En Mai 2021, je me lançais dans un nouveau challenge, celui de @EpsiPlayCOMME A LA FERMEet comme j'adore écrire, j'en ai fait une histoire.
Pour remettre les choses dans leur contexte, il faut savoir que "Vie à la campagne" n'était pas encore sorti lorsque j'ai commencé l'histoire.
Le pack est sorti plus tard, alors que j'étais en cours d'écriture. Epsiplay a ajouté des règles au challenge, et je les ai intégrées dans mon histoire pour plus de fun.
J'ai terminé l'histoire de Capucine en septembre 2022. Son récit est pourtant beaucoup moins long que celui de "Cendre et la Vallée oubliée" mais, mon emploi du temps étant très chargé à ce moment-là, il y a eu de longues périodes sans mise à jour.
Je tiens à remercier ici (aussi) @idjya qui a eu la superbe idée, à l'époque, de faire de la pub pour ce challenge sur l'activité de l'ancien forum Les Sims, sinon, je crois que je ne l'aurais même pas vu ! 😉 Et quel dommage !
Alors, merci Idjya, c'est grâce à toi que ma simette a tenté l'aventure! 😘
Durant sa « semaine de pénitence » (Cyrielle l’avait surnommée ainsi), notre fille se mit dans l’idée de faire pousser une nouvelle plante-vache, pour remplacer celle que nous avions inopinément perdue récemment, et que personne n’avait pleurée, il faut bien le reconnaître. Nous avions encore deux survivantes, ce qui était largement suffisant, mais Cyrielle s’était donné tellement de mal à greffer ses plants, pour en avoir une troisième que, ni Rahul, ni moi, n’avions eu le cœur de l’en empêcher.
Cette semaine-là, nous avions achevé l’aile ouest de la bâtisse. Mathurin et Oliver avaient pris des congés pour aider Rahul et notre maison s’était vu enrichie d’une salle de sport, d’un sauna et d’une nouvelle salle de bain. L’échiquier de Rahul avait également trouvé sa place de ce côté-là de notre habitation, ainsi qu’un aquarium dont Cyrielle voulait se servir pour conserver les poissons qu’elle pêchait. Lorsque je pensais à Papa et Maman, je me dis qu’ils auraient été fiers de nous. Rahul, Mathurin et moi avions suivi les plans que Papa avait dessinés pour en faire la ferme idéale de Maman ; leur rêve à tous les deux. J’étais très émue.
Une fois sa punition accomplie, Cyrielle fut de nouveau autorisée à sortir et à voir ses amis. Je lui avais toutefois donné pour consigne de ne pas dépasser 23 heures pour rentrer à la maison, et elle n’y dérogea jamais. La première sortie qu’elle fit, fut une soirée avec ses amies Greta et Céline. Elles avaient toutes deux terminé leur programme d’échange. Greta allait donc repartir pour Tartosa, et Céline revenait de Mont Komorebi. Cyrielle souhaitait qu’elles se rencontrent, toutes les deux, et la soirée fut une véritable réussite car les trois jeunes filles s’entendirent à merveille.
Point de vue de Cyrielle
Depuis quelques temps, je pouvais de nouveau sortir librement, alors j’avais persuadé Jérôme de se rendre avec moi, dans la dernière boutique à la mode qui se trouvait non loin de notre lycée. J’adorais y flâner en regardant leurs dernières collections, et passer du temps à user leurs cabines d’essayage. Jérôme avait trouvé le temps long et s’était assis en sirotant une boisson, tandis que je lui promettais pour la troisième fois que je n’en avais plus pour très longtemps. Devant son air découragé, nous finîmes par nous en aller, et il me conduisit tout droit au photomaton du coin de la rue. Nous fîmes notre plus beau sourire à l’objectif mais la photo ressortit floue. Nous étions tous les deux déçus.
Jérôme fit alors un truc incroyable ; il me récita une poésie de son cru, à moitié chantée, à moitié parlée, tout ça au beau milieu de la rue. Je ne savais plus où me mettre, mais j’étais tellement touchée par cette belle déclaration, que je me fichais un peu des passants qui s’étaient arrêtés pour nous regarder. De toute façon, il n'y avait aucun pote de lycée, dans le coin.
- Mais tu es complètement fou ! lui dis-je après qu’il eut terminé. - Et c’est grave, tu crois ? me sourit-il - Oh non ! Je me jetai dans ses bras et l’embrassai très fort.
- J’ai vraiment de la chance d’avoir un petit ami comme toi. Tu peux refaire ça, quand tu veux.
Et pour finir la soirée, Jérôme me demanda, comme un gentleman, de l’accompagner au bal de promo. Cette nuit-là, je ne dormis pas beaucoup car je me repassais, en boucle, cette jolie déclaration. Je ne le lui avais pas dit, mais moi aussi je l’aimais très fort.
Un soir de la semaine, nous reçûmes Jérôme à dîner. Cyrielle et lui nous annoncèrent qu’ils iraient ensemble au bal de promo qui aurait lieu juste après les examens de fin d’étude et, depuis le temps qu’ils se fréquentaient, Rahul et moi nous attendions à une telle nouvelle.
Jérôme était un garçon qui semblait avoir la tête sur les épaules. Il vivait seul, la plupart du temps, car ses parents étaient souvent en déplacement pour leurs affaires, et nous avions appris à bien le connaître car il venait régulièrement à la maison. Il se gérait tout seul, savait se faire à manger, et avait même planté son propre potager. Nous étions heureux que Cyrielle se soit trouvé un petit ami comme lui. Après toute une année à avoir travaillé dur au lycée, elle méritait de souffler un peu, auprès de celui qui était dans son cœur.
Cyrielle s’impliquait totalement dans le fonctionnement de la ferme et s’intéressait à tout. Elle prenait grand soin de Crapule, et la petite chienne progressait chaque jour grâce aux nouveaux ordres qu’elle avait appris.
Ma fille écoutait patiemment tous les conseils que je pouvais lui donner pour maintenir le niveau d’excellence de nos jus de fruits pétillants, car elle savait qu’il en allait de la réputation de la ferme.
A chaque fois qu’elle revenait de l’école, elle allait s’occuper du jardin et des bêtes, avant d’aller faire ses devoirs, et n’oubliait jamais d’aller nourrir sa mini plante vache, même si elle la gardait pour la fin.
Elle se joignait souvent à moi lorsque je vendais nos produits, même si elle se laissait facilement distraire par Crapule, mais je dois reconnaître qu’elle avait le sens commercial et qu’elle se sentait très à l’aise avec nos clients.
Depuis peu, je m’étais lancée dans la composition florale. Depuis le départ de Jeanne, personne n’avait touché à son établi, et j’avais décidé de le faire vivre, à nouveau, pour mettre en valeur les jolies fleurs de notre jardin. Si Cyrielle reconnaissait que j’étais douée dans ce domaine, et qu’elle appréciait les jolis bouquets que je dressais, préférait de loin la cuisine.
C’est d’ailleurs elle qui confectionna le gâteau d’anniversaire de Rahul. Mon amour, et ami de toujours, allait vieillir, et l’évènement devait être célébré comme il se doit.
Je l’aimais tellement ! Se petites rides au coin des yeux me le rendaient plus charmant encore.
Ce soir-là, Cyrielle nous annonça qu’elle reprendrait la ferme, et qu’elle continuerait à l’exploiter. La ferme appartenait à la famille, et elle promit de la faire prospérer. Rahul était aux anges car les espoirs que nous avions en Cyrielle, devenaient réalité.
J’étais tellement heureuse que je m’empressai d’envoyer un sms à ma sœur pour la prévenir. Elle serait, elle aussi, rassurée de savoir que la ferme que Maman et Papa avaient bâtie à la sueur de leurs fronts, resterait dans la famille.
Cette semaine-là, alors que nous dormions tous, notre cher Biscuit s’en alla au paradis des Lamas, pour y passer ses vieux jours.
Le programme de cette fin de saison fut très chargé pour Cyrielle puisque les examens du baccalauréat avaient lieu le vendredi. Notre fille avait invité ses amis pour des révisions communes et nous avions proposé d’héberger Greta pour la nuit car, notre lycée local étant centre d’examen, elle passerait son bac avec Cyrielle, Alain, Jérôme et Céline. Les jeunes avaient passé la journée à potasser et s’étaient octroyés un peu de temps libre, en début de soirée pour « distraire leurs neurones », disaient-ils. Nous sentions, cependant, Rahul et moi, que le stress était à son comble.
Point de vue de Cyrielle
Ça y est ! On y est presque. C’est le jour des exams. Je suis arrivée au lycée, un peu en avance, pour me mettre dans l’ambiance et courir un peu sur le tapis de course de la salle de sport. J’avais besoin de me vider la tête avant de passer aux choses sérieuses. Greta avait un peu râlé lorsque je l’avais réveillée mais, finalement, elle était allée boire un café avec deux filles de son lycée de Tartosa, qui étaient déjà là. Du coup, elle était toute contente d’être en avance, et me remercia de l’avoir sortie du lit. Madame, Coombes, ma prof de commerce international, s’approcha de moi avec un grand sourire, alors que je sortais de la douche et que je m’étais rhabillée. J’étais fraîche et pimpante, prête à affronter cette journée d’examens. Elle me dit toute la confiance qu’elle avait en moi, et se dit certaine que j’aurais mon bac sans difficulté. - Tu es la meilleure élève de ma classe, Cyrielle. Je ne sais pas ce que tu veux faire plus tard, mais tu pourrais être chef d’entreprise. Tu en as l’étoffe. Je sais que tu ne te laisseras pas impressionnée par ces examens, mais dis-toi que c’est comme les contrôles surprises que je vous ai donnés cette année.
Madame Coombes était adorable. Elle m’avait complètement donné confiance en moi. Même l’oral ne me faisait plus peur. Les premières épreuves de la matinée, concernèrent les langues étrangères, puis le simlish.
Lorsqu’enfin arriva l’épreuve de commerce international, j’étais dans mes petits souliers. Le sujet me plaisait, et me concernait. Le crayon suivait les lignes des feuilles tout seul, mes idées fusaient ; j’aurais presque pu rédiger mon devoir sans utiliser de brouillon, mais il aurait fallu que je rature les fautes que j’aurais pu faire. Lorsque je rendis ma copie, une bonne demi-heure avant les autres, j’étais assez fière de moi.
Nous nous retrouvâmes tous à la cafète, après cette matinée bien chargée. Nous avions besoin de nous restaurer et, surtout de décompresser. Sidney, un des membres de l’équipe de pom-pom sims, vint se joindre à nous.
Chacun y allait de son ressenti sur ces premiers sujets, et aucun d’entre nous n’avait complètement séché sur les épreuves proposées. Même Céline, qui n’avait pas de notes mirobolantes en classe, semblait confiante. Nous espérions que ça allait continuer.
L’après-midi nous réservait les épreuves de maths et de sciences, ainsi que la très redoutée épreuve orale de Simlish qui consiste à tester notre capacité à savoir nous exprimer dans notre propre langue, de manière correcte, voire soutenue, et riche en vocabulaire. J’avoue que j’avais un peu peur. Non pas que je ne sache pas parler, mais je m’exprimais comme une jeune, quoi ! (d’ailleurs, il va falloir que j’évite ce genre d’interjection... Quoi, à la fin d’une phrase pourrait me coûter des points...)
Nous inaugurâmes l’après-midi avec les épreuves de sciences, puis de maths. J’eus presque de la peine pour le garçon assis près de moi, qui donna sa copie de maths, quinze minutes seulement après la distribution du sujet. Il n’avait, apparemment pas, été inspiré, et semblait complètement abattu.
Nous eûmes quinze minutes de pause, avant l’épreuve orale de Simlish qui me stressa, à peine eussé-je franchi la salle d’examen. Tout d’abord, je ne pouvais pas m’asseoir. Aucune chaise n’avait été prévue pour les pauvres élèves angoissés. Ensuite, les membres du jury était composé, pour les deux tiers, de vieux croûtons... Oui, je sais... ce n’est pas très gentil de dire ça, mais ils y connaissent, quoi, eux, à la façon dont on parle aujourd’hui ? Bref, je sentis la panique m’envahir. Heureusement, il y en avait un, plus jeune qui semblait assez cool. - Et si nous nous présentions à cette jeune fille ? dit-il à ses collègues. Ça pourrait briser la glace.
Les deux autres m’observèrent avec un sourire qui me sembla bienveillant. Ils s’appelaient Romain Dumont et Kim Acharya. Je crois que Maman connaissait cette femme. Le plus jeune d'entre eux était Gabriel Fabulous. Bizarre, comme nom de famille... Quoiqu’il en soit, ils me mirent à l’aise. Je m’étais peut-être trompée.
Nous commençâmes une conversation très fluide sur mes loisirs, mon avenir et mon parcours scolaire. On aurait dit une conversation banale mais je ne devais pas perdre de vue que c’était une épreuve de Simlish. Les trois m’écoutaient attentivement et ne me parlaient que pour relancer la discussion. De temps en temps, je les voyais sourire, comme s’ils avaient noté une faute et puis, ils écrivaient sur leurs petits papiers. Au bout d’une demi-heure, c’était fini, et je pus enfin rentrer chez moi. Je ne transpirai pas la quiétude. Je me souvenais avoir lâché deux ou trois abréviation, et peut-être même une interjection. Si j’obtenais la moyenne à l’oral, j’aurais du bol.
Heureusement, Papa et Maman avaient confiance en moi. Ils surent me rassurer dès que je fus de retour. Le lendemain, j’accompagnai Maman à la foire de Finchwick car elle voulait acheter un autre lama. J’emmenai avec moi un champignon géant que j’avais planté et fait grandir, ainsi qu’une tarte aux framboises, que j’avais préparée le matin-même. Je voulais les présenter à la foire. Qui sait ? Je gagnerai peut-être un prix. Maman était persuadée que je pouvais gagner avec mon champignon. Sa seule rivale était une aubergine à peine moyenne, et sans aucun éclat. - Par contre, pour la tarte, ajouta-t-elle, ne te fais pas d’illusion. J’en ai présentées plusieurs, et je n’ai jamais eu de nouvelles du classement.
Maman avait dressé son stand de jus de fruits non loin des étals du concours. Nos jus avaient un grand succès, de même que nos gâteaux aux miel. J’espérais bien, plus tard, faire aussi bien qu’elle, voire encore mieux. J’avais quelques idées pour promouvoir notre travail, des idées novatrices dont je lui ferai part, plus tard. Vers dix-huit heures, j’abandonnai Maman. Je devais me préparer pour mon bal de promo, et je ne voulais pas rater ça. Jérôme avait dit qu’il m’attendrait à l’intérieur. - Profite bien de ta soirée, ma puce ! Je m’occupe de récupérer ton prix, si tu en as un. Et salue tes amis de ma part.
Je n’avais pas traîné pour rentrer, prendre ma douche, me maquiller, et enfiler la belle robe que ma tante Jeanne m’avait offerte. Elle m’avait envoyé les simflouz nécessaires pour que je puisse porter la robe de mes rêves. Merci tatie ! Jérôme, Alain et mes copines m’attendaient alors que j’arrivais à l’auditorium avec un peu de *. - Alors, vous vous amusez bien ? - Plutôt ! On a fait honneur au buffet, on a pris quelques photos rigolotes dans le photomaton, et j’ai invité plusieurs filles à danser, me dit Jérôme en rigolant. - Même pas vrai, me rassura Greta alors que je n’avais pas besoin de l’être. Il est resté assis ici, comme un pauvret, à guetter la porte d’entrée. Tu lui manquais trop.
Jérôme me fit danser la plus grande partie de la soirée. Nous étions tellement bien, tous les deux. Mais, il n’y avait pas que nous... Tandis que Céline s’était trouvé un cavalier, Alain et Greta, eux aussi, paraissaient ne pas vouloir quitter la piste.
Ce soir, c’était l’anniversaire de Greta. Elle ne le savait pas encore, mais Alain lui avait réservé une surprise. Pour commencer, nous avions voté en force pour qu’elle soit élue Reine du Bal de promo.
Et ça avait marché ! Tout le monde avait suivi, et la proviseure l’avait acclamée (tout comme le *, mais lui, il compte pas) avant d’entamer un air de « joyeux anniversaire » que toute la salle reprit. Nous sortîmes ensuite son gâteau d’anniversaire, et elle souffla ses bougies dans la liesse générale.
Quelle fantastique soirée ! Jérôme me raccompagna jusqu’à la ferme, et nous trouvâmes sur notre route, un petit chat perdu, qui ne demandait que notre affection. Jérôme adorait les chats mais, même si ses parents n’étaient presque jamais là, ils ne voulaient pas d’animaux à la maison. - Je te le confie, ce sera notre chat, à tous les deux. Et lorsque je viendrai chez toi, je m’en occuperai aussi. Le chat nous regardait avec de grands yeux écarquillés. Sa petite bouille nous fit bien rire, et nous fûmes d’accord pour l’appeler Boubouille. Jérôme m’embrassa amoureusement, et je m’empressai de rentrer. La nuit était vraiment fraîche, et ma robe de bal me couvrait à peine.
Point de vue de Thérèse
Nous l’avions vue arriver avec Jérôme, et nous entendions encore des bribes de conversations dont on ne pouvait comprendre la teneur. Pourquoi ne rentrait-elle pas. Rahul et moi l’attendions, impatients de connaître ses impressions sur son premier bal. Mais quelle ne fut pas notre surprise, en voyant Cyrielle franchir le seuil de la porte, dans sa jolie robe, avec un chat dans les bras.
- Tu vois ce que je vois ? me dit Rahul. - J’en ai bien l’impression... Cyrielle avait l’air complètement gaga devant l’animal : - Il est câlin comme tout ! Bon, il griffe aussi un peu, mais c’est parce qu’il ne me connait pas encore. Il s’appelle Boubouille. J’aimerais vraiment qu’on le garde.
Cyrielle me faisait penser à Jeanne, à l’époque où elle avait ramené Crapule. Comment aurions-nous pu lui dire non ? Rahul regarda notre fille avec un air de dire « tu plaisantes ? ».
Il fit même mine de réfléchir intensément pour être sûr de la décision qu’il fallait prendre, mais nous savions déjà tous les deux que Boubouille était le bienvenu, et Cyrielle n’était pas dupe devant les petites mimiques de son père.
Comment aurions-nous pu remettre ce pauvre chat dans la rue, d’ailleurs ? C’est vrai qu’il avait une bonne bouille et puis... il se sentait déjà chez lui, bien à l’aise sur notre canapé.
- un bâtiment d’habitation (avec deux chambres au minimum) : OUI - deux étables pour une vache et un lama : OUI - Étable + pâturage pour « plantes-vaches » : OUI - une grange pour ranger votre matériel : OUI - un potager pour planter vos légumes et vos herbes aromatiques : OUI - un verger : OUI - un moulin (non fonctionnel, mais qui accueillera une éolienne) : OUI
Un chat : OUI Un chien : OUI Abeilles dans deux ruches : OUI Insectes dans deux paradis des bestioles : OUI Deux plantes-vaches (greffes) : OUI Vache : OUI Lama : OUI Poule : OUI Coq : OUI
Trésorerie à la fin de la semaine 12 : 68 836 § (+ 32 217 §) Roue des Aléas de la semaine : Baisse des prix de 50%
Le soleil persistait, bienveillant, mais les températures étaient à présent moins élevées et nous étions heureux d’en avoir fini avec les grosses chaleurs. L’atmosphère était plus agréable, et les animaux restaient volontiers dehors, une grande partie de la journée.
Alain avait prolongé son séjour chez nous malgré le retour de Mathurin et d’Oliver, qui avaient bien profité de leur séjour à Sulani. Les enfants avaient une semaine de congés pour les vacances d’automne, et ils invitaient régulièrement Jérôme et Greta pour passer l’après-midi avec eux.
Ces quatre-là formaient vraiment une bonne équipe.
Cyrielle avait même réussi à tous les convertir à son activité favorite, et ils s’en amusaient beaucoup même s’il était très rare que leurs parties de pêche se terminent par un poisson dans l’assiette.
Alain était venu me trouver, un matin, pour me demander l’autorisation d’aller camper dans la forêt d’Henford-on-Bagley avec sa cousine et leurs deux amis. Je n’y vis aucun inconvénient car ces jeunes étaient plutôt sérieux, mais je préférai tout de même en parler d’abord à Rahul. Il me semblait plus correct d’avoir aussi son avis.
Lorsque je fis part de notre réponse à mon neveu, il s’empressa d’aller prévenir Cyrielle : - Alors ? Qu’est-ce qu’ils ont dit ? - Ils sont d’accord ! On part demain après-midi et on passe la nuit là-bas.
Je pouvais entendre d’ici l’enthousiasme de ma fille : - Cool !! On va s’éclater, j’ai hâte d’y être ! - Bon, je vais appeler les autres pour les prévenir.
Le lendemain matin, Rahul avait aidé Alain à descendre deux tentes du grenier. Il y en aurait ainsi une pour les filles, et une autre pour les garçons. Cyrielle, quant à elle, s’était attelée à la préparation d’une salade composée, avec les légumes du jardin. Elle s’était entendue avec Greta pour que ce soit elle qui ramène le dessert.
Point de vue de Cyrielle
Cette partie de camping entre amis a été géniale ! Nous avons planté nos tentes près de la rivière, non loin d’une table de pique-*, puis nous sommes allés nous baigner.
Nous avons ensuite fait une petite balade jusqu’à la cascade. Il faisait vraiment bon dans cette forêt. C’était très agréable.
Le magnifique point de vue, que nous avions de là-haut, inspira Greta qui nous proposa une partie de cache-cache dans les ruines.
Tout le monde approuva. Les ruines étaient superbes, et elles se prêteraient bien à notre jeu, avec ses nombreuses possibilités de cachettes. Nous partîmes en courant, tout joyeux.
- Bon, on est d’accord, ce sont les filles contre les garçons. On se cache les premières et on se donne vingt minutes. Si vous nous trouvez toutes les deux, vous avez gagné. Ensuite, ce sera à votre tour de vous cacher. Si une seule équipe gagne, elle donnera un gage aux perdants. Ça marche ? - Oui. - Alors, on y va.
Je n’eus pas vraiment de chance... Jérôme me trouva en moins de cinq minutes. Je crois qu’il n’en revenait pas, lui-même. - Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? me demanda-t-il.
- Je crois qu’on va attendre ici. On a encore un bon quart d’heure à tuer. Depuis que je l’avais rencontré, au Festival des épices, c’était la première fois que nous nous retrouvions seuls, sans amis autour de nous.
Nous restâmes un moment nous regarder, sans savoir que dire d’autre, puis il s’approcha de moi et saisit ma main. - Je sais que tu es la cousine d’Alain et je ne sais pas ce qu’il pensera de tout ça, mais tu me plais beaucoup, Cyrielle. Est-ce que je te plais aussi ?
S’il me plaisait ? J’avais l’impression que j’allais m’évanouir, tellement il était près de moi. Mes jambes tremblaient mais je réussis à balbutier un « oui » timide et à peu près audible.
Il déposa alors un baiser furtif et maladroit sur mes lèvres, puis s’éloigna aussitôt. - Je suis désolé. Je n’aurais pas dû faire ça... mais j’en avais tellement envie. Tu me pardonnes ?
Je me serrai alors contre lui : - Je n’ai rien à te pardonner. Tu peux même recommencer, si tu veux.
J’aurais tellement aimé qu’il recommence, mais nous entendîmes la voix braillarde de mon cousin, non loin de nous : - J’ai trouvé Greta ! Dis-moi que tu as trouvé ma cousine, Jéjé ! Et comment qu’il m’avait trouvée ! Nous nous éloignâmes l’un de l’autre mais je ne pouvais m’empêcher de le regarder. Il était vraiment trop mignon !
Lorsque nous rejoignîmes notre campement, Jérôme et moi étions un peu gênés mais, je ne sais pas pourquoi, j’avais l’impression que Greta aussi, semblait mal à l’aise. En plus, elle souriait bêtement.
Alain nous en donna vite l’explication. Greta lui plaisait, depuis un moment déjà et, lorsqu’il avait trouvé sa cachette, il avait décidé de se lancer.
Leur histoire s’était passée plus ou moins de la même façon que la nôtre, puisque mon cousin avait fini par embrasser mon amie.
Une sacré petite cachottière, celle-là ! Je ne savais même pas qu’elle craquait pour Alain. Mais, j’étais vraiment contente.
Jérôme en profita pour annoncer à Alain que nous étions aussi en couple depuis la partie de cache-cache : - Puisque tu as embrassé Greta, tu ne m’en voudras pas si je te dis que j’ai embrassé Cyrielle, hein ? - Ben non ! Pourquoi tu crois que j’ai organisé cette partie de camping ?
Nous rîmes aux éclats. C’était tout à fait le genre de mon cousin de manigancer ce genre de plan, mais aujourd’hui, ça avait bien fonctionné. Alain n’en restât pas là : - Je vous rappelle que vous avez perdu au cache-cache, les filles ! Et j’ai une super idée de gage. Je vais en parler avec Jérôme.
Greta et moi avions préparé le pique-* pendant que les garçons chuchotaient. Nous avions tout mis sur la table pour ne plus avoir à nous lever ; ma bonne salade faite maison, ainsi que les tartelettes emmenées par Greta. Il s’agissait d’une recette bien appréciée à Tartosa. Jérôme et Alain vinrent nous rejoindre lorsque nous les appelâmes pour le dîner, et Alain nous fit part du gage qu’il avait concocté : - Voilà, vous savez tout. Mais Jérôme a insisté pour que vous soyez d’accord. Si vous ne l’êtes pas, on choisira un autre gage. Jérôme se tourna vers moi : - Si le gage ne te plait pas, je comprendrai. Je veux vraiment que vous soyez d’accord, toutes les deux. Et je tiens à rappeler que l’idée vient de ton cousin. Comment dire ? Je ne savais même pas quoi répondre, alors que Greta me regardait avec un air insistant.
- Tu n’es obligée de rien, Cyrielle, insista Jérôme. L’organisation des couchages est très bien comme elle est.
Peut-être, mais mon cousin diabolique avait décidé de changer la donne avec son gage manipulateur qui énonçait que Greta dormirait avec lui, et que je dormirais avec Jérôme. Greta continuait de m’observer avec un petit sourire en coin. Est-ce que je rêvais ou est-ce qu’elle avait réellement envie de partager sa tente avec Alain ?
La nuit tombait sur la forêt d’Henford-on-Bagley, alors que les promeneurs se faisaient de plus en plus rares et que nous entamions notre dessert. Je rappelai à mon cousin que mes parents nous faisaient confiance, et que son père faisait confiance à mes parents. Nous ne pouvions pas faire n’importe quoi. Et puis, personnellement, je ne me sentais pas encore prête pour passer une nuit avec Jérôme. Nous venions à peine de nous embrasser.
- Alors, c’est réglé, lança Jérôme. Les filles dans leur tente, et nous, dans la nôtre. C’était comme ça que c’était prévu, après tout. On s’occupera de trouver un autre gage demain matin. Mon cousin fit une drôle de tête, et Greta daigna enfin ouvrir la bouche : - Tu ne vas pas me faire ça, Cyrielle ! On voulait juste se retrouver tranquillement, Alain et moi.
- Cyrielle préfère que vous restiez entre filles, riposta Jérôme. Je n’irai pas contre sa volonté. - Si vous n’avez pas envie de vous bécoter, vous n’êtes pas obligés de la faire ! argumenta Alain, sans aucun tact. Vous pouvez juste dormir ensemble, entre amis.
- Vous me gonflez tous ! finis-je par lancer. Faites comme vous voulez ! On échange les tentes, ça me va ! Et au moins, il n’y aura pas d’histoire. - Tu es vraiment sûre ? s’inquiéta Jérôme.
Je me tournai alors vers Greta. - Et toi ? Tu es sûre que c’est ce que tu veux ? - J’en suis certaine.
Je ne voulais pas me disputer avec Greta, alors, je m’avouai vaincue. - Très bien ! On change les tentes ! Si ça convient à tout le monde, ça me va aussi !
- Super ! J’ai emmené des jeux de société et on va pouvoir s’amuser, tous les deux. Ce sont des jeux basiques, mais rien ne vaut les valeurs sûres ! Jérôme avait l’air enthousiaste, mais il avait intérêt à ne pas faire n’importe quoi, sinon il verrait de quel bois je me chauffe.
A peine avions-nous fini de débarrasser la table que Greta et Alain s’éclipsèrent pour profiter de leur nouvelle tente commune. Ils avaient l’air pressés de se retrouver.
Et ça ne loupa pas... Quelques minutes plus tard, alors que je finissais d’emballer les restes de nourriture, quelques petits bruits se firent entendre en provenance de leur tente.
Je refermai la glacière et entraînai Jérôme pour une baignade dans la rivière. - Wow, mais c’est qu’elle est drôlement froide !
Nous parvînmes à faire quelques longueurs et nous sortîmes vite de l’eau. Tout mouillés que nous étions, la fraîcheur de la nuit, nous tomba dessus, saisissante. - Je crois que nous devrions aller nous couvrir, dis-je à Jérôme, en souriant. Le pauvre avait l’air frigorifié.
Cela ne l’empêcha pas de prendre mes mains à nouveau pour m’assurer qu’il ne tenterait rien cette nuit. Ses mains tremblaient, et ses dents claquaient mais je suis certaine que je n’y étais pour rien. Nous avions froid et nous filâmes jusqu’à la tente pour nous sécher et enfiler nos sweats.
Nous nous allongeâmes ensuite tranquillement, chacun dans notre duvet, puis nous souhaitâmes bonne nuit. J’eus beaucoup de mal à dormir, le sachant à proximité. Je passai une partie de la nuit à somnoler, puis à me réveiller. Jérôme avait l’air de dormir paisiblement. Je m’assis alors sur mon duvet, dans un souffle. - Tu veux que je vienne contre toi ? entendis-je. Il ne dormait pas non plus. - Si tu veux... Je n’arrive pas à dormir... Nous attachâmes nos duvets ensemble, puis je m’allongeai sur le côté, tandis qu’il vint se lover contre moi, en cuillère. Je sentis ses doigts me caresser le dos, apaisants... Je me sentais bien. Je pensais que j’allais finir par m’endormir mais ses caresses eurent un tout autre effet sur moi, et je me retournai pour qu’il m’embrasse. Finalement, cette tente eut magnifiquement raison de moi.
Nous en sortîmes vers cinq heures du matin. Jamais je n’aurais pensé vivre une telle expérience. Nous avions bécoté, nous avions somnolé d’un sommeil entrecoupé de câlins, dans le dos ou sur les bras, dans la nuque ou dans les cheveux, mais nous ne pouvions plus rester dans la tente. Dormir nous était impossible. C’était magique. Je me sentais une autre.
La nuit était fraîche mais nous avions envie d’en profiter. Jérôme m’embrassa, puis m’embrassa encore en me chuchotant de jolis mots à l’oreille. Nous ne voulions pas réveiller Alain et Greta.
Nous passâmes un moment à discuter (ce que nous n’avions pas vraiment fait jusque-là) et nous nous découvrîmes beaucoup de points communs. Lui aussi, tout comme moi, aimait la nature mais il était également fan de nouvelles technologies. Il se passionnait pour tout ce que notre planète avait à nous offrir.
Il connaissait le nom des étoiles par cœur et me les montra les unes après les autres. Le ciel était complètement dégagé, et nous nous étions allongés dans l’herbe, près de notre tente, pour l’observer de plus près. Nous n’avions définitivement plus envie de dormir.
Vers six heures et demie, Alain et Greta se réveillèrent, alertés par l’odeur des bananes de mon jardin, que j’étais en train de faire griller pour le petit déjeuner.
Ils ne mirent pas longtemps à comprendre que quelque chose s’était passé entre nous, durant la nuit.
Jérôme n’arrêtait pas de m’embrasser. - Tu crois qu’ils l’ont fait ? demanda Greta à mon cousin. - Bien sûr ! Ça se voit, non ?
- Ça me rassure. Au moins, on n’est pas les seuls à avoir transgressé les règles. - Quelles règles ? lui répondit Alain, comme s’il n’avait pas compris.
- Je te préviens, lui dis-je d’un air sérieux, si tu vas tout raconter à mes parents, ce n’est même plus la peine de venir me voir, c’est clair ? - Et pourquoi je ferais une chose pareille ? Je ne suis pas fou à ce point. Rahul me tuerait.
Greta continuait de sourire bêtement : - Moi, je suis très contente pour vous deux ! Et elle était aussi visiblement très contente pour elle-même et Alain.
Point de vue de Thérèse
Lorsqu’ils étaient rentrés de leur virée camping, ce soir-là, nous avions dîné puis nous étions retrouvés, au salon, avec les jeunes, après le repas. Jérôme devait repartir dans la soirée, pour retrouver sa famille, tandis que nous ramènerions Alain chez mon frère, le lendemain. Rahul les avait abreuvés de questions : Comment c’était, qu’est-ce que vous avez fait etcetera, etcetera...
Quel curieux il faisait, mon mari, toujours méfiant ! Mais les jeunes n’avaient pas l’air de s’en offusquer et ils nous racontèrent leurs visites dans la forêt et dans les ruines, ainsi que leur baignade dans la rivière.
Pourtant, quand il leur demanda comment s’était passée leur nuit dans les tentes, ma fille nous répondit du tac au tac : - Ben, on a dormi, c’est tout ! Alain acquiesça d’un air tout gêné, et Jérôme semblait ne pas oser ouvrir la bouche, mal à l’aise
Rahul ne s’aperçut de rien et goba leurs paroles. Pourtant, je ne pus m’empêcher d’observer la réaction de ma fille, et je sus que quelque chose s’était produit, quelque chose que Rahul n’aurait pas apprécié. Mais il n’avait pas le sixième sens d’une mère. Quelque chose s’était concrétisé entre Jérôme et Cyrielle.
J’en eus la confirmation quatre semaines plus tard, alors que nous étions seules au jardin, Cyrielle et moi, et qu’elle me demanda de la conduire en urgence chez le médecin. Il me fallut user de diplomatie pour avoir une idée précise de ce qui semblait l’affoler. Elle paraissait vraiment inquiète, et elle finit par déballer son sac : - J’ai bécoté avec Jérôme et... j’ai du *.
La situation était grave, je le sentais au plus profond de moi, mais je voulais la rassurer et, surtout, ne pas la juger. J’esquissai un sourire bienveillant : - D’accord. Je vais tâcher de nous obtenir un rendez-vous chez le médecin dès ton retour de l’école, mais, en attendant, essaye de ne pas trop penser à ça. Ce n’est peut-être qu’un simple dérèglement inoffensif. Cela arrive parfois. Cyrielle me promit de ne pas s’en faire puis s’en fut, en courant, pour ne pas rater son bus.
Je passai la journée à m’occuper des bêtes et des plantes, et à éviter Rahul. Je ne voulais surtout pas lui avouer mes craintes car il aurait été furieux. J’eus de la chance dans notre malheur, car il s’absenta, en fin de matinée pour aller rendre visite à Kim, qui ne se sentait pas très bien, et avait besoin qu’on lui fit quelques courses.
Je récupérai Cyrielle à la sortie du lycée et nous arrivâmes un peu en avance, au cabinet gynécologique de la ville. La secrétaire enregistra la visite de Cyrielle puis nous informa que le Docteur Levasseur avait du * dans ses rendez-vous : - Il y a deux personnes devant vous.
Trois jeunes filles attendaient dans la salle d’attente. Nous supposâmes que l’une d’elle avait rendez-vous avec l’autre médecin. Nous nous assîmes l’une à côté de l’autre ; Cyrielle avait l’air inquiet.
- Et si j’étais enceinte, Maman ? me chuchota-t-elle. Ce serait terrible... - Essaye de ne pas t’en faire. Nous aviserons après avoir vu le médecin. Mais j’étais inquiète, moi aussi. Je lui pris la main et la tint doucement dans la mienne, puis nous attendîmes ainsi, en silence, que l’on nous appelle.
Nous dûmes patienter une bonne heure avant de voir notre tour arriver. Le docteur Levasseur était une femme sympathique qui nous mit tout de suite à l’aise. On sentait qu’elle avait l’habitude de s’adresser aux adolescentes. Elle commença par demander à Cyrielle si elle voulait que je patiente dans la salle d’attente, ou si elle préférait que je reste avec elle. Cyrielle ne voulait pas que je m’éloigne et le docteur entreprit donc de lui poser quelques questions, et de discuter avec elle.
Evidemment, j’aurais préféré ne pas entendre certains détails intimes sur ma fille, mais je tenais à ce qu’elle se sente rassurée, alors j’écoutai leur conversation sans les interrompre. Et puis, je ne voulais pas être de ces mères qui ne communiquent pas avec leur enfant. Ma fille devait se sentir libre de s’exprimer devant moi. Lorsqu’elles eurent terminé, Le docteur Levasseur conduisit Cyrielle jusqu’à la table d’examen.
Lorsque celui-ci fut terminé, je l’entendis ébaucher son diagnostic : - Tu n’es pas enceinte, tu n’as plus rien à craindre. - Oh, merci docteur !
Le docteur n’y était pour rien, mais qu’est-ce que j’étais soulagée ! - Tes hormones t’ont joué un vilain tour, mais tout va bien. Ça arrive souvent à l’adolescence. Je vais te prescrire un petit traitement, mais aussi la pilule. Je pense que ta maman n’y verra pas d’inconvénient. - Bien sûr que non, approuvai-je en constatant que ma fille avait retrouvé son sourire. La professionnelle de santé se tourna vers Cyrielle : - Et interdiction de bécoter tant que tu n’auras pas pris ce que je t’ai prescrit. On est bien d’accord ? lui dit-elle chaleureusement. - Oh oui.
Lorsque nous sortîmes du cabinet médical, il faisait nuit. Je fus surprise de voir Jérôme, mais Cyrielle me dit qu’elle l’avait prévenu de sa visite chez le médecin. « Au moins, il se sent concerné... », ne pus-je m’empêcher de penser. Cyrielle s’empressa de lui donner la bonne nouvelle.
- Je suis navré de m’imposer comme ça, me dit-il, mais je ne voulais pas attendre derrière mon téléphone. J’ai préféré venir. - C’est tout à ton honneur, le rassurai-je. J’envoie un petit sms à mon mari pour le prévenir qu’on ne va pas tarder, puis j’aurai deux ou trois choses à vous dire, à tous les deux.
Evidemment, je leur fis la morale. J’avais beau être cool, il était hors de questions qu’ils me refassent un coup pareil, et je comptais bien le leur faire savoir. Cyrielle laissa parler son petit ami qui tentait de s’excuser maladroitement, et ne vint, à aucun moment à son secours.
Je décidai donc de mettre un terme à son calvaire : - Allez, on n’en parle plus. Tu devrais rentrer chez toi maintenant. Par contre, Cyrielle sera privée de sortie pendant une semaine. - Oui, d’accord, Madame Bellecour. Merci ! Il fallait quand même que je marque le coup mais, franchement, je me trouve plutôt cool, comme mère !
Ce matin-là, nous nous étions levés à l’aube pour conduire Jeanne jusqu’au quai du bateau qui l’amènerait jusqu’à l’aéroport de Newcrest pour prendre un vol vers Sulani... Mathurin avait tenu à se joindre à nous et avait annulé tous ses rendez-vous pour le début de la matinée. Tout comme moi, il était triste de voir notre petite sœur partir aussi loin de nous.
Bien sûr, je m’étais renseignée sur l’Ecole de l’Océan, bien sûr, je savais qu’elle avait une réputation extraordinaire, qui en faisait d’ailleurs la meilleure école dans le domaine de la biologie marine. J’avais inscrit Jeanne à l’internat afin qu’elle ait un suivi sérieux de ses études, car l’école engageait sa réputation sur tous les élèves qu’elle acceptait. J’aurais alors dû être rassurée, mais j’avais le cœur chaviré et, ni les paroles réconfortantes de Rahul, ni le sourire crispé de Mathurin, et encore moins l’air désolé de Jeanne, ne parvinrent à m’apaiser. Le bateau était déjà là, prêt à la prendre à son bord...
Elle m’avait regardé avec ses grands yeux gris, sincèrement navrés pour moi : - Ne sois pas si triste, Thérèse, je reviendrai... C’est ce que j’ai envie de faire, tu comprends ? Même si je t’aime vraiment très fort.
Nous l’avions tous prise dans nos bras, mais elle avait réservé son dernier câlin pour moi. Je lui renvoyai comme un écho, un « je t’aime » étranglé, en lui demandant de nous donner régulièrement des nouvelles.
Puis ce fut l’heure pour elle de partir vers cette nouvelle vie qui n’attendait qu’elle. Mon cœur se serra, au moment où Mathurin frôla ma main... Nous ne savions pas quand nous la reverrions.
Après le départ de Jeanne, nous avions tous repris nos habitudes. La ferme ne pouvait attendre que l’on se remit de son absence.
Cyrielle s’intéressait de plus en plus au jardinage et elle n’hésitait jamais à me donner un coup de main lorsque le besoin s’en faisait sentir. Elle aimait que le jardin soit beau et elle ne rechignait jamais à mettre ses mains dans la terre.
Elle aimait pêcher aussi, que ce soit en bord de mer ou de rivière, ou dans notre petite mare, au milieu du jardin. Elle avait gardé ça de sa tante.
Notre petite crapule s’adaptait très bien à notre façon de vivre. Elle s’était déjà liée d’amitié avec les poules, et elle passait son temps à se rouler dans la terre ou le sable.
Evidemment, cela signifiait qu’elle avait le droit à un bain quotidien. Cela n’avait pas été facile au début mais, finalement, elle finit par me laisser la plonger dans la baignoire sans se débattre. Je pense qu’elle a vite compris que le jet d’eau en provenance du robinet, pouvait être une jolie source d’amusement.
Nous passions la plupart de nos soirée dehors pour profiter de l’air frais en famille. Le soleil n’était pas de la partie en ce début d’été, mais nous subissions une chaleur étouffante, difficile à supporter, toute la journée durant.
Cyrielle avait même invité, plusieurs fois, son cousin Alain et sa copine de classe Céline, à venir profiter de la piscine après l’école.
Il faisait tellement chaud que les enfants passaient souvent le reste de l’après-midi en maillot de bain.
Cet air lourd et pesant nous conduisit, un soir, à nous rendre jusqu’au festival de l’humour de San Myshuno. Nous y trouvâmes une fraîcheur qui nous fit remettre nos gilets, et une ambiance ludique qui nous accapara tout de suite.
Le principe du festival était simple ; ceux qui souhaitaient y participer devaient choisir l’un des deux camps qui s’affrontaient gaiement, à tour de farces ou de blagues. Nous avions choisi le camp des blagueurs.
Je me découvris particulièrement douée pour raconter des blagues, mais Cyrielle me surpassa amplement. Je crois que nous n’avons jamais autant ri qu’au cours de cette soirée. Et ce n’était pas terminé. Claire aussi était venue à San Myshuno pour le festival et, elle aussi, avait rejoint le camp des blagueurs.
Nous avons donc poursuivi notre soirée à quatre, bien déterminés à obtenir un prix pour notre équipe. Et nous avons gagné la belle récompense de cinq cents simflouz, au terme des festivités. Un belle victoire sur l’équipe des farceurs. Nous avons fait don de notre récompense à une association pour les droits de l’enfance, quelques jours plus tard.
Lorsque nous rentrâmes à la maison, nous trouvâmes Crapule en admiration devant le juke-box. Elle ne s’en détacha que lorsque nous en éteignîmes le son. Nous nous aperçûmes, à mesure que le temps passait, que notre chienne faisait une fixation sur le juke-box, tout comme, en son temps, Tessie en avait fait une sur le frigo de la cuisine.
Le soleil avait fini par montrer le bout de son nez, pour notre plus grand bonheur, et la chaleur, bien qu’encore présente, se fit moins étouffante. Je prenais soins de mes bêtes, mais plus particulièrement de Caprice, car je comptais la présenter au prochain concours de vaches de la foire de Finchwick.
Mes petits oiseaux également, avaient le droit à toutes mes attentions. Il était hors de question que je les oublie, et ils me le rendaient chaque jour, à renfort de cadeaux.
Les produits de la ferme continuaient à bien se vendre. Notre réputation n’était plus à faire et nous le devions à Maman. Sans elle, et sans son travail, la ferme n’aurait jamais prospéré ainsi.
Un après-midi, j’eus la surprise de reconnaître, parmi mes clients, Romain, le frère de Claire. Cela faisait des années que nous ne nous étions pas revus. Il avait aussi été le meilleur ami de mon frère. Aux dires de sa sœur, il était un homme très occupé.
Il occupait un poste très important à la mairie de Willow Creek en tant que chef de la planification urbaine, et son travail ne lui laissait pas beaucoup de temps libre. Nous promîmes de nous revoir bientôt mais nous savions tous les deux que ce n’étaient que paroles de politesse. Nous avions désormais emprunté des chemins différents.
Ce jour-là, Cyrielle est rentrée de l’école avec sa copine Céline. La petite fille passait de plus en plus souvent à la maison.
Lorsqu’elle ne venait pas pour jouer au baby-foot ou plonger dans notre piscine, elle faisait ses devoirs avec notre fille. Je sentais qu’une belle amitié était en train de naître entre les deux fillettes.
Son anniversaire avançait à grands pas, et Cyrielle s’attristait vraiment de ne pas avoir sa tante auprès d’elle pour cette occasion. Malheureusement, le prix du voyage entre Sulani et Brindleton Bay était exorbitant, et nous ne pouvions pas nous permettre de le lui payer.
Nous savions que Jeanne avait garder contact avec Marie, la fille d’Oliver, qui était devenue une actrice célèbre. Jeanne habitait à présent un yacht, que Marie et elle avaient acheté en commun, mais les revenus de Jeanne, n’étaient pas encore extraordinaires et nous devinions aisément que Marie avait dû apporter à cette acquisition, une contribution bien plus élevée que celle de ma petite sœur. Si Jeanne, habitait dans un yacht, elle ne pourrait malheureusement pas faire le voyage jusqu’à Brindleton Bay.
Ma sœur nous avait récemment envoyé des photos d’elle, et donné des nouvelles. Ses études de biologiste marin à l’école de l’Océan se déroulaient à merveille. Jeanne était la première de sa classe, et cette distinction lui avait permis d’obtenir un stage, à temps partiel, de technicienne de la flore et de la faune, toujours supervisé par son école, au sein du célèbre institut océanographique de Sulani : Oceani. Mathurin et moi, étions vraiment fiers d’elle. Le stage se déroulait en alternance avec les cours et si, à la fin de l’année, Jeanne avait satisfait à toutes les exigences de son travail, Oceani envisageait de l’embaucher.
- Elle a vraiment fait du chemin depuis qu’elle a quitté la maison, tu ne trouves pas ? - Je suis aussi fier d’elle que Mathurin et toi. Elle se donne les moyens de réussir et je suis persuadé qu’elle réalisera son rêve. C’est une battante.
- Ce qui me désole, c’est de voir Cyrielle aussi triste. Jeanne lui manque. Elle aurait tant voulu qu’elle soit présente pour son anniversaire. Elle m’en a encore parlé quand je suis allée lui souhaiter une bonne nuit. - J’ai peut-être une petite idée qui lui permettrait de rendre son absence moins insupportable. - Ah oui ?
- Oui, mais je te raconterai tout ça après m’être occupé de toi. Mon mari était d’humeur enjôleuse ce soir, et mes questions devraient attendre. Ces moments se faisaient si rares, parfois, que je n’entendais pas passer à côté. Nous avions trop tendance à nous oublier au milieu de toutes nos occupations quotidiennes.
Je revins cependant à la charge, après notre petit intermède romantique : - Alors, tu m’expliques ? - J’en parle depuis quelques jours avec Mathurin. Il m’est d’une aide précieuse pour mener à bien mon projet, et Jeanne aussi, bien évidemment ! Rahul m’expliqua en détail ce qu’il comptait faire. Son idée était géniale et j’étais persuadée que cela remonterait le moral de notre fille.
Le jour de son anniversaire, nous installâmes Cyrielle devant l’ordinateur et elle eut la surprise d’y retrouver Jeanne, lui chantant un « joyeux anniversaire » en direct de Sulani. Lorsque nous nous éclipsâmes discrètement pour les laisser seules toutes les deux, notre fille avait les larmes aux yeux. Rahul avait tout mis au point avec Mathurin. Mon frère et Oliver avaient pas mal de connaissance, notamment un technicien de Simnet qu’Oliver avait défendu, et qui s’était fait un plaisir de le remercier en amenant la fibre gratuitement jusqu’à notre ferme. Mathurin avait ensuite expliqué à mon mari comment brancher les câbles et installer lnternet sur notre vieux PC. Rahul n’était peut-être pas ingénieur en informatique comme mon frère, mais il était suffisamment doué en bricolage, pour comprendre ce qu’il lui racontait. Et bien sûr, ils avaient contacté Jeanne pour convenir d’une heure de rendez-vous avec elle, afin que Cyrielle soit présente devant l’écran. Cyrielle resta discuter avec sa tante jusqu’à l’arrivée des invités.
Aujourd’hui, nous fêtions aussi l’anniversaire d’Alain, qui avait été un peu oublié lors de son dernier. Nous avions donc invité Claire à se joindre à nous.
C’était un bel après-midi d’été. Alain voulut souffler ses bougies le premier, et on lui devait bien ça.
Cyrielle les souffla juste derrière lui.
Leur enfance venait de s’envoler. Cousin et cousine allaient découvrir l’adolescence et vivre de nouvelles aventures. Qu’est-ce qu’elle était belle, ma fille ! J’entendis Claire qui disait la même chose que moi à propos de son fils et, en regardant Alain, je retrouvais Mathurin. Son fils était aussi son portrait craché.
Durant le repas, Oliver nous donna des nouvelles de Marie. Sa carrière lui réussissait, elle était célèbre, avait beaucoup d’argent, mais elle avait aussi gardé ses valeurs et sa gentillesse, tout autant que son amitié pour Jeanne. Nous regardions souvent ses films à la télé mais, savoir qu’elle allait bien, était un vrai soulagement. Sa carrière n’était pas facile et d’autres s’y étaient brûlés. Nous en apprîmes également davantage sur le yacht. Jeanne avait déboursé une part infime pour ce bateau, comme nous nous en doutions déjà, et avait insisté pour rembourser Marie, dès qu’elle le pourrait. Mais Marie ne l’entendait pas ainsi. Jeanne était son amie, et elle avait décidé de lui faire cadeau du yacht au prochain Noël, pour qu’elle s’y sente complètement chez elle.
Certes, Marie était devenue fortunée, mais il fallait que Jeanne comprenne qu’elle faisait aussi les cadeaux à la hauteur de ses moyens. Oliver nous montra quelques photos. Elle avait acheté une grande maison moderne sur les hauteurs de Del Sol Valley et y avait fait emménager Maryse, sa maman. Entre deux tournages, lorsqu’elle ne se rendait pas à Sulani pour rendre visite à Jeanne, cette maison était son havre de paix.
Marie avait beaucoup changé physiquement. Nous nous en étions déjà aperçus en regardant ses films mais le changement était beaucoup plus flagrant sur les photos qu’Oliver brandissait fièrement. L’adolescente qui était partie n’avait rien à envier à la belle jeune femme que nous découvrions. Elle semblait heureuse et beaucoup plus sophistiquée qu’avant, mais son regard transpirait toujours la bienveillance.
Ici, moins de notoriété, et moins d’argent. Nos soucis se bornaient à tenter d’éduquer, sans résultat, notre chienne qui se complaisait à se salir indéfiniment mais qui nous faisait aussi parfois rire de ses bêtises.
Avec Cyrielle, c’était un peu plus compliqué. Elle passait beaucoup de temps à se plaindre de tout et de rien, que ce soit auprès de nous ou auprès de son amie Céline, qui semblait la comprendre mieux que quiconque.
Cette petite me semblait posséder une patience à toute épreuve. Elle écoutait notre fille, la consolait parfois, l’écoutait encore gémir, sans se plaindre elle-même. J’en étais presque admirative.
Seulement, un jour, Céline a baissé les bras. Je pense qu’elle avait atteint un point de non-retour et qu’elle n’arrivait plus à encaisser les jérémiades de Cyrielle. Alors, elle lui a déballé tout ce qu’elle avait sur le cœur, la menaçant de rompre leur amitié si elle n’arrêtait pas de pleurnicher. Sûrement la menace ultime entre copines d’enfance... Céline ne pouvait visiblement plus en supporter davantage.
Mais ce fut un électrochoc pour Cyrielle. Elle pleura beaucoup car elle ne voulait pas perdre son amie, et elle lui promit de ne plus se plaindre ainsi. Et, surtout, ce jour-là, elles se jurèrent une amitié pour la vie sous mon œil attendri (et soulagé !)... et ma fille retrouva le sourire.
Tout changea alors. Cyrielle qui, depuis son anniversaire, avait complètement abandonné les travaux de la ferme pour se consacrer uniquement à l’ordi portable, moderne et fonctionnel, que mon frère lui avait offert (merci Mathurin !), se remit à participer aux tâches indispensables à notre activité.
Elle emmena même Crapule au parc dans l’idée de la dresser et de lui apprendre des tours. Ces promenades avec la chienne de Jeanne la rendaient enthousiaste, sauf quand notre chienne décidait de faire sa mauvaise tête.
Dans ce cas, Cyrielle s’énervait et se mettait à jurer, faisant fi des passants ou des enfants à proximité. Elle voulait que Crapule lui obéisse et il n’était pas question qu’il en soit autrement.
C’est un jour comme celui-ci qu’elle rencontra Greta. L’adolescente l’avait interpellée en lui demandant pourquoi elle criait ainsi sur son chien alors qu’il était si mignon, puis elles avaient sympathisé. Greta était originaire de Tartosa, une petite ville de la côte, situé à presque quatre heures de route de Brindleton Bay. Elle était ici pour deux mois dans le cadre d’un échange culturel entre les deux villes, et habitait chez sa correspondante, Amandine.
Les deux jeunes filles se découvrirent de nombreux points communs et découvrirent qu’elles aimaient aussi les mêmes films et les mêmes activités : la nature et les ordinateurs ! Et surtout, Greta rêvait d’avoir un jour sa propre ferme et d’en vivre. Elle ne cacha donc pas sa joie lorsque Cyrielle lui apprit qu’elle vivait elle-même dans une ferme.
Et Cerise sur le gâteau, la Tartosienne adorait Crapule. Elle trouvait la petite chienne trop mimi, trop choupi, trop cuty... Bref, tous les superlatifs bisounours semblaient convenir à Crapule, si l’on en croyait Greta.
Les deux adolescentes finirent par convenir que la vie était trop injuste, que les parents pouvaient être parfois lourdingues et que Charlemagne n’aurait juste pas dû être inventé pour que le lycée n’existe pas. Si on résume la situation, Cyrielle venait de se faire une nouvelle amie.
Elle se rendit de plus en plus souvent au parc pour y rencontrer Greta et lui raconter ses malheurs d’adolescentes tandis que Greta lui racontait les siens. Nous voyions donc régulièrement Crapule, revenir de ces escapades, complètement exténuée.
A contrario, Cyrielle s’était lancée à corps perdu dans son travail scolaire. Greta était une très bonne élève, et elle voulait lui faire écho. Peut-être, un jour, ferait-elle aussi partie d’un programme d’échange, comme elle... ou comme Céline qui avait eu l’honneur d’y participer pour se rendre un mois à Mont Komorebi. Notre fille ne voulait pas être mise à l’écart et comptait faire aussi bien que ses amies. Nous saluions, Rahul et moi, sa nouvelle détermination.
Notre fille n’était ni plus, ni moins, qu’une adolescente de son âge. Elle avait ses rêves et ses envies, parfois contrés par les exigences de ses parents, mais elle venait souvent se confier à moi. Et ce soir-là, je ne m’attendis absolument à ce qu’elle m’ouvrit un cœur d’ado amoureuse. - Il est tellement beau, tellement gentil ! Elle avait rencontré le garçon à la médiathèque du lycée. Ils utilisaient des ordinateurs voisins et avaient discuté un moment sans se donner leurs noms, mais ma fille ne semblait pas se remettre émotionnellement de cette rencontre. J’essayai alors de la mettre en garde contre les sentiments amoureux de l’adolescence.
En la regardant, je sus que c’était peine perdue. Elle me souriait bêtement, faisant semblant d’acquiescer à chacune de mes paroles, mais son petit cœur fondait déjà pour le bel inconnu de la médiathèque.
Cyrielle était heureuse. Durant plusieurs jours, je l’entendis siffloter en arrosant les plantes ou chanter en prenant sa douche, jusqu’à ce qu’elle s’attriste car elle ne le croisait jamais dans les couloirs du lycée.
Un après-midi, elle reçut sa copine Greta à la maison et lui confia ses doutes, et sa peine.
Greta réussit à lui transmettre sa bonne humeur. Il y avait forcément un explication logique au fait que Cyrielle ne revoit pas son béguin de la médiathèque. Lui aussi faisait peut-être partie du programme d’échange, après tout. Il fallait être patiente. Après lui avoir fait visiter la ferme, Cyrielle emmena sa nouvelle copine sur la plage pour lui faire découvrir les environs.
Greta était enchantée par tout ce qu’elle voyait. Elle habitait à quatre heures de route de chez nous, sur la même côte, et elle s’émerveillait de voir combien les paysages ou la végétation étaient différents de ce qu’elle avait l’habitude de voir chez elle.
Elle s’enthousiasma encore lorsque Cyrielle lui apprit que l’on pouvait visiter le phare de l’île des herbes mortes, et y grimper. A Tartosa, le phare était habité par le gardien de phare, et il n’était pas question de visite.
Ce soir-là, je reçus un appel de Mathurin. Oliver et lui avaient pour projet de se rendre à Sulani pour rendre visite à Jeanne et Marie, qui serait aussi présente pendant leur séjour.
Les garçons me demandaient de m’occuper d’Alain pendant qu’ils seraient là-bas, car Claire devait s’absenter, aux mêmes dates, pour une formation professionnelle. J’étais ravie car ce serait l’occasion de profiter un peu de mon neveu.
Cyrielle était toute guillerette à l’annonce de cette nouvelle. Elle s’entendait très bien avec son cousin, et la perspective de passer deux semaines avec lui la rendait particulièrement joyeuse.
Elle m’aida encore plus que d’habitude aux travaux de la ferme et nous doublâmes, cette saison-là, notre production de jus de fruits.
Alain arriva un vendredi après les cours, ravi lui aussi de passer quelques temps avec nous, mais il avait un projet pour le soir-même, celui de se rendre au festival des épices avec un copain. Il en parla tout de suite à Cyrielle pour qu’elle l’accompagne. Ils prendraient le train ensemble jusqu’à San Myshuno.
Cette idée nous avait d’abord fait bondir, Rahul et moi, car nous trouvions Cyrielle un peu trop jeune pour sortir le soir, mais elle serait en compagnie de son cousin, et nous finîmes par donner notre accord. Mais il y avait une condition.
Rahul et moi les emmènerions en voiture. Ainsi, nous ne serions pas loin en cas de problème. Nous avions décidé de passer un peu de bon temps tous les deux et le bar à cocktails du quartier chic serait parfait pour un tête à tête amoureux, en attendant que le festival se termine.
Point de vue de Cyrielle
Papa et Maman sont vraiment super ! Je pensais qu’ils allaient refuser notre escapade au festival des épices, mais ils ont dit oui. J’suis trop contente ! C’est la première sortie que je fais sans eux, juste avec des gens de mon âge.
Quand Alain me présenta son copain, j’ai cru que j’allais m’étouffer. Le beau gosse de la médiathèque se trouvait devant moi, et il avait l’air aussi surpris que moi. - Cette fille est ta cousine Cyrielle ? demanda-t-il - Ben ouais, pourquoi ?
Apparemment, Jérôme, c’est comme ça qu’il s’appelait, avait parlé de moi à Alain, tout comme j’avais parlé de lui à ma mère. - Alors comme ça, la fille super canon de la médiathèque, c’était ma cousine ! Purée, quelle coïncidence ! - Et si on allait plutôt se faire un défi de curry épicé, hein ? Ça t’évitera de dire trop de bêtises !
Jérôme avait l’air aussi mal à l’aise que moi, mais j’étais très heureuse parce que je savais qu’il me trouvait super canon.
Evidemment, Alain fit plein de blagues à notre encontre tout au long de la soirée, mais j’avoue que ça a mis une bonne ambiance, même si parfois, Jérôme ne savait plus quoi répondre.
Je ne l’avais pas revu au lycée car il avait attrapé la grippe du lama et était resté cloué au lit par la fièvre. En plus d’être beau gosse, Jérôme était un garçon vraiment sympa.
J’ai passé avec lui une super soirée. Je suis vraiment contente qu’il soit un bon pote à mon cousin. Au moins je sais que je le reverrai. En attendant, il a trinqué à la plus jolie fille de la soirée, en me mangeant des yeux.
Et au moment de nous séparer, il m’a même enlacée pour me dire à bientôt. C’était trop trop chouette !
Le lendemain matin, au p’* déj, il a fallu qu’Alain ouvre la bouche et raconte tout aux parents. Evidemment, Papa est parti en live parce qu’un garçon m’a serrée dans ses bras. Hou la ! J’ai eu droit à un super discours moralisateur, merci Alain !
Il a fallu lui expliquer qu’il ne s’était rien passé. Heureusement, mon cousin a confirmé. Maman avait l’air de beaucoup s’amuser de cette petite discussion.
- Tu sais, pour ton père, tu seras toujours un bébé. C’est difficile pour lui de te voir grandir. Ouais bon... mais il faudrait pas oublier qu’il a grandi quand même, le bébé !
Point de vue de Thérèse
Voilà un peu plus d’une semaine qu’Alain est chez nous. Il s’est vite acclimaté au travail de la ferme et semble prendre plaisir à nous aider. Et même si parfois, certains de nos pensionnaires ne lui facilitent pas la tâche, il ne se laisse pas décourager et continue quand même. Il nous a d’ailleurs avoué qu’il adorait participer à l’entretien des plantes et aux soins des animaux.
Ce matin-là, nous étions tous levés de bonne heure. C’était le jour de la foire de Finchwick et toutes les besognes devaient être bouclées avant que nous partions.
Evidemment, la reine de la journée allait être Caprice, et elle devait être la plus belle de toutes avant d’être présentée au village.
Je venais à peine de l’installer dans l’étable qu’on lui avait attribuée, que Madame avait déjà deux admiratrice, qui la prirent en photo. Ça commençait fort.
Pendant ce temps, Rahul avait décidé d’aller saluer Kim. Il était loin le temps où mon mari travaillait pour elle comme garçon-livreur.
Alain et Cyrielle, eux, dansait sur de la musique champêtre et semblaient beaucoup s’amuser.
C’est alors que je vis s’avancer vers ma fille, un jeune homme blond portant des lunettes. Son pas était assuré et il avait l’air très heureux de voir Cyrielle.
- Jérôme ! Mais qu’est-ce tu fais là ? sembla-t-elle s’étonner. - Tu as vaguement évoqué que tu viendrais à cette foire, l’autre jour... alors je suis là !
L’adolescent invita alors ma fille à danser. Elle hésita un peu mais finit par se laisser tenter. Elle paraissait totalement sous le charme.
Ils étaient vraiment mignons à danser ainsi tous les deux, et j’espérais secrètement que Rahul serait suffisamment occupé avec Kim pour ne pas gâcher leur instant.
Mon mari les avait cependant remarqués et avait abandonné sa conversation avec l’épicière pour se diriger vers eux. Alain alerta les danseurs : - Tonton en approche ! Je te conseille de lâcher ma cousine.
Rahul s’était avancé, un sourire amusé sur les lèvres, vers le jeune couple. Cyrielle et son cavalier ne savait plus où regarder. Je pouvais sentir leur gêne, uniquement à les regarder.
- Bonjour, jeune homme. Je suis de père de Cyrielle. Je peux savoir à qui j’ai à faire ?
- C’est Jérôme, Tonton, lui dit Alain, pensant venir au secours de son ami. C’est mon pote. Il est très sympa. - Et il ne sait pas répondre tout seul, ton pote ? Malgré un début tendu, la conversation se fit plus légère et se termina dans des éclats de rire.
J’en profitai alors pour m’éclipser et aller vendre mes jus de fruits. J’avais un gros stock à écouler.
A la nuit tombée, Cyrielle put enfin profiter d’un moment tranquille avec Jérôme...
...car Alain avait entraîné Rahul dans une danse endiablée. Mon mari ne perdait, cependant pas une seconde, notre fille de vue.
De mon côté, je m’étais rapprochée de Caprice pour entendre les résultats du concours annoncés par Monsieur le Maire. Elle avait reçu la troisième place du concours, comme Marguerite en son temps.
Lorsque nous rentrâmes à la maison après cette belle journée, Rahul admit devant notre fille que son copain Jérôme avait l’air d’être quelqu’un de bien. Il lui recommanda, malgré tout de faire attention à elle pour ne pas être déçue, ce à quoi elle objecta que Jérôme n’était pas son petit copain. Mais nous savions, mon mari et moi, que ce n’était plus que question de temps.
Je ne vous montre que Cyrielle pour les aspiration et les compétences puisqu’on a vu, au chapitre précédent, que Thérèse avait réalisé tous ses objectifs.
les espaces à posséder: - un bâtiment d’habitation (avec deux chambres au minimum) : OUI - deux étables pour une vache et un lama : OUI - Étable + pâturage pour « plantes-vaches » : OUI - une grange pour ranger votre matériel : OUI - un potager pour planter vos légumes et vos herbes aromatiques : OUI - un verger : OUI - un moulin (non fonctionnel, mais qui accueillera une éolienne) : OUI
Les plantations à posséder: 5 légumes : OUI 5 fruits : OUI 5 herbes aromatiques : OUI 5 fruits et légumes géants : OUI
Les animaux à posséder: Un chien : OUI Un chat : NON Abeilles dans deux ruches : OUI Insectes dans deux paradis des bestioles : OUI Deux plantes-vaches (greffes) : OUI Vache : OUI Lama : OUI Poule : OUI Coq : OUI Conditions Perfect Farmer: Être lié d'amitié avec 1 lapin et 1 renard : OUI Être lié d'amitié avec 1 volée d’oiseaux : OUI Valider la collection "Rubans de foire", avoir au moins les 9 rubans requis :3 « 3ème place », color=orange]2 « 2ème place »[/color],3 « 1ère place »et 4 « participation » =8/9ou12/9 *Facultatif* : Être lié d'amitié avec tous vos animaux de ferme : OUI (Thérèse)
La collection de rubans
Comme je vous l’avais annoncé lors du précédent chapitre, maintenant que Cyrielle a grandi, je vais me concentrer essentiellement sur elle. Thérèse a atteint tous ses objectifs, sauf pour le chat, dont j’ai encore oublié de m’occuper, mais ça ne saurait tarder. Quant aux rubans, tant pis, j’ai arrêté de me prendre la tête avec ça. D’ailleurs, pour être tout à fait honnête, deux des rubans troisième place sont les mêmes (concours de vaches). Donc, ça ne devrait me faire 7 rubans et non 8. Pour Cyrielle, seuls les objectifs du « Comme à la ferme » seront pris en compte car je ne renouvèlerai pas avec elle le « Perfect Farmer ».
Trésorerie à la fin de la semaine 13 :36 619 §(+ 28 113 §) Roue des Aléas de la semaine : Surplus de bêtes
Tous les deux avaient obtenu leurs diplômes avec mention et avaient trouvé un emploi digne de leurs compétences, qui leur avait permis de s’offrir une somptueuse demeure à Oasis Spring. Mathurin excellait dans sa profession d’ingénieur en informatique tandis qu’Oliver devenait un avocat privé, petit à petit reconnu, grâce à son réseau de connaissance et à son travail acharné.
En ce premier matin de printemps, la neige avait complètement fondu et je retrouvais plaisir à m’occuper de la ferme.
Nous avions une nouvelle vache pour remplacer Marguerite. Je ne lui avais pas encore donné de nom mais je lui en trouverai un bientôt, je le sens. En attendant, je m’occupais d’elle et essayais de lui faire sentir qu’elle était la bienvenue dans notre grande famille.
Pendant ce temps, Jeanne s’était mise en tête d’aller pêcher, et Maman l’avait accompagnée pour lui apprendre les rudiments de ce qu’elle considérait être un art.
La nouvelle vache se laissait traire facilement pour une première fois. Elle était vraiment différente de Marguerite, qui m’en avait fait voir de toutes les couleurs, à renverser mon seau ou à meugler son mécontentement. Il me semblait que tout serait facile avec elle.
Euh... Je crois que j’ai parlé trop vite. Après plusieurs tentatives, ma vache montbéliarde ne me parut pas disposée à être franchement coopérative.
Très bien... nous verrons cela... mais je saurais t’apprivoiser, crois-moi ! En attendant, j’avais un prénom tout trouvé pour la petite récalcitrante : Caprice.
Maman s’amusait beaucoup avec Jeanne qui était très enthousiaste à l’idée de ramener des poissons pour pouvoir faire de bons repas. Jeanne était ouverte à la magie de pouvoir se nourrir en autarcie et je ne pouvais qu’approuver son bon sens. Ma petite sœur me ressemblait tant !
Biscuit, heureusement, ne me faisait pas les même misères que Caprice. Il était toujours aussi conciliant et amical lorsque je m’occupais de lui.
Au même moment, mon mari devenait fou car notre fille déployait beaucoup d’énergie à faire des bêtises. Nous avions pensé qu’elle s’assagirait en grandissant, mais ce n’était pas le cas.
Rahul essayait, la plupart du temps, de rester calme et, le sourire angélique de Cyrielle suffisait souvent à le désarmer, mais pas cette fois.
Mon mari perdit le contrôle et se mit à hurler sur notre fille.
Cyrielle sentit que, cette fois, c’était sérieux. Papa ne plaisantait peut-être plus, après tout...
Elle était maintenant assez grande pour nettoyer ses propres bêtises, et Rahul veillait à ce qu’elle le fit correctement. J’espérais seulement que ses méthodes aboutiraient et que Cyrielle cesserait enfin de mettre le bazar dans toute la maison.
Selon les dires de mon mari, elle eut l’air de prendre conscience de ses actes, mais je m’inquiétais tout de même. Pourquoi se comportait-elle ainsi ? J’avais chaque fois l’impression qu’elle essayait de nous provoquer.
Nous avions, ce dimanche-là, organisé une sortie dans la forêt de Bramblewood. Jeanne avait initié Cyrielle à la pêche, et nous avions l’impression qu’elle se laissait prendre à cette activité de patience.
Rahul et moi espérions secrètement que cela lui permettrait de canaliser son énergie.
En attendant, nous profitions tous du grand air, et j’avais même réussi à approcher un petit lapin, bien moins farouche que le précédent que j’avais croisé.
Maman avait pris Naya pour l’emmener faire un tour et lui dégourdir un peu les pattes, car notre chienne, qui n’était plus toute jeune, passait maintenant la plupart de son temps, lovée sur son coussin.
J’avais profité de cette sortie familiale pour aller me présenter au nouveau gardien des créatures. Il s’appelait Maxime Sanchez, et c’était un homme tout à fait charmant.
Nous nous étions ensuite tous retrouvés pour prendre un petit goûter et papoter en famille. Maman s’était chargée de débarrasser nos déchets, et nous avions décidé de prendre le chemin du retour.
C’est là que l’impensable se produisit.
Maman s’éteignit au milieu des siens, dans cette nature qu’elle avait toujours aimée
Nous retournâmes à la ferme pour enterrer Maman auprès de Papa et les réunir dans l’éternité.
La pauvre Naya errait comme une âme en peine dans la maison, ressentant probablement toute notre douleur, et pleurant elle-même la mort de ma mère.
Au même moment, Rahul reçut un appel du Conseil Municipal, lui annonçant le décès de Lavina
Nous étions partis chercher sa dépouille en catastrophe pour la ramener jusque chez nous, et l’enterrer à la ferme, elle aussi. Nous avions besoin de tellement de courage.
Mathurin et Oliver étaient arrivés en début de soirée, avec Alain, pour se joindre à nous.
Nous passâmes une grande partie de la nuit à évoquer les souvenirs que nous avions avec Maman, mais aussi ceux que nous avions avec ma belle-mère.
Les enfants, de leur côté, essayaient de se consoler comme ils le pouvaient.
Ce sont eux qui nous alertèrent sur le troisième drame de la journée.
Naya avait, à son tour, choisi de quitter la ferme. Elle avait fait son temps, et la perte de Maman avait eu définitivement raison d’elle.
Jeanne avait essayé de supplier la faucheuse de ne pas nous l’enlever, mais son destin était déjà scellé.
Nous avions alors enterré Naya auprès de ma chère Tessie.
Rahul évacuait sa peine chaque jour, en se défoulant sur la machine à cupcakes que je lui avais offerte à Noël.
Nous n’avions jamais eu autant de viennoiseries et de petits gâteaux dans le frigo, mais nous n’avions malheureusement pas encore le cœur pour autant de douceurs.
Claire était venue nous présenter ses condoléances, un matin, alors que je me trouvais dans le poulailler.
Elle avait eu des mots justes et réconfortants qui réchauffèrent mon âme si triste. Comme c’était agréable de l’avoir pour amie et de savoir qu’elle était toujours là, après toutes ces années.
Heureusement, le temps finit toujours par passer son baume sur nos chagrins les plus lourds et, même si nous n’oublions pas, nous pouvons continuer.
Le train-train avait donc repris avec les devoirs...
...et les projets scolaires. Et nous retrouvions peu à peu le sourire.
J’étais heureuse d’avoir pris la suite de Maman à la ferme, et de perpétuer ainsi l’œuvre de sa vie. Je me demandais pourtant si Jeanne ou Cyrielle seraient prêtes, comme moi, à embrasser une vie de dur labeur lorsque le moment viendrait. Il faudrait que j’en discute sérieusement avec Jeanne, pour commencer. J’aimerais tant que la Bâtisse de Capucine reste dans notre famille.
Le travail à la ferme se poursuivait, inlassablement. Nous avions parfois nos lots de petites peines lorsque nous perdions une de nos poules mais, les deuils qui nous avaient frappés en début de saison, nous avaient permis de relativiser.
Après ses nombreuses fabrications de gâteaux, Rahul s’était lancé à corps perdu dans l’aménagement de la seconde aile de la maison. Il avait écumé les brocantes et les magasins de meuble afin de nous installer un grand salon qui ferait office d’espace détente et divertissement. Mathurin et Oliver venaient régulièrement l’aider lorsqu’ils sortaient du travail, et les filles avaient accueilli, dans des cris de joie la fin du « chantier salon », comme elles l’avaient appelé.
Afin de remercier mon frère et notre beau-frère de leur aide toujours si précieuse, Rahul et moi les avions invités à déjeuner au nouveau fast food qui avait ouvert sur le port. Les filles étaient à l’école et c’était une occasion rêvée de nous retrouver tous les quatre, entre adultes.
Malgré tout, nos conversations tournèrent encore autour des enfants. Ils faisaient partie de notre quotidien et nous ne pouvions nous empêcher de raconter leurs progrès ou leurs bêtises. Nous apprîmes ainsi que les formulaires sur les choix d’orientation avaient été distribués au lycée et que Marie rêvait de s’installer à Del Sol Valley pour poursuivre une carrière d’actrice. La pauvre se présentait à tous les castings correspondant à son profil, mais elle n’avait toujours pas été retenue et se persuadait que son avenir se jouerait dans la ville des stars.
Oliver et Mathurin étaient très inquiets à la possibilité que Marie puisse un jour partir là-bas, dans cette ville remplie de prédateurs, mais ils étaient également conscients qu’ils ne pourraient pas la retenir contre son gré. Ils lui avaient donc demandé terminer son année de lycée, et de bien réfléchir, avant de faire un choix.
Le restaurant est une création de Jadegilbert19 que vous trouverez dans la galerie sous le nom de "City Diner"
De mon côté, je me demandais pourquoi Jeanne ne nous avait pas informés au sujet des formulaires d’orientation. Lorsque nous rentrâmes à la ferme, après une petite promenade sur le port, nous trouvâmes Marie avec les filles. Elles venaient de terminer leur goûter et étaient en grande conversation à propos de Del Sol Valley.
Je profitai que Cyrielle soit partie jouer dans sa chambre pour demander à Jeanne pourquoi elle n’avait rien dit à propos de son orientation.
Je sentis immédiatement l’embarras de ma jeune sœur et la mit tout de suite à l’aise pour nous parler franchement : - Tu se souviens de ce voyage scolaire que nous avons fait à Sulani en début d’année ? Jeanne y avait rencontré des écologistes qui œuvraient à la préservation de l’archipel, mais également des biologistes marins avec qui elle avait beaucoup discuté. Je me rappelle qu’elle était revenue enthousiaste de ce voyage dans les îles qui avait permis à sa classe de découvrir les différentes professions liées à l’océan. Elle en avait parlé des jours durant.
Jeanne voulait devenir biologiste marin. Elle avait déjà pris ses renseignements et envisageait de rejoindre, après le lycée, l’école de l’Océan, qui se trouvait dans la ville d’Ohan’Ali, afin d’y être formée à la profession de ses rêves. Elle en parlait avec beaucoup d’exaltation et je sentis, avec un petit pincement au cœur, que son engouement ne serait pas passager.
Ma sœur n’avait pas osé nous faire part de ses projets car elle n’ignorait pas que j’avais besoin d’aide à la ferme, et que son départ précoce allait m’en priver. Rahul et moi décidâmes de l’encourager. Elle allait partir très loin et nous ne la reverrions plus très souvent mais j’étais heureuse qu’elle ait trouvé sa voie. Elle travaillait suffisamment dur pour que son dossier de candidature ne soit pas rejeté par le centre de formation de Sulani. J’étais vraiment très fière d’elle.
En attendant son départ, Rahul avait mis en place un petit tableau centralisant les emplois du temps de toute la famille et, surtout, il avait instauré un couvre-feu à 23 heures pour Jeanne qui sortait de plus en plus souvent le soir, sans se soucier des horaires de cours du lendemain. Maintenant que son dossier avait été envoyé, nous avions l’impression qu’elle s’endormait sur ses acquis.
Rahul l’avait plusieurs fois prise en flagrant délit de non-respect de son couvre-feu, et les choses ne s’étaient pas très bien passées. Il faut dire, qu’au lieu de se faire toute petite, ma sœur avait la mauvaise habitude de nous prendre pour des imbéciles en disant invariablement qu’elle « n’avait pas vu l’heure ». La sanction fut immédiate et, d’un commun accord, nous la privâmes de sortie durant une semaine.
Jeanne mit à profit ses soirées de libre pour s’adonner à son passe-temps favori. Chaque jour, en fin de journée, elle se rendait sur la plage pour aller pêcher.
Elle ne vit pas tout de suite la petite boule de poils, qui l’observait depuis un moment déjà, tout en jouant avec le poisson abandonné sur la jetée.
Ce sont ses petits jappements qui la firent se retourner. Elle abandonna sa ligne pour aller à la rencontre du petit chiot et, à force de douceur et de friandise, elle finit par apprivoiser la petite bête sans collier.
Elle arriva dans le salon, alors que nous regardions un vieux film en noir et blanc. L’odeur nauséabonde qui l’entourait, nous signala immédiatement sa présence. Elle nous fit son plus grand sourire pour nous supplier de garder la petite créature qu’elle nous avait ramenée.
Après la mort de Naya, j’avais dit que j’attendrai un peu avant d’adopter un autre chien, et il fallait croire que ce moment était à présent venu. Rahul et moi acceptâmes donc, sans grande difficulté d’accueillir notre nouvel ami dans notre maison, mais mon mari exigea de Jeanne qu’elle lui fasse une toilette sans tarder.
Ma sœur ne se le fit pas dire deux fois et s’empressa de conduire le petit chiot dans la salle de bain avant de prendre elle-même un bon bain. La petite bête avait tellement gesticulé et éclaboussé partout que Jeanne avait fini par l’appeler Crapule.
J’avais abandonné Rahul à notre film pour ressortir du grenier les affaires de Naya. Cela me réchauffait le cœur de savoir qu’elles allaient servir à notre nouveau petit compagnon, qui avait déjà l’air se sentir à l’aise sur le coussin de Naya.
Crapule s’allongea et s’endormit pratiquement tout de suite. Elle était propre, nourrie, elle avait chaud... Elle était bien. J’entendis la voix de Cyrielle derrière moi : - Maman ? Il va rester avec nous le petit chien ?
- Oui, ma chérie. C’est une petite chienne. C’est Jeanne qui l’a trouvée. Elle l’a appelée Crapule, et elle va rester vivre avec nous. - Oh Maman, c’est super ! Je vais bien m’occuper d’elle ! Je te le promets !
Cyrielle avait bondi de joie et m’avait sauté au cou avant de retourner se coucher en chantant.
- Je crois que tu as fait une heureuse aujourd’hui. - Oui, j’ai croisé Cyrielle dans le couloir. Elle sautait comme un lapin. Je crois qu’elle ne va pas beaucoup dormir, surtout que je lui ai dit que Crapule resterait avec vous lorsque je partirai pour Sulani.
- Tu ne vas pas le regretter ? - Non. Je la verrai lorsque je viendrai pour les vacances. Elle sera beaucoup mieux à la ferme qu’à Sulani où je n’aurai pas trop le temps de m’occuper d’elle.
Crapule était déjà dans son élément à la ferme. Elle me suivait partout, que je sois au jardin où à m’occuper des animaux. Elle avait très vite trouvé sa place parmi nous.
Ce jour-là, elle eut même le loisir d’assister à la naissance d’un petit poussin qui sortait tout juste de sa coquille.
Mais la personne avec qui elle passait le plus clair de son temps était Cyrielle. Elle avait compris qu’elle rentrait chaque fois de l’école à la même heure, et elle se postait fièrement sous le porche pour attendre notre fille, cinq minutes avant son arrivée. Elle ne se trompait jamais. Cyrielle le lui rendait avec une petite friandise qu’elle sortait miraculeusement et son cartable, et plein de gros câlins.
Cette semaine-là, il y eut une épidémie de varicelle à l’école et Cyrielle n’y échappa pas. Elle passa les premiers jours au fond de son lit avec beaucoup de fièvre et d’énormes boutons qu’il nous fallut lui interdire de gratter.
Quelque fois, elle venait s’allonger au salon pour être auprès de nous, et Jeanne lui apportait un jus d’oranges qu’elle venait de presser. Elle était très inquiète pour sa nièce et entendait lui redonner de l’énergie et des forces avec quelques vitamines naturelles.
Au troisième jour, elle finit par se lever, mais avait grand besoin des câlins et de l’attention de toute la famille pour l’aider à se rétablir.
Après sa maladie, et grâce à Jeanne qui lui avait vanté les mérites du grand air pour être moins malade, Cyrielle abandonna plus souvent son ordinateur pour s’intéresser de plus près au jardin, puis aux animaux de la ferme. A l’observer ainsi nourrir les poules ou m’aider à désherber, je repris espoir de la voir un jour prendre la relève pour s’occuper de notre petite entreprise familiale.
Mais elle restait aussi une petite fille qui aimait jouer à la poupée ou au docteur, en compagnie de notre petite chienne.
A la veille de la foire de Finchwick, nous fêtâmes les anniversaires de Jeanne et de Marie. Les jeunes filles avaient insisté pour passer à l’âge adulte en même temps, car elles savaient qu’elles allaient emprunté des chemins différents et qu’elles ne se verraient plus aussi souvent.
Cette réunion familiale était sans doute la dernière qui nous voyait au complet avant bien longtemps et nous comptions tous en profiter.
Le lendemain, la maman de Marie l’accompagna jusqu’à Del Sol Valley où elle emménagea dans un petit appartement avec une jeune actrice de publicité.
Mathurin, lui, avait décidé de nous accompagner à la foire de Finchwick pour faire oublier sa tristesse à Oliver mais aussi, pour lui faire découvrir les joies de la campagne. Jeanne, quant à elle, ne partirait que le lendemain matin. En attendant nous profitions joyeusement de cette foire de printemps. J’y avais présenté un fruit du dragon et une tarte à la citrouille, me demandant si l’un des deux allaient remporter un prix. Jeanne était optimiste et pariait sur le fruit du dragon.
J’espérais que le nouveau maire serait aussi de cet avis.
J’allai me présenter à lui. Il s’appelait Florent Morin. C’était un homme jeune et fort sympathique qui avait été formé par Lavina. Henford-on-Bagley n’avait donc pas de soucis à se faire. Il me confirma, avec plaisir, que les produits de la Ferme Bellecour, pourraient toujours être vendus lors de la foire de Finchwick.
J’étais vraiment soulagée car c’est ici que nous faisions le plus gros du chiffre d’affaires de la ferme. Les ventes explosaient toujours et j’arrivais à y écouler tout mon stock de jus.
Mon fruit du dragon remporta le premier prix du jury. Monsieur le maire me remit un superbe ruban de satin rouge ainsi qu’une tulipe et une rose. Elles étaient nettement moins jolies que celles de mon jardin mais je les acceptai avec fierté.
En rentrant à la maison, Cyrielle, qui tombait de sommeil, nous embrassa très rapidement et courut se mettre au lit, tandis que Rahul et moi appréciâmes notre dernière soirée avec Jeanne, autour d’une partie de cartes. Demain, elle s’en irait...
les espaces à posséder: - un bâtiment d’habitation (avec deux chambres au minimum) : OUI - deux étables pour une vache et un lama : OUI - Étable + pâturage pour « plantes-vaches » : OUI - une grange pour ranger votre matériel : OUI - un potager pour planter vos légumes et vos herbes aromatiques : OUI - un verger : OUI - un moulin (non fonctionnel, mais qui accueillera une éolienne) : OUI
Les plantations à posséder: 5 légumes : OUI 5 fruits : OUI 5 herbes aromatiques : OUI 5 fruits et légumes géants : OUI
Les animaux à posséder: Un chien : OUI Un chat : NON Abeilles dans deux ruches : OUI Insectes dans deux paradis des bestioles : OUI Deux plantes-vaches (greffes) : OUI Vache : OUI Lama : OUI Poule : OUI Coq : OUI
Conditions Perfect Farmer: Être lié d'amitié avec 1 lapin et 1 renard : OUI Être lié d'amitié avec 1 volée d’oiseaux : OUI Valider la collection "Rubans de foire", avoir au moins les 9 rubans requis :2 « 3ème place », 1 « 2ème place », 3 « 1ère place » et 4 « participation »=6/9ou10/9 *Facultatif* : Être lié d'amitié avec tous vos animaux de ferme : OUI
Thérèse a presque atteint ses objectifs. Ne reste plus qu’à adopter un chat et à valider cette fichue collection de rubans qui m’agace, il faut bien le reconnaître. D’autant que maintenant, je n’arrive même plus à obtenir des rubans de participation... Nous avons pourtant eu une mise à jour qui promettait un arrêt du bug, mais chez moi, ce n’est pas flagrant. Alors, comme je l’ai dit depuis le début, si je n’y arrive pas, je considérerai uniquement le total des rubans obtenus par Thérèse. Ne reste plus aussi qu’à voir Cyrielle grandir. Ensuite, je pourrai me concentrer sur elle uniquement. Et, avec cette troisième génération, j’oublierai les conditions « Perfect Farmer » pour me recentrer sur le challenge CALF uniquement.
Trésorerie à la fin de la semaine 12 :8 506 §(- 26 156 §) Roue des Aléas de la semaine : Fantastique sol (enfin revenu !)
Mathurin et Oliver venaient de passer une semaine entière à la maison pour aider Rahul à finir l’aile Est de la ferme. Cette semaine avait été chargée en travaux mais nous avions profité aussi de merveilleux moments familiaux, comme le mariage d’Oliver et Mathurin, ou l’anniversaire de Marie.
Ce fut une semaine particulièrement enrichissante. Tandis que les hommes suaient sang et eau pour donner à la bâtisse un visage de ferme digne de ce nom, Maman, Jeanne, Marie et moi, nous occupions de la ferme.
Alors que ce n’était pas son univers, je fus surprise de voir à quel point Marie aimait les animaux.
Nous nous retrouvions chaque fois, après nos tâches et corvées, près du moulin, et c’était un plaisir de voir son enthousiasme infatigable. Nous avions tous créé, cette semaine-là, de vrais liens avec cette jeune fille si authentique.
Aujourd’hui était le dernier jour où nous pouvions jouir de ces moments précieux, tous ensemble. Les hommes étaient restés à la ferme tandis que Maman et moi avions amené notre petit monde au nouveau parc de jeu de la ville. J’avais, bien sûr, appelé Claire pour qu’elle se joigne à nous.
Jeanne et Marie n’étaient pas pressées de se quitter mais, ce soir, nous fêterions l’anniversaire de Jeanne et elles vivraient leur rentrée au lycée dès le lendemain. Les vacances étaient donc bien terminées. Les filles n’étaient pas inquiètes cependant, car avec tous les anniversaires qui s’annonçaient cet hiver, elles étaient sûres de se revoir très bientôt.
A notre retour du parc, nous commençâmes d’ailleurs par fêter celui de Jeanne, en nous réunissant autour d’une bonne table.
Tout le monde avait faim ; les hommes parce qu’ils avaient travaillé dur toute la journée, et nous, car nous avions profité du froid vivifiant de l’hiver une bonne partie de l’après-midi. Un bon repas chaud allait certainement nous faire beaucoup de bien.
A la fin du repas, nous nous approchâmes tous du gâteau pour célébrer l’anniversaire de ma petite sœur. Maman l’autorisa même à allumer ses bougies.
C’était un grand moment car son enfance s’envolait, et nous fîmes en sorte qu’elle s’envole dans un tourbillon de confettis.
Ma petite sœur entrait à présent dans l’adolescence et n’avait plus rien d’une enfant.
Naya était comme nous, et avait l’air très heureuse du changement qui s’était opéré sous ses yeux.
Quelques matins plus tard, nous nous réveillâmes sous une tempête de neige. L’hiver avait revêtu son manteau blanc, et ses flocons tombèrent toute la journée sans discontinuer.
Les animaux ne mirent pas le nez dehors et restèrent bien au chaud dans leurs abris, incités uniquement à sortir par l’appel du ventre. Les soins qu’ils reçurent ce jour-là, ne s’éternisèrent pas.
Nous restâmes, nous aussi, cocooner à l’intérieur, loin du froid glacial et saisissant de la tempête hivernale. Maman et Jeanne s’étaient douillettement installées près de la cheminée pour travailler su le projet scolaire de ma sœur, et Cyrielle avait bien envie, elle aussi, d’apporter sa pierre à l’édifice.
Je m’étais mise à la cuisine, tandis que Rahul m’accompagnait à la pâtisserie. De bonnes odeurs flottaient dans l’air, rendant notre ferme encore plus chaleureuse qu’elle ne l’était déjà.
Un soir, Papa vint même nous rendre une petite visite mais, ce petit coquin s’est amusé à hanter les objets de la maison, filant une trouille bleue à Naya.
Cyrielle n’était pas une petite fille de tout repos. Il fallait souvent la reprendre, et Rahul s’en chargeait beaucoup mieux que moi.
Jeanne nettoyait souvent ses bêtises mais, parfois, nous intervenions avant qu’elle n’ait eu le temps de le faire. - Allez, on se pousse, je nettoie !
La tempête avait cessé et, bien que les températures soient encore largement en-dessous de zéro, les poules réussirent à faire quelques pas timides dans la neige.
Je testai, ce jour-là, une nouvelle friandise sur Biscuit, lui donnai à manger, ainsi qu’à Marguerite...
... puis allai retrouver mes petits amis du repaire de l’hirondelle. Eux aussi étaient sortis malgré le froid ambiant.
Les abeilles hibernaient, le jardin aussi. Les récoltes étaient maigres mais quelques plantes avaient tout de même encore besoin de mon attention, et ne s’agissait pas de les oublier.
A la veille de Noël, j’emmenai Jeanne avec moi à Henford-on-Bagley, dans le quartier de Finchwck, pour y faire les derniers achats pour le repas du lendemain. J’achetai donc la dinde chez Kim ainsi que quelques légumes, pendant que Jeanne discutait avec Lavina.
- Thérèse ! s’exclama ma jeune sœur, figure-toi que Lavina n’a pas de conseil municipal, demain ! - Je l’espère bien. C’est quand même Noël.
- Lavina, je vous attends demain pour partager la dinde avec nous. Et n’oubliez pas que nous fêterons aussi l’anniversaire de Rahul. Lavina n’avait pas oublié, bien sûr, et elle était très heureuse de notre invitation. Elle avait également hâte de revoir sa petite-fille. Ses obligations l’empêchaient souvent de venir la voir aussi souvent qu’elle ne l’aurait souhaité.
Je lançai également une invitation à Agnès et Agatha, alors que j’allais acheter de l’engrais. Lavina m’avait dit qu’elles seraient, cette année, seules à Noël, et je ne pouvais pas ignorer cette information. Agnès en fut extrêmement touchée.
Elle commença par décliner gentiment mon offre mais, devant mon insistance, finit par se laisser convaincre. Nous aurions donc deux convives de plus.
Lorsque nous rentrâmes, Jeanne se mit en tête de réaliser une composition florale, avec le houx de notre jardin, pour égayer un peu la maison. Elle avait d’ailleurs une idée bien précise concernant la décoration durant cette période de fête, et était revenue d’Henford avec des sacs chargés de nouvelles décorations.
Cyrielle tenait compagnie à Naya et, tout en jouant sur la tablette que Mathurin lui avait offerte, elle racontait à notre chienne tous les cadeaux qu’elle avait commandés au Papa N’hiver.
Quant à moi, il était grand temps que j’œuvre en cuisine si nous voulions de la dinde à Noël.
J’appris à Rahul que j’avais invité les cousines Ladentelle à se joindre à nous. - Cette vieille bique d’Agnès ?! Et elle a accepté ? - Elle a un peu hésité, mais elle a dit oui.
- C’est pour ça que je t’aime, tu le sais ? Tu es toujours si prévenante et si attentionnée envers les autres.
Mon mari m’avait alors embrassée.
- J’espère seulement qu’Agnès ne fera pas des siennes lors du repas. Elle est assez imprévisible, et un rien peut contrarier sa perception rigide de la vie. - C’est Noël, Rahul, ne t’en fais pas.
Et toi aussi, tu auras le droit à ton Noël, ma Naya. Je t’ai acheté un bel os, bien gros, comme tu les aimes !
Jeanne avait terminé ses compositions de houx et les avait déposées sur les buffets. Pour une première fois, je trouve que ma sœur était vraiment douée. Je pense qu’elle nous réalisera de vraies merveilles avec ses petites mains.
Au matin de Noël, Oliver était venu aider Rahul pour ramener le sapin puis ils avaient décoré la maison, sous les directives de Jeanne qui avait une idée bien précise de ce qu’elle voulait, tandis que je finissais de m’activer en cuisine. Mathurin n’avait pu se joindre à eux car il avait encore des partiels à réviser mais, nul doute que ma petite équipe de décorateurs était satisfaite du résultat obtenu.
Après le départ d’Oliver, nous avions, Rahul, Maman et moi, commencé à dresser la table. Les invités seraient là dans moins de deux heures et tout devait être impeccable.
Tous arrivèrent à l’heure dite, et commencèrent à entamer des conversations. Agnès était venue avec sa cousine Agatha, et Lavina n’avait pas non plus manqué le rendez-vous. Seule Marie manquait à l’appel car elle fêtait Noël avec sa maman, au grand désespoir de Jeanne.
Nous avions fait manger les enfants avant nous afin de profiter au maximum de tout le monde, et nous avions bien fait.
La joie était présente dans toutes les assiettes, mais aussi dans nos conversations.
Cyrielle et Alain trépignaient d’impatience devant le gros tas de cadeaux étalés sous le sapin. Nous leur avions permis d’en ouvrir un mais il leur faudrait patienter encore un petit peu avant d’ouvrir le reste.
Nous avions débarrassé la table pour faire place au gâteau et fêter l’anniversaire de Rahul. Maman et moi étions très étonnées de constater qu’Agnès se sentait tellement à l’aise chez nous, qu’elle avait sorti son point de croix.
Elle s’était tout de même résolue à abandonner son ouvrage pour se rapprocher de Rahul et lui chanter un joyeux anniversaire avec nous.
Elle mettait d’ailleurs beaucoup de cœur à chanter, Agnès.
Lavina avait pris son fils dans les bras. Elle était très émue de le voir passer le cap des quarante ans.
Oh, mais que se passe-t-il ? Agnès venait de brandir son sac à mains pour s’en prendre à Oliver.
Le pauvre avait simplement voulu embrasser son mari mais, cela avait suffi à choquer la vieille femme. Mathurin s’amusait beaucoup de la situation.
Oliver essaya de parer les coups mais Agnès s’acharna sur lui en le traitant de tous les noms d’oiseaux devant les enfants.
Cela ne me plut pas du tout, et je me vis obligée de m’en mêler en demandant à Agnès de s’en aller.
Celle-ci s’en fut donc, la tête haute, et, ce qui me navra le plus fut cette impression d’autosatisfaction qu’elle semblait dégager. Elle était vraiment très fière d’elle.
Afin de détendre l’atmosphère et de faire oublier aux bambins la scène spectaculaire à laquelle ils venaient d’assister, nous les avions autorisé à ouvrir le reste de leurs cadeaux.
Oliver reprocha gentiment à Mathurin d’être resté sur sa chaise à regarder sa mésaventure. - Que veux-tu ? J’ai trouvé ça trop marrant !
Jeanne, qui avait d’abord été surprise par le comportement d’Agnès, riait maintenant comme une baleine et se moquait d’Oliver : - Quand je vais raconter ça à Marie !
De mon côté, j’essayai de rassurer Agatha qui se confondait en excuses pour le comportement inapproprié de sa cousine. Ce n’était pas à elle de s’excuser.
C’est ce moment-là que choisit le Père Hiver pour faire son apparition. Mais où donc était passé Clément ?
Alain profita de toute cette agitation pour grandir.
Et, évidemment, le pauvre était un peu tristounet car nous avions tous oublié son anniversaire.
Heureusement, il trouva du réconfort dans les bras de Cyrielle, mais aussi plein de cadeaux qui n’étaient là que pour lui.
A la fin de la soirée, Maman raccompagna tous nos invités jusqu’à leurs voitures. Quel Noël ! Je crois que je ne suis pas prêt de l’oublier.
Le lendemain matin, j’amenai Rahul jusqu’au moulin pour lui montrer le cadeau que j’avais pour lui et que je n’avais pas pu emballer : une machine à cupcakes.
La surprise eut son petit effet, et mon mari me serra dans ses bras. Il pourrait dorénavant donner libre cours à son imagination pour créer toutes sortes de pâtisseries.
A midi, en ce premier jour de la nouvelle année et, pour ne pas déroger à nos habitudes, toute la famille s’était réunie pour fêter ce jour exceptionnel, il est vrai, mais également pour célébrer, non pas un, mais trois anniversaires.
Cyrielle eut l’honneur d’ouvrir les festivités.
Mathurin avait ensuite pris le relais.
Puis ce fut mon tour.
Mathurin et moi jouions à présent dans la cour des grands aux mêmes titres que Rahul et Oliver.
Nous passâmes un réveillon endiablé à profiter d’un savoureux buffet, écouter de la musique et danser. La fête avait battu son plein jusqu’à trois heures du matin et nous en avions même oublié de regarder le décompte jusqu’à minuit. Heureusement, nous avions installé quelques lits de camps pour que tout le monde puisse rester dormir à la maison.
Le lendemain après-midi, après le départ de Mathurin, d’Oliver et de leurs enfants, je me rendis avec Jeanne et Cyrielle à la foire aux volailles de Finchwick.
Nous avions dormi très tard. Rahul avait donc préféré rester à la ferme pour s’occuper de nos bêtes et de nos cultures, ce qui me permit de présenter mon œuf doré et ma poule Caramel pour le concours.
J’adorais cette foire car elle nous permettait, chaque fois, de rencontrer de nouvelles personnes avec qui nous pouvions échanger sur nos méthodes de travail. C’était très enrichissant.
Lorsque nous rentrâmes à la maison, Naya dormait à poings fermés, comme une bienheureuse. Cyrielle aurait bien voulu lui raconter que Caramel avait remporté la deuxième place du concours de volailles mais c’était peine perdue. Naya devait être plongée dans ses rêves, et nous n’allions pas tarder à l’y rejoindre. La journée avait été longue.
- un bâtiment d’habitation (avec deux chambres au minimum) : OUI - deux étables pour une vache et un lama : OUI - Étable + pâturage pour « plantes-vaches » : OUI - une grange pour ranger votre matériel : OUI - un potager pour planter vos légumes et vos herbes aromatiques : OUI - un verger : OUI - un moulin (non fonctionnel, mais qui accueillera une éolienne) : OUI
Les plantations à posséder : 5 légumes : OUI 5 fruits : OUI 5 herbes aromatiques : OUI 5 fruits et légumes géants : OUI
Les animaux à posséder :
Un chien : OUI Un chat : NON Abeilles dans deux ruches : OUI Insectes dans deux paradis des bestioles : OUI Deux plantes-vaches (greffes) : OUI Vache : NON Lama : OUI Poule : OUI Coq : OUI
Conditions Perfect Farmer :
Être lié d'amitié avec 1 lapin et 1 renard : Renard ok (Philou) - Lapin noir et blanc en cours Être lié d'amitié avec 1 volée d’oiseaux : OUI Valider la collection "Rubans de foire", avoir au moins les 9 rubans requis : 2 "3ème place"», 1 "2ème place", 2 "1ère place" et 4 "participation" *Facultatif* : Être lié d'amitié avec tous vos animaux de ferme : OUI
Trésorerie à la fin de la semaine 11 : 34 662 § (- 35 081 §) Roue des Aléas de la semaine : (oups ! j’ai oublié de la tourner...)
Le lendemain matin, nous prîmes le petit déjeuner tous ensemble, et dans une bonne humeur générale. Cela faisait si longtemps que ce n’était pas arrivé que ça mérite d’être souligné.
Papa et Maman se regardaient avec des yeux plein d’amour et de tendresse, et je me fis la réflexion que tout cela avait été possible grâce à la gentillesse d’une petite fille.
Nous terminâmes notre petit déjeuner sur des conversations légères avant d’aller tous nous préparer pour attaquer notre journée.
Oliver arriva à sept heures et demie pour récupérer Marie avant de l’emmener à l’école.
La petite fille était si heureuse de voir son père qu’elle lui sauta dans les bras dès son arrivée.
Papa se leva pour accueillir Oliver. - Votre petite fille est adorable, lui dit-il. - Merci. J’essaye de faire au mieux.
- C’est donc vous qui partagez la vie de mon fils ? - Oui, c’est moi le gay. Vous voyez, je suis quelqu’un de tout à fait normal, tout comme Mathurin.
Je vis Papa déglutir, puis il lui présenta ses excuses pour tous les préjugés qu’il avait eus, ce à quoi Oliver lui répondit qu’il en avait malheureusement l’habitude. Les deux hommes discutèrent un moment et je pus constater que, contre toute attente, le courant passait plutôt bien entre eux.
Papa demanda ensuite à son nouvel ami des nouvelles de mon frère, et s’enquit de ses intentions de venir ou non nous rendre visite. - Il n’est pas encore prêt, Monsieur Bellecour, il faut lui laisser un peu de temps, lui répondit Oliver d’un air navré.
Papa accusa le coup. - Dites-lui que je regrette... et que je l’aime.
- Je le lui dirai. Sachez aussi que je fais tout ce que je peux pour qu’il accepte une réconciliation. - Merci, jeune homme. Vous êtes quelqu’un de bien.
Oliver avait ensuite emmené Marie, et Jeanne avait pris le tram pour l’école. Quant à nous, il nous fallait nous occuper de la ferme, et, ce matin, nous n’étions pas en avance. - Ça s’est plutôt bien passé, tu ne trouves pas ? demandai-je à Rahul. - Oui, ça aurait pu être pire.
De mon côté, j’étais plutôt optimiste. Marie allait passer la semaine chez son père et elle allait certainement réussir à faire plier Mathurin, peut-être même mieux qu’Oliver. Cette enfant avait réussi là où nous avions tous échoué. Papa et Maman sont même venus, ensemble, ce matin-là, pour nous aider au jardin. Je trouvais appréciable de retrouver un climat familial plus serein alors que j’entrais dans mon troisième trimestre de grossesse.
Je surpris même, à plusieurs reprises, quelques beaux regards amoureux entre mes parents, regards dissimulés entre les feuilles des arbres, et j’étais rassurée d’observer que, malgré les épreuves, ces deux-là s’aimaient toujours.
Je continuai à bichonner Biscuit pour qu’il soit au meilleur de sa forme lors du concours de l’automne.
Mais le coquin ne me le rendait pas toujours, et s’amusait de me cracher au visage. Tant pis, au moins, il était propre, nourri, brossé et heureux.
Heureusement, Marguerite ne m’infligeait pas les mêmes misères.
Elle était toujours aussi câline et affectueuse. Marguerite que j’aimais tant...
Elle restait m’écouter, aux côtés de Naya, lorsque je chantais avec mes petits oiseaux.
Et parfois même, j’ai l’impression que ma chienne et ma vache arrivaient à communiquer mystérieusement par télépathie. Elles pouvaient rester ainsi de longs moments à se regarder dans le blanc des yeux et j’aurais bien aimé savoir ce qui se passait alors dans leurs têtes.
Il faisait beau aujourd’hui sur la ferme et toutes les bêtes étaient en très grande forme, tout comme moi.
Aujourd’hui, mes plantes-vaches semblent encore plus voraces que d’habitude. Gloutonne a d’ailleurs bien failli m’attraper la main, une fois de plus. Pourtant, je faisais tout pour être aimable avec elle. Je pense que ses créatures n’ont définitivement pas d’âme.
Papa tomba malade à la mi-automne. Il était extrêmement affaibli et ne quittait plus le lit.
Maman passait beaucoup de temps à son chevet et il ne cessait de réclamer après Mathurin. J’avais la douloureuse impression qu’il restait inconsolable et qu’il était en train de se laisser mourir.
Maman et moi avions appelé Mathurin pour le prévenir de l’urgence de la situation, et il nous promit de venir dès qu’il pourrait. En attendant, Maman essayait de rassurer Papa comme elle le pouvait. Je la trouvais admirable.
Et puis un jour : - Alors, tu es prêt ? Mathurin est dans le salon. - Mathurin est ici ?
Mon père trouva suffisamment de forces pour nous rejoindre au salon avec l’aide de Maman mais il se laissa tomber dans le fauteuil à bascule, quelques larmes au bord des yeux : - Je suis tellement désolé... dit-il simplement à Mathurin, tellement désolé... Mon frère se leva : - Tu as de quoi. Tu m’as fait beaucoup de mal. Et pas seulement à moi. Je songeai alors que la réconciliation n’allait pas être facile.
- J’espère juste que tu pourras un jour me pardonner. Si je pouvais revenir en arrière, je le ferais, mais je ne le peux pas... - Moi aussi, j’aimerais bien revenir en arrière, Papa. Cela aurait évité tout ce gâchis. Tu m’as dit des choses terribles, tu en es conscient ?
J’ai cru que Mathurin allait se rasseoir mais Oliver prit la parole : - Je crois que ton père en est conscient, tu sais. Et rappelle-toi ce que tu m’as dit tout à l’heure, combien tu aimes ton père. - C’est vrai, Papa. Je t’aime. Malgré tout ce que tu m’as dit, tu es mon père et je t’aime. Je voyais mon père lutter pour ne pas laisser couler ces larmes qui ne demandaient qu’à glisser le long de ses joues.
Mathurin s’était levé et avait serré notre père dans ses bras. - Je t’aime si fort, si tu savais...
Quel bonheur de les voir enfin réunis.
- Je te pardonne, Papa, bien sûr, mais ne me refais jamais plus une chose pareille. - Plus jamais, je te le promets.
- Très bien ! Alors puisque nous avons réglé notre petit différend, j’aimerais te présenter quelqu’un.
Mathurin était allé chercher Alain dans la chambre de Jeanne et l’avait ramené au salon. Papa retrouva le sourire devant le petit garçon que Mathurin tenait dans ses bras.
- Je te présente Alain, ton petit-fils. Il lui tardait de faire la connaissance de son papi. - Je peux le prendre un peu ?
Papa passa une bonne partie de l’après-midi à jouer avec mon neveu.
Son bonheur était palpable et, malgré sa fatigue, il ne lassait pas de jouer avec le petit bambin.
La fatigue le surprit cependant en fin d’après-midi et il s’allongea pour faire la sieste, non loin de nous, sur le canapé, pendant que nous savourions autour de la table, les histoires savoureuses de Mathurin, qui nous avaient tant manquées.
Ce que nous n’avions pas tout de suite remarqué, c’est qu'un bambinet fatigué avait lui aussi trouvé un endroit confortable pour faire sa sieste.
Oliver avait regardé Mathurin : - Tu vois, je suis sûr que tu te sens mieux maintenant. - Je me sens même très bien.
Je fus réveillée en plein sommeil, quelques nuits plus tard, par de violentes contractions. Nous nous levâmes Rahul et moi, encore somnolants, pour nous approcher du berceau. Cette fois, les douleurs ne ressemblaient en rien à celles que j’avais déjà eues auparavant, et nous n’aurions jamais le temps de nous rendre jusqu’à l’hôpital.
J’accouchai, à une heure du matin, d’une magnifique petite fille que l’on prénomma Cyrielle.
Rahul et moi étions déjà en adoration devant cet incroyable petit bout de chou issu de notre amour.
Et nous n’étions pas les seuls. Toute la maisonnée, qui avait été réveillée par mes cris, se retrouva très vite autour du berceau pour faire la connaissance de notre princesse.
Ils furent comblés par les petits cris de joie et les jolis sourires que Cyrielle leur renvoyait. Jeanne était aux anges. Elle se retrouvait tatie pour la seconde fois.
Et devinez qui a envoyé ses félicitations à Thérèse ?
Le mois qui suivit, je décidai d’organiser un grand repas familial à l’occasion de la fête des récoltes. Nous nous étions levés de bonne heure, comme chaque matin et Jeanne, tout excitée à l’idée de rencontrer les gnomes des fêtes, connut une sacrée mésaventure.
Je ne sais pas ce qu’elle avait fait pour mettre en colère ce petit gnome si gentil qui était pourtant déjà venu nous rendre visite les années précédentes. Quoiqu’il en soit, Papa vint à secours, pour tenter de le calmer.
La journée commençait bien... Papa subit le même sort que Jeanne et se retrouva électrisé.
Ils tentèrent de chanter pour apaiser la colère du nain de jardin mais rien n’y fit.
Maman, elle, avait fait amie-amis avec deux autres gnome tandis que le furieux avait popé au salon et que j’essayais, à mon tour, de faire passer sa colère en déposant près de lui, une assiette de poulet au beurre. - Du poulet ? me dit Maman. - Et pourquoi pas du poulet ?
Heureusement, ça fonctionna. Mon petit cadeau improvisé semblait avoir plu à notre ami qui reprit l’apparence amicale que Maman et Papa lui avaient toujours connue.
Avez-vous déjà essayé de préparer un grand repas avec des petits gnomes dans les jambes ?
Je vous assure que ce n’est pas facile du tout, surtout lorsque famille se met à chanter à côté d’eux.
Je réussis tout de même à terminer la cuisson de mon jambon, sans encombre. Rahul prit même la peine de jeter un œil à ma magnifique préparation.
Après avoir mis le plat au frais, je filai au jardin pour m’occuper des animaux. J’avais encore beaucoup de choses à faire avant que nos invités n’arrivent et j’espérais être prête à temps.
Maman m’était toujours d’une grande aide dans ces cas-là et elle se faisait une joie de s’occuper de Cyrielle.
Mathurin et Oliver étaient arrivés à l’heure dite avec Alain et Marie. Toute notre famille était donc à nouveau réunie en ce jour de fête des récoltes.
Papa et Maman était heureux car leurs trois enfants étaient auprès d’eux, ainsi que leurs deux petits-enfants, et Marie qui était aussi considérée comme de la famille.
Les mauvais moments étaient maintenant loin derrière nous, et la joie de nous retrouver tous ensemble à savourer un bon repas, chassait tous les mois de tristesse que nous avions traversés. C’était l’essence même de notre famille : se retrouver autour d’une table, partager de la nourriture, discuter, rigoler... Ces bons moments n’avaient pas de prix.
Alain ne s’en apercevait pas encore car il en avait assez de rester assis sur sa chaise, mais il y viendrait, lui aussi.
Jeanne, qui avait compris sa détresse, l’aida à s’extirper de la chaise haute et lui fit un câlin : - Allez viens, on va jouer avec Marie, ce sera plus drôle.
Alain suivit les filles en poussant des petits cris de joie, nous laissant entre adultes pour poursuivre nos conversation. Cette soirée fut l’une des plus belles que j’ai passée et elle restera longtemps dans mon cœur.
Ce matin-là, je fus réveillée vers quatre heures par Naya. Ma pauvre chienne ne se sentait pas bien du tout, et, le temps de laisser un mot à Rahul et mes parents, je l’emmenai chez le vétérinaire.
Notre vétérinaire de famille se faisait vieux et allait bientôt prendre sa retraite. Il nous présenta son successeur.
Le nouveau médecin était aussi doux que l’ancien et, Naya se sentit rapidement en confiance avec lui. Le traitement qu’il lui donna fit très vite son effet, et je me sentis soulagée de savoir que j’avais un nouveau vétérinaire sur lequel compter.
Lorsque j’arrivai à la ferme, la matinée était déjà bien avancée et Papa venait de finir de nourrir les animaux. Il m’avait ôté une belle épine du pied.
- Je mérite bien un petit café, non ? - Avec plaisir. Je vais te faire ça. Moi aussi, j’en ai bien besoin, d’ailleurs.
- Tu sais que je t’aime, ma chérie ?
Il me prit dans ses bras : - Oh oui, je le sais. Moi aussi, je t’aime, Papa.
Naya vint se joindre à nous et je ne vis pas tout de suite ce qui était en train de se passer.
Elle couina puis détala à toute vitesse, me laissant seule face à mon père gisant au sol, sans vie.
Le malheur venait de s’abattre sur notre ferme.
Rahul, qui n’était pas loin, arriva en courant, quelques minutes avant la faucheuse.
Heureusement que Jeanne et Maman n’assistaient pas à ce terrible drame. Jeanne était à l’école, et Maman me dira plus tard, qu’à cet instant-là, elle était en train d’admirer les fleurs du jardin.
La Faucheuse se saisit de Papa...
Nous allâmes, Rahul et moi, prévenir Maman, puis nous enterrâmes Papa aux pieds de son arbre préféré.
Les semaines qui suivirent furent très dures. Maman était inconsolable.
Elle pleurait plusieurs fois par jour sur la tombe de mon père, sans répit...
Jeanne était anéantie. Je faisais au mieux pour la réconforter mais c’était très difficile, ma peine étant aussi lourde à porter que la sienne.
J’avais un mari adorable qui avait pris mon relais pour s’occuper de nos animaux.
Il savait que je tenais à ce que Biscuit soit parfait pour la prochaine foire de Finchwick et il mettait tout en œuvre pour ne pas me décevoir. C’était sa manière à lui de m’épauler et, si ce n’était pas parfait, il aurait eu au moins le mérite d’essayer.
J’avais prévenu Mathurin de la terrible nouvelle. Lui aussi était profondément effondré. Il se reprochait de ne pas avoir voulu se réconcilier avec Papa plus tôt et il s’en voulait énormément.
Aucune de mes paroles ne parvinrent à le soulager. Nous devions, chacun à notre façon, faire notre deuil.
Mon frère alla retrouver Rahul dans notre chambre pour faire la connaissance de Cyrielle.
Mon mari me dit que Mathurin avait un peu vidé son sac et il pensait que cela lui avait fait du bien.
En tous cas, il l’avait remercié de l’avoir écouté.
Le temps faisant son œuvre, chacun soulageait sa peine comme il le pouvait. Ma famille, et surtout ma petite Cyrielle, était ma force et me permettait de maintenir la tête hors de l’eau.
Les risettes de ma fille auraient adouci tous les chagrin du monde.
Jeanne trouvait son réconfort auprès de Naya.
Mais également auprès de Maman, qui lui transmettait sa connaissance sacrée du tricot, comme elle l’avait fait avec moi, lorsque j’avais son âge. Ces échanges privilégiés leur faisaient le plus grand bien, à toutes les deux.
Bien sûr, j’entendais encore Maman pleurer dans sa chambre au milieu de la nuit, mais c’était moins souvent.
Elle ne s’effondrait plus en larmes, non plus, lorsqu’elle regardait la dernière photo de famille que nous avions prise avec Papa, même si sa tristesse demeurait palpable.
Un soir, nous nous retrouvâmes tous autour du projet scolaire de Jeanne. Nous allions déjà mieux et cette petite activité familiale nous permit de nous changer les idées
Lorsque nous achevâmes le volcan tant espéré, nous étions tous heureux. Même Maman s’était prise au jeu et avait été embarquée par notre enthousiasme.
La vie continua donc de s’écouler sur notre chaumière, laissant, petit à petit, plus de place aux joies qu’aux peines.
Rahul progressait en pâtisserie et nous faisait des pains de plus en plus savoureux, pour le plus grand plaisir de nos papilles.
Notre fille allait grandir dans quelques jours et nous n’avions même pas vu le temps passé.
Le jour de son anniversaire, elle faisait une triste mine.
Tiens, ça me rappelle quelque chose... Cyrielle avait hérité la couleur de mes yeux et la chevelure noire de Rahul et, malgré sa moue, c’était une bien jolie petite bambinette.
Elle retrouva le sourire lorsque Jeanne l’emmena jouer dehors et qu’elle découvrit le joli monde qui lui ouvrait ses bras.
Ce samedi-là, Jeanne et moi, nous rendîmes toutes les deux à la foire de Finchwick. Rahul était resté auprès de Cyrielle et Maman voulait aussi profiter de sa petite fille. Alors, une fois n’est pas coutume, j’y emmenai ma petite sœur.
J’avais présenté à la foire, de la laine arc-en-ciel, une belle laine soyeuse et tout en couleur.
Evidemment, Biscuit restait la star de la journée. Jeanne s’était d’ailleurs chargée de le faire savoir à tout le monde en l’habillant pour la circonstance. Qu’il était beau notre lama.
Ce jour-là, j’installai un stand, devant le pub, pour y vendre mes jus de superfruits et ceux aux fruits du dragon. Les ventes explosèrent tellement que je dus réapprovisionner la table deux fois. J’avais empoché un sympathique petit pactole.
Pendant ce temps, Jeanne se faisait une nouvelle amie.
Nous étions toutes les deux satisfaites de notre journée mais le fûmes plus encore lorsque Biscuit fut désigné au micro comme étant le gagnant de la première place du concours de lama.
- un bâtiment d’habitation (avec deux chambres au minimum) : OUI - deux étables pour une vache et un lama : OUI - Étable + pâturage pour « plantes-vaches » : OUI - une grange pour ranger votre matériel : OUI - un potager pour planter vos légumes et vos herbes aromatiques : OUI - un verger : OUI - un moulin (non fonctionnel, mais qui accueillera une éolienne) : OUI
Les plantations à posséder : 5 légumes : OUI 5 fruits : OUI 5 herbes aromatiques : OUI 5 fruits et légumes géants : OUI
Les animaux à posséder :
Un chien : OUI Un chat : NON Abeilles dans deux ruches : OUI Insectes dans deux paradis des bestioles : OUI Deux plantes-vaches (greffes) : OUI Vache : OUI Lama : OUI Poule : OUI Coq : OUI
Conditions Perfect Farmer :
Être lié d'amitié avec 1 lapin et 1 renard : Renard ok (Philou) - Lapin noir et blanc en cours Être lié d'amitié avec 1 volée d’oiseaux : OUI Valider la collection "Rubans de foire", avoir au moins les 9 rubans requis : 2 "3ème place"», 2 "1ère place et 4 "participation" *Facultatif* : Être lié d'amitié avec tous vos animaux de ferme : OUI
Trésorerie à la fin de la semaine 10 : 69 743 § (+ 38 185 §) Roue des Aléas de la semaine : Surplus de bêtes
Voilà trois mois que mon mariage avait eu lieu et trois mois que Papa avait chassé Mathurin de la bâtisse. La vie dans notre havre de paix était à présent tendue au quotidien mais il fallait malgré tout veiller au bon fonctionnement de la ferme. L’insouciance de Naya était, en ce moment, une branche à laquelle chacun se raccrochait.
Papa et Maman ne s’adressaient plus la parole. Papa, qui avait commencé à construire une nouvelle aile peu avant notre mariage, dans le but que nous ayons Rahul et moi, un petit coin bien à nous, en avait rapidement achevé les travaux et s’y était exilé. On ne le voyait presque plus. Maman dormait à présent avec Jeanne afin que nous puissions avoir un peu d’intimité, même si ma petite sœur pouvait jouir de notre chambre en journée. Je l’avais autorisée à y laisser toutes ses affaires pour qu’elle ne soit pas trop déboussolée.
C’était un crève-cœur de les voir ainsi, eux qui s’étaient toujours tant aimés mais, Papa ne revenait pas sur sa décision et Maman n’était pas prête de lui pardonner.
J’ai honte de le dire mais j’étais heureuse d’avoir mes animaux pour prétexte afin de m’échapper de l’ambiance électrique qui régnait dans la maison.
Cette saison-là, j’allais particulièrement bichonner mon ami Biscuit car je comptais le présenter au concours de lamas de la foire d’automne à Finchwick. Marguerite avait gagné la troisième place du concours de vaches, au printemps et j’espérais que Biscuit obtienne au moins une deuxième place.
Grâce à une superbe présentation de son projet scolaire, Jeanne avait gagné des entrées gratuites pour le festival des enfants, qui avait lieu à Wakaba. Rahul et moi utilisâmes pléthore d’arguments pour convaincre Maman de nous accompagner mais elle abdiqua lorsqu’elle se rendit compte que cela lui éviterait de rester seule avec Papa. Nous prîmes donc le train avant le lever du jour, ce matin-là, et arrivâmes à Wakaba à temps pour que Jeanne puisse commencer sa chasse aux créatures du vide.
Et elle était plutôt douée, Jeanne, pour trouver ces petites bestioles virtuelles auxquelles elle ne s’était jamais intéressée avant ! Prise par l’ambiance du festival, elle demanda, à Maman de lui acheter un kabuto. C’est donc coiffée de cet étrange chapeau de papier qu’elle repartit en chasse après le déjeuner.
Maman, Rahul et moi profitâmes donc pour nous promener un peu dans le quartier puis nous dégustâmes chacun une crêpe à la glace au matcha et un sodas au litchis. Ces produits locaux nous surprirent par des saveurs dont n’avions pas l’habitude mais que l’on apprécia tous les trois.
A la fin de la journée, Jeanne découvrit que la capture de cinq créatures du vide n’était pas suffisante pour obtenir une récompense de Yamachan, la mascotte du festival. Elle subit ce jour-là la première grosse déception de sa jeune vie.
Heureusement, un petit selfie avec l’idole des enfants, suffit à lui faire retrouver le sourire.
A seize heures, nous nous rendîmes à la gare pour prendre le dernier train vers Brindleton Bay. Ma petite sœur s’endormit sur la banquette, le sourire aux lèvres, emportant avec elle les merveilleux souvenirs de sa journée à Wakaba.
La première chose qu’elle fit, ce soir-là, avant de se coucher, fut d’accrocher au mur la photo que Rahul avait prise d’elle en grande conversation avec Yamachan. Finalement, ce fut la pus belle récompense de sa journée.
Quelques jours plus tard, Maman reçut un appel de Mathurin qui nous annonçait la naissance de son fils Alain. Je me suis chargée d’en informer Papa mais, celui-ci refusant de se joindre à nous pour aller chez Claire, c’est seules que nous y sommes allées, Maman et moi. Lorsque nous arrivâmes, mon frère tenait son fils dans les bras. Il semblait vraiment à l’aise et très heureux.
Il lui donna même le biberon. Je pense que je n’avais jamais imaginé Mathurin dans le rôle de père mais je trouvais qu’il lui allait à merveille.
Maman félicita Claire avant d’aller tenir son petit-fils dans les bras.
Au moment de partir, Mathurin me confia qu’il n’avait jamais ressenti cela avant, que l’amour qu’il avait pour ce tout petit être défiait tout ce que l’on pouvait imaginer, et, à regarder ses yeux pétillants de bonheur, je n’avais aucun mal à le croire.
Un soir, alors que tout le monde était couché, je surpris Papa dans le salon, en train de regarder la télé.
- Oh... désolé... me dit-il en se levant. Je vous croyais tous couchés... Finalement, ce comique n’est pas si drôle que ça. Je vais retourner dans mes quartiers. - Non. Reste un peu. Tu es chez toi, ici, tu le sais.
- Une maison dans lequel je ne suis plus le bienvenu... - Mathurin, non plus, n’y est plus le bienvenu, rappelle-toi.
- Je ne le sais que trop... Je crois que j’ai commis ce jour-là la plus grosse erreur de ma vie, et je me demande si un jour, vous pourrez me pardonner.
- En ce qui me concerne, je ne te pardonnerai que le jour où Mathurin sera accepté sous notre toit, pas avant. Pour ce qui est de Maman et de mon frère, je ne peux pas répondre à leur place. - Et ce pauvre Rahul... J’ai gâché votre mariage. - Oui.
- Tu crois qu’il est trop tard pour que je répare mon erreur ? Tu crois que Mathurin accepterait de revenir à la maison ? - Ça, je n’en sais rien. Il est en couple avec un gentil garçon, et il vient d’avoir un fils. Et il est heureux. Il ne pourra pas revenir si tu n’acceptes pas tout ça.
- C’est tellement ridicule, quand j’y pense... Tous ces préjugés bien ancrés en moi, depuis tout jeune... Quand Mathurin m’a dit que... j’ai perdu le contrôle... Si tu savais comme je m’en veux. J’ai perdu mon fils, ce jour-là... par ma faute... J’ai perdu ta mère... toi... j’ai tout perdu.
- Et bien appelle-le. Tu n’en auras le cœur net que lorsque tu lui auras parlé. - Tu as raison... Je l’appellerai demain matin.
- Merci, Thérèse, merci de m’avoir écouté... - Je t’en prie, Papa. Passe une bonne nuit.
Un soir, alors que j’allais me coucher, je trouvai Jeanne en sanglots, dans la chambre. - Qu’y a-t-il, ma puce ? Qu’est-ce qui ne va pas ?
- Papa m’aime plus, il ne vient plus me voir, et il me fait plus de câlins... réussit-elle à me dire, entre ses larmes. Et voilà ! Nous pensions la préserver, mais les enfants ne sont pas aussi naïfs que nous voulons le croire. Ils observent, ils voient et ils ressentent.
Mais que dire à ma petite sœur si triste, au milieu des histoires de grands ?
Je la serrai contre moi en lui promettant que tout allait s’arranger.
C’était bien parti pour, en tous cas... Papa devait appeler Mathurin mais il ne l’avait toujours pas fait... Alors, j’espérais.
J’avais, malgré tout, réussi à calmer Jeanne, et elle avait finalement rejoint le lit de Maman pour s’y endormir rapidement.
Rahul était entré dans la chambre lorsqu’il avait vu ma sœur en sortir. - Tout va bien avec Jeanne ? - Oui, mais son petit cœur d’enfant est blessé. Il va falloir faire attention.
- Alors, on peut discuter entre adultes, maintenant ? - Mais oui !
Et c’est ainsi que nous passâmes une bonne partie de la nuit... à discuter...
Ce fut une bien jolie discussion qui m’amena, trois semaines plus tard à celle que j’allais avoir avec mon mari : - Je peux t’interrompre, mon chéri ? - Oui... Je lisais un de ces bouquins sur l’éducation qui se trouvait dans la bibliothèque de tes parents. J’aimerais savoir comment faire pour être plus proche de Jeanne. - Sois toi-même. Tu es déjà parfait, je t’assure.
- Merci, ça me fait chaud au cœur. Tu voulais me parler ? Tout émue que j’étais de savoir ce que j’allais lui dire, je ne pus m’empêcher de pousser des petits cris joyeux et aigus en lui annonçant que j’étais enceinte.
J’étais comme une petite folle et Rahul était si heureux que je crois qu’il a dû utiliser tous les superlatifs de notre langue pour exprimer sa joie.
- Quel bonheur d’entendre ça, les enfants. Ça me fait tellement plaisir. Maman se tenait debout derrière nous et nous ne l’avions même pas entendu arriver.
Elle me prit dans ses bras. - Si tu savais comme vous me rendez heureuse ! La chaleur de ses bras et l’émotion dans sa voix m’ébranlèrent. Je sentais qu’elle reprenait du poil de la bête et son sourire me réchauffa entièrement. - Alors ? Fille ou garçon ?
- Maman ! Il est un peu trop tôt pour le savoir, non ?
J’avais également appris ma grossesse à Papa. Il était heureux lui aussi, mais l’accueil qu’il avait reçu de Mathurin, à la suite de son appel téléphonique, l’empêchait de savourer pleinement la nouvelle. Il passait le plus clair de son temps, dans son antre, devant la petite télé pingouin que le Père Hiver m’avait offerte lorsque j’étais encore bambinette, et maintenant, il y prenait même ses repas, sachant combien Maman lui en voulait encore.
Sans Papa pour effectuer les travaux de réparation à la ferme, je fus bien obligée de m’y coller. Je ne souhaitais pas embêter Maman avec ça, et Rahul, qui n’était pas du tout bricoleur, même s’il commençait à s’y mettre, ne pouvait pas encore m’épauler dans certaines tâches délicates.
Je me retrouvai donc à entretenir la bâtisse en plus de mon travail quotidien qui me prenait déjà beaucoup de temps et d’énergie, et la fatigue commençait à se faire sentir.
Je pris donc, ce jour-là, la décision de rendre visite à Mathurin pour lui annoncer ma grossesse, mais également pour lui parler de Papa. La situation ne pouvait plus durer. En arrivant devant chez lui, je tombai nez à nez avec une petite fille qui sortait de la maison et tenait Cahouète dans ses bras.
- Bonjour ! Tu es la sœur de Thurin, hein ? Tu ressembles à la photo ! - Oh bonjour ! Oui, je suis Thérèse. Et toi, qui es-tu ?
- Je suis Marie, la fille de Oliver ! me répondit-elle d’une voix pétillante. Tu veux que je t’accompagne dans la maison ?
- Bonjour sœurette ! lança mon frère. Je vois que tu as fais la connaissance de Marie ! - Oui, elle est charmante.
Je venais à peine d’annoncer ma grossesse à Mathurin et Oliver que nous entendîmes la petite fille pousser un cri.
Nous accourûmes pour constater que le pauvre Cahouète venait de s’éteindre. Mathurin avait beaucoup de peine devant le corps inerte de son chat et ami de toujours, et la petite Marie pleurait à chaudes larmes.
Nous prîmes le temps de donner une sépulture décente à l’animal, puis Oliver raccompagna Marie chez sa Maman. Je profitai de son absence pour parler de Papa à Mathurin et il me promit, pour me faire plaisir, j’en ai bien l’impression, qu’il réfléchirait sérieusement pour reprendre contact.
Au retour d’Oliver, je le questionnai sur sa fille. Oliver avait été marié quelques années avec la maman de Marie puis avait divorcé. Quelques temps plus tard, et après quelques aventures féminines désastreuses, il s’était rendu compte qu’il était attiré par les hommes et que, si son mariage avait échoué, c’était probablement pour cette raison.
Ayant toujours entretenu de bonnes relations avec Maryse, son ex-femme, il avait alors décidé de jouer franc jeu avec elle, et, ensemble, ils décidèrent d’en faire part à Marie. Oliver et Maryse se sont même arrangés pour caler la garde alternée de la fillette sur celle d’Alain, le fils de Mathurin, pour que les deux enfants puissent se connaître et grandir ensemble lorsqu’ils seraient chez leurs pères.
Mon frère m’informa qu’il n’aurait la garde alternée d’Alain que lorsque celui-ci aura été sevré. En attendant, Claire lui ouvrait sa porte chaque fois qu’il le désirait, pour voir son fils. C’était agréable de voir à quel point Mathurin et Oliver s’organisaient en bonne intelligence avec leurs ex-conjointes pour le bien-être de leurs enfants.
Mathurin avait gagné en maturité et je pense qu’Oliver n’était pas étranger à ce changement. Je décidai donc de m’en faire un allié pour une réconciliation future entre mon père et mon frère, et lui racontai tout ce que mon père m’avait dit.
Oliver réagit exactement comme je l’avais prévu et insista gentiment auprès de Mathurin pour qu’il revienne sur ses positions, en lui rappelant l’importance de la famille.
Ce n’était pas gagné car Mathurin était très en colère contre Papa, mais je ne doutais pas instant que son amant finirait par le convaincre.
Deux semaines plus tard, je conduisis Jeanne chez mon frère et mon beau-frère pour qu’elle fasse la connaissance de Marie. Les deux fillettes jouèrent ensemble tout l’après-midi, et le courant passa tellement bien entre elles qu’elles se jurèrent une amitié éternelle.
C’est au moment de partir, que je fis rapidement connaissance de Maryse, l’ex-épouse d’Oliver, qui m’avait l’air d’être une femme charmante.
La vie se poursuivait à la ferme, et, chaque soir à la nuit tombée, avant que les petits oiseaux du repaire de l’hirondelle ne s’endorment, j’allais chanter avec eux et leur rappeler combien je les aimais. Naya me suivait toujours. Je pense qu’elle était intriguée par ces petits animaux qui volaient et à qui je parlais, mais elle ne leur aboyait jamais dessus. Elle se posait, près de moi, en observatrice silencieuse. Je chérissais tellement ces moments.
Les soirées étaient souvent les mêmes, tranquilles et sereines et, avec la fraîcheur d’automne et l’humidité qui tombait le soir sur notre chaumière, nous avions allumé notre bonne vieille cheminée dont les bûches crépitaient chaleureusement au creux de leur âtre. Rahul ramassait le bois, le coupait et le fendait, puis s’installait devant la télévision communautaire pour en suivre les actualités. Un repos bien mérité tandis que Maman aidait Jeanne à faire ses devoirs et, qu’à mesure que le temps passait, Naya me demandait de plus en plus d’attention.
Mais je l’aimais tant que je ne considérais pas le temps que je passais auprès d’elle comme perdu. Elle était un membre de la famille à part entière et elle nous le rendait bien.
Rahul adorait la pâtisserie et, lorsque Jeanne en avait terminé avec ses devoirs, il l’enrôlait et lui confiait ses secrets pour faire de fabuleux pains et de bonnes brioches. Elle était enchantée et lui posait tellement de questions que lui-même ne savait parfois plus que lui répondre. Je savais qu’il rêvait de plus, car il m’avait un jour parlé d’une machine à cupcakes mais, pour le moment, j’envisageais d’épargner nos simflouz durement gagnés pour finir l’aile gauche de la bâtisse. Ce ne serait pas pour tout de suite mais, j’espérais qu’il m’en restât quelques-uns pour offrir la machine de ses rêves à Rahul, à Noël, jour où il fêterait ses quarante ans. J’espérais tellement que cela puisse se faire.
Chaque soir avant le dîner, lorsque Rahul s’occupait d’enseigner la pâtisserie à Jeanne, Maman allait faire un tour dans le jardin et s’asseyait près du moulin que Papa avait bâti de ses mains. Je l’y avais surprise un soir puis m’étais éclipsée pour la laisser seule. Sa tristesse me fendait chaque fois le cœur. Elle restait là, immobile, certainement perdue dans des souvenirs plus heureux.
Et lorsqu’elle revenait vers moi, elle prenait ses aiguilles à tricoter et ressassait le bon vieux temps : - Tu sais que j’ai pratiquement tricoté tous les pulls de la famille, Thérèse ? Même celui que tu aimes tant. - Bien sûr que je le sais, Maman.
Et puis, elle me questionnait invariablement sur mon frère : - Tu crois que Mathurin va revenir ? Je sais qu’elle l’espérait de toutes ses forces et je l’espérais aussi mais je n’avais toujours pas de nouvelles d’Oliver et j’ignorais la réponse à sa question. - J’aimerais bien, Maman...
- J’aime ton père, tu sais... Je n’ai jamais aimé quelqu’un comme je l’aime. Aujourd’hui, nous sommes vieux... et si nous devions partir sans nous retrouver... celui qui resterait n’y survivrait pas... Je n’avais jamais pensé à cette éventualité. Mes parents m’avaient toujours paru éternels et pourtant, je les voyais vieillir sans que leur fin ne m’apparaissent comme une évidence.
Après notre conversation, je laissai Maman s’attabler pour dîner tandis que je lançais une préparation de jus de fruits de dragon avant de rejoindre, pour dîner, tout mon petit monde... sauf Papa...
Lorsque mon troisième mois de grossesse fut passé, nous décidâmes, Rahul et moi, d’annoncer notre bonheur à sa mère et nous partîmes pour Henford-on-Bagley. J’en profitai aussi pour faire quelques courses car nous manquions de farine et fit part à Agatha de ma grossesse. La vieille dame était enchantée et elle me fit une remise de vingt-cinq pour cent sur tous mes sacs de farine, en guise de cadeau.
Trop excité par ce que nous devions dire à sa mère, Rahul n’eut pas la patience de m’attendre et lui cria presque la nouvelle.
Lavina était aux anges lorsque je les rejoignis dans la petite cour des « Bras du Gnome ». Elle n’en finissait plus de nous féliciter et de nous dire toute la joie qu’on lui apportait.
Lorsqu’elle toucha mon ventre pour sentir les premiers coups de pied de notre bébé, je crois même qu’elle avait oublié tous les soucis de sa succession à la mairie du village. Il est vrai que Lavina, elle aussi, n’était plus toute jeune, mais cela ne l’empêcha pas de nous quitter en courant, en nous disant que personne ne prendrait sa place de maire tant qu’elle serait encore en vie.
Rahul et moi allâmes donc nous promener tous les deux, main dans la main, jusqu’au cimetière de la vieille église d’Henford. Nous étions heureux et amoureux et, un peu de solitude loin de nos familles tourmentées, nous fit respirer un peu. Nous avions si peu de ces moments pourtant si précieux.
Jeanne et Marie se voyaient souvent après l’école lorsque celle-ci était chez sa mère. Jeanne allait chez Marie et Marie venait à la maison. Ce jour-là, nous avions invité Marie. Maryse, que j’avais appris à connaître, nous l’avait déposée en nous disant qu’Oliver prendrait la relève pour venir la chercher, car c’était à son tour de l’avoir.
Après une journée riche en émotions de toutes sortes, les deux fillettes s’attablèrent à nos côtés autour d’un bon goûter que Rahul avait préparé. Ses brownies au chocolat séduisirent tout le monde, même les plus grands.
Les filles étaient en train de nous raconter leur folle journée au parc lorsque Papa entra dans la pièce. C’était la première fois, depuis mon mariage, que je le voyais dans la cuisine alors que nous y étions tous réunis. - Je peux me joindre à vous ? osa-t-il d’une voix tremblante. Maman ne l’avait pas regardé mais nous l’avions laissé répondre : - Bien sûr. Il reste quelques parts de brownie dans le frigo. Sers-toi.
Papa s’était alors servi une assiette puis s’était assis timidement sans mot dire, nous laissant à nos conversations commencées.
C’est alors que Marie avait mis les pieds dans le plat. Oliver et Mathurin m’avait prévenue qu’elle n’avait pas la langue dans sa poche mais je pus le constater, ce jour-là, lorsqu’elle s’adressa à mon père : - Alors c’est toi le monsieur qui aime pas mon Papa ?
Je faillis m’étrangler avec la dernière bouchée de mon gâteau. Maman et Rahul, qui discutaient gaiement, n’avait apparemment rien entendu de ce qui venait de se dire. Papa regarda notre petite invitée.
- Ton Papa ? Mais qui est ton Papa ? Je ne le connais même pas...
- Mon Papa, c’est l’amoureux de Thurin. C’est un très gentil Papa. Il dit que t’es gentil, mais que tu comprends rien, et qu’il faut pas t’en vouloir parce que t’es herbétique. Mais moi, je crois que tu es méchant, parce que t’aime pas mon Papa et que Thurin, il est très triste à cause de toi. Et Thurin, je l’aime bien aussi.
Marie avait affiché un air triste. Plus personne n’osait parler, mais mon père fit face à son accusatrice. - Ecoute, petite fille, ton père a certainement oublié de te dire qu’on ne parlait pas comme ça à un adulte, mais je ne lui en veux pas. Ce que tu dis est très certainement mérité.
Il marqua une pause avant de reprendre : - Et si ton Papa est si génial que ça, je veux bien le rencontrer.
Marie était aux anges : - C’est vrai ?! Maman, Rahul et moi n’en revenions pas, et Jeanne était simplement heureuse de voir son Papa assis à la même table qu’elle, et en pleine discussion avec sa meilleure amie.
Ne sachant comment garder contenance sans rien dire, j’entrepris de débarrasser la vaisselle du goûter. Mon père semblait avoir été touché par les paroles innocemment provocantes de la petite fille et je m’en réjouissais.
La conversation se poursuivit, plus légère, autour de la tablée. Jeanne et Marie expliquèrent à Papa leur amitié et comment elles s’étaient connues.
Elles n’avaient pas envie de se quitter mais Oliver devait venir chercher Marie à dix-huit heures. C’est alors que Papa suggéra que Marie reste dormir à la ferme. Maman le questionna silencieusement, se demandant s’il était sérieux, mais le signe de tête qu’il lui renvoya ne laissait aucune place au doute. Ils se comprenaient encore d'un simple regard...
Elle appela tout de suite mon frère pour savoir si Oliver accepterait la proposition.
Lorsqu’elle raccrocha, elle annonça la bonne nouvelle aux filles qui poussèrent des cris de joie. Oliver était d’accord et il viendrait chercher Marie le lendemain matin pour l’emmener à l’école.
Marie s’était levée de table et avait sauté spontanément dans les bras de mon père : - Oh merci, Monsieur ! T’es très gentil, en vrai ! Papa avait répondu au câlin de cette petite inconnue si sincèrement authentique par la même sincérité : - Arrête de m’appeler Monsieur... Je m’appelle Yvon. Et je pus entendre quelques tremolos dans sa voix, tremolos que je suis certaine de ne pas avoir été la seule à entendre.
- Bien ! s’exclama Maman, puisque tout est arrangé, laissons les filles aller jouer. Je ne pense pas que les conversations de grands les captivent plus que ça.
Jeanne et Marie avaient approuvé en courant vers les chambres. Elles avaient profité d’une soirée rien qu’à elles et pris des selfies inoubliables de leurs moments ensemble.
Papa, Maman et moi étions restés attablés car une mise au point s’imposait tout de même, et Rahul avait préféré se retirer au salon devant un vieux film pour nous laisser débattre tranquillement.
Maman avait lancé les hostilités : - Yvon... J’espère que tu n’agis pas ainsi pour me reconquérir ou charmer le cœur de ton fils... Il ne faut pas lui donner de faux espoirs. Cette petite fille ne mérite pas ça...
- Elle m’a ouvert les yeux, s’excusa platement mon père. J’avais déjà conscience de mon erreur mais son innocence... sa fraîcheur naturelle... ont eu raison de moi. J’ai déjà dit à Thérèse que je regrettais mes actes mais, en écoutant les paroles de cette gamine pleine de candeur, je mesure à quel point je me suis trompé...
- Je suis tellement désolé, Capucine... Je m’aperçois, aujourd’hui à peine, tout le mal que j'ai pu te faire, à toi, et à mes enfants bien-aimés... J’espère qu’un jour, tu me pardonneras.
- Je t’ai déjà pardonné, lui avoua-t-elle simplement dans un regard qui en disait long.
J’étais vraiment très heureuse de retrouver mes parents amoureux, se souriant bêtement comme ils avaient dû le faire à une époque où je ne les connaissais pas encore, mais je ne pus m’empêcher de leur poser la question qui tue, car oui, il fallait bien s’occuper de questions d’intendance : - C’est bien gentil tout ça, mais comment va-t-on s’organiser pour les couchages ?
Cette nuit-là, Jeanne dormit avec Marie dans ma chambre, après avoir passé une folle soirée à rigoler avec sa meilleure amie pour la vie.
Rahul et moi nous endormîmes, sereins, comme nous ne l’avions pas été depuis longtemps, depuis notre mariage sûrement, dans l’ancienne chambre de mes parents.
Quant à Papa et Maman, ils me dirent avoir discuté une bonne partie de la nuit dans l’antre de Papa.
Qu’ont-ils fait ensuite ? Ça, je crois que nous ne le saurons jamais.
A quinze heures, tous les invités arrivèrent. Malheureusement, Lavina n’avait pu être là à cause d’une assemblée générale extraordinaire du conseil municipal d’Henford-on-Bagley, mais nous fêterions cela avec elle plus tard. Papa avait installé l’arche, entre le moulin et l’étable des plantes-vaches, face à la mer. C’était féérique et le temps était avec nous.
Mon impatience n’allait pas tarder à prendre fin. Oh mais qu’est-ce qu’il était beau, mon Rahul !
J’étais tellement hypnotisée par l’homme de ma vie que je ne remarquai pas le visage tendu de mon frère. Je devinais, par contre aisément, la fierté de mon père et de ma mère.
Lorsque Rahul passa l’alliance à mon doigt, je surpris Maman, du coin de l’œil, en train d’avancer sa chaise pour mieux voir... J’étais émue... Cette fois, ça y est !
Nous étions mari et femme ! Ma petite sœur laissa échapper un « bravo » et je réalisai que ce serait à jamais pour le meilleur et pour le pire.
Nous nous embrassâmes sous une pluie de confettis, face à ce phare magnifique qui avait vu un jour l’union de mes parents. J’étais si heureuse que mon cœur s’emplissait de sensations si fortes que je pensais qu’il allait exploser.
Rahul m’enlaça à nouveau très fort. Ses mots bourdonnaient à mon oreille tant je me sentais ivre de cet instant : - Je t’aime, ma chérie, je t’aime si fort.
Moi aussi, je l’aimais. Je l’aimais tant. Était-ce celui-ci le plus beau jour de ma vie ? Il me semblait que oui.
Nous mangeâmes le gâteau des mariés puis nous réunîmes autour de la piscine, près du bar. L’ambiance était festive. Agatha vint me remercier et m’assurer qu’elle n’avait jamais vu aussi belle mariée que moi.
Aurélie, ma meilleure amie depuis l’école primaire, vint à son tour me féliciter tandis que Maman était en joie devant l’arrivée prochaine de son petit fils ou sa petite fille.
Je vis Papa et Mathurin s’éloigner...
Maman ne lâchait pas Claire. Elle était aux petits soins.
Qu’elle était fière et digne, ma belle-sœur. J’admirais la faculté qu’elle avait, connaissant sa situation, à faire bonne figure et à ne laisser rien paraître. C’était une sacré femme.
Plus loin, le ton montait et arrivait jusqu’à nous. - Papa, je t’en prie...
Mon père cria tellement qu’il fut impossible de ne pas les entendre. - Comment as-tu osé ?!!! Comment ?!!! Sa voix tremblait tant il semblait en colère, et Mathurin recula d’un pas devant la violence de son geste. Nous nous étions rapprochés pour voir ce qu’il se passait.
J’arrivais au moment où le ton de mon père se calma mais où ses paroles frappèrent. Mes jambes ne me soutenaient presque plus... j’étais en train d’assister à un drame sans précédent dans l’histoire de notre famille. - A partir d’aujourd’hui, tu n’es plus mon fils et j’aime autant te dire que tu n’es plus le bienvenu dans cette maison, alors va-t’en.
Mon cœur s’accélérait. Nous étions tous sans voix. - Papa... Je t’aime... Ne fais pas ça...
- Va-t’en, t’ai-je dit. Je ne veux plus te voir. Me frère sembla abdiquer amèrement. Que pouvait-il faire d’autre devant tant d’animosité. - Très bien. Puisque c’est ton souhait, je m’en vais. Tu me verras plus. Mes penchants « tordus » ne gêneront pas ta vie. Mais je ne reviendrai pas... Jamais.
Je regardai mon père et mon frère, le cœur complètement brisé : - Ça suffit... réussis-je à articuler d’une voix blanche. Comment avez-vous pu gâcher ainsi le plus beau jour de ma vie ? Maman ne disait rien. Elle semblait figée. Claire était restée en retrait, et Rahul m’avait soutenue de sa présence.
Mathurin s’était approché de moi, semblant réaliser que la musique s’était tue et que tous les regards étaient braqués sur notre père et sur lui. - Comment as-tu pu ? Tes révélations ne pouvaient pas attendre demain ?
- Je ne pensais pas que ça allait se passer comme ça... Je suis désolé, Thérèse...
- Pas tant que moi.
Mathurin prit Maman dans ses bras pour lui dire au revoir.
Comment une telle chose avait-elle pu arriver ? Pourquoi me sentais-je si impuissante à pouvoir arranger la situation ? Je me sentais anéantie...
J’entendis mon frère dire quelque chose à Claire...
Ma belle-sœur lui sourit. Je vis qu’elle ne lui en voulait pas. Et Maman semblait si abattue.
Mathurin embrassa sa future ex-femme puis il partit.
J’entendis mon père souffler un grand coup.
Je leur en voulais tellement, à tous les deux, pour avoir gâcher mon mariage. Comment oublier un jour ce qui venait de se passer ? Les invités avaient déserté la fête, préférant rentrer chez eux plutôt qu’assister à une histoire de famille. Demain, tout Brindleton et Henford seraient au courant du mariage le plus désastreux de l’année. Alors oui, je leur en voulais.
Seule Jeanne ne parut pas faire attention à l’évènement qui venait de se produire. Elle était bien trop occupée à jouer avec Naya.
Après le départ de Mathurin, mon père alla se coucher et on ne le revit plus de la soirée.
Jeanne était partie jouer dans sa chambre, nous laissant seuls, Maman, Rahul, Claire et moi. - Je suis navrée, les enfants, parvint à articuler ma mère, un tremolo dans la voix.
Claire essaya de la rassurer : - Ne vous en faites pas, Capucine. Ça va s’arranger, j’en suis certaine. - Je n’en suis pas si sûre, lui répondit Maman, le regard dans le vague, et si triste.
- Maman... Les choses ne pourront pas rester ainsi indéfiniment. Papa aime Mathurin. Il ne pourra pas rester sans le voir. Mais je n’en étais pas aussi convaincue que je voulais bien le laisser paraître.
La nuit tomba sur la ferme... Il n’y aurait pas de grand repas, ni de fête, ce soir...
Le samedi suivant, jour de la foire aux légumes géants de Finchwik, je testai sur Marguerite mes friandises arc-en-ciel. Elle était vraiment très jolie, ma petite vache avec toutes ses couleurs.
Ce jour-là, je perdis Brunette et Blanchette, deux de mes poules. J’avais bien vu qu’elles avaient vieilli et malgré une alimentation saine, elles finirent par rendre l’âme. Deux nouvelles poules, Alba et Gallinette virent les remplacer dans le poulailler.
Nous partîmes, Rahul et moi dans l’après-midi, pour la foire, en emmenant Jeanne avec nous. L’ambiance était très tendue entre Papa et Maman depuis notre mariage et, de mon côté, je n’adressais la parole à mon père que lorsque je n’avais pas d’autre choix. Il n’était donc pas envisageable qu’il nous accompagnât à la foire, et Maman avait préféré rester, elle aussi à la ferme.
Je présentai ce jour-là une aubergine géante de qualité parfaite et une tarte au chocolat excellente et j’eus la surprise de gagner la première place du concours de légumes géants. J’étais vraiment fière de moi.
En arrivant à la maison, mon joli ruban rouge alla rejoindre les deux rubans dorés que j’avais gagnés pour les concours de plantes et de vache.
Je rentrai aussi, ce soir-là, avec un oiseau de paradis, récompense bien méritée, selon Lavina, pour avoir présenté un aussi beau produit à la foire du village. Je m’empressai donc d’aller le planter, en espérant que cette plante apporterait un peu de raison et de douceur dans le cœur de mon père. Avec un si joli nom, il ne pouvait en être autrement et l’espoir commença à m’envahir.
- un bâtiment d’habitation (avec deux chambres au minimum) : OUI - deux étables pour une vache et un lama : OUI - Étable + pâturage pour « plantes-vaches » : OUI - une grange pour ranger votre matériel : OUI - un potager pour planter vos légumes et vos herbes aromatiques : OUI - un verger : OUI - un moulin (non fonctionnel, mais qui accueillera une éolienne) : OUI
Les plantations à posséder : 5 légumes : OUI 5 fruits : OUI 5 herbes aromatiques : OUI 5 fruits et légumes géants : OUI
Les animaux à posséder :
Un chien : OUI Un chat : NON Abeilles dans deux ruches : OUI Insectes dans deux paradis des bestioles : OUI Deux plantes-vaches (greffes) : OUI Vache : OUI Lama : OUI Poule : OUI Coq : OUI
Conditions Perfect Farmer :
Être lié d'amitié avec 1 lapin et 1 renard : Renard ok (Philou) - Lapin noir et blanc en cours Être lié d'amitié avec 1 volée d’oiseaux : OUI Valider la collection "Rubans de foire", avoir au moins les 9 rubans requis : 2 « 3ème place » et 4 « participation » *Facultatif* : Être lié d'amitié avec tous vos animaux de ferme : OUI
Trésorerie à la fin de la semaine 9 : 31 558 § (- 19 148 §) Roue des Aléas de la semaine : Récolte exceptionnelle
Et Jeanne jouait comme toutes les petites filles de son âge.
J’essayais toujours de soulager Naya et de l’envoyer s’accoupler lorsqu’il y avait un mâle qui passait dans le coin lors de nos escapades, mais il semblerait qu’elle n’attende toujours pas de petits... Je me demande si j’y arriverai un jour.
Papa et Maman s’aimaient toujours comme des fous. Cet amour faisait vraiment plaisir à voir.
Ils avaient offert à Jeanne un petit établi pour jeune scientifique que nous avions installé dans la cuisine et, ma petite sœur s’en donnait à cœur joie avec des expériences de toute sorte.
Maman devait parfois nettoyer derrière elle lorsqu’elle laissait tomber ses flacons mais elle ne faisait jamais autant de bêtises que Naya...
Heureusement, lorsque nous jardinions ensemble, Maman et moi évacuions sainement tous les petits soucis liés à l’entretien de la ferme, et j’adorais jardiner avec elle.
Papa, de son côté, avait aménagé l’aile gauche du moulin en grange. Il aurait été dommage que cette partie-là de la bâtisse n’eut pas été aménagée mais, en plus d’accueillir le foin et la paille, elle finit aussi par servir de débarras pour les objets que nous n’utilisions plus ou ceux que nous ne savions pas où ranger.
Cela avait pris beaucoup de temps à mon père car il n’était plus aussi vif et alerte qu’autrefois mais il avait tenu à faire ça tout seul alors nous n’entendions pas le contrarier.
Ce week-end-là, nous partîmes tous en forêt de Bramblewood pour faire un pique-* champêtre. Nous avions invité Mathurin et Claire, mais celle-ci était venue seule car mon frère avait, à ce moment-là une présentation semestrielle à préparer.
Mathurin lui avait promis de nous retrouver, s’il arrivait à finir à temps. Nous passâmes un merveilleux après-midi tous ensemble...
... qui se termina par une baignade dans la rivière. C’est à ce moment-là que mon frère vint nous rejoindre. Il semblait radieux. J’imaginais donc qu’il était satisfait de son travail.
La température de l’air était si chaude que nous restâmes dans l’eau jusqu’en début de soirée afin de profiter de la fraîcheur bénéfique de la rivière. Nous nous allongeâmes ensuite sur des serviettes, heureux d’êtres tous réunis, jusqu’à ce qu’il fut l’heure pour Claire et Mathurin de nous quitter.
Quelques temps plus tard, Maman apprit avec tristesse le décès d’Elsa Moreau, sa meilleure amie, qui était aussi la mère de Claire. L’enterrement eut lieu le jour de la journée « portes ouvertes » de l’institut Foxbury, à laquelle Mathurin nous avait invités. Papa et Maman, se faisant un devoir d’assister aux obsèques, Rahul et moi nous y rendîmes sans eux. Mathurin, qui avait encore des cours ce jour-là, ne put accompagner sa femme qu’il savait entourée de ses deux frères. Mon jumeau m’encouragea, ce jour-là, à déployer mon stand sur le campus.
Il m’avait dit que les étudiants seraient sûrement friands de produits faits maison et il avait raison. J’ai ouvert ma brocante durant une heure et, durant une heure, le stand n’a pas désempli, ce qui m’a rapporté une recette conséquente.
Mathurin nous fit ensuite visiter le campus que je trouvais très froid et impersonnel. Nous achevâmes notre tour des lieux par la salle commune et celle-ci ne faisait pas exception au reste : trop grande, et trop vide. Rahul et moi nous regardâmes et je compris qu’il partageait le même avis que moi.
Nous fîmes une partie de ping-pong à tour de rôle puis mon frère nous abandonna pour aller à son cours d’informatique.
Rahul et moi nous essayâmes au jus-pong puis allâmes chercher un café auprès du barista, histoire de tuer le temps. L’heure et demie passa quand même rapidement et nous quittâmes enfin la salle commune pour aller chercher Mathurin.
Il nous avait indiqué où était sa salle de cours lors de la visite que nous avions faite, mais, toutes les portes se ressemblaient et nous n’étions pas certains de nous trouver devant la bonne.
En effet, Mathurin apparut devant une porte située un peu plus loin.
- Allez, venez avec moi ! On rentre se changer à la maison puis on file au pub. Vous allez voir, on va bien s’amuser !
Je n’étais pas mécontente de quitter cet endroit trop moderne à mon goût, bien qu’il fut situé au milieu des champs.
Le pub O’Poivre, lui, n’avait rien de comparable avec l’ambiance glaciale de Foxbury. Une musique celte et avenante nous accueillit dès notre arrivée. Il y avait du monde et l’atmosphère y était chaleureuse. Un jeune homme était assis au comptoir, et Mathurin se dirigea tout droit vers lui. - Venez, nous dit-il, je vais vous présenter Oliver.
Le dénommé Oliver se leva pour venir nous saluer. Il se présenta comme étant un ami de Mathurin qui étudiait dans l’université rivale, c’est-à-dire Britechester. Le garçon était un littéraire d’un abord très sympathique et, apparemment très heureux de me rencontrer.
Mathurin et lui nous dirent se connaître depuis le début du semestre. Ils se sont connus lors d’une soirée inter-universités dans ce même pub et ont tout de suite été amis. - Enfin, nous sommes amis sauf lorsqu’il s’agit de défendre nos universités, dit Oliver en rigolant. Dans ce cas-là, nous sommes des ennemis impitoyables.
C’est vrai, je trouvais Oliver vraiment sympathique mais, quelque chose me disait qu’il y avait plus que de l’amitié entre lui et mon frère.
Lorsqu’il s’en alla, je laissai Rahul aller discuter avec d’autres étudiants et je pris Mathurin à part. - Alors, tu m’expliques ? - Il n’y a rien à expliquer. Je suis un pauvre type qui trompe sa femme. Et tu sais le plus triste dans mon histoire ? Claire est enceinte. Elle me l’a annoncé hier soir.
Je dus mettre une dizaine de seconde pour intégrer ce qu’il venait de me dire. Le problème qui se posait à Mathurin devait être aussi lourd que sa détresse. - Que comptes-tu faire ? - Je ne sais pas. Je ne peux pas quitter Claire. Je vais être Papa... je ne sais même pas comment ça a pu arriver...
- Tu rigoles ? - On a dû cracotter seulement cinq ou six fois depuis qu’on est mariés... C’est pas mon truc... Je ne pensais pas qu’il y avait un risque. - Il y a toujours un risque, même si ce n’est pas ton truc. Que vas-tu faire pour Oliver ?
Mathurin me regarda avec des petits yeux de chien battu : - Je ne veux pas quitter Oliver. C’est au-dessus de mes forces. Je compris tout de suite : - Tu es amoureux ?
Oui, il était amoureux. Je pouvais le lire dans son regard et je le ressentais lorsqu'il parlait de lui. Ses mots me le confirmèrent, mais je le savais déjà. - Je l’aime comme un fou. Je n’ai jamais ressenti ça pour personne.
Mon cœur se serra pour lui : - Alors là, c’est plus grave que ce que je ne pensais...
Trois semaines avant la fin de l’été, Maman et Claire m’accompagnèrent à la boutique de mariage pour choisir ma robe. Claire nous avait annoncé officiellement sa grossesse et elle ne se sentait pas très bien. De plus, elle affichait un air triste que je mis sur le compte du décès de sa maman. Elle avait tenu à venir avec nous mais je me demandai si c’était vraiment une bonne idée.
Lorsque nous entrâmes dans la boutique, mes craintes se dissipèrent. Claire connaissait bien les lieux car elle y avait elle-même acheté sa robe de mariée. Elle retrouva son sourire et nous guida joyeusement dans la boutique. J’étais sous le charme de toutes ses belles robes.
Elles étaient toutes plus jolies les unes que les autres mais j’avais une idée précise de la mienne et je ne la voyais pas encore.
J’entraînais Maman et Claire de l’autre côté de la boutique pour voir ce qu’ils proposaient d’autres.
Et c’est là que je la vis. LA robe. MA robe. J’étais en émoi devant cette merveille. C’était celle-là qu’il me fallait. Elle serait parfaite pour devenir la robe de mon grand jour.
Claire et Maman m’encouragèrent à l’essayer.
Elle m’allait comme un gant, et, à voir la réaction de Maman, je sus que je ne m’étais pas trompée. Cette robe serait la robe de mon mariage, du plus beau jour de ma vie.
Maman alla payer la robe en caisse puis nous abandonna. Tout ce shopping l’avait fatiguée et elle avait préféré rentrer à la maison. Claire et moi nous retrouvâmes à l’étage de la boutique où il y avait une petite cafétéria. Nous nous installâmes sur la terrasse. Claire arborait de nouveau son air triste et j’en profitai pour lui renouveler mes condoléances pour sa mère. - Il ne s’agit pas de Maman, me dit-elle. C’est Mathurin.
J’avais toujours eu peur de devoir me retrouver un jour au milieu de leur histoire et voilà que cela arrivait alors que j'aurais voulu me concentrer sur mon bonheur.
- Tu avais raison, il ne m’aime pas. Il ne pourra jamais m’aimer et je sens bien qu’il est malheureux avec moi. - Tu lui en as parlé ?
- Il voit quelqu’un d’autre. Nous n’en avons pas parlé mais je le sais. Il parle des heures au téléphone et il a ce sourire idiot. Ce n’est pas moi qui fais son bonheur, je ne le ferai jamais. Je n’ai pas voulu en parler devant ta mère mais j’ai demandé le divorce. Il a accepté.
Je savais combien elle aimait mon frère et combien cette décision devait lui coûter. - Tu es très courageuse. Et pour le bébé ? Comment ça va se passer ?
- Nous allons partager sa garde. Quelle tristesse que cet enfant vienne au monde dans de pareilles conditions. J’aurais dû y penser avant de proposer à ton frère de m’épouser. Ça nous paraissait une si bonne idée à l’époque. Il n'est même pas né que ses parents sont déjà séparés.
Je me retins de lui lancer un « je te l’avais dit ». Claire souffrait suffisamment comme ça et je savais qu’elle devait souvent repenser à cette fois où j’avais essayé vainement de les dissuader de se marier. Il était donc inutile de lui faire une telle remarque, qui aurait été déplacée. De plus, je tenais sincèrement à l’épauler. - Claire... Si tu as besoin de quoique ce soit, je serai toujours là pour toi, tu sais. Il n’est pas question que tu traverses seule cette épreuve.
- Je vais me débrouiller, ne t’en fais pas. Et même si je quitte ton frère, je sais qu’il sera tout de même là pour m’aider. Je voulais te dire une chose ; nous ne divorcerons pas avant ton mariage. Je ne voudrais pas gâcher la fête. Nous l’annoncerons à tes parents un peu plus tard.
- C’est très gentil. J’imagine combien tout cela doit être compliqué pour toi... - Je l’ai bien cherché, n’est-ce pas ?
Je m’isolai, ce soir-là, en rentrant, pour téléphoner à Mathurin. Lui aussi était malheureux et conscient qu’il avait fait une grosse erreur en épousant Claire. Oh bien sûr, il était heureux car il allait pouvoir vivre son amour au grand jour avec Oliver, mais Claire était son amie d’enfance et il lui était insupportable de la faire souffrir. Je m’installai sur le rocking-chair avec mon point de croix. J’avais besoin de réfléchir. Tout cela était déchirant. C’est en se trouvant confronté à l’amour et à sa force que Mathurin avait basculé. L’amour avait fait son apparition et l’amour était irraisonnable, et souvent impossible à vaincre.
Ma famille m’avait rejointe au salon. Maman avait allumé la télé et m’empêcha de vagabonder plus loin dans mes pensées. Comment allaient-ils prendre la nouvelle lorsqu’elle leur serait annoncée ? J’appréhendais surtout la réaction de Papa.
Le matin de notre mariage, je récoltai du miel pour la première fois. D’ordinaire, je laissai Papa ou Maman s’en occuper mais, après avoir pris soin du jardin et des animaux, j’avais encore du temps à tuer. Trop de temps, et je ne voulais pas tourner en rond en attendant l’heure de mon mariage. J’étais tellement impatiente.
Après la foire de Finchwick, j’avais déposé Marguerite, et le lama que je venais d’acheter, à la maison. J’avais ensuite rapidement embrassé mes parents puis emprunté le vieux pick-up de Papa pour me rendre au festival de l’amour à San Myshuno. Rahul m’attendait sur un chemin de pétales de roses. L’ambiance était magique.
Nous nous servîmes de cette boisson colorée qui coulait d’une fontaine aux allures féériques.
Tout ici semblait enchanteur et la boisson m’enveloppa d’une douceur envoûtante. J’eus l’impression de ne plus être la même et de sentir s’envoler toute ma timidité.
Rahul n’avait l’air guère mieux loti que moi, mais lui avait avalé son verre d’une traite.
Nous décidâmes de nous éloigner de la foule ambiante car elle me donnait le tournis... ou alors était-ce cette boisson...
L’inhibition que je ressentais me permit de lui demander pourquoi il était revenu, et il me regarda avec ses grands yeux pétillants que j’espérais plein d’amour pour moi.
- Maman m’a dit qu’elle t’avait vue... Tu lui aurais dit que tu ne m’attendrais pas et que si une opportunité se présentait, tu la saisirais. - C’est vrai, j’ai dit ça !
- Je n’aurais pas supporté, Thérèse. Je t’aime tant depuis que je t’ai rencontrée au lycée... Je sais que l’appel du monde extérieur était plus fort que tout, mais je n’ai jamais cessé de t’aimer.
Je le regardai alors en le narguant un peu, ce qui n’était pas dans mes habitudes : - Vraiment ? Alors pourquoi as-tu souhaité vivre ici, à San My, avec ma meilleure amie ? - San Myshuno n’était qu’un pied à terre. J’ai aidé Aurélie à payer le loyer de l’appartement, c’est tout.
- Mais je n’y étais presque jamais, continua-t-il. J’ai sillonné différentes parties du monde, et encore ! je n’ai pas tout vu... - Et tu regrettes ? dis-je en me levant.
- Comment pourrais-je regretter ? murmura-t-il en s’approchant de moi. Le plus beau des trésors se trouve devant moi et je ne veux pas le perdre...
Il s’approcha encore... Il ne parlait plus... Je sentis son souffle sur ma joue...
Quelque chose se passa que je n’aurais su définir... Mes jambes me soutenaient mais, à l’intérieur, tout mon corps semblait s’abandonner à ce précieux instant.
Quelque chose avait changé entre nous... La magie séductrice du festival opérait et nous permettait de nous exprimer sans tabou.
- Je t’aime, Thérèse... Je te l’ai dit tout à l’heure à la foire mais tu ne m’as pas répondu...
- Parce que ta mère était là. Mais oui, je t’aime. Je t’aime aussi depuis notre rencontre... Je t’aime de tout mon être, Rahul.
Rahul m’embrassa alors d’un baiser si doux que je crus m’envoler.
Puis il se produit une chose incroyable, aussi irréelle que l’ambiance de ce festival. - Je t’ai emmenée ici, Thérèse, pour avoir le courage de te demander une chose très importante. Je n’aurais jamais osé sans ce merveilleux thé...
- Veux-tu être ma femme ? Veux-tu que je partage ta vie à la ferme ? Je suis prêt. Les plus belles choses sont ici, là où tu es, et là où j’ai vécu. Alors, acceptes-tu ?
J’ignore comment sont les demandes en mariage en règle générale, mais je crois que celle de Rahul était la plus belle du monde. J’en frémis encore lorsque j’y pense aujourd’hui...
- Bien sûr ! Bien sûr que j’accepte !
Raoul m’embrassa...
...puis me serra une nouvelle fois dans ses bras.
Nous restâmes un moment à nous regarder, sans pouvoir nous détacher l’un de l’autre...
... mais la réalité se rappela à nous et nous savions qu’il était temps de nous séparer. La ferme m’attendait dans quelques heures très peu lointaines et Rahul le comprit. - Je t’aime, Rahul. - Je t’aime, Thérèse.
Il me serra à nouveau dans ses bras...
...puis me laissa m’en aller avec regret.
Lorsque j’arrivais à la maison, je planais encore...
Je saisis un maillot de bain dans la commode de ma chambre en prenant grand soin de ne pas réveiller Jeanne puis je plongeai dans la piscine.
Mon rêve semblait ne jamais s’arrêter... Avais-je vraiment vécu ces moments ensorcelants avec Rahul ?
Je me persuadai que oui. La magie n’avait pas été simplement celle du festival de l’amour. Le charme s’était dissipé et j’y croyais encore. Elle nous avait unis.
Le lendemain, j’eus beaucoup de mal à me réveiller avant l’aube mais, un bon café et une douche tonifiante parvinrent à me donner la force d’entamer ma journée malgré une nuit très courte. Je commençais par les travaux de jardinage.
A l’arrière du jardin, je vis que Papa avait terminé l’étable pour les plantes-vaches.
J’étais heureuse de les savoir enfin hors de portée de la curiosité de Jeanne.
Papa avait installé le lama que j’avais acheté la veille dans un abri tout près de celui de Marguerite. Je décidai d’appeler mon nouveau compagnon Biscuit.
Après m’être occupée de ma vache préférée, je donnai donc ses premiers soins à mon lama, à commencer par le brossage qui le soulagerait de toute cette laine superflue.
Papa n’en revenait pas de voir à quel point j’avais la fibre avec les animaux. Il avait tenté lui-même de s’occuper de Biscuit puis de le câliner mais, à chaque fois, il avait manqué de peu de se faire mordre.
Je fis également, sur Biscuit, un essai avec la nouvelle friandise dont je venais d’apprendre la recette. Son pelage est aussitôt devenu multicolore, ce qui était assez étonnant, mais l’animal avait l’air très heureux de ce petit changement.
Après avoir été ramassé les œufs, nettoyé le poulailler et joué un peu avec mes poules, je m’employai à donner quelques leçons de dressage à Naya qui était toujours ravie de se prêter au jeu et de passer du temps avec moi.
La journée était déjà bien entamée lorsque je retrouvai Maman dans le jardin. Elle se sentait beaucoup mieux et avait eu envie de prendre un peu l’air et de profiter du soleil printanier. Je lui racontai, encore émue, ma soirée de la veille. Maman était aussi heureuse que surprise à l’annonce de mes fiançailles et elle me questionna, avec un peu d’appréhension, sur l’endroit que nous avions choisi d’habiter après notre mariage.
Nous n’avions pas discuté de ce détail, pourtant important, Rahul et moi, mais je m’empressai de dire à Maman que je ne quitterai pas la ferme. J’habitais cet endroit depuis toute petite et je n’avais aucune intention de l’abandonner, même pour me marier avec l’homme que j’aimais. Il faudrait juste que je lui en parle.
La ferme commençait vraiment à avoir de l’allure et il y faisait bon vivre. Lorsque je revois les photos que Maman avait prises de la bâtisse lorsqu’elle est arrivée à Brindleton Bay, il n’y a plus rien de comparable.
Jeanne continuait à me suivre partout et elle s’intéressait à tout ce que je faisais, posant sans cesse des questions.
Je l’autorisai à m’accompagner dans l’antre des plantes-vaches mais elle n’essayait plus de s’en approcher. Lorsqu’elles ouvraient grand leurs mâchoires pour attraper le morceau de viande que je leur tendais, ma petite sœur avait toujours un mouvement de recul, et moi-même, je me hâtais d’ôter ma main avant qu’elles ne l’avalent avec. Je me demandais pourquoi on devait absolument garder ses bestioles mais il parait qu’elles sont indispensables à l’écosystème de la ferme.
Ce jour-là, Rahul vint me rendre visite en début de soirée.
Il venait m’inviter à dîner mais Papa nous avait prévu un barbecue familial et je dus donc refuser sa proposition.
En revanche, mon père se fit une joie d’inviter Rahul à partager notre repas, ce qu’il accepta sans se faire prier.
Nous passâmes vraiment une bonne soirée. Il fut principalement question de notre futur mariage, bien sûr, et Papa insista lourdement sur le fait qu’il faudrait que nous vivions à la ferme. Heureusement, Rahul n’était pas homme à s’offusquer facilement et il affirma à mon père qu’il n’avait pas vu les choses autrement, connaissant mon amour pour la ferme et mes animaux.
Après le dîner, nous allâmes, mon fiancé et moi faire un tour dans le jardin. - Tu es sûr que tu seras heureux de vivre ici, avec moi ? Nous n’en avions même pas discuté.
- Je serai heureux partout où tu seras. Et puis, n’oublie pas que je suis un garçon de la campagne. Je pourrais te seconder activement.
- C’est vrai, mais pour mes parents et ma petite sœur ? Nous allons vivre dans la même maison qu’eux...
- Tes parents sont charmants, et ta petite sœur aussi. Et si ça ne va pas, j’irai faire un tour. Le terrain est assez grand pour pouvoir éviter quelqu’un, et la plage est juste en bas.
Nous allions être heureux, c’était une certitude.
Nous finîmes la soirée dans l’eau, à nous éclabousser comme des enfants...
... afin de retarder l’heure fatidique de la séparation. Rahul n’était pas encore parti que je savais déjà qu’il allait me manquer.
Mon père ne rajeunissait pas, mais il avait toujours de l’énergie pour jouer avec ma petite sœur. Oh, bien sûr, je voyais que ces petites séances d’amusement le fatiguaient et duraient beaucoup moins longtemps qu’auparavant mais elles restaient tout de même une source joie pour lui, et il donnait beaucoup d’amour à Jeanne.
Ce printemps-là, j’avais décidé de me mettre à faire des conserves. Kim m’avait expliqué la technique et je me lançai aujourd’hui dans la fabrication d’un pot de mayonnaise. Il fallait bien commencer par quelque chose.
Maman était un peu réservée sur le sujet mais je lui rappelai combien cela avait été compliqué cet hiver de manquer d’ingrédients dans le frigo. Nous en avions été réduits à manger presque toujours la même chose.
Je comptais donc faire un maximum de conserves en prévision de l’hiver prochain, et Maman finit par reconnaitre que ce n’était pas une aussi mauvaise idée que cela, après tout.
Je déposai donc fièrement ma première réalisation sur l’une des étagères que Papa avait fabriquées et installées dans la cuisine afin de soutenir mon projet. J’espérais que le temps que j’avais passé sur cette première conserve aurait un heureux résultat.
J’avais pris l’habitude de me coucher tôt le soir afin de ne pas me retrouver vaseuse le matin, comme après la soirée que nous avions partagée, Rahul et moi. Je me levai donc chaque matin, à l’aube pour profiter de la nature avant de commencer ma journée. J’aimais beaucoup faire du point de croix près du moulin...
... mais surtout, j’adorais me promener le long de la plage, y entendre le bruit des vagues et le clapotis des poissons...
... et apercevoir, tout doucement, le jour se lever.
Je pouvais alors commencer ma journée et, ce matin-là, comme d’habitude, je visitais d’abord les poules.
J’eus la bonne surprise de constater que Caramel avait pondu un œuf pouvant éclore et je le mis tout de suite à couver.
J’allai ensuite m’occuper des animaux...
... puis je lançai une préparation de jus de superfruits...
...avant de partir me promener en forêt. A cette heure de la matinée, on pouvait savourer le silence et sentir encore l’humidité de la nuit dans l’odeur du bois.
J’y croisai, pour la première fois, un lapin noir et blanc. Il me regarda, intrigué puis détala aussi vite qu’il était arrivé devant moi.
Je me mis à le suivre, espérant qu’il me conduirait jusqu’à son terrier, mais il s’arrêta subitement. Peut-être souhaitait-il que l’on devienne amis, tous les deux ?
Mais mon souhait ne fonctionna pas. J’ignore ce que j’ai pu dire ou faire pour effrayer ce pauvre lapin mais il partit si vite, cette fois, que je ne pus le rattraper.
Heureusement, je retrouvai vite mes amis de la volée du vieux Vallon. Mes visites régulières les avaient rendus moins méfiants et certains d’entre eux se posaient même sur ma main.
D’autres encore se laissaient caresser pour mon plus grand bonheur.
Je me laissais souvent prendre par le temps lorsque je me trouvais auprès d’eux. Leur chant était si agréable à écouter et j’avais l’impression qu’ils chantaient pour moi.
Je poursuivis ma promenade dans les ruines de Goupil, émerveillée par la façon dont ses murs tenaient encore miraculeusement debout.
Alors que j’étais en pleine contemplation de ces merveilles architecturales, j’entendis des bruits de pas derrière moi.
Rahul s’approcha de moi : - Je suis passé à la ferme. Ta mère m’a dit que tu étais à Bramblewood.
Il m’embrassa tendrement.
Oui, je communie avec la nature et j’en admire ses trésors. Tout est si beau ici...
- Tu as raison... Lorsque je vois tout ça, je me demande encore pourquoi j’ai voulu partir si loin alors que j’avais près de moi toute la beauté du monde.
- Tu avais besoin de partir, Rahul... pour t’en rendre compte.
- Et tu sais quoi ? Au milieu de toutes ces merveilles, c’est encore toi la plus belle. - Tu me flattes, là !
- Ce n’est pas de la flatterie, c’est de l’amour. Je suis fou de toi ! - Et est-ce que le fou serait partant pour un petit dîner à la ferme ? Nous fêtons ce soir les anniversaires de Maman et de Jeanne, et c’est moi qui fais à manger.
- Et ça n’embêtera pas tes parents, tu es sûre ?
- Mes parents t’adorent. Pour eux, tu es déjà de la famille. Alors ? Tu viens ou pas ?
- Plutôt deux fois qu’une ! - Super ! Mon frère et sa femme seront là. Nous pourrons leur annoncer nos fiançailles. Viens à vingt heures.
Je repartis, toute guillerette, pour Brindleton Bay, laissant derrière moi Rahul et la somptueuse forêt de Bramblewood...
... pour investir la cuisine dans laquelle je passai une grande partie de l’après-midi afin de préparer le gâteau et de concocter un bœuf Wellington. C’était une recette délicate que je n’avais jamais faite seule, mais comme c’était aujourd’hui l’anniversaire de Maman, je ne voulais surtout pas lui demander son aide. C’était sa journée. Papa lui avait d’ailleurs offert une journée au spa en amoureux, pour l’occasion ; une belle idée pour qu’elle puisse se détendre.
Mon bœuf fit l’unanimité et Maman reconnut que j’avais de vrais talents culinaires. Papa et Maman nous racontèrent avec enthousiasme leur journée au spa. Maman avait été séduite par le service de garderie qu’offrait l’établissement et elle avoua avoir apprécié pleinement ses moments de relaxation auprès de mon père. Rahul et moi nous regardâmes et nous fûmes silencieusement d’accord pour annoncer notre futur mariage.
Toute la famille se tourna vers nous dès que je pris la parole pour aviser Mathurin et Claire de nos intentions. Ma petite sœur n’avait pas l’air d’en revenir, Mathurin nous félicita et ma belle-sœur, qui était déjà prête à se porter volontaire pour m’aider dans les préparatifs, nous demanda quelle date nous avions choisie.
Nous n’en avions aucune idée puisqu’une fois de plus, nous n’avions pas abordé le sujet alors, à l’instinct, je définis la fin de l’été, la semaine avant la foire de Finchwick qui clôturerait la saison. Je sentis sur moi le regard approbateur de Rahul et mes parents avaient l’air enchanté.
Papa nous demanda aussi où nous comptions nous marier mais je lui dis cette fois, honnêtement, que nous ne le savions pas encore et qu’il fallait qu’on en discute tous les deux ; et je devinais que cela n’allait pas être simple car Rahul m’avait appris que Lavina souhaitait organier notre mariage chez elle. Je détournai donc la conversation pour en revenir aux deux stars du jour, ma mère et ma sœur. Il était grand temps qu’elles soufflent leurs bougies.
Jeanne souffla ses bougies la première et devint une jolie petite fille.
Maman fut la seconde et, tandis qu’elle vaporisait toutes les bougies d’un seul souffle, je commençai à me faire attaquer par les abeilles
Et j’ai l’impression qu’elles ne voulaient pas me lâcher...
Enfin, passons aux deux plus belles de la soirée !
Me concernant, je crois que je vais m’en sortir avec quelques piqûres mais elles n’auront pas gâché ma soirée.
Quant à Naya, j’ai l’impression qu’elle n’a pas eu le courage d’attendre la fin de la fête.
Le lendemain matin, après avoir donné nourri la vache, le lama, les poules et plantes-vaches, je m’échappai vers Bramblewood pour rendre visite aux animaux de la forêt.
J’y croisai aussi le petit lapin noir et blanc. Il n’avait pas l’air très heureux de me voir mais j’avais envie de tenter une nouvelle approche.
Je m’accroupis pour être à sa portée et, lentement, j’avançai ma main vers lui tout en lui parlement tout doucement, pour ne pas l’effrayer. Je finis par pouvoir caresser la petite bête et restai un petit moment près de lui. Il se régala du lait de Marguerite que j’avais apporté pour me désaltérer puis il fila. J’étais quand même très heureuse d’avoir réussi à entretenir une petite relation avec ce lapin sauvage. .
En rentrant à la maison, j’installai une volée d’oiseaux dans le jardin, tout près des étables de Marguerite et de Biscuit. L’amitié que j’entretenais avec la volée du vieux vallon m’avait donné envie d’avoir la mienne, et je n’y ai pas résisté.
Je ne le regrettai pas car, dès le lendemain matin, j’eus le plaisir de traire Marguerite au rythme mélodieux de leurs petits gazouillis.
Si mes petits oiseaux se portaient comme un charme, ce n’était pas le cas de Naya qui, depuis quelques jours, n’avait pas l’air d’aller très bien.
Je me résignai donc à l’amener jusqu’à la clinique vétérinaire. Naya avait attrapé le syndrome du chien ridicule... La pauvre. Je comprends maintenant pourquoi elle se sentait si mal.
Heureusement, notre vétérinaire de famille a pu arranger ça rapidement et je pus la ramener, guérie et pleine d’énergie, à la ferme.
Ce même jour, l’œuf doré couvé par ma poule dorée avec donné un petit poussin tout jaune et tout mignon que j’appelai Aureo.
Je ne me lassai pas des merveilles que la nature pouvait nous apporter et c’est dans cet esprit que j’allai me présenter à Michael Bell, le gardien des créatures de la forêt pour lui demander quelques conseils pour approcher les animaux de Bramblewood.
Son aide me fut très précieuse et je promis de repasser le voir bientôt pour lui donner des nouvelles.
Je trouvai rapidement à mettre en pratique ce que m’avait enseigné Michael lorsque mon chemin croisa celui d’un beau renard gris qui s’apprêtait à voler dans le poulailler d’une maison avoisinante. Je lui fis tout d’abord peur, sans le vouloir, puis je dus attiser sa curiosité car il s’approcha de moi.
Je me mis à chanter pour lui et il me fit écho. Les moments que j’ai passé avec ce renard se sont soldés par une belle amitié. Je n’aurais jamais pensé qu’il serait aussi facile de se lier ainsi avec un animal aussi sauvage.
J’appelai mon renard gris, Philou et lui donnai même quelques vêtements que Michael m’avait remis. Il se laissa faire docilement. J’espérais ainsi pouvoir le reconnaître facilement lorsque je reviendrais dans la forêt.
En continuant ma promenade, je tombai, au détour d’un chemin sur mon petit lapin blanc et noir. Je le soupçonnais de m’avoir observer et d’être venu à ma rencontre. Nous commencions à tisser quelques liens mais le contact était encore parfois difficile.
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