pas pour autant annulé son dernier rendez-vous de la semaine avec la dénommée Alexandra. Il disait que ce ne serait pas correct d’annuler à la dernière minute.
Elle était arrivée ponctuelle, vêtue avec une élégance naturelle qui attirait les regards. La chaleur qui se dégageait de sa personne mettait tout de suite à l’aise, et sa générosité transparaissait dans chaque mot. Et elle avait une façon de s’intéresser sincèrement à ce que Jace disait.
Jace l’écoutait, mais son esprit vagabondait. Il se demandait ce que faisait Céleste à cet instant, si elle pensait à lui, si elle souriait encore de ce premier baiser. Chaque fois qu’Alexandra posait ses yeux sur lui, il ressentait une légère culpabilité : elle était intéressante, élégante, et pourtant son cœur n’était pas là.
En la raccompagnant, il savait déjà que son esprit était ailleurs. Dès qu’il la quitta, son premier réflexe fut de penser à Céleste. Alexandra avait été parfaite, mais elle n’avait pas réussi à effacer l’évidence : son cœur était déjà pris par un autre visage et un autre sourire, tout comme le mien ne battait que pour Hitomi.
J’avais organisé un repas de famille, un samedi, afin de présenter Hitomi à Maman, Coline et Michel. Hitomi était arrivée plus tôt pour m’aider à cuisiner et avait ajouté, à mon gratin, quelques épices pour le rendre savoureux. Ma famille nous avait rejoint vers midi et Maman et Michel nous avait donné une belle démonstration de leur amour, dans la cuisine.
Nous nous étions installés autour de la table.
Je les observais discrètement, curieux de voir comment chacun allait accueillir Hitomi. Maman, fidèle à elle-même, avait commencé par lui poser mille questions.
- Alors, Hitomi, tu cuisines souvent ? demanda-t-elle en goûtant le gratin.
- Oui, un peu… j’aime beaucoup les épices. J’espère que vous aimerez aussi, répondit-elle avec un sourire timide.
Coline leva les yeux de son assiette et s’exclama :
-Oh, c’est vrai ! On dirait un gratin différent de celui de Philippe. Plus parfumé.
Je rougis malgré moi, amusé de voir ma sœur comparer nos recettes.
Jace orienta la conversation vers mes projets.
- Vous savez que les jus de Philippe commencent à bien se vendre !
- Tu comptes en faire ton activité principale ? me demanda Michel.
Je pris une inspiration avant de répondre.
- J’y pense… mais la gemmologie me passionne de plus en plus. J’aimerais trouver un équilibre entre les deux.
Hitomi me regarda alors avec son joli sourire, comme pour me dire qu’elle croyait en moi. Maman posa sa fourchette et ajouta doucement :
- Tu sais, ton père aurait aimé te voir travailler les pierres. Il disait toujours que tu avais de la patience dans les mains.
Ses mots me touchèrent, et un silence respectueux s’installa. Coline, pour alléger l’atmosphère, se tourna vers Hitomi :
- Et toi, qu’est-ce qui te passionne ?
Hitomi réfléchit un instant, puis répondit simplement :
- J’aime les choses simples… marcher au bord de l'eau, lire, et partager des repas comme celui-ci.
Je sentis mon cœur se gonfler de fierté. Elle avait trouvé les mots justes, ceux qui résonnaient avec notre vie.
À la fin du repas, Coline débarrassa nos assiettes.
La conversation se poursuivit naturellement, entre anecdotes de famille et éclats de rire. On évoqua les histoires fantastiques de Coline ainsi que les aventures musicales et les pêches interminables de Jace. Je regardais Hitomi, et je voyais qu’elle s’intégrait déjà, qu’elle trouvait sa place parmi nous.
Coline acheva de faire la vaisselle, tandis que je mettais les restes du gratin au frigo. Je pris ensuite une vingtaine de photos de ma petite famille, les obligeant à poser les uns après les autres, ou tous ensemble. Je tenais à immortaliser cette belle soirée.
Après la séance photos, Maman s’adressa directement à Hitomi.
- Tu es la bienvenue parmi nous, dans notre famille, Hitomi. Vraiment.
Je sentis alors que ce moment marquait un tournant. Mon amour n’était plus seulement une histoire intime : il venait d’entrer dans le cercle de ma famille. Pourtant, je vis Hitomi fermer les yeux un instants, et je crus percevoir qu’elle soupirait. Cet instant ne dura qu’une fraction de seconde, mais une fraction suffisante pour que je m’interroge sur sa signification.
Le malaise que je ressentis ne dura pas car Hitomi se leva et demanda à voir les photos que j’avais prises.
- Oh, mais nous sommes très bien, sur celle-là, me dit-elle.
Les photos étaient parfaites. Elle était parfaite. Mon enthousiasme reprit le dessus et, avant qu’elle ne parte, je dis à ma famille que leur enverrai nos beaux souvenirs par mail.
Quand la maison retrouva son calme et que je serrai mon frère dans mes bras, je ressentis un profond soulagement. La soirée avait été simple, mais précieuse : Hitomi avait été accueillie sans réserve, et je savais désormais que je pouvais avancer avec elle, le cœur plus léger.
- Tu as vu, Jace… tout s’est bien passé. Maman, Coline et Michel ont adoré Hitomi.
Pourtant, le lendemain, alors que je vendais mes jus, l’image d’Hitomi fermant les yeux la veille ne cessait de me revenir. Ce soupir discret, presque imperceptible, m’avait troublé. Peut-être n’était-ce rien, une simple fatigue, mais je ne pouvais m’empêcher d’être mal à l’aise. J’avais besoin d’en avoir le cœur net.
Jace venait de finir de s’occuper des insectes, ponctuel, pour être à l’heure à son rendez-vous avec Céleste. Mes derniers clients venaient de partir, et je vis s’éloigner mon frère et sa copine, heureux, flirtant l’un avec l’autre.
Je les regardai un instant, songeur, puis saisis mon téléphone pour appeler Hitomi. La connexion était mauvaise, comme d’habitude, mais après quelques coupures, nous parvînmes à nous comprendre, et elle accepta mon invitation.
Je rangeai rapidement le stand, nettoyai les bouteilles et mis mes jus au frais. À peine avais-je terminé qu’elle apparut, belle et souriante, comme toujours. Lorsqu’elle m’enlaça, je respirai le parfum agréable de ses cheveux fraîchement lavés, et je sentis mon cœur s’apaiser.
Nous nous installâmes dans la cuisine, l’un en face de l’autre. Elle déclina ma proposition de lui offrir un café. Alors, je pris une profonde inspiration, décidé à ne pas laisser mes doutes m’envahir davantage.
- Hitomi… hier soir, quand Maman t’a souhaité la bienvenue, j’ai cru voir que tu étais mal à l’aise. Tu as fermé les yeux, comme si… quelque chose te pesait. Est-ce que je me trompe ?
Elle resta silencieuse quelques secondes, puis baissa le regard. Ses mains se serrèrent l’une contre l’autre.
- Tu ne te trompes pas, Philippe. J’ai été touchée par les mots de ta mère, vraiment… mais c’était trop pour moi. Je me suis demandé si j’avais réellement ma place dans ta famille Je ne crois pas la mériter.
Ses paroles me frappèrent. Pourquoi pensait-elle une chose pareille ? Je pris sa main avec douceur.
- Mais bien sûr que tu as ta place. Tu es déjà des nôtres. Et moi… je voudrais que tu viennes vivre avec moi. Ici, avec Jace et moi. Tu veux bien ?
Je la regardai, le cœur battant et plein d’espoir, persuadé que c’était la suite logique de notre histoire.
Mais Hitomi secoua doucement la tête.
- Je ne peux pas, Philippe. Je ne peux pas.
Je restai figé, incapable de comprendre.
- Pourquoi ? demandai-je d’une voix tremblante.
Elle sortit alors son téléphone de son sac. Après quelques gestes hésitants, elle me montra une photo. Sur l’écran, un petit garçon souriait.
- Voici mon fils, dit-elle simplement.
Je sentis le monde vaciller autour de moi. Mon souffle se coupa. Jamais je n’aurais imaginé cela. Je fixai l’image, incapable de détourner les yeux.
- Ton… fils ? balbutiai-je.
Hitomi hocha la tête, ses yeux brillants d’une émotion contenue, mais tellement tristes, à la fois.
- Oui. C’est pour lui que je ne peux pas encore m’engager davantage. Je dois penser à lui avant tout, et je ne veux pas t’imposer sa présence.
Je restai là, muet, partagé entre la surprise et l’incompréhension. Ce secret changeait tout, et pourtant, je sentais que mes sentiments pour elle ne faiblissaient pas. Je l’aimais et je ne voulais pas la perdre.
- Pourquoi ne m’as-tu pas parlé de lui avant ? On se voit presque tous les jours. Ça me semble quand même un sujet important.
Ce fut la seule chose que je parvins à dire.
- Lorsque nous avons commencé à nous fréquenter, je ne te connaissais pas. Je ne voulais pas faire entrer un homme dans la vie de Koichi, alors que je ne savais même pas où notre relation allait nous mener. Et si je t’en avais parlé avant, tu aurais sans doute fui. C’est ce qui arrive, en général.
Je ne répondis pas. J’avais du mal à intégrer la nouvelle, et mon estomac était noué.
Hitomi s’était levée, prête à partir. Je la rejoignis dans l’entrée.
- Je t’aime, parvins-je à lui dire.
- Ça ne suffira peut-être pas, Philippe. Nous avons eu une belle histoire. Tâchons de bien la terminer, s’il te plait.
Ses mots me transpercèrent comme une lame froide. « Tâchons de bien la terminer »… Je restai comme incapable de respirer, comme si le sol s’était dérobé sous mes pieds. Tout ce que j’avais construit avec elle, chaque instant partagé, semblait vaciller. Pourtant, au milieu de ce vertige, une seule certitude demeurait : je ne voulais pas la perdre.
Elle avait ouvert la porte. Mes mains se mirent à trembler légèrement. Je la regardai, debout dans l’entrée, prête à s’éloigner, et je compris que si je ne disais rien, elle partirait pour de bon.
— Hitomi… soufflai-je, presque dans un murmure. Ma gorge était tellement nouée que les mots ne sortaient pas.
Elle ne répondit pas. Elle franchit le seuil, et je restai là, figé, tandis que ses pas s’éloignaient.
Le silence qui suivit fut assourdissant. Je refermai la porte lentement, puis m’en retournai à la cuisine. La maison me parut soudain immense et vide, comme si son absence avait aspiré toute la chaleur des murs. Je compris alors que rien ne serait plus pareil. Mon cœur était brisé.
A suivre... 😊
- aoi-senritsu2 days agoSeasoned Veteran
Salut Nathalie-san !
Jace a enfin trouvé quelqu'un ! A force, il aurait fini par rencontrer toutes les demoiselles du monde ! 😂
Sacré secret ! Hitomi, faut quand même attendre un peu de le laisser digéré la chose avant de tout arrêter. Bon Philippe est parti pour un petit coup de déprime, de remise en question. Mais je crois pas que tout soit quand même terminé. A voir. 🤭
La G5 va devoir encore attendre un peu. 🤣