[SBS] **Les Chevalier au fil du temps**
màj 25/07/25 - G8 Chapitre 8
Février 2021 (sur le forum vert) : ""Je me lance pour vous raconter l'histoire de la famille Chevalier.
J'ai commencé cette histoire avec le « challenge du Père Castor » qui avait été créé par Allycorne et qui m'avait donné envie de suivre un challenge.🙂 Malheureusement, elle a depuis quitté le forum pour vaquer à d'autres occupations. A l'époque, le challenge allait sur trois générations et s'arrêtait à « Heure de Gloire » mais depuis, nous avons eu d'autres extensions et packs... Alors, à un certain moment de l'histoire, je me suis lâchée sur les règles du challenge et il est devenu une sorte de challenge-legacy.
J'ai vu depuis que @Elinoee avait repris les règles pour en faire le « Challenge Step by step » !🤩 Elle a fait un travail de Titan sur le sujet, et franchement, les règles sont complètes et présentent de réels défis. Si j'avais su, j'aurais attendu !🙄 Mais de mon côté, j'en suis arrivé à la huitième génération (la génération vampire, que j'ai d'ailleurs du mal à quitter), et j'ai pris tellement de libertés avec les règles que je ne vois pas comment je pourrais rattraper tout cela.
Mais je vais essayer. Je vais vous conter ce que j'avais fait depuis le début, depuis ma fondatrice, Perrine et je reprendrai les règles du pas à pas d'Elinoee à la génération 9. Je ne sais pas comment je vais faire pour adapter mais je trouverai bien ! 😊
Il faut savoir que j'ai commencé cette histoire il ya deux ans (en 2019). A l'époque, je n'étais pas très au point sur les captures d'écran et je ne savais pas comment retirer un plumbob au-dessus de la tête de mes sims. Donc, pardonnez-moi par avance. Les choses s'amélioreront ensuite. Pour la chronologie, je crois, de mémoire, que j'avais écrit le prologue après la génération 2. "
Je vais garder ce premier post pour le sommaire.😇 Bonne lecture.🙂
G8/ Chapitre 4 - Le clan Vatore ________________________________
Caleb et moi passions de plus en plus de temps ensemble. Nous allions jouer aux échecs à la bibliothèque...
... ou boire des verres aux bars du coin. J’avais ainsi appris que la boisson préférée de mon amour était le Plasma Mary, une boisson préparée à base de liqueur et de plasma fruits, ce fameux fruits dont Caleb m’avait dit qu’ils se substituaient au plasma. Nous pouvions discuter pendant des heures, de tout et de n’importe quoi. - Vraiment ? Tu me charries, là, Rose ! - Pas du tout !
Nous avions aussi beaucoup de moments de tendresse. Un après-midi, cependant, cela avait failli déraper... Caleb m’avait embrassée, un peu plus fougueusement que d’habitude, il est vrai. Puis il m’avait embrassé la joue, me serrant de plus en plus fort.
Ses lèvres avaient ensuite embrassé mon cou, mais elles appliquaient une telle pression que je finis par avoir vraiment mal. Je le lui dis. - Caleb... Tu me fais mal. - Mais non... Je... Il continua quand même et, plus il continuait, plus je faiblissais. Mes jambes ramollissaient et je n’arrivais plus à parler... « Arrête... S’il te plait... arrête... » mais j’étais incapable d’émettre un son.
Puis, un miracle se produisit. Il relâcha soudainement son emprise et s’éloigna de moi. Je tenais à peine debout. - Je te demande pardon, Rose.
J’avais du mal à me ressaisir. - Mais que s’est-il passé ?
- J’ai failli te vider de ton plasma. - Ce n’est pas possible... - Si. J’ai perdu le contrôle. J’aurais pu vraiment le faire. - Mais tu ne l’as pas fait... Tu t’es arrêté à temps...
Il avait l’air tellement désorienté... Et moi, je réalisais que la situation aurait pu être dramatique. - Heureusement... Je ne m’en serais jamais remis. - Regarde-moi, mon chéri. Il fallait que le rassure. - A l’avenir, si tu recommences, je saurai comment réagir. Comme ça, tu te ressaisiras tout de suite, d’accord ? - C’est de ma faute. Je passe tout mon temps avec toi, et j’en ai oublié de méditer.
Je me sentis subitement très mal... - Caleb... Je ne sais pas ce que j’ai... J’ai la tête qui tourne... J’ai envie de vomir... - Je te ramène chez toi. Ça va passer. Il faut juste que tu te reposes. C’est un effet secondaire de ma morsure.
Ainsi, c’était ça. Il m’avait bien mordue... - Allez, viens, me dit-il. Tu es beaucoup trop faible. Tu dois rentrer.
J’avais mis trois jours à m’en remettre, dont un entier au lit. Caleb était resté près de moi. Le quatrième jour, je me sentis enfin mieux, beaucoup mieux. Comme si rien ne s’était passé. Nous avions marché jusqu’au Café de la Place du sud pour prendre un peu le soleil et manger des viennoiseries. Il m’avait alors tout expliqué sur la méditation obscure, une forme de méditation qui lui permettait de canaliser son énergie, afin d’éviter que ce genre d’incidents ne se produise. C’était très astreignant mais efficace. Car chaque fois qu’il m’embrassait la tentation était là, plus forte que jamais, à la mesure de son amour pour moi. Il voyait mes veines battre, entendait mon cœur et humait le parfum de mon plasma... - Tu es sûre de vouloir rester avec moi, après tout ce que je viens de te dire ? - Evidemment ! Tu te mettras plus sérieusement à la méditation, c’est tout.
- C’est déjà fait. Il fallait bien que je m’occupe pendant ces trois jours où tu t’es retrouvée affaiblie. - Et bien tu vois ! J’étais faible et tu n’en as pas profité pour me mordre une nouvelle fois ! Et heureusement d’ailleurs, car les deux marques que tu m’as faites dans le cou sont encore là. Alors, attendons un peu... J’avais essayé de faire un peu d’humour pour détendre l’atmosphère mais, en réalité, j’avais surtout encore très mal à l’endroit de sa morsure.
La vie avait donc repris son cours, ponctuée de doux moments. Caleb m’avait appris à faire du vélo. Je me débrouillais de mieux en mieux, mais je n’étais pas encore très rassurée.
Caleb n’était jamais avare de compliments à mon endroit. - Tu es vraiment adorable avec ton casque rose !
- Pourquoi est-ce que j’ai l’impression que tu te moques ? - Pas du tout. Tu es vraiment très belle. Mais il ne m’embrassait plus, ni ne m’enlaçait. Depuis l’incident, c’était fini.
Jusqu’à ce jour où, alors que nous étions en train de nous promener près d’une petite cascade à Forgotten Hollow, il se jeta sur moi et m’embrassa aussi amoureusement qu’il le faisait avant.
- Je t’aime, Rose. J’avais tellement peur de t’embrasser. - N’aie plus jamais peur, mon amour. Moi, je n’avais pas peur. Et tes baisers m’ont manqués.
- Oh, comme je t’aime, Rose Son étreinte était si forte, tellement forte. Je me sentais tellement heureuse, dans ses bras.
Quelques jours plus tard, Caleb me convia en sa demeure. J’allai enfin découvrir sa tanière, et, abstraction faite des gargouilles, l’entrée était majestueuse.
La première chose que je vis en entrant fut un échiquier. Et le vestibule était... rose !
Je ne m'attendais pas à ça. J'avais imaginé l'endroit plus sombre. - Merci ! Merci mon amour de m’avoir ouvert ta maison ! - Un jour, tu vivras ici. J’aimerais que le manoir te plaise. - Il me plait déjà puisque tu y es.
Il m’emmena au salon. Je lui fis remarquer qu’il y avait beaucoup de rose. - J’ai gardé les couleurs d’origine. Bien sûr, j’ai fait rafraîchir les tissus, mais elles sont telles qu’elles étaient lorsque ma mère y vivait. - Je comprends mieux. - Je n’ai jamais trop aimé le rose mais j’avoue que cette couleur adoucit la pièce. Elle lui donne un air apaisant. - Maman avait un goût très sûr.
- Et tu n’as VRAIMENT pas de télé ! - Je te l’avais dit !
En me retournant, j’aperçus un orgue, un magnifique orgue. C’était la première fois que j’en voyais un. Je demandai à Caleb s’il savait en jouer. Il me répondit que oui, mais qu’il n’en avait pas joué depuis la Brume. Les orgues n’étaient réapparus, eux aussi, que depuis peu, en même temps que la vallée oubliée, et il n’avait pas encore eu le courage de pianoter. Il avait peur de ne plus savoir comment faire. Je l’assurai alors que ces choses-là ne s’oubliaient pas et le priai de me jouer quelque chose.
Je crois qu’il n’attendait que ça. Il s’assit et commença à jouer. Il jouait même merveilleusement bien. Ses doigts glissaient sur le touches comme si elles ne faisaient qu’un avec elles. J’étais complètement transportée. Je n’avais jamais rien entendu d’aussi beau. La musique qui sortait de ces tuyaux était enivrante mais surtout envoûtante. Chaque son m’enfiévrait et je me sentais comme hypnotisée.
Ecouter Caleb jouer ainsi, pour moi, tenait simplement de l’enchantement. Lorsqu’il s’arrêta, je le remerciai et le complimentai : - Tu joues divinement bien. C’était magique. - Je suis un peu rouillé mais un jour, je composerai un morceau pour toi... - Tu es aussi compositeur ?
Il me conduisit ensuite à l’étage et me montra sa chambre. J’étais un peu étonnée. Il avait toujours tellement peur de perdre le contrôle. Peut-être avait-il enfin décidé que c’était le moment... Mais il s’avéra que non. - Je te ferai visiter le reste une autre fois. Il faut qu’on descende. On nous attend en bas.
Lorsque nous arrivâmes dans la cuisine, qui servait également de salle à manger, plusieurs personnes, dont Lilith et Elodie étaient déjà attablées et étaient en train de discuter gaiement. Caleb me présenta.
Les deux fils de Caleb étaient là. A ma droite, il y avait Florent. Veuf depuis deux ans, il n’avait jamais eu d’enfant car son épouse ne pouvait malheureusement pas en avoir. Et puis il y avait Samuel, considéré comme le fils aîné car il était le premier né des triplés. C’est lui qui trônait en bout de table, face à Caleb et qui m’avait si chaleureusement accueillie. Lui aussi était veuf mais depuis plusieurs années déjà. Sa femme avait succombé à une maladie incurable alors qu’Emmanuelle, leur fille, était adolescente. Celle-ci était assise à la droite de son père et, près d’elle, il y avait son mari, Paul. Lilith m’apprit plus tard qu’on ne l’aimait pas trop dans la famille. Caleb avait donc une petite fille, d’à peine une quinzaine d’années de plus que moi...
Je ne rêvais pas. Caleb venait de sermonner une personne âgée sous mes yeux. Il avait beau être son fils, j’avais du mal à l’intégrer dans mon esprit. La vraie vie des Vatore...
Je vis le regard désapprobateur de Paul lorsque sa femme obtempéra aux paroles de Caleb. A n’en pas douter, c’était lui le patriarche, ici. Grand-Père ? Cela me fit un drôle d’effet. Une question me brûlait le bout des lèvres. J’avais envie de l’oser. Nous verrions bien...
Caleb n’avait rien dit à sa sœur. Il ne l’avait pas remise en place. Je le soupçonnais de compatir à son désarroi.
C’était une histoire entre humains... Mais les fils de Caleb tenaient beaucoup de leur père, et ils ne toléreraient pas longtemps plus d’écart de la part de Paul. Cela se sentait et cela se voyait.
Lilith leva son verre de nectar.
Paul continua tout de même sur sa lancée : - Aujourd’hui, c’est Rose la plus jeune. C’est à elle de débarrasser.
J’avais le sentiment que toute cette histoire allait mal se terminer. Je sentais Caleb bouillir à côté de moi.
La tension de Caleb était palpable. J’avais peur qu’il pète un plomb. Je le voyais se retenir. Il laissait faire Lilith...
Il était évident que Paul ne m’aimait pas... Mais pourquoi ? On ne se connaissait même pas.
Je fis comme si je n’avais pas entendu les paroles de Paul. Ce type me faisait froid dans le dos.
Lilith s’était levée pour emporter le plat de pâtes bolognese au frigo... - Qu’est-ce que tu fais ? lui dis-je en rigolant. Et vos protocoles ? Je croyais que la plus jeune devait débarrasser...
Il commençait à être tard. Florent s’en allait. Caleb se leva pour l’embrasser.
Il n’y avait que la rue à traverser mais Lilith était maternelle avec sa nièce Elodie. Elle ne la lâchait jamais et je voyais bien qu’elle s’inquiétait pour elle.
Il ne restait plus que Caleb, Samuel, Emmanuelle, Paul et moi. Samuel me proposa de me ramener à la maison.
Samuel aussi prenait soin de son père. Pourtant, il était beaucoup plus alerte que lui.
Caleb se leva pour m’embrasser. - Bonne nuit ma chérie. N’oublie pas que je t’aime.
- Moi aussi, Caleb... - Je te confie à Samuel. Il veillera sur toi. Et je t’appelle très vite. - J’espère bien. Tu me manques déjà.
Samuel m’avait raccompagnée à la maison. - J’espère que toutes ces discussions de famille ne t’auront pas trop fait peur. - Ne t’en fais pas. Au moins, vous, vous avez des discussions de famille.
Il me prit dans ses bras. - A bientôt Samuel.
- Il est dingue de toi, tu sais... - Moi aussi, je suis dingue de lui.
G8/ Chapitre 3 - La Vallée Oubliée ___________________________________
A l’aube, je me rendis à Willow Creek pour rejoindre la Clairière forestière. Je me plaçai au centre du cercle et invoquai le cristal en appelant Perrine.
A ma grande surprise, ce n’est pas elle qui apparut mais une autre jeune femme que je reconnus tout de suite pour l’avoir déjà vue. Elle était sur les photos que Mamie conservait dans son sous-sol. - Bonjour Rose. - Angélique...
- Je suis heureuse de te connaître ! On s’enlace ? - Mais oui !
Cette fois, je me pris volontiers au « jeu ». Tout comme celle de Perrine, l’étreinte d’Angélique était chaleureuse et maternelle. Un vrai nid d’amour.
Et tout comme avec Perrine, il fut très facile d’engager le dialogue avec elle, comme si nous nous connaissions depuis toujours. Je lui confiai donc ma conversation de la veille avec Caleb, et toutes mes craintes. - Tu te rends compte qu’il a supprimé des milliers de personnes. - Oui, ça je le sais. Nous sommes tous au courant, dans le Domaine du Créateur. Mais c’était il y a bien longtemps, il me semble. Il s’est amendé depuis. Et largement.
- Peut-être... Mais il pourrait recommencer. On ne change pas comme ça, non ? - Rose... Le Créateur lui-même lui a pardonné et a lui a accordé sa confiance. Qui es-tu, toi, pour ne pas faire de même ? - J’ai peur... J’ai peur qu’il recommence...
- Es-tu certaine qu’il n’y ait que cela ? - J’ai peur qu’il s'en prenne à moi.
- Il pourrait s’en prendre à moi. Il est suffisamment fort pour cela. - Même un simple humain pourrait s’en prendre à une femme. Cela n’a rien à voir avec le fait qu’il soit un vampire. C’est une question de personne. Qu’est-ce qui t’inquiète ? Je dis bien « t’inquiète » car je suis persuadée que tu n’as pas peur de lui, sinon, tu ne l’aimerais pas ainsi et tu ne serais pas venue chercher des réponses.
- Je le trouve vraiment très autoritaire. - Mais c’est ainsi que tu l’aimes, n’est-ce pas ? - Je crois... Oui... Mais si un jour il pétait un plomb parce que je le contredis ? Et s’il me transformait ? - Alors, j’ai une question à te poser. S'en est-il déjà pris à toi ?
- Non, bien sûr ! - « non, bien sûr ». Ta réponse est spontanée et te parait si évidente. On continue. A-t-il déjà essayé de te mordre ou de te transformer ?
- Non plus. Mais il ne le pouvait pas jusqu’à maintenant. Les vampires ont récupéré leurs pouvoirs depuis peu. - Vraiment ? Tous les vampires ? Alors dis-moi, quand as-tu observé cette vitesse surnaturelle chez Caleb la première fois ?
J’avais beau réfléchir, je ne me rappelais pas... - Je ne sais plus... - Creuse un peu.
- Mais oui ! C’était le jour de notre rencontre, à la galerie Casbah. J’étais une enfant. Cela ressemblait à des ailes noires. D’ailleurs, je les ai toujours prises pour telles. Hier soir encore. - Tu vois ! Caleb avait déjà ses pouvoirs. - Mais il m’a dit que les vampires avaient récupéré leurs pouvoirs le jour de mon anniversaire, en même temps que l’apparition de Forgotten Hollow. - Tous les vampires sauf lui.
- Il ne les a jamais perdus ? - Si bien sûr. Mais le Créateur les lui a redonnés. Le jour de la naissance de ta grand-mère. - Alors, il ne m’a jamais voulu de mal ? - Rose... Il t’aime. En plus de mille ans, il n’a aimé qu’une femme et c’est toi.
Cette histoire était énorme. - Cela rend son amour encore plus magnifique... dis-je à Angélique. - Bien sûr, et toi tu es en train de tout gâcher, avec des doutes. Sois heureuse, bon sang ! En plus de t’aimer, Caleb est ton guide.
C’était la troisième fois que j’entendais cela... Il aurait fallu que j’en sache davantage, mais pour le moment, seul l’amour de Caleb m’intéressait. - Je vais faire un effort pour ne plus douter, je te le promets. - Ce n’est pas à moi qu’il faut le promettre, c’est à lui. Et plus important encore, il faut lui pardonner ce qu’il a fait dans les cent premières années de sa vie.
- Je vais essayer... Mais ça va être plus dur. - Fais un peu le ratio... Cent ans de massacres et plus de neuf cents ans à s’amender...
- La culpabilité était très forte chez Caleb, comme chez tous ceux qui ont choisi de le suivre et d’arrêter ça. Il le vivait très mal. Essaye de te mettre à sa place. Il n’y avait que cette solution pour survivre, pour se nourrir. Qu’aurais-tu fait, toi ? Mais il a eu la volonté de faire cesser tout cela. Et je peux t’assurer qu’il a vécu des moments très durs pour y arriver. Mais il a tenu bon et a respecté son serment. Il n’a plus jamais supprimé personne. - Merci Angélique. Merci de m’avoir dit tout cela. Je vois les choses autrement maintenant.
Elle me serra contre elle. - Arrête de vouloir aller contre ton destin et contre ton bonheur, Rose. Caleb fera ton bonheur. Ne le rejette pas.
Je sortis de la clairière à midi passées. Je m’arrêtais à Oasis Spring pour boire un café au Burger Sims. Je m’étais assise à une table isolée pour réfléchir tranquillement. Angélique avait raison, et j’avais tout faux. Pourquoi étais-je ainsi ? Pourquoi n’accordais-je pas ma confiance à Caleb ? Je l’aimais pourtant inconditionnellement et lui aussi, j’en étais sûre.
Jamais je n’aurais dû penser qu’il serait capable de me faire du mal. L’amour, ce n’était pas cela. Mais qu’était-ce au juste ? Mes parents ne me l’avaient jamais appris et j’étais en train de le découvrir par moi-même. Heureusement, Perrine et Angélique étaient là pour m’aider. Je ne voulais pas perdre Caleb et j’espère que je ne l’avais pas déjà perdu avec mon attitude d’hier au soir.
Le serveur du Burger Sims me sortit de mes pensées. - Tout va bien, Mademoiselle ? Vous désirez autre chose ? - Tout va bien, merci. Je ne veux rien d’autre.
Si, je voulais une chose. Appeler Caleb. Entendre sa voix même s’il devait me blâmer de l’avoir chasser hier... - Caleb... C’est moi... Rose... - Je sais que c’est toi ma douce Rose. Crois-tu vraiment que je t’avais oubliée ? En si peu de temps ?
Je commençai par lui demander d’excuser mon comportement pourtant inexcusable... - Ne t’en fais pas... Ta réaction était prévisible. Il fallait que tu digères. - Caleb ? Tu es toujours d’accord pour m’emmener à la vallée oubliée ? Caleb était enchanté. Mais il était actuellement au travail. - Je passe te prendre à seize heures, ça te va ? - Génial ! A tout à l’heure mon amour
Caleb fut ponctuel, comme à son habitude. Je l’embrassai, puis m’excusai une nouvelle fois. - Pardon mon amour... Je ne t’ai laissé aucune chance...
- Oui, je l’avais remarqué. Et j’espère que c’est la dernière fois que tu me fais un affront pareil. - Je ne comprends pas. Je suis en train de m’excuser et tu me fais encore des reproches ? - Je veux que tout soit clair entre nous. - Mais tout est clair, non ?
- Je suis un vampire, Rose. J’ai fait des choses dont je ne suis pas fier au cours de ma vie. Mais est-ce que tu as accepté cette idée ? - Bien sûr. J’ai eu quelques heures pour y réfléchir. Sinon, je ne t’aurais pas appelé. - Tu m’as chassé comme un malpropre, hier. - Je ne t’ai pas chassé comme un malpropre, mais parce que j’étais triste, et qu’il fallait que je digère tout ce que tu m’as dit...
- Très bien. Allons-y alors. Direction la vallée oubliée.
Lorsque nous arrivâmes à Forgotten Hollow, je fus étonnée de constater que la vallée était beaucoup moins sombre que ce que je ne l’avais imaginée. Nous étions entourés de montagnes de toute part. La vallée portait bien son nom. Caleb me conduisit jusqu’à une petite place où trônait une gigantesque statue, celle du Comte Vladislaus Straud, me dit-il. Il l’avait fait ériger à l’époque où il n’avait que des fidèles et depuis, elle était restée là. « Il ne faut pas oublier ce qui s’est passé, cette statue m’aide à me le rappeler ».
Quelque chose m’intriguait tout de même. Comment était-il possible que Caleb et Lilith se rappelassent leur vie passée dans l’ancien monde, alors que tous ceux qui avaient été ramenés ici à la suite de la Brume, ne se rappelaient rien ? Le Créateur avait d’ailleurs veillé à ce que ce soit le cas... Caleb m’expliqua que cela faisait partie de leurs pouvoirs. Ils avaient une mémoire éternelle.
Puis il m’amena devant une grande maison rouge pour m’en conter son histoire. - Lorsque les vampires sont venus nous attaquer, tous les habitants se sont réfugiés ici. Nous avions découvert qu’ils craignaient l’ail. Nous en avions donc mis partout dans la maison. Aux portes, aux fenêtres, et dans chaque pièce. Mais cela n’a pas suffi... Tous furent massacrés. - Pourquoi cette maison ?
- C’était la seule dont le propriétaire n’avait pas invité de vampire chez lui. Ils ne pouvaient donc pas rentrer. Il faut savoir que si tu invites un vampire chez toi, même à l’apparence humaine, il pourra ensuite entrer chez toi quand il le voudra, par la suite. Nous avons appelé cette maison, la maison de l’ail, bien qu’il n’y ait plus d’ail ici depuis longtemps. - Quelle triste histoire...
J’avais appris deux choses. La première était qu’une fois invité dans une maison, un vampire pouvait y revenir quand il voulait, sans invitation. Cela expliquait que Caleb se fut retrouvé dans ma chambre cette fameuse nuit où il m’avait appris qu’il était un vampire... La deuxième chose était qu’il avait certainement une autre apparence que celle que je connaissais... N’avait-il pas mentionné une apparence humaine ? Il y en avait donc une autre... - Tu as une autre apparence Caleb ? - Oui. J’ai une forme sombre, comme tous les vampires... Mon apparence de vampire, en somme.
Je ne l’interrogeai pas davantage. J’avais déjà assimilé nombre d’informations ces deux derniers jours... Nous coupâmes à travers la forêt pour nous rendre devant le manoir de Vladislaus Straud, le fameux vampire sanguinaire. Plus exactement, nous nous trouvions à une centaine de mètres de son manoir, car il ne devait pas nous voir, ni me « sentir », précisa Caleb. Son manoir était gigantesque et très lugubre.
La nuit arrivait sur Forgotten Hollow. Il n’était pourtant que dix-sept heures. - C’est pour cette raison que la vallée oubliée convient aux vampires, m’expliqua Caleb. La nuit y est beaucoup plus longue que dans les autres mondes.
Nous redescendîmes par un petit chemin balisé et éclairé. - Alors, comment trouves-tu la vallée ? - Fascinante. Bien qu’il y ait des tombes un peu partout... Mais franchement, j‘aime beaucoup. Cet endroit est calme. - C’est exactement ce qui me plait ici. Cette impression de sérénité.
Nous arrivâmes devant une grande maison qu’il m’avait semblé apercevoir de la place lorsque nous sommes arrivés tout à l’heure. - Et voici le manoir de l’Aconit. - C’est un très joli nom pour un joli manoir. Il a une histoire, lui aussi ? - Oui, c’est ici qu’habite Lilith.
Lilith habitait à Forgotten Hollow ! Ça alors ! Mais après tout, elle aussi était un vampire... - C’était leur manoir, à elle et son mari. Elle a voulu retourner y vivre dès que la vallée oubliée est réapparue. - Lilith a été mariée ? - Oui, à un humain. Il y très longtemps...
Caleb frappa à la porte. Lilith nous accueillit chaleureusement. Elle était telle que je l’avais vue la première fois : aimable et souriante. - Bonjour les amoureux, ça fait plaisir de vous voir ! - Bonsoir sœurette.
Puis elle se retourna vers Caleb : - T’as quand même fini par l’emmener ici...
- Bienvenue chez moi, Rose ! - Merci Lilith ! Heureuse de te revoir.
Lilith nous invita à la suivre jusqu’à la cuisine. Une dame âgée se trouvait là.
Caleb la prit affectueusement dans ses bras. Il avait l’air très heureux de la voir. - Comment vas-tu ma chérie ? - Ça va mon petit Papa ! Et toi ?
Elle s’appelait Elodie. C’était la fille de Caleb. Elle aussi m’accueillit à bras ouverts. - Bon sang Caleb ! Ta fille est plus âgée que toi ! ne pus-je m'empêcher de remarquer, à voix haute.
Juste en face de la maison de Lilith, il y avait un autre manoir, vraiment splendide. - Ce manoir est immense. - Voici ma maison, Rose, mon chez moi.
- Ta maison ? Toi aussi, tu habites Forgotten Hollow ? - Oui. J’ai réintégré le manoir familial. Et j’espère qu’un jour, tu viendras y vivre avec moi.
Lorsque je me retournai, j’aperçus deux arbres, d’une espèce que je n’avais encore jamais vue. Leurs racines violettes semblaient s’illuminer dans la nuit. C’était magnifique. - Quels sont ces arbres, Caleb ? Je n’en ai jamais vu de pareils.
- Des arbres à plasma fruits. Ils produisent des fruits qui sont pour nous une nourriture de substitution au sang. - Intéressant... Et rassurant aussi. Cela signifiait que Caleb ne se nourrissait réellement pas de sang humain. - C’est un ami scientifique, qui, à force de recherche, a fini par mettre au point cette nourriture. - Une autre solution pour éviter de croquer de l’humain...
- Tu as une curieuse façon de dire les choses mais c’est tout à fait ça. - Tu ne me fais pas entrer ? - Pas ce soir, mais bientôt... - Comme tu voudras...
Je n’étais pas certaine de vouloir entrer, de toute façon. Mon regard s’était arrêté sur les énormes statues qui se trouvaient à l’entrée du manoir. - Mais dis-moi, c’est quoi toutes ces gargouilles ? C’est un peu effrayant, non ? - C’est fait pour. Elles doivent dissuader les inconnus de s’approcher. Les gargouilles protègent le manoir. Ce sont mes alliées.
Nous allâmes nous asseoir un peu plus loin. - Alors, ma fille t’a plu ? me demanda Caleb. - Beaucoup. - Je te présenterai mes fils bientôt. - J’aimerais te poser une question à propos de ta femme. Tu as dit qu’elle t’était chère...
- Bien sûr. Elle était la mère de mes enfants. Il était de mon devoir de prendre soin d’elle. Et c’est ce que j’ai fait, jusqu’à la fin de sa vie. - Tu es un homme bien, Caleb.
- Bien, je ne sais pas mais je m’efforce de l’être. - Et tu ne l’as pas aimée ? Même un tout petit peu ? - Rose... souffla-t-il. Non. N’essaye pas de me faire dire des choses qui ne sont pas. - Je n’ai aimé que toi, Rose. Je n’aime que toi et je n’aimerai que toi. Et pour l’éternité. - Moi aussi Caleb, je t’aime comme ça ! Et c’était vrai, même si je savais que, me concernant, l’éternité serait bien plus courte que la sienne.
G8/ Chapitre 2 - Caleb, le mystère dévoilé ___________________________________________
Lorsque j’arrivai à la clairière, je vis tout de suite que quelque chose avait changé... Il y avait un grand cercle au sol, avec des inscriptions et des symboles et, en son centre, un cristal.
J’avais visionné suffisamment de films de science-fiction pour savoir qu’il ne fallait pas que je touche au cristal. Par contre, je pouvais lui parler. Peut-être me répondrait-il, tout comme l’avait fait le bonhomme de neige..
- Créateur... C’est moi... Rose... Tu veux bien venir me parler ?
La voix qui me répondit venait de derrière moi. Elle ne ressemblait en rien à celle du Créateur. C’était une voix féminine. - Bonjour, Rose.
Elle s’avança vers moi et je fis de même. La femme portait une longue robe rouge et elle avait les cheveux relevés dans un chignons. Elle paraissait très distinguée.
Ses cheveux étaient blonds, ses yeux très clairs. C’était une très belle femme.
- Cet endroit est aussi beau que dans mes souvenirs... - C’est vrai qu’il est magnifique, lui répondis-je.
- Oh..., je manque à tous mes devoirs. Viens dans mes bras, Rose ! me dit-elle joyeusement.
Je n’étais pas très chaude pour cette étreinte, mais pourquoi pas ? Lorsqu’elle me prit dans ses bras, il se produisit quelque chose... comme si je la connaissais déjà. Son étreinte était presque maternelle, à part que ma mère ne m’avait jamais tenue ainsi.
- Elle-même. En te mettant au centre du cercle et en invoquant le Créateur devant le cristal, cela m’a permis de venir jusqu’à toi. - J’ai fait ça ? - Oui. Et tu pourras le refaire chaque fois que tu en auras besoin. A propos, pourquoi m’as-tu appelée ? - Forgotten Hollow... Les vampires... Je ne sais pas trop quoi en penser.
- Avant la Brume, les vampires vivaient en parfaite harmonie avec nous. Ils sont comme nous. Il y a parmi eux des bons et des méchants. A un détail près, c’est qu’un vampire méchant est un tueur. Il peut être sanguinaire et faire beaucoup de dégâts. - C’est bien ce que je craignais... - Les vampires étaient soumis à la loi. Tout comme nous. Et ils le sont de nouveau aujourd’hui. Un vampire qui tue est puni, tout comme le sont les humains. Ils ne peuvent pas faire tout et n’importe quoi, comme se servir de nous comme garde-manger. - C’est une chance. Est-ce que tu sais si beaucoup de vampires vivent dans notre monde ?
- Il y en a quelques-uns mais, franchement, leur nombre a été considérablement réduit. - Et ils sont bons ou mauvais ? - Ça je l’ignore, le Créateur ne me dit pas tout. Mais il faut que tu vives ta vie normalement, comme tout le monde. - Comme tout le monde ?
- Oui ma chérie. Comme tous ceux qui ne sont pas élus. Eux ne savent même pas que la vallée oubliée vient de réapparaître. Pour eux, c’est comme si les vampires avaient toujours existé. - Caleb aussi a parlé de la vallée oubliée... - C’est ainsi qu’on l’appelait avant... Caleb sait beaucoup de choses, notamment sur les vampires. Il est ton guide, Rose. - Parfois, il est quand même un peu bizarre...
- Là, tu parles de l’homme, pas du guide. Je dois m’en aller à présent. - Merci pour tes conseils, Perrine.
- On se reverra ? - Aussi souvent que tu en auras besoin. Invoque le cristal. Puis elle avait disparu. Je décidai donc de partir. Je n’avais plus rien à faire ici.
En rentrant à la maison, j’avais fait place nette en enlevant toutes les photos de ma famille. Je voulais que rien ne me fasse changer d’avis sur mon idée de partir d’ici. Puis je m’étais mise à écrire sur ma merveilleuse rencontre avec Perrine. Je ne sais pas encore si j’en ferai un livre mais je tenais à coucher immédiatement sur le papier toutes les émotions que j’avais pu ressentir. Les vampires avaient fait partie intégrante de notre existence autrefois... Il n’y avait donc aucune raison pour ce soit différent aujourd’hui. Caleb s’inquiétait vraiment pour rien.
J’avais encore un peu temps avant de le retrouver, le temps de finir ce que j’étais en train d’écrire, de prendre une bonne douche et de m’habiller tranquillement. Et Je serai à l’heure. Nous devions dîner « Chez Cassandre », l’ancien restaurant de Mamie. J’avais hâte de savoir qui il allait me présenter. Peut-être connaitrais-je finalement ses enfants...
Caleb me présenta sa sœur. Elle s’appelait Lilith. Elle paraissait un plus jeune que lui et était très sympathique. Le courant passa tout de suite entre nous. Caleb, lui, était plongé dans le menu. Il avait décidé de commander pour nous.
J’étais sidérée. Ils connaissaient l’histoire de leur famille depuis le Moyen-Âge ! C’était il y a plus de mille ans !
Je surprenais parfois des regards entre Caleb et sa sœur...
Quelque chose m’échappait...
Caleb se tut. Le serveur nous apportait notre repas...
Perrine m’avait prévenue que Caleb en savait beaucoup sur les vampires mais j’ignorais que ce fut à ce point-là. Sa sœur et lui étaient une vraie encyclopédie sur le sujet.
Mais j’avalai tout de même une grande gorgée de nectar...
Lilith et Caleb avaient l’air touchés en racontant cela. Toutes ces recherches qu’ils avaient effectuées les avaient certainement secoués...
Ainsi, Lilith était aussi au courant pour moi...
Je voyais bien que Caleb n’était pas ravie de ma réaction mais tant pis pour lui.
Lilith ne répondit pas...
Je n’avais pas eu peur, j’avais seulement été surprise. Et je ne comptais pas lâcher l’affaire.
Voilà qu’il recommençait... J’aurais dû me douter qu’il ne plierait pas aussi facilement. Je commençais à le connaitre.
Il ignora ma remarque.
Je les sentis soudainement embarrassés.
Le frère et la sœur se toisaient… Je pense qu’il y avait, entre eux, une grande complicité.
Lilith me prit dans ses bras, ce qui me surprit.
Caleb me raccompagna à la maison.
- Bonne nuit, ma douce Rose. - Bonne nuit mon amour. - Je t’aime - Tu ne restes pas ? - Non. Il ne vaut mieux pas, je t’assure.
Quelques nuits plus tard... J’étais allée au lit de bonne heure. Depuis, cette soirée au restaurant, j’avais beaucoup de mal à dormir car mon sommeil était ponctué de cauchemars remplis de vampires... Aussi, lorsque j’entendis une voix dans le lointain m’appeler par mon prénom, je ne réalisai pas tout de suite qu’elle venait de ma chambre... Mais la voix devint plus insistante et plus forte... La voix de Caleb ? Dans ma chambre ?
- Rose, réveille-toi, s’il te plait.
- Caleb ?... - Enfin ! Tu en as mis du temps à te réveiller ! - Comment es-tu rentré ? Tu m’as fait une de ces peurs ! - Ta porte n’était pas fermée à clé. Tu devrais être plus prudente.
Je savais que j’avais fermé la porte, à double tour, même. Cependant, je choisis de ne rien dire.
- Tu es magnifique lorsque tu dors... - Tu es là depuis longtemps ? - Un petit moment. Je n’arrivais pas à te réveiller. - Je dors très mal en ce moment. Et ce soir, je me suis écroulée...
J’enfilai un peignoir et fis du café.
- Tu es très belle quand même. La fatigue te va très bien. - Le café va me remonter.
Je me demandais toujours pourquoi il était là.
- Tu vas me dire pourquoi tu débarques ainsi au milieu de la nuit ? J’imagine que ce doit être important. - Je considère que ça l’est. Il serait préférable que tu t’assois.
Je m’exécutai, un peu inquiète.
- Qu’est-ce qu’il se passe Caleb ? - J’aimerais revenir sur cette conversation que nous avons « chez Cassandre » avec Lilith... - Tu n’es pas content parce que je voulais aller à Forgotten Hollow et que je t’ai contredit, c’est ça ? - On en parlera une autre fois. Est-ce que tu as remarqué que Lilith et moi échangions parfois des regards ? - Oui. A plusieurs reprises... - Nous ne t’avons pas tout dit, Rose, mais nous sommes d’accord tous les deux pour te dire toute la vérité. Lilith et moi sommes les seuls rescapés du massacre dont nous t’avons parlé. Nous sommes les enfants du Seigneur Vatore. Damon Vatore était notre père. Ils l’ont massacré ainsi que notre mère et nos deux jeunes sœurs... C’est pour ça que nous connaissons si bien l’histoire....
Ce que disait Caleb n’avait aucun sens...
- C’est complètement délirant... C’était au Moyen-Âge, tu l’as dit toi-même, il y a plus de mille ans... Tu ne peux pas être en vie... - Si, je le peux... J’ai été transformé... Nous avons été transformés, Lilith et moi...
Mais qu’était-il en train de me dire ? J’étais sûrement en train de faire un cauchemar...
- Ce n’est pas possible... Ça voudrait dire que tu es un vampire ?... - Oui, Rose. Un vampire de mille ans.
- Je n’ai pas envie d’entendre ça, Caleb... - Pourtant, il le faut. Je t’aime. Je te dois cette vérité. Et c’est ce que je suis. - As-tu oublié que tu m’as raconté toute votre histoire il y a quelques jours ? Alors que je ne savais même pas que tu étais un vampire... - Non, je n’ai pas oublié...
Je me refusais à imaginer l’impensable mais je voulais savoir. Alors je posais tout de même la question, cette question dont, au fond de moi, je connaissais déjà la réponse.
- Est-ce que tu as tué des gens ? - Oui, malheureusement...
J’avais l’impression que tout s’effondrait autour de moi...
- Oh, mon Dieu... - C’est du passé, Rose. Un passé très lointain. Il y a bien longtemps que je ne fais plus de mal à personne.
- C’est moi qui ai fomenté la révolte contre Vladislaus.
Je ne savais pas que lui répondre. Sûrement parce qu’il n’y avait rien à répondre à ça. Mais Caleb continuait.
- Toute ces monstruosités, et la culpabilité qui s’ensuivait... Ce n’était pas une vie...
Il s’était interrompu et son ton suppliait presque, à présent.
- Rose, dis quelque chose, s’il te plait...
- Pourquoi me racontes-tu tout ça, au risque de me perdre ? - Parce que tu es la femme que j’aime. Je prends le risque. - C’est peut-être un mauvais risque, Caleb. Tu es investisseur, tu sais que parfois, on peut tout perdre. - Je t’aurais perdue de toute façon si je ne t’avais rien dit... Tu es intelligente et tu aurais fini par rassembler toutes les pièces du puzzle.
- Sûrement... - Ce soir, je suis venu pour t’emmener à la vallée oubliée. Mais avant, il fallait que tu saches.
- Et bien maintenant, je sais. - Tu veux bien venir avec moi alors ?
- Caleb... Tu as tué beaucoup de personnes ? - Un grand nombre, oui... - Combien ? - Je ne sais plus... Des centaines, peut-être des milliers...
Sa réponse était horrible, trop horrible...
- Je ne peux pas... Je ne peux pas...
Je me levai alors... Je ressentais le besoin de m’éloigner de lui.
- Rose... Qu’est-ce que tu ne peux pas ?
Je m’étais approchée de la fenêtre pour regarder dans le lointain. Je l’entendais s’approcher de moi...
...puis s’arrêter...
- Je t’aime, Rose...
Et en une seconde, il fut près de moi. Sûrement ses pouvoirs de vampire. Les pièces du puzzle s’emboîtaient parfaitement.
- Rose... Ma douce Rose. Je suis toujours le même qu’avant. - Ne me touche pas, Caleb.
- Ne fais pas ça. Tu as besoin de moi autant que j’ai besoin de toi. Et je sais que tu m’aimes. - J’ai besoin d’être seule. Nous n’irons pas à Forgotten Hollow.
Il s’en alla alors. Je le savais trop fier pour insister davantage.
Je le regardai partir. A une vitesse incroyable. Surnaturelle, cela va de soi. Tout s’éclaircissait.
J’étais morte de fatigue. Il fallait absolument que j’essaye de dormir sinon, je ne tiendrai pas le coup et il me fallait avoir les idées claires pour évaluer la situation. Cela ne servait à rien d’aller au lit. Si je devais dormir, je dormirais aussi bien sur le canapé. Et je m’endormis aussitôt les yeux fermés.
Je me réveillai quelques heures après, les pensées en berne et le cœur triste. Qu’avais-je fait ? J’avais chassé Caleb, l’homme que j’aimais le plus au monde. Je ne pourrais jamais vivre sans lui, jamais. Mais pourrais-je vivre pour autant avec un assassin ? Un assassin ayant fait des milliers de victimes ? Il me fallait des réponses. Toute seule, je n’y arriverai pas. Je devais voir Perrine.
G8/ Chapitre 1 - Le début d'une nouvelle vie _____________________________________________
Lorsque tous les invités furent partis, Papa et Maman m’invitèrent à les rejoindre au salon. J’avais pris la décision de leur dire que j’allais quitter la maison mais la conversation se déroula autrement. Papa commença... - Je suppose que tu as eu un aperçu du monde qui est apparu lorsque tu as soufflé tes bougies ? - Oui, comme tout le monde, j’imagine.
Maman était d’une logique imparable. Mais Papa avait peur... Je le sentais... Je devais mentir en répondant à sa question...
Maman allait dire quelque chose... Je la fixai alors, d’un air implorant, pour qu’elle se taise.
Une fois rassurés, Papa et Maman me firent part de leur désir de repartir à San Myshuno... Mes plans avaient donc changé. Ce sont eux qui partiraient, pas moi.
Pourquoi ai-je dit cela ? Certainement, pour sembler être une bonne fille à ses parents. Je ne sais pas, mais s’ils avaient pu partir avant, je n’en aurais été que plus heureuse.
Je vis le soulagement sur le visage de mon père. Moi aussi, j’étais soulagée... Ne plus le voir... Quel bonheur...
Je sais que Maman était sincère, contrairement à Papa... Puis ils se regardèrent... Papa était en transe...
Ils étaient heureux, tous les deux. Ils allaient se retrouver seuls, avec leur amour. Mais moi aussi, je serai tranquille. Et dans deux semaines, ils ne seraient plus là pour m’empêcher de tourner en rond. J’avais hâte qu’ils partent...
Je voulais paraître sûre de moi. Je savais que Caleb était derrière moi-même s’il n’était pas là. Je comptais sur son amour. Caleb, ma vie... mon soutien... Je voulais que mes parents partent... Je le désirais par-dessus tout.
Deux semaines plus tard, mes parents s’en allaient. Ces deux semaines avaient été les plus longues de ma vie, interminables... Et aujourd’hui, on y était. - Alors, ça y est ? Direction San Myshuno ! dis-je à mes parents sur le ton le plus enjoué possible. - Et oui ! Le grand jour est enfin arrivé ! Mon père, lui ne cachait pas sa joie.
Le grand jour pour moi aussi... Maman me dit qu’elle tenait à me donner un « petit quelque chose » avant de partir.
- Je n’ai besoin de rien, tu sais. Ce sont les seules paroles que je fus capable de prononcer.
Maman me tendit un paquet. Je ne savais pas comment réagir. Elle ne m’avait jamais offert de cadeau. - Prends-le, Rose, insista-t-elle. J’y tiens, ça me fait plaisir.
- C’est une toile ! m’exclamai-je. Mon père précisa que Maman l’avait peinte alors que j’étais tout bébé. Je la remerciai, puis mes parents me dirent au revoir.
Ils allaient partir lorsque mon père se crut obligé de me faire une dernière recommandation : - Et surtout, ne profite pas d’être seule pour faire des bêtises. - Ne t’en fais pas. - Oh, je ne m’en fais pas. C’est pour toi que je dis ça. Moi, je ne serai plus là pour voir.
- Au revoir, Rose.
Bon vent ! Nous ne nous reverrions pas. J’avais pris cette décision le jour où ils m’avaient annoncé leur départ. Je voulais couper tous les liens avec ma famille. J’étais enfin seule !
Lorsque mes parents furent partis, je décidai d’ouvrir le cadeau que Caleb m’avait fait pour mon précédent anniversaire, celui d’adolescente.
Ce jour était enfin là. Le cadeau contenait de l’ail ! De l’ail ? Mais pour quoi faire ? Il y avait une guirlande, un couronne et une tresse... C’était très bien fait mais il y avait mieux comme choix de décoration...
Je décidai d’appeler Caleb. - Allô, mon chéri, je viens d’ouvrir ton cadeau. Tu sais, celui qui était dans le paquet mauve... C’est assez surprenant... Quoi ? Oui, j’ai tout accroché...
- Ok, je décroche tout. A tout à l’heure. Caleb me dit qu’il passerait dans la soirée. J’enlevai toutes les décorations d’ail, les remis dans la boîte, puis les descendis au sous-sol, comme il me l’avait demandé. Je filai ensuite chez le coiffeur.
A mon retour, je m’observai dans le miroir. C’était plutôt pas mal. Il faudrait que je m’habitue mais je m’y ferai. J’avais aussi changé la teinte de mon rouge à lèvres, le but, étant qu’à terme, mes propres parents ne me reconnaissent pas.
- Mais oui, c’est moi, Rose ! Vous ne me reconnaissez pas ? Eh bien, tant mieux ! C’est fait exprès !
Caleb arriva peu de temps après. - Waow ! Mais qui est cette beauté ?! - Ça te plait ? - Si ça me plait ? Je vais garder pour moi les pensées qui m’envahissent, ma chérie...
Il changea subitement de sujet de conversation. - Tu as rangé l’ail dans sa boîte ? Oui, j’ai fait comme tu me l’avais dit. Elle est au sous-sol. - Tu es parfaite, comme toujours.
- Alors, c’est quoi cette histoire d’ail ? Tu voulais entretenir mon haleine ? Parce que pour m’embrasser, ça aurait été désagréable pour toi !
J’essayai de faire de l’humour mais Caleb restait sérieux. - Je n’ai pas envie de badiner avec ça. Allons-nous asseoir.
- Il faut d’abord que je te dise ce que je sais à propos de toi et de ta famille... - De moi ? - Je ne vais pas y aller par quatre chemins : je sais que tu es l’Elue, tout comme ton père l’était avant toi, et Cassandre encore avant. - Tiens donc ?
Caleb ne cherchait pas à savoir si j’étais l’Elue. Il savait. - Si j’avais voulu vous faire du mal, à ta famille et à toi, j’aurais pu le faire depuis longtemps, tu t’en doutes... - Comment l’as-tu su ?
- Le Créateur. Le Créateur des mondes, le Créateur de toutes les créatures. Il m’a dit cela alors que ta grand-mère était encore une petite fille. - Le Créateur t’a parlé ? - Oui. Dans mon sommeil. Il m’avait dit que mon destin était lié à celui de ta famille. J’avais un visage devant les yeux mais je ne l’ai reconnu ni en Cassandre, ni en Léandre. Ce visage, c’était toi. Et tu ne vas pas me croire mais il l’a aussi fait à travers notre bonhomme de neige, celui que ton père a détruit. - Oh si, je te crois. Il a fait la même chose avec moi... Mais quel rapport avec l’ail ?
- Tu sais ce monde qui est apparu ? La Vallée oubliée ? - Tu veux parler de Forgotten Hollow ? - C’est la même chose. Tu sais, comme moi, que les créatures qui y vivent sont surnaturelles. Mais ce que tu ne sais pas, c’est qui elles sont... Ce sont des vampires. - Des vampires ?
- Oui, Rose. Des vampires. Et certains d’entre eux sont particulièrement malveillants. - Ça ne m’étonne pas ! Rien que le mot « vampire » me donne la chair de poule. - Certains sont quand même bienveillants et ne nuisent à personne... - Tu ne vas pas les défendre, quand même ! Ce sont des monstres sanguinaires, tout le monde le sait. Tu n’as jamais vu la série « Buffy contre les vampires » à la télé ?
- Je n’ai pas de téléviseur... Mais là n’est pas le propos. Je t’ai offert l’ail pour qu’il te protège. Les vampires le craignent. - Alors, ça marche vraiment ? Ce ne sont pas des foutaises ? - Il paraîtrait que non. Ce ne sont pas des balivernes. - C’est le Créateur qui te l’a dit ?
- On va dire que oui. - On va dire que oui ? Ce n’est pas une réponse, ça... - Contente-toi de cette réponse, tu veux bien. - Mais pourquoi es-tu toujours aussi mystérieux ?
- Revenons à notre sujet. Je veux que tu aies l’ail sur toi en permanence quand tu sors. - Tu plaisantes ? Il faut que je le mette dans mes poches ?
Caleb s’était soudainement tendu et... énervé. - Fais ce que je te demande, s’il te plait ! - Oh ça va ! Je vais le faire. Pas la peine de t’échauffer !
- Je t’aime, Rose. Je veux te protéger. Lorsque tu es chez toi, tu gardes l’ail dans la boîte... - C’est d’accord, je vais le faire. Je te le promets. Et toi ? Tu en as ? - J’ai ce qu’il faut, ne t’inquiète pas. - Tant mieux. Parce que je ne voudrais pas que les méchants vampires viennent te dévorer.
Caleb s’en alla peu de temps après.
J’aurais bien aimé qu’il reste mais il était déjà tard il ne voulait pas être soumis à la « tentation du batifolage », me dit-il... Dommage. J’aurais pourtant bien aimé qu’il le soit. Je me demandais ce qu’il attendait... - Je te souhaite une bonne nuit, ma douce Rose. Et n’oublie pas tout ce que je t’ai dit. - Je n’oublierai pas, mon amour.
Caleb partit à vive allure, laissant une nouvelle fois, une trainée d’ailes noires derrière lui.
L’homme que j’aimais était vraiment bizarre parfois mais bon... je l’aimais. Par contre, je le trouvai vraiment trop inquiet à propos de cette histoire de vampires... Je suivrai ses conseils mais je pensais qu’il n’y avait aucune raison de s’alarmer. Sinon, pourquoi le Créateur ne m’aurait-il confié aucune mission prédéfinie ?
Les quelques semaines qui suivirent furent très longues car Caleb me dit avoir beaucoup de travail. Il n’avait pas le temps de passer me voir. On s’appelait, c’est certain, mais ce n’était pas la même chose que lorsque je le sentais près de moi. Quant à mes soirées, c’était dîner-télé. Je suivais régulièrement « Buffy » sur Série Télé pour me remettre ses aventures en tête. Et bien que j’aimasse beaucoup cette série, je n’imaginais pas une seconde qu’elle puisse se transposer dans la vie réelle.
C’était du pur délire. De méchants vampire ! De l’ail ! Et puis quoi encore ! Des pieux ? Oui, pourquoi pas ? Il y en avait dans « Buffy » après tout ! Je ne pus m’empêcher de sourire.
Je repensai à ce que m’avait dit Caleb. Il n’avait pas de télé ! Dans quel monde vivait-il ? En plus, depuis quelques temps, il me sortait des mots comme « batifolage » ou « baliverne ». Et même « téléviseur » ! Plus personne n’utilisait le mot entier depuis bien longtemps.
J’avais à faire à un excentrique, c’est sûr. Mais un excentrique que j’aimais très fort. Il me manquait. Il est vrai que mes journées étaient longues. En plus je n’avais pas de travail, donc personne à qui parler... Mais je ne désirais pas travailler. Je voulais être disponible pour Caleb, mon amour.
J’attendais ses appels avec impatience... Malheureusement, il n’était pas le seul à m’appeler. Mes oncles Yann et Gildas, tout comme ma tante Morgane, ne cessaient de me téléphoner...
Ils tenaient absolument à savoir ce que je devenais, pourquoi je ne donnais pas de nouvelles etc., etc. Il fallait que je quitte ma maison et que je garde le portable que Caleb m’avait offert comme unique portable. Ainsi, ils ne pourraient plus me joindre.
J’adorais mes oncles et ma tante, ainsi que mon cousin Maxime et ma cousine Laurence. Mais je ne voulais plus qu’il fasse partie de ma vie. J’en voulais une autre. J’avais commencé à changer d’apparence et il était hors de question qu’ils me voient ainsi. Alors, inspirée par le travail prenant de Caleb, je m’en étais inventé un et, à chaque fois que Morgane, Yann ou Gildas appelait, j’avais l’excuse de ce travail dans lequel je m’épanouissais. Ils avaient l’air heureux pour moi.
Je voulais absolument quitter cette maison, partir loin de Windenburg et de San Myshuno. Là où ma famille ne me trouverait pas. Pourquoi pas à Forgotten Hollow ? Mais il fallait que je m’assure que cette ville soit sûre. Je m’y rendrai avec l’ail que Caleb m’avait offert.
Le matin, je ne me lève généralement pas tard pour préparer mon café. Il me parait essentiel de conserver des horaires corrects pour ne pas perdre tout repère...
Surtout les heures de repas. Et puis, j’adore faire couler ce café. J’ai trouvé un dosage parfait pour mes papilles.
Ce matin-là, Caleb m’appela. Il n’appelait jamais le matin aussi ai-je été un peu surprise. - Bonjour mon amour... Non, tout va bien... Je suis juste un peu endormie. Au resto de Cassandre ? Oui, avec plaisir... Ah d’accord... Oui, je serai là.
Caleb voulait me présenter quelqu’un. Qui cela pouvait-il bien être ? En attendant, mes pensées vagabondaient ailleurs. J’étais à présent une jeune adulte et je comptais bien retenter ma chance à la clairière forestière. J’avais toute la journée devant moi.
En attendant de revoir Caleb, il allait falloir que je m’occupe. Alors, une nuit, pendant que mes parents dormaient, je décidai d’aller voir ce qu’il y avait derrière la porte vitrée et verrouillée du sous-sol. J’y avais toujours vu un bureau et, lorsque j’avais demandé à Papa ce qu’il y avait dans cette pièce, il m’avait dit ne pas savoir. Seule, Mamie en avaient la clé et il ignorait où elle avait pu la ranger.
Papa n’était peut-être pas curieux mais moi si. J’avais fini par trouver la clé dans l’un des tiroirs de sa chambre, tout simplement. Il suffisait de chercher un peu. La première chose que je vis fut un échiquier. Dire que j’avais toujours voulu en avoir un chez moi et qu’il était là, sans même que je ne le sache... Au moins, je n’aurai plus besoin d’aller à la bibliothèque ou au parc pour jouer aux échecs...
Puis je les vis... Les photos... Je comprenais mieux pourquoi cette pièce était fermée à clé. Sur les deux photographies, on pouvait voir Caleb. Sur la première, intitulée « l’étrange inconnu à l’Usine », il était avec Mamie. Elle devait avoir l’âge que j’ai actuellement aujourd’hui et elle portait des couettes. Je ne l’avais jamais connue ainsi. Elle avait l’air si jeune. Sur la deuxième photo, nommée « le pianiste mystérieux », on voyait Caleb jouer du piano aux quarante ans de Mamie... Entre les deux photos, il n’avait pas changé. Il était toujours le même, toujours aussi beau et jeune, tout comme il l’était encore aujourd’hui. Exactement identique. Il n’avait pas vieilli... Je ne savais pas quoi en penser. Mamie avait certainement pris ces photos parce qu’elle aussi se posait des questions, tout comme moi. Et Papa ? Voilà pourquoi Papa ne l’aimait pas et qu’il le trouvait beaucoup, beaucoup trop vieux pour moi, comme me l’avait dit Maman. Mais avait-il seulement cherché à comprendre ? Moi j’essayerai. Je voulais savoir.
J’ouvris la seconde porte, espérant découvrir d’autres photos. Il y en avait mais aucune de Caleb. Par contre, c’était une vraie mine d’or. Je découvris ici les visages de Linette, de Michèle et même d’Angélique, la fille de la Fondatrice. C’était un vrai musée de la photographie. Et il y avait beaucoup de photos de Papi et Mamie.
Je vis même à quoi ressemblait mon père lorsqu’il était adolescent. Il avait dû oublier ce temps-là.
En me retournant, j’aperçus un coffre. A l’intérieur, il y avait deux livres, une biographie et un livre de science-fiction. En y regardant de plus près, je vis qu’ils avaient tous deux été écrits par Mamie. Elles les avaient respectivement intitulés « un étrange inconnu » et « un lien avec la famille ? » .
Je sortis de la pièce, bien décidée à me mettre à la lecture de ces livres immédiatement. Ces deux livres concernaient Caleb, cela me semblait évident. C’est pour cette raison que Mamie les avais gardés ici.
Je commençai par le livre de science-fiction. Plus j’avançais dans ma lecture et plus j’en apprenais. Quelle ne fut pas ma surprise de découvrir que Mamie avait rencontré Caleb alors qu’elle n’était qu’une petite fille, tout comme moi. Leur première rencontre avait eu lieu à l’Auberge du vieux quartier. Elle avait même demandé à Caleb de se pousser de sa chaise, l’accusant de lui avoir piqué sa place. L’anecdote me fit sourire. J’imaginais la petite fille qu’elle était, tenant tête au grand Caleb.
Mamie avait été punie une semaine pour ça, car son père avait jugé qu’elle manquait de respect à un adulte, ce en quoi il n’avait pas tort. Caleb avait essayé de dire que ce n’était pas grave mais elle n’y avait pas échappé. Au moins n’avait-elle pas été punie cinq mois comme je l’avais été. J’étais stupéfaite de découvrir toutes les similitudes qu’il y avait entre Mamie et moi dans nos histoires avec Caleb. Elle aussi l’avait rencontré alors qu’elle n’était qu’une enfant... Mais il y avait une différence : Caleb n’avait pas gardé le contact avec elle. Chacune de leur rencontre était due au hasard. Il semblerait qu’à l’époque, Caleb portait une longue boucle d’oreille. Mais il ne l’avait plus lorsqu’elle l’avait revu à l’Usine, le jour où elle avait pris ce selfie.
Je passai le reste de la nuit à lire cette histoire passionnante et j’en finis la lecture au petit matin. Caleb était toujours un mystère pour moi mais j’en savais tout de même un peu plus. J’étais convaincue que le mystère qui l’entourait était lié à son âge. N’avait-il pas dit qu’il avait des enfants trop vieux pour jouer avec moi ? Peut-être souffrait-il d’une maladie génétique qui l’empêchait de vieillir ? Peut-être qu’il n’osait pas m’en parler ? En tous cas, je savais qu’il était mon destin. Le Créateur me l’avait dit, et il l’avait dit à Tonton Yann.
Trois soirs plus tard, j’avais profité de l’opportunité que Papa et Maman soient sortis pour me rendre à la Clairière Forestière. La punition étant levée, je n’avais aucune raison d’y aller avec Papa. D’ailleurs, il ne m’en avait pas reparlé. Je me rendis à l’arbre majestueux et m’assurai qu’il n’y avait personne dans les environs avant de franchir le passage. Le bonhomme de neige, ou plutôt le Créateur, m’avait dit que, lorsque j’en aurais besoin, je trouverais des réponses à mes questions dans la clairière. Il était temps que j’aille voir tout cela de plus près. - Clairière, me voilà !
C’était magnifique, tout comme Perrine l’avait dit...
...mais même en regardant partout, je ne voyais pas où je pourrais trouver une réponse à ma question. J’avais pourtant posé celle-ci à voix haute. - Qui est Caleb ? Mais il ne s’était rien passé et je n’avais eu aucune réponse magique.
J’étais alors sortie de la Clairière puis y étais retournée deux soirs plus tard pour faire une nouvelle tentative qui échoua, elle aussi. C’est alors que je me rappelai les mots exacts du Créateur : « Un jour, dans ta vie d’adulte, tu auras besoin de conseils. Va à la Clairière Forestière, cet endroit est magique, et tu y trouveras des réponses... ». Un jour, dans ma vie d’adulte... J’étais encore une adolescente. Voilà pourquoi ça ne fonctionnait pas et que je n’obtenais aucune réponse. Caleb devait me donner ces réponses. Je décidai de l’appeler. La semaine ne s’était pas écoulée mais peu importe. A deux jours près, il accepterait certainement de me voir. Il fallait absolument que je lui parle. Il fallait qu’il me dise ce que tout cela signifiait. En espérant qu’il ne se braquerait pas. - Il faut que je te vois. C’est important. - D’accord, je ne suis pas loin. J’y serai.
Nous avions rendez-vous au Velours Bleu. Caleb me prit dans ses bras dès qu’il me vit. Je m’y sentais tellement bien. Il me tint ainsi un long moment puis finit par parler. - Ma douce Rose, c’est tellement bon de te revoir. - Caleb...
- Tous ces mois ont été interminables. Qu’est-ce qui est si important qui ne puisse attendre deux jours ? - Te voir, bien sûr. Mais pas que. Je voulais te parler de toi.
Nous allâmes nous asseoir à l’intérieur. - Tu veux parler de moi ? C’est-à-dire ? - J’ai découvert deux photos de toi dans mon sous-sol et aussi deux livres sur toi, écrits par Mamie. - Cassandre a écrit sur moi ? - Oui et elle a aussi pris les photos. Comment se fait-il que tu ne vieillisses pas, Caleb ? Ça n’existe pas, les gens qui ne vieillissent pas.
Il ne chercha même pas à me mentir, ce dont je lui étais reconnaissante. - Si, ça existe. Tu viens de le découvrir et tu as toutes les preuves pour savoir que ça peut exister. - Tu ne vieillis vraiment pas, alors ?
- Non. J’ai arrêté de vieillir à l’âge de vingt-sept ans. - Mais c’est incroyable ! C’est une maladie ? - Je ne peux pas te le dire. Pas maintenant. Je t’ai déjà dit que tu saurais tout sur moi lorsque tu seras jeune adulte. Qu’est-ce qu’il pouvait m’agacer, parfois. - C’est dingue ! Tu acceptes de me dire que tu ne vieillis pas, mais tu ne veux pas me dire ce que tu as !
Il ne répondit pas. - Alors, que raconte-t-elle sur moi, Cassandre ? - Elle ne dit pas de mal. Elle était très intriguée par toi, par contre. Depuis votre rencontre à l’Auberge du vieux quartier.
- Je m’en souviens comme si c’était hier. Quelle petite fille insolente ! - Tu n’aimais pas ma Mamie ? - Oh si ! Je l’adorais, et je la respectais énormément. C’était une femme bien et très intelligente, tout comme toi. Tu lui ressembles beaucoup. - C’est le plus beau compliment que tu puisses me faire, Caleb...
- Elle savait qu’il y avait en moi quelque chose de non palpable. Elle me questionnait beaucoup sur mon âge. Je ne lui ai jamais rien dit, mais elle ne m’en voulait pas. Je crois même que nous sommes devenus amis sur la fin. Des amis qui ne se voyaient pas souvent, certes, puisque des années séparaient chacune de nos rencontres... La dernière fois que je l’ai vue, c’était au festival de l’humour. Toute ta famille était là. Vous vous remettiez de la mort de Christian. Nous nous connaissions déjà, Rose. J’allais pour te parler mais Cassandre m’a intercepté poliment en me disant bonsoir. Il n’y avait aucune animosité en elle. Elle était douce, tout comme toi. Je lui ai présenté mes condoléances. Elle remercié puis m’a serré dans ses bras. Je ne l’ai plus jamais revue après cela. Mais je crois que finalement, nous étions devenus amis. J’en suis sûr. C’était une femme admirable. - Tu en parles tellement bien. As-tu été amoureux d’elle, Caleb ?
Caleb insista pour que l’on sorte prendre l’air. Nous marchâmes jusqu’à la rivière. - Je vais répondre à ta question, bien que je la trouve offensante. Je respectais ta mamie, énormément. Et je suis toujours triste qu’elle ne soit plus de ce monde. Mais je ne l’aimais pas, pas d’amour en tous cas. Je l’aimais d’une amitié profonde. Et je regrette beaucoup de ne pas avoir pu lui dire au revoir. « Offensante » ? Qui utilisait encore ce mot de nos jours ? - D’accord Caleb... Je suis navrée de t’avoir blessé.
- Blessé ? Non, tu m’as offensé. Quand comprendras-tu que, dans toute mon existence, je n’ai aimé qu’une seule femme et que c’est toi ! - Je le sais, mon amour. Tu me l’as déjà dit.
- Alors arrête... Arrête de te poser des questions...
- Je t’aime tellement que j’aimerais te garder près de moi... pour toujours. - Je ne rêve que de ça. Je n’attends que ça. Je t’aime Caleb.
Il me renversa alors pour m’embrasser. Passionnément, très passionnément.
Mes jambes ne me portaient plus et je le laissai me redresser.
Caleb me raccompagna devant la maison et m’embrassa encore.
- Oh Caleb... Je t’aime tellement... - Moi aussi, ma Rose, ma délicatesse. Dans un mois, nous serons réunis à jamais.
Quelle soirée. Je n’avais pas eu toutes les réponses à mes questions mais j’en avais au moins une. Et, surtout, je savais que Caleb m’aimait comme un fou. - Allez, rentre chez toi, me dit Caleb. Nous venons de nous retrouver. Il ne manquerait plus que ton père te punisse jusqu’à ta majorité. - Tu as raison. J’y vais.
Le jour de mon anniversaire était enfin arrivé. J’avais soufflé mes bougies et étais devenu une jeune adulte. La veille, le Créateur était venu me parler, comme il l’avait fait pour chaque nouvel Elu. Il ne manquait jamais un rendez-vous... Il m’avait redit que je n’aurais pas d’objectif et que je devais suivre mon instinct (quel drôle de mot), tout comme il me l’avait dit sous sa forme de bonhomme de neige. Il me rappela que mon destin était différent de celui des autres élus et que Caleb serait mon guide. J’avais à présent confirmation que Papa n’avait pas tué le Créateur. Lorsque j’ai soufflé ces bougies, il y avait beaucoup d’héritiers autour de moi. Les héritiers de notre Fondatrice, Perrine, bien sûr, comme Papa, Tatie Morgane, Laurence et moi, la nouvelle Elue. Mais aussi les Protecteurs, comme Tonton Yann et Tonton Gildas mais aussi leurs héritiers, leur descendance comme Maxime et Gabriel, bien que Gabriel soit forcément hors-jeu vu son âge. Lorsque j’ai soufflé ces bougies, toutes ces personnes avaient forcément vu le nouveau monde qui venait d’apparaître... Un monde sombre, étrange et peuplé de créatures surnaturelles... Il était difficile de distinguer lesquelles, mais on pouvait deviner leur présence. Bizarrement, je n’étais pas inquiète, mais j’avais surpris les regards de ma famille... Ils ne disaient rien, pas même à leurs conjoints car, parmi nous se trouvait Stéphanie, la sœur de mon oncle Ludovic. Les explications viendraient plus tard, dans l’intimité des foyers. Malgré tout, mon anniversaire était un vrai bonheur. J’attendais ce moment depuis tellement longtemps. Toute la famille était là, et surtout mes cousins. Ils avaient tous grandi, comme moi. Maxime, le fils de Tonton Yann et Tatie Béatrice, était devenu adolescent.
Laurence, la fille de Tatie Morgane et de Tonton Ludovic, était à présent une enfant.
Et Gabriel, le fils de Tonton Gildas et d’Amandine (je n’arrivais pas à l’appeler Tatie car je l’avais connue trop tard) courait partout comme tous les bambins de son âge. Je crois que je les aimais tous.
Après le gâteau, Papa et Maman s’étaient installés au salon pour discuter avec mes oncles et ma tante Morgane. Ils discutaient sérieusement. De mon côté, je m’étais installée avec mes cousins et mes tantes Béatrice et Amandine. La discussion me paraissait plus légère qu’au salon.
Papa venait à peine de rentrer du travail quand nous le prévînmes que nous partions pour la clairière. Maman lui avait cuisiné de quoi dîner pour le cas où nous réussirions. Il faut dire qu’il était de notoriété familiale que, dans la clairière, le temps s’écoulait beaucoup plus vite que chez nous. Lorsque nous arrivâmes à l’arbre majestueux, comme l’avait appelé Perrine, Maman était si éblouie qu’elle resta figée devant lui un bon moment. J’en profitai pour envoyer un message à Caleb, pour lui dire que j’avais bien reçu son colis et que j’allais bien malgré cette punition qui me pesait.
Je lui dis également combien moi aussi je l’aimais et que j’étais très heureuse qu’il ait trouvé une solution afin que nous puissions communiquer. Je ne lui dis pas que j’avais douté de son amour, au contraire, je lui dis que je savais qu’il m’aimait et que son amour était ma force pour continuer à surmonter cette « séquestration » injuste. J’aurais tant voulu qu’il soit là, près de moi...
La voix de Maman me sortit de mes écrits. Heureusement, je venais juste de ranger mon téléphone. - Comment comptes-tu procéder ? Cet arbre a un bois dur, pire que le chêne... - Je vais simplement suivre les conseils de Perrine.
- Je te préviens, ça risque d’être un peu long... - Je suis patiente. Ne t’en fais pas.
Il était presque vingt heures lorsque je réussis à ouvrir le passage. - Et voilà ! C’est magique, hein ?
Mais ma mère n’arrivait pas à voir le passage. Pour elle, le tronc de l’arbre n’avait rien de magique. C’était juste un tronc d’arbre. - Ha..., lui répondis-je lorsqu’elle me fit part de cet état de fait, Alors, ça veut dire que tu ne pourras pas aller dans la clairière avec moi... - J’en ai bien peur. - Bon, ben on va rentrer.
- Et pourquoi pas aller au restaurant toutes les deux ? me demanda-t-elle. - Si tu veux. De toute façon, on ne peut pas visiter la clairière... Et puis, je n’avais rien d’autre à faire.
Nous nous étions mises d’accord pour aller diner au Maritime. Maman appela Papa pour le prévenir.
A peine arrivées au restaurant, Maman me lança sur un sujet que j’aurais préféré éviter. - Ecoute Rose, je tiens à m’excuser auprès de toi pour ne pas m’être mieux occupée de toi alors que tu en aurais eu besoin.
Je n’en revenais pas. Avais-je bien entendu ce que je venais d’entendre ? - Je sais que nous avons été des parents déplorables.
- Et pourquoi me dis-tu cela maintenant ? - Pourquoi pas ? Je devais te le dire à un moment ou à un autre, de toute façon.
Nous nous interrompîmes le temps que la serveuse prenne notre commande.
- Maman... Ce que tu dis me touche mais on ne rattrapera pas toutes ces années... - Je le sais bien.
Je crois que j’avais besoin de vider mon sac. - Tu ne m’as jamais lu d’histoire, tu ne m’as jamais aidée à faire mes devoirs, ni mes projets scolaires. Tu ne t’es pas inquiétée de mes notes, ni de savoir si j’avais des amis à l’école. Rien. - Je sais tout ça. Malheureusement.
- Pourquoi tu ne m’aimes pas ? - Ce n’est pas du tout cela. Je pense que je t’ai eue trop jeune. Et ton père et moi étions tellement fusionnels que nous t’avons mise de côté. J’aurais tant voulu que ça ne se passe pas ainsi.
- Tu vois, j’ai cherché de l’amour ailleurs. Avec mes papis et mamies. Puis avec Caleb. - Et je ne peux pas t’en vouloir.
- Caleb est tout ce qu’il me reste maintenant. C’est un véritable ami. Il est toujours là pour m’écouter lorsque j’ai une bonne nouvelle, et il me console lorsque je ne vais pas bien. - Tu le connais depuis longtemps ? - Depuis que je suis une enfant. Je l’ai connu à la galerie Casbah un jour que tu m’y avais emmenée avec toi. Il m’a aidée à faire mes devoirs. - Il n’a jamais eu de gestes déplacés envers toi ?
- Bien sûr que non ! Je crois que Papa et toi imaginez des choses qui ne sont pas. - Mais il est ton petit ami pourtant, non ?
- Nos sentiments ont évolué avec le temps. Nous nous aimons, voilà tout. - Et tu me dis qu’il ne se passe rien ? - Il ne se passe rien d’inavouable. Caleb est quelqu’un de correct. Contrairement à ce que vous pensez. Et je n’ai pas à rougir de ce que nous faisons ensemble. - Est-ce que tu sais quel âge il a ?
- Non. Il ne me l’a jamais dit. Et ça n’a pas d’importance pour moi. - Heureusement que ton père ne sait pas tout ça.
- Tu ne vas pas le lui dire ? - Bien sûr que non, enfin !
Mon oncle venait d’entrer dans le restaurant. - Oh regarde ! Il y a Tonton Yann là-bas !
Je me levai pour lui dire bonjour. - Bonsoir les filles ! entonna-t-il. - Salut frangin, lui répondit ma mère.
- Tonton ! - Ça va, ma princesse ?
- Je ne suis pas là par hasard, me dit-il. Ta mère m’a dit que vous dîneriez ici. Il faut que je te parle. - Oh non ! Ne me dis pas que tu vas me parler de Caleb ?
- Il le faut. Ton père m’a demandé de faire une enquête sur lui. - C’est pas vrai...
- Je lui ai rapporté que ton ami était simplement un homme d’affaire respectable et qu’il n’avait rien à se reprocher. - Mais je le sais, ça !
Je réalisai, ce soir-là, que ma mère et ses frères formaient une fratrie très soudée.
Mon téléphone vibra à ce moment-là et je le sortis instinctivement de ma poche, oubliant que je n’étais pas supposée avoir un téléphone puisque Papa me l’avait confisqué... - Au revoir les filles !
Caleb me demandait si j’allais bien. Je lui répondis très vite que oui. Maman était en train de me regarder. - Tu as un autre téléphone ?
- Oui... Je suis désolée... - C’est Caleb qui te l’a donné ?
Je sentais que Maman allait me confisquer aussi ce téléphone, mon seul lien avec lui... - Oui... - Je ne te le prendrai pas, ne t’en fais pas. Je n’ai rien vu.
- Merci. Est-ce que tu sais de quoi parlait Tonton à propos de « la petite voix » qui lui a dit que Caleb était mon destin. - Le Créateur, j’imagine. Il est venu lui parler.
- On peut peut-être en parler à Papa. Il me laissera tranquille comme ça, si ça vient du Créateur. - Non. Il ne changera pas d’avis. - Tu crois ? - Il n’aime pas Caleb. Il le trouve beaucoup, beaucoup trop vieux pour toi.
- Il ne m’enlèvera jamais ma punition, alors ? - Si, il le fera.
- Quand je serai adulte ? Parce qu’il n’aura pas le choix ? - Laisse-lui un peu de temps. Ça va se tasser.
- Ça fait trois mois que je suis punie. Je trouve qu’il prend son temps...
Nous avions terminé notre repas. - Je peux te prendre dans mes bras, Rose ?
Sa question m’avait surprise mais j’acceptai. Cette étreinte était compliquée pour moi. Le problème est que j’aimais bien ma mère mais je l’aimais bien, c’est tout. Je ne ressentis rien de particulier lorsqu’elle m’enlaça... C’était trop tard...
Quelques jours plus tard, je reçus un appel de Tatie Morgane sur mon « vrai » téléphone portable, celui que Papa avait fini par me rendre. Elle voulait que je vienne la voir. - Je ne peux pas Tatie, tu le sais bien... Je suis punie. - ENCORE ?!!! - Ne crie pas, tu me fais mal aux oreilles.
- Désolée ma puce mais je suis révoltée ! - Tu devrais dire ça à ton frère. - C’est bien ce que je compte faire. Je passerai le voir à la fin de la semaine. A bientôt, ma chérie. - A bientôt Tatie.
J’espérais franchement que Tatie arrive à convaincre Papa. S’il y en a une qui pouvait le faire, c’était elle.
Alors que je consultais les sites internet, je reçus un sms de Caleb. Je lui répondis instantanément car j’étais seule dans la pièce. Papa était descendu faire un peu de sport au sous-sol. Nous nous manquions tant. Il n’en pouvait plus de ne pas me voir et moi non plus...
Nous échangeâmes un long moment avant de nous séparer. Comme il me paraissait loin ce baiser qu’il m’avait donné au Majestic. Cette soirée me semblait si loin... comme si elle n’avait jamais existé. Et pourtant j’y pensais chaque jour.
La sonnerie du téléphone me sortit de mes pensées. C’était Tatie. Elle avait obtenu de Papa qu’il lève une partie de la punition. Une partie seulement, mais c’était déjà beaucoup, un semblant de liberté. Je pourrai sortir avec Tatie Morgane à la condition qu’elle vienne me chercher et me raccompagne à la maison. Au moins, je pourrais la voir seule.
Mais la punition était bel et bien toujours présente dans ma vie. Il était hors de question que je reste seule à la maison, aussi, Papa m’avait emmenée ce jour-là avec lui, à San Myshuno. La veille, Maman lui avait offert un espace de spectacle et il avait décidé de l’étrenner dans le quartier des arts. Et comme je n’avais pas du tout envie de le regarder jouer, je m’étais installée plus loin pour faire mes devoirs. Caleb me manquait. Je supportais de plus en plus difficilement cette quarantaine injuste.
Heureusement, à présent, je pouvais voir Tatie. Ces moments étaient précieux car ils me permettaient de m’éloigner de ce père que je détestais. - Je suis trop contente de te voir ! - Moi aussi, ma chérie !
Nous nous étions installées à la boulangerie Jules pour boire un café. C’était le premier jour du printemps. - Ton père n’a pas fait de difficultés pour te laisser venir seule à la boulangerie ? - Non mais je suis sûre qu’il m’épiait derrière sa fenêtre ! - Ça, c’est très probable. - Il y est peut-être même encore.
- Alors, comment ça se passe avec Caleb ? Vous arrivez à vous parler quand même ? - On communique le plus souvent par sms. Pour s’appeler, c’est plus compliqué. Il ne faut pas que Papa soit dans les parages.
- J’aime mon frère mais il est vraiment une tête de pioche quand il s’y met. - Heureusement, je peux appeler, même s’il y a Maman dans la maison. Elle me laisse faire. - Ta mère te couvre ? - Oui. - Et tu crois qu’elle te laisserait voir Caleb ? - Ça, je ne pense pas.
- Moi, je peux le faire. Si tu veux voir Caleb, je peux te servir d’alibi. - Tu ferais ça ? - Si je te le propose... Je n’aurais même pas imaginé qu’on puisse m’empêcher un jour de voir Ludovic. - Merci Tatie... ça me touche.
- Moi aussi, j’ai un côté rebelle. Et surtout, je n’aime pas qu’on contrarie les belles histoires d’amour.
Notre temps rien qu’à nous était déjà terminé. Je devais rentrer à la maison mais je repartais le cœur plus léger grâce à ma merveilleuse tatie.
- Allez, à bientôt ma puce. Dis-moi quand tu voudras voir Caleb et on mettra un plan au point.
- Pas au téléphone, hein ? - Bien sûr que non ! Tu m’as prise pour une bleue. On se retrouvera ici pour en parler.
Lorsque j’arrivai à la maison, Papa et Maman étaient en train de discuter au salon.
En m’approchant, je perçus ce qu’ils étaient en train de dire et je décidai de m’annoncer.
Papa fit comme si de rien n’était...
Quoi encore ?
Je n’en revenais pas.
Evidemment ! Fallait s’en douter. Mais je suis maline, moi aussi !
S’il savait... Je montai alors dans ma chambre pour prévenir Caleb. J’en avais verrouillé la porte et étais allée sur ma terrasse. Je voulais être sûre qu’ils ne m’entendent pas.
- Ma chérie, comme c’est bon d’entendre ta voix. - Ça y est Caleb ! Je ne suis plus punie ! On va pouvoir enfin se voir ! - On va attendre un peu. Il faut être prudents si tu ne veux pas être punie à nouveau. - Je lui ai laissé croire que tu étais un sale type à qui je ne voulais plus parler parce que tu ne m’avais pas donné de nouvelles pendant ma punition.
- Alors, tu vois, on n’a pas besoin d’attendre. - Ton père est d’un naturel méfiant. Laissons-nous une semaine, d’accord ? Ce n’est pas si long que ça, après tout ce qu’on a attendu. - Si justement. On a assez attendu.
- J’ai tellement envie de te voir !
- Moi aussi, ma douce... Mais nous devons être prudents. Je ne veux pas prendre de risque... - D’accord...
Il avait raccroché. Une semaine ! Il fallait encore attendre une semaine ! J’en voulais un peu à Caleb de ne pas être aussi impatient que moi de nos retrouvailles...
G8/ Prologue 4/6 - Le paquet ______________________________
Le jour de l’an. Je venais d’avoir dix-sept ans... Prochaine étape, mes dix-huit ans, et mon anniversaire. Après la fête, lorsque tout le monde fut parti, j’allai m’assurer que mes parents dormaient car Caleb m’avait demandé de le rejoindre au Majestic. Il voulait fêter la nouvelle année avec moi.
- Rose... Tu es magnifique... Tu viens d’avoir tes dix-sept ans, n’est-ce pas ? - Oui, ce soir. - Tu es presqu’une femme... - Pas encore...
- A mes yeux, tu l’es. Et une très belle femme dont je ne peux plus me passer. Tu es ma drogue, Rose Chevalier. - Serais-tu en train de me draguer ? fis-je en rigolant alors qu'il me regardait le plus sérieusement du monde.
Caleb me prit dans ses bras et m’embrassa. Bien que surprise sur le moment, je me laissai aller à ce baiser que j’avais attendu si longtemps...
Un bisou chaud, enivrant et passionnant. Encore mieux que celui dont j’avais rêvé... Caleb ne me lâchait plus...
- Tu sais ce que tu viens de faire ? Je croyais que tu me trouvais trop jeune pour toi. - A seize ans, oui...
- Mais pas à dix-sept ? - Oui, tu l’es encore bien sûr... et je sais que j’enfreins quelques règles, mais je t’aime, Rose... Tu es la première à qui je dis ces mots, mais je t’aime pour l’éternité. - Et la mère de tes enfants ?
- Ne parle pas d’elle, tu veux... Je t’ai déjà promis de tout t’expliquer. Je t’aime et c’est la seule chose qui compte, Rose Chevalier. - Moi aussi, je t’aime.
- Un jour, je ferai de toi ma femme. - Je l’espère tant...
Mes jambes flageolaient et je sentais mon corps trembler de toute part. Les paroles et le regard de Caleb m’avaient complètement hypnotisée. Caleb continua. - J’aimerais que tu sois à mes côtés... A jamais. - Jusqu’à la fin de nos jours ?
- S’il y a une fin. - Je te trouve tellement romantique. Je t’aime tellement, moi aussi. - Alors, accepteras-tu de m’épouser un jour même si ton père s’y oppose ?
- Oh oui, Caleb ! - Tu me rends tellement heureux en disant cela. - Je veux passer le reste de ma vie avec toi. - Et moi donc !
Le lendemain du jour de l’An, nous avions enlevé toutes les décorations de fête.
Papa m’avait fait tout un discours pour ne plus que je revois Caleb avec, une nouvelle fois, menace de punition à l’appui. Heureusement, j’avais réussi à le convaincre que je ne le reverrai plus. Il aurait été fou s’il avait su ce qu’il s’était passé hier soir...
Après Papa, c’était Maman qui était venue me retrouver à l’étage. - Je peux te parler, Rose ? - Oui bien sûr.
Qu’est-ce qu’elle me voulait ? J’en avais marre des sermons et, surtout, je voulais être seule avec mes pensées et revivre le baiser de Caleb ainsi que toute cette fin de soirée avec lui... - J’aimerais te parler de ton ami Caleb. J’en étais sûre...
- Contrairement à ton père, je ne pense pas que ton petit ami soit mauvais. La conversation commença plutôt bien mais je restai tout de même sur la défensive. Je ne démentis pas ses propos affirmant que Caleb était mon petit ami. - En plus, je pense que tu es très amoureuse de lui, n’est-ce pas ?
- Si tu le dis... - J’en suis persuadée, Rose.
- Eh bien oui... peut-être... - Tu sais, lorsque ton père et moi sommes tombés amoureux, nous avions le même âge que toi aujourd’hui. Nous étions même un peu plus jeunes. Nous voulions vivre notre amour tranquillement, mais ce n’était pas possible.
- Pourquoi cela ? - Ton oncle Yann se mettait souvent au travers de notre route. Mais ton père semble l’avoir oublié...
- Ça c’est sûr, si tu es en train de me dire qu’il fait avec moi la même chose que Tonton Yann a fait avec vous. - Il faut lui pardonner. Il s’inquiète pour toi, c’est tout.
- Mais pourquoi ? Papa ne s’est jamais inquiété pour moi, et Caleb ne lui a jamais rien fait. - Pas que nous sachions, non... - Et tu penses que cette inquiétude va durer encore longtemps ? - Je n’en sais rien mais il en a après Caleb. A ta place, je le laisserai dire et je ferai ce que j’ai envie de faire.
Je ne savais pas Maman si compréhensive... - Tu es sérieuse ? - Oh mais oui ! Par contre, ne te fais pas attraper !
- Maman ? Pourquoi n’avons-nous jamais discuté toutes les deux comme nous venons de le faire à l’instant ? - Je n’en sais rien... Peut-être que tu étais trop jeune...
J’étais ensuite partie me réfugier dans ma chambre, laissant mes pensées vagabonder. Trop jeune ? Je pense juste que maintenant que j’étais ado, je l’intéressais davantage qu’une bambinette ou une enfant... Puis je pensai à Caleb que j’aimais tant, mais qui était cependant si mystérieux...
Quelques soirs plus tard, Papa m’avait demandé de venir à une soirée karaoké avec Maman et lui. Nous avions aperçu Caleb au bar en arrivant, et il m’avait interdit de lui parler, pas même de lui dire bonjour. J’en avais gros sur le cœur. Qu’allait-il penser ? C’était la première fois que nous nous revoyions depuis ce baiser et tous ces mots d’amour échangés. Peut-être allait-il croire que je ne voulais plus de lui... Papa nous avait demandé de nous asseoir plus loin, sur le canapé, puis il était parti faire un tour dehors. Il y resta un petit moment mais lorsqu’il revint, il était furieux. Il avait même abrégé la soirée et nous avait aussitôt reconduites à la maison.
A peine avions-nous refermé la porte qu’il me hurla dessus et me punit. Je n’avais plus le droit de sortir de la maison, et Papa me confisqua aussi mon téléphone portable pour ne pas que je puisse joindre Caleb. Maman avait bien essayé de s’interposer mais rien n’y fit. La cause de tout ça ? Papa avait découvert le bonhomme de neige que Caleb et moi avions fait ensemble derrière le bar à karaoké. Il l’avait même détruit. J’étais effondrée... Et s’il avait détruit le Créateur ? J’espérais que non, mais cette idée me terrifiait.
J’étais montée dans ma chambre. Je le détestais. Oui, je détestais mon père. C’était tellement mieux quand Mamie était encore en vie. Jamais elle n’aurait permis cela. Elle était si gentille...
Je ne sortais plus. Je passais beaucoup de temps à travailler. Papa et Maman m’emmenaient à l’école et venaient m’y rechercher. Je n’avais aucune échappatoire... Mon père me surveillait tout le temps alors, il fallait que je le mette en confiance... Je ne pouvais pas me permettre de m’amuser à « faire le mur ». Je me demandais ce que faisait Caleb... Pensait-il encore à moi ? Tout ce temps sans me voir et sans savoir pourquoi je ne donnais plus de nouvelles... S’inquiétait-il ? M’avait-il remplacée ? Autant de questions dont je n’aurais malheureusement pas la réponse tout de suite.
Un midi, alors que je déjeunais avec Papa et Maman (je n’avais, ceci-dit, jamais pris autant de repas en leur compagnie que depuis ma punition...), je leur fis part de mon désir d’aller visiter la Clairière Forestière. Papa n’était pas emballé. Il n’avait même pas du tout envie de m’y accompagner. Pourtant, je ne pouvais pas y aller seule car Papa maintenait toujours sa punition... Maman se proposa pour venir avec moi. Depuis le jour de l’An, j’avais l’impression qu’elle essayait de tout faire pour me faire plaisir et je ne comprenais pas ce revirement de situation car elle ne s’était jamais préoccupée de moi avant.
Seulement, il y avait un problème. Papa et moi n’étions pas sûrs qu’elle puisse accéder à la clairière car elle n’était pas une Elue... Il n’y avait aucun précédent à cette situation, donc nous ne savions pas...
Nous convînmes donc que j’essayerai d’y entrer avec Maman et que, si nous échouions, Papa m’accompagnerait. Il me le promit. Et ce qu’on ne pouvait pas enlever à mon père, c’est qu’il tenait toujours ses promesses. Je dis à Maman que je devais d’abord faire des recherches pour savoir comment ouvrir le passage qui menait à la clairière et que je l’informerai quand nous pourrons y aller.
Les recherches que je devais effectuer allaient me prendre beaucoup de temps mais qu’avais-je d’autre à faire ? J’étais confinée chez moi par un père que je haïssais de plus en plus. Je n’espérais qu’une chose, c’est que Maman puisse accéder à la clairière avec moi. Mais si ce n’était pas le cas, je n’irais de toute façon pas avec mon père. Je ne désirais, à aucun prix, découvrir ce lieu mythique avec lui... Je ne sais pas encore comment je ferai, mais une chose est sûre, ce sera sans lui. J’avais encore eu le droit à une soirée karaoké... Partout où ils allaient, mes parents m’emmenaient avec eux...
Certes, je dois admettre que mon père chantait merveilleusement bien mais j’en avais assez de l’entendre et d’être en permanence avec lui. Je ne le supportais plus.
Papa avait une nouvelle fois gagné le concours, ce dont je m’étonnais à peine, étant donné son talent et Maman sauta de joie dans mes bras ! Elle trouvait extraordinaire tout ce qu’il faisait. Ils avaient décidé d’aller boire un verre au bar et, tout occupés qu’ils étaient à se regarder amoureusement dans les yeux, ils ne virent pas que je m’étais éclipsée.
J’étais sortie... espérant voir Caleb bien sûr mais il n’était pas là. Alors je fis le tour du bar pour constater quels vestiges il restait du bonhomme de neige que nous avions fait tous les deux.
Mais il n’y avait plus rien, pas même un petit monticule de neige. Ce jour-là, lorsque nous avions créé « Caleb et Rose », nous nous étions dit pour la première fois que nous nous aimions.
J’avais versé des larmes près de ce bonhomme de neige... Je lui avais même parlé... Mais il n’était plus et c’était de la faute de mon père. Je m’étais mise à hurler : « Je le déteste ! Je le déteste ! ».
Je faisais mes devoirs comme tous les lycéens de mon âge mais lorsque j’avais fini, je ne sortais pas m’amuser. Non, je restais cloîtrée dans ma chambre à m’occuper autrement.
Et en ce moment, je lisais les biographies de Perrine pour pouvoir ouvrir un passage vers la Clairière Forestière. Caleb me manquait tellement... Mais en me plongeant dans ses livres, j’avais quelques moments de répit durant lesquels j’étais fascinée plus que triste. Perrine devait être une femme extraordinaire. Elle était vraiment partie de rien du tout mais ne s’était jamais laissé abattre... Elle avait trouvé son bonheur avec Christophe. J’espère que je trouverai le mien auprès de Caleb.
Mon amour avait trouvé un moyen pour que nous communiquions. Il m’avait envoyé un paquet par la poste. Ce jour-là, comme toujours, Papa m’avait demandé d’aller récupérer le courrier. C’était l’une des rares tâches qu’il me confiait sans m’accompagner. Je découvris le paquet et reconnus aussitôt l’écriture de Caleb.
Je cachais alors le paquet derrière les plantations, devant la maison, pour le récupérer plus tard.
Papa était ensuite parti au travail. Je l’avais vu descendre l’escalier puis s’en aller d’un air décidé alors que je faisais mine d’être absorbée par une émission de cuisine... J’avais pu aller rechercher mon colis car Maman s’était enfermée dans sa chambre pour y travailler. Elle ne me surveillait jamais, contrairement à ce que mon père croyait...
Dans le colis, il y avait un téléphone portable accompagné d’un mot de Caleb : « Ma douce Rose, je sors à peine du travail. Si tu savais à quel point tu me manques... N’ayant plus de tes nouvelles, je me suis douté que ton père t’avait finalement punie de trop m’aimer. Dans ce paquet, tu trouveras un téléphone portable. Mon nouveau numéro y est pré-enregistré. N’utilise ce téléphone que pour m’appeler, moi. Ton père et ses beaux-frères, tous deux agents secrets, ne connaissent pas l’existence de ces téléphones et ne pourront pas nous pister.
Je ne suis pas loin de toi mon amour, je t’écris ces quelques mots des Archives de Windenburg, l’âme en peine de ne plus te parler et de ne pas pouvoir te serrer dans mes bras. Mais je te vois, si belle et si mienne. Je ne peux pas te quitter des yeux, ma douce Rose. Sache que si tu ne me vois pas, moi je te vois et je suis près de toi. Dis-moi que tout va bien pour toi, ma Rose. Je t’attendrai le temps qu’il faudra, jusqu’à tes dix-huit ans s’il le faut, mais mon amour pour toi est bien réel. Ne doute jamais de lui. Je t’aime. Caleb. » Ses mots m’avaient revigorée. Il m’aimait toujours, ne m’avait pas abandonnée et pensait à moi. Je l’imaginai, assis à une table, à la bibliothèque de Windenburg, m’écrivant...
Lui aussi me manquait et moi aussi j’aurais voulu qu’il me tienne dans ses bras... Mais nous ne le pouvions pas. Cela nous était interdit par la loi de mon père que je haïssais plus que tout au monde. Mais Caleb m’avait écrit... Il avait même relié sa très longue lettre comme s’il s’agissait d’un petit livre. Qui faisait cela de nos jours ? Personne. Ecrire une lettre, l’envoyer par la poste, cela paraissait si aberrant de nos jours. Pourtant, mon amour l’avait fait. Je lirai et relirai cette lettre chaque jour de ma vie... Pour ne pas oublier que derrière les fenêtre de ma maison, Caleb était là, qu’il m’attendait, qu’il me voyait.
Ce même jour, aidée par l’amour que Caleb me portait, j’avais enfin trouvé la solution pour accéder à la clairière. Maman n’avait toujours pas quitté sa chambre, prise par son travail et j’étais allée la trouver pour lui annoncer la nouvelle. - C’est un petit peu long à faire mais nous devrions y arriver. - Tu as trouvé ça dans la biographie de Perrine ? - Oui. C’est une vraie mine d’or. Tu es toujours partante pour venir avec moi ? - Evidemment.
- Super ! Alors on y va maintenant. Juste le temps de me mettre quelque chose de plus chaud sur le dos. - Moi, je suis prête.
G8/ Prologue 3/6 - L'adolescence, Caleb et Rose __________________________________________________
Je rejoignis Caleb au marché aux puces mais nous nous assîmes sur un banc, plus loin, près du bar à karaoké.
- Qu’est-ce que tu as, Rose ? Tu n’as pas l’air bien ?
Je ne sais pas comment il faisait mais Caleb savait toujours si j’allais bien ou mal... - C’est Tatie... Elle va partir vivre chez la mère de Ludovic. - C’était prévisible, non ? Cyrielle est la seule grand-mère qu’il reste à la petite Laurence. - Oui et alors ? Ils ont dit qu’ils partaient parce que Cyrielle avait besoin de Ludovic. - Bien sûr. Elle est âgée et il y a plein de choses qu’elle ou sa fille ne peuvent pas faire seules. Elles ont besoin d’un homme. Et cet homme, c’est Ludovic. Tu peux le comprendre, non ? Tu n’es plus une enfant.
- Mais je n’ai que seize ans ! Et d’abord, pourquoi es-tu toujours aussi logique ? - L’expérience, ma vie sûrement. C’est aussi une façon de me protéger. La logique est pas mal pour ça. Elle permet d’anticiper les évènements.
- La logique, c’est bien joli, mais est-ce que tu as des sentiments au moins ? - Bien sûr que j’en ais ! Pourquoi dis-tu cela ? - Parce que tu me sembles si froid, parfois... - Je suis navré de te faire cette impression...
- Tu as tellement l’air de tout calculer. Même ce que tu dis, ou ne dis pas, d’ailleurs. - Je vais faire un effort, alors. Tu veux bien venir faire un bonhomme de neige avec moi ?
Je grandissais très vite (vie de sim oblige) et, chaque fois que je voyais Caleb, mon cœurs s’emballait un peu plus pour lui. Mes sentiments envers lui avaient évolués et je ne le voyais plus comme un grand frère. - Allez, Rose ! Au boulot ! J’ai fait le plus gros déjà !
Nous étions près du pont, ce pont que j’avais si longtemps observé de la fenêtre de ma chambre, lorsque j’habitais encore au 888, appartement Flèche. Il était encore plus beau de près. - Et voilà ! Je m’y mets, tu es content ? - Bien sûr. Je ne veux pas être le seul à me geler les mains.
- Caleb ? Pourquoi es-tu si distant avec moi ? - Distant ? Mais pas du tout. J’aimerais savoir pourquoi tu dis cela. Je n’ai jamais été distant envers toi. - Tu as changé depuis mon anniversaire...
- Faux. Si j’ai changé, c’est depuis peu... - Mais pourquoi ? Je ne t’ai rien fait que je sache...
Comme à son habitude, Caleb éluda ma question. - Nous avons fini notre bonhomme de neige ! N’est-il pas magnifique ? - Il est splendide !
Nous avions appelé notre bonhomme de neige, Caleb et Rose. Caleb me prit dans ses bras. - Je ne suis pas distant. Tu es ma petite Rose à moi.
Je sentis ce jour-là, que son étreinte envers moi avait changé, elle aussi. - Et tu ne peux même pas imaginer à quel point tu comptes pour moi. - Mais si. Maintenant, je le sais.
Et je le lui avais dit : - Je t’aime, Caleb. - Tu ne dois pas me dire ces choses-là, Rose...
- Je suis beaucoup plus vieux que toi, beaucoup plus. - Pas tant que ça en fait. Tu as quoi ? Vingt ans ? Vingt-deux ans ? Et où sont tes soi-disant enfants plus vieux que moi et que je n’ai jamais vus ? Tu dis cela pour mettre de la distance entre nous. - Sache que je ne t’ai jamais menti et que je ne te mentirai jamais. J’aimerais que tu me fasses confiance. - Mais comment ? C’est impossible que tu aies des enfants plus âgés que moi !
- Non. Ça ne l’est pas. Et je t’expliquerai tout cela un jour. Je te demande juste de me croire. - Mais tu ne m’aimes pas, hein Caleb ?
- Tu ne m’aimes pas comme moi je t’aime... - Je t’aime, Rose...
- Oh si, je t’aime. Mais je n’ai pas le droit de t’aimer. Pas maintenant. - Mais pourquoi ? Le ton de Caleb se durcit... - Rappelle-moi ce que tu as dit tout à l’heure ? Je n’ai que seize ans ? C’est bien cela ? Alors, tu comprends la raison... - Mais ce n’est pas juste... - Je n’ai pas le droit, voilà tout...
Je me mis à pleurer toutes les larmes de mon corps. Caleb paraissait insensible. - Ressaisis-toi, Rose. Tu sais très bien que j’aie raison. Tu es intelligente. - Mais je ne veux pas l’entendre. Je ne peux pas. Pourquoi je t’aime ainsi ? Tu étais juste mon ami...
- Ça n’était pas prévu au programme de notre Créateur, je pense. Une mauvaise blague de sa part, certainement... - Notre Créateur ? Mais pourquoi me parles-tu de lui ?
Je séchai mes larmes pour entendre Caleb mais il me prit dans ses bras. - Parce que je sais qu’Il m’a conduit vers toi. - Mais alors, pourquoi nous interdit-il tant de choses ? - Parce que tu n’as pas l’âge. Mais tu l’auras bientôt, très bientôt.
- J’en suis sûr, Rose. Je le sais. - Vraiment ? Oh, tu as vu ce magnifique oiseau là-bas ?
Caleb m’avait agacée et j’essayais de le distraire. J’avais pour intention de lui faire manger de la neige. Après tout, j’étais une ado de 16 ans. - Je ne vois rien du tout. - Mais si ! Regarde un peu plus sur ta droite !
Il se retourna. Ma boule de neige était prête.
Je la lui écrasai en plein visage, fière de moi ! - Et toc !
La réaction de Caleb fut inattendue...
- Pas du tout. Mais toi, tu devrais avoir peur d’un Caleb en furie lorsqu’il reçoit une boule de neige ! - Je n’ai pas peur de toi.
- Tu devrais... - Certainement. J’en suis sûre. Mais toi, tu devrais te détendre. Tu es trop à cran... Ce n’est rien, une boule de neige. Au contraire, ça prête à rire. Il pouvait être dangereux. Je le savais. Je le sentais. Mais je savais aussi qu’il ne me ferait jamais de mal. Pourquoi ? Je ne le sais pas. Mais j’en étais persuadée.
Le lendemain matin, Morgane s’en allait. - Tu vas me manquer, tu sais. - Ce ne sera plus pareil, Rose, je sais, mais ma porte te sera toujours ouverte. Tu viens quand tu veux. - Merci Tatie.
- Prends soin de toi, Tatie. - Tu sais qu’on se revoit pour le jour de l’An, hein ?
Après le départ de Tatie, je me mis à la mixologie. Après tout, plusieurs de nos ancêtres avaient excellé dans ce domaine, alors pourquoi pas moi ? De plus, je trouvais très intéressant de découvrir ce que pouvait donner certains mélanges de nectars.
Je me lançai aussi dans la cuisine. J’adorais manger, et surtout bien manger. Je trouvais donc indispensable de savoir me concocter un bon repas.
La veille du jour de l’An, je profitai de ce que Papa et Maman soient partis au festival de l’humour pour inviter Caleb à dîner. Je lui avais préparé un curry, recette que je réalisais pour la première fois. - Ton père serait fou s’il savait que je dînais chez lui. Je l’ai croisé au festival tout à l’heure, furieux. Il a même interrompu ma représentation. Il ne veut plus que je te vois. - Mais enfin, qu’est-ce que tu lui as fait, Caleb ?
- Rien du tout. - Je n’ai pas envie qu’il nous empêche de nous voir... J’essaye de comprendre. - Nous allons redoubler de prudence. A commencer par ne plus se voir ici. C’était une très mauvaise idée. - Tu ne vas partir, hein ?
- Partir ? Et ne pas goûter ce curry qui sent si bon ? - Je croyais que tu avais peur que mes parent ne rentrent. - Ils ne vont pas rentrer tout de suite. Ils ont prévu de dîner au festival puis d’aller boire un verre. - Comment tu le sais ?
Caleb ne répondit pas. - Ton curry est vraiment délicieux. - Je suis heureuse parce que c’est la première fois que je fais un plat comme celui-ci. Mais je sais que tu aimes les plats épicés.
Je pris ma première fourchette de ce curry que Caleb trouvait si délicieux mais... je me brûlai la langue et le palais. - Waow ! Toi, par contre, tu n’y es pas habituée...
- Ça va Rose ? Ne bois pas d’eau surtout. - Oui, je sais. Ça va aller, t’en fais pas.
- Continue à manger épicé et tu verras, tu t’y habitueras. - Je ne sais pas si j’ai vraiment envie de finir mon assiette...
- Finis-la. J’y tiens. C’est comme ça que tu t’habitueras. - D’accord. Je vais faire un effort, dans ce cas.
Je finis tranquillement mon assiette tandis que Caleb, s’occupa de débarrasser la table et de tout mettre au lave-vaisselle. Un amour... Je l’aimais tant mais il m’interdisait de le lui dire. - Votre maison est joliment décorée. - Oui. Papa, Ludovic et Morgane ont vu les choses en grand. Moi, je ne me suis occupée que du sapin. - Qui est aussi très beau. Tu veux qu’on danse ? - Non. J’ai malheureusement un projet scolaire à finir... Et je dois le rendre demain.
- Pour demain ? - Oui, malheureusement. - Je vais peut-être y aller, alors...
- S’il te plait, ne pars pas... J’aurais vraiment besoin d’un petit coup de main... - Un gros coup de main, tu veux dire ! Tu n’as même pas commencé !
- Oui, c’est vrai... Mais je devais préparer un curry... - Tu ne me feras pas croire qu’on t’a donné ce travail hier, alors ne me fais pas l’insulte de me prendre pour un imbécile... Je n’apprécie pas du tout. Ne t’avise plus de me mentir. - D’accord. Je ne le ferai plus. - Très bien. On y va, alors.
Caleb était doué, très doué. Mon projet avançait à grands pas et évoluait sous mes yeux. - Caleb ? J’ai une question à te poser. Je peux ? - Dis toujours.
- Si tu ne peux pas m’aimer, c’est parce que tu es marié, c’est ça ? - Non, je ne le suis pas. - Alors, ils sortent d’où tes trois enfants ? - Rose, tu me fatigues... Je n’ai pas d’épouse, d’accord ?
- Mais tu as trois enfants... - Oui. Regarde, on a terminé !
Une demi-heure pour finir le projet ! J’étais aux anges. - Merci Caleb. - Je t’en prie. Il faut que j’y aille maintenant. Tes parents ne vont certainement pas tarder.
Il me prit dans ses bras. Son étreinte était chaleureuse. - Je t’expliquerai tout, Rose. Et lorsque je le ferai, tu comprendras. Je te le promets. Fais-moi confiance.
J’étais heureuse. J’avais passé la soirée avec l’homme que j’aime, même si je le trouvais de plus en plus mystérieux. Mais je savais qu’un jour, j’aurais la réponse à toutes mes questions.
Quelques soirs plus tard, j’allai à San Myshuno pour « rendre visite » au bonhomme de neige que nous avions fait ensemble et que nous avions surnommé « Caleb et Rose ». - Alors ? Qu’en penses-tu, bonhomme de neige ? Serons-nous heureux, lui et moi, ensemble ? - Ton destin est avec lui, Rose...
Le bonhomme de neige m’avait répondu... C’était irréel... J’essayai de ne pas avoir peur. - Je suis ton Créateur, mais aussi la voix de tes ancêtres. Je sais que Caleb t’aime sincèrement. Tu dois lui faire confiance. - Je lui fais déjà confiance. Mais que veux-tu dire ? Qu’il est lié à mon destin d’Elue ?
- Non seulement il est lié à ton destin, mais il te protégera. Ecoute-moi bien. Cette conversation doit rester entre nous. Un jour, dans ta vie d’adulte, tu auras besoin de conseils. Va à la Clairière Forestière, cet endroit est magique, et tu y trouveras des réponses... Ton destin est différent de celui des autres Elus. Aussi tu n’auras pas d’objectif précis lors de ton anniversaire. Suis ton instinct, Rose... Suis ton guide... Celui-ci est Caleb.
G8/ Prologue 2/6 - Mon ami Caleb ___________________________________
Mamie mourut... Elle m’abandonna un jour où je n’étais même pas à la maison... L’enterrement fut très douloureux pour moi. Je n’arrivais pas à comprendre, ni à admettre sa mort. Alors, je sortais souvent le soir, lorque tout le monde dormait, pour aller pleurer sur sa tombe. Je me sentais ainsi plus proche d’elle.
Mais un soir, je ne fus plus seule au cimetière familial. Je reconnus la voix de mon ami Caleb. - Ne pleure plus petite Rose. Elle te voit de là-haut. Elle serait triste de te voir ainsi. - Tu crois ? Tu ne la connaissais même pas... - Pourquoi crois-tu que je sois ici ? Non seulement je connaissais ta mamie mais je l’appréciais énormément.
- Et sa disparition m’attriste beaucoup moi aussi. C’est pour ça que je suis ici. - C’est vrai ? - Oui c’est vrai, Rose. Je venais la voir. Tout comme toi. - D’accord.
J’ignore pourquoi mais savoir que Caleb avait connu Mamie et qu’il était triste de sa mort, furent deux choses qui me permirent de me calmer. - Sinon, comment vas-tu ? Cela fait des mois que je n’ai plus de nouvelles de toi. Depuis que tu es partie à Windenburg. - Je sais, je suis désolée. Mais j’étais si heureuse avec Mamie et Tatie que je n’ai plus pensé à t’envoyer des messages. Et après, Mamie est morte et j’étais trop triste. Je suis vraiment, vraiment désolée.
- Ce n’est pas grave. Ce n’est pas grave, ma puce. Arrête de pleurer. Ça va aller...
Caleb me garda longtemps dans ses bras, jusqu’à ce que je me calme à nouveau. Puis nous nous dîmes au revoir. - Essaye quand même de m’envoyer un petit message de temps en temps, tu veux bien ? - Oui, je t’en enverrai même plein. Je te le promets. Je ne t’oublierai plus.
Et je tins promesse. Je lui envoyai par messages mes joies et mes peines. On s’appelait aussi régulièrement. Il m’aida beaucoup à surmonter la mort de Mamie et à faire mon deuil. Quelques jours avant mon anniversaire, Caleb me demanda de le rejoindre au parc, à Oasis Spring. J’avais déjà terminé mes devoirs et je le rejoignis aussitôt. Il m’attendait dans le salon-bibliothèque. - Alors, tu as l’air d’aller mieux ! Ça fait plaisir à voir. - Oui, c’est grâce à toi. Et aussi un peu à Tatie, quand même !
- Et je tenais à te féliciter pour le A que tu as eu hier. - J’ai bossé comme une folle pour l’avoir, celui-là ! - Je n’en doute pas ! Tu es une petite fille très studieuse ! - Je serai bientôt une adolescente, tu sais ?
- Justement. C’est pour cette raison que je voulais te voir. - Ah bon ?
- Je ne serai pas là pour fêter ton adolescence avec toi mais je tenais à t’offrir quelque chose. Dans ce paquet, il y a deux boîtes. Une bleue que tu pourras ouvrir le jour de ton anniversaire. Et une plus grande, mauve. Celle-là, tu ne l’ouvriras pas. Il faudra attendre que tu sois jeune adulte pour le faire.
- C’est incroyable ! Tu savais que c’était mon anniversaire ! - Promets-moi pour le paquet mauve.
- Je te le promets Caleb. Je ne l’ouvrirai pas. - Alors, c’est pour toi. Joyeux anniversaire, petite Rose ! J’espère que mon cadeau te plaira.
- Merci Caleb. C’est la première fois que je reçois un cadeau de quelqu’un qui n’est pas de ma famille. - Tu es un peu de ma famille, Rose.
- Tu as une famille, toi ? - Oui, j’en ai une bien sûr. - Alors tu as des enfants ? - J’en ai trois. Deux garçons et une fille.
- Waow, ça fait beaucoup ! Tu crois que je pourrais jouer avec eux ? - Ils sont beaucoup plus grands que toi. Mais j’espère qu’un jour, je pourrais te les présenter, ça oui, je l’espère beaucoup.
Le jour de mon anniversaire, je m’étais enfermée dans la salle de bain. J’avais disposé les paquets les uns sur les autres, comme pour Noël. Le orange était vide puisqu’il contenait les deux autres. Le mauve devrait attendre. Qu’est-ce que pouvait contenir le bleu ?
De jolies boucles d’oreille ! Toutes petites et toutes jolies. Je les adorais déjà. Mes parents m’offrirent ce jour-là le collier de Mamie en cadeau, celui qui avait appartenu à Perrine. Et Tatie et Ludovic m’offrirent une jolie montre. Je ne quitterai jamais ces trois bijoux...
Pour le réveillon de Noël, toute la famille s’était rendue au festival des épices sur ma suggestion et tout le monde était ravi d’être là.
J’avais fait cette suggestion car je savais que Caleb adorait ce festival et j’espérais un peu le croiser. Je le vis près du bar et je m’éclipsai discrètement, laissant les membres de ma famille discuter entre eux. - Caleb...
Lui aussi était content de me voir et il planta la fille au t-shirt jaune au milieu de leur conversation pour venir me rejoindre et m’offrir un verre. Nous ne nous étions pas vus depuis ces quelques jours avant mon anniversaire, le jour où il m’avait offert mon cadeau. - Ces boucles d’oreille te vont à merveille. J’espère qu’elles te plaisent. - Je ne les quitte plus.
- Toi aussi, tu as voulu voir le festival des épices en période de fête ? - Je suis venue avec mes parents, Tatie Morgane et son mari.
- Nous n’étions que tous les cinq ce soir. - Je viens d’apercevoir ton père. J’espère qu’il ne nous a pas vus, sinon c’en est fini de nous.
Caleb suggéra que nous allions parler plus loin. - Je te trouve radieuse. L’adolescence te va très bien. - Je te remercie.
- Tes enfants ne sont pas avec toi ? - Oh, tu sais, ils ont leur propre famille... Et je ne tiens pas à les ennuyer.
- Les ennuyer ? Mais tu es leur père, non ? - Et si nous trinquions plutôt à ce réveillon ? Caleb avait le don pour éviter de répondre à mes questions... - D’accord ! Joyeux réveillon alors ! - Et je trinque aussi à toi ! Tu es une adolescente superbe ! Tu vas en faire tourner des têtes !
- Il va falloir faire attention à toi. - Et pourquoi cela ? Parce que le garçons de ton âge savent être très persuasifs quand ils veulent quelque chose. - Je n’attends rien d’eux. - Mais eux vont attendre de toi. Alors fais attention. Promets-le-moi !
Caleb me tenait le discours d’un père... Encore que mon père n’avait jamais eu une telle conversation avec moi... - Je te le promets. - Est-ce que tu tiens toujours tes promesses, petite Rose ?
Je me mis à le chatouiller. - Bien sûr que je les tiens, ingrat ! Je n’ai d’ailleurs toujours pas ouvert le deuxième cadeau que tu destines à mon prochain anniversaire !
Caleb rit de bon cœur puis s’approcha de moi pour m’enlacer... lorsque mon père apparut. - Tu sais que tu es mon rayon de soleil ? - Caleb... Papa est derrière toi. Il me cherche, je crois...
Il me lâcha aussitôt. - Tu es sûre ? - Oh oui.
Il chuchota à mon oreille... - Alors, je vais m’en aller... Mais c’était trop tard... Papa nous avait vus, et il interpella mon ami : - Caleb ?
Et après une petite discussion cordiale mais tendue avec mon père, Caleb s’en alla rapidement. Je n’avais jamais vu quelqu’un se déplacer aussi vite que lui, et je n’en fis pas mention à Papa. Mais j’avais, pour la seconde fois, aperçu ses petites ailes noires.
J’en voulais à mon père de l’avoir obligé à partir. - Mais pourquoi tu as fait ça ? - C’est moi qui pose les questions ici ! D’où tu le connais ce type ?
S’en suivit alors une discussion houleuse avec mon père. Je ne l’avais jamais vu dans cet état-là. - C’est un ami. - Un ami !? Mais bon sang, tu ne peux pas avoir des amis de ton âge, comme tout le monde !
- Mais on n’a rien fait de mal... Et c’était vrai. Je ne vois pas pourquoi mon père s’énervait comme ça. - Je t’interdis de le revoir, c’est clair !
Mon père me hurlait dessus. En plein festival, devant tout le monde. Caleb m’avait prévenu que Papa ne l’aimait pas mais je ne m’attendais pas à ça. - Et si jamais tu t’avises de me désobéir, tu seras punie dans ta chambre ! C’est clair, ça aussi ?
Punie ? Jamais je n’avais été punie de ma vie alors que je l’aurais mérité cent fois. Mais là... Que se passait-il ? Que s’était-il passé entre mon père et Caleb ? - C’est pas juste. - C’est pour ton bien.
C’en était trop ! Pour qui se prenait-il ? Il ne s’était jamais préoccupé de moi. Alors pourquoi maintenant ? - Pour mon bien ? Mais tu n’as jamais su ce qui était bien pour moi... Bon, je rentre à la maison. - C’est ça, rentre.
Il ne s’était même pas demandé comment j’allais faire ça. Heureusement, j’avais aperçu une de mes camarades de lycée. Elle avait demandé à ses parents de me ramener. Et j’étais rentrée à la maison, comme je l’avais dit. Je m’étais ensuite réfugiée dans la chambre de Tatie. Je m’y sentais bien. Lorsque je repris mon portable, je vis que Caleb m’avait laissé un message.
« J’espère que tout va bien et ton père n’a pas été trop dur avec toi. Bisou ». Il avait l’air inquiet. Je devais lui répondre : « Tout va bien. Je l’ai planté là et je suis rentrée chez moi. Il ne veut plus que je te voie sinon il me punit dans ma chambre. La poisse ! ». - « Alors, il va falloir qu’on soit plus discrets. » - « C’est sûr. Je ne tiens pas à être enfermée dans ma chambre. Bisou. »
Le lendemain nous fêtâmes Noël avec notre famille et celle de Morgane. Nous nous étions tous déguisés pour les recevoir. Ludovic avait une jeune sœur adolescente, Stéphanie et je sympathisai tout de suite avec elle.
Moi, je m’étais déguisée en mère Noël mais grand mal m’en a pris car mon cousin Maxime voulait absolument m’enlever mon chapeau. Quel gredin, celui-là !
Le lendemain de Noël fut moins drôle puisque Morgane et Ludovic nous apprirent qu’ils allaient nous quitter pour aller vivre chez Cyrielle, la mère de Ludovic, avec ma nièce Laurence. J’avais le cœur en miettes. Morgane était la seule confidente que j’avais à la maison. Et j’adorais m’occuper de Laurence qui allait bientôt devenir bambinette. Je les ai suppliés mais rien n’y fit. Pire : mon père me fit taire en me disant de ne pas en rajouter.
Alors, lorsque Caleb m’envoya un message en plein anniversaires de Maman et de Tonton Yann pour me demander de le rejoindre au Marché aux puces, j’étais ravie.
Il me fallait juste l’aval de mon père. Je croisai les doigts pour qu’il ne se doute de rien et lui parlai d’une copine que je devais retrouver là-bas. - Une de mes copines m’a envoyé un texto du marché aux puces. Elle voudrait que je la rejoigne. - Mais c’est l’anniversaire de Maman aujourd’hui. - Ce n’est pas grave, vraiment. Laisse-la sortir. C’est de son âge, dit ma mère à mon père.
Merci Maman ! Papa me demanda juste de changer de tenue mais il me laissa partir.
La suite durant le week-end, ou, au plus tard, en début de semaine, car ce chapitre était très court 🙂
G8 / Prologue 1/6 - L'enfance, rencontre avec Caleb _____________________________________________________
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Lorsque j’atteignis l’âge enfant, j’eus le droit à une grande fête d’anniversaire. Toute ma famille était là sauf Tatie Morgane. Je ne me souviens plus pour quelle raison, mais elle n’avait pu être présente.
Tout le monde avait chanté à tue-tête et Mamie Angela avait jeté des confettis. J’adorais mes deux mamies. Elles avaient toujours été là pour moi et je rigolais toujours avec elles.
Tatie Morgane me manquait. Mes oncles, Yann et Gildas étaient très gentils, de même que Tatie Béatrice, mais Morgane était ma préférée. Elle s’était toujours occupée de moi et je l’aimais très fort.
Et mon Papi Christian. C’était une vraie perle, le seul papi qui me restât, malheureusement.
Il m’écoutait vraiment lorsque je parlais et il montrait de l’intérêt, pas comme mes parents. Avec lui, je partageais de grands moments de complicité. Je n’ai connu ça, ni avec mon père, ni avec ma mère.
Après ma fête d’anniversaire, la seule chose que me dit mon père fut de me prier de débarrasser les vestiges du repas avant d’aller me coucher. Ma mère, elle, ne me parla même pas.
Elle était sûrement trop fatiguée... Elle avait quand même cuisiné deux gâteaux et puis, elle pensait probablement au livre qu’elle était en train d’écrire à ce moment-là. J’aurais pourtant tellement voulu que mes parents me prêtent un peu plus d’attention...
Mais ils étaient bien trop occupés à leurs histoires d’adultes comme leur travail. Ou encore l’amour qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre que je devinais très fort.
Et, dans leurs cœurs, je crois qu’il n’y avait pas de place pour moi... D’ailleurs, contrairement à mes mamies, à mes papis et à mes oncles et tantes, eux ne m’avaient jamais dit « je t’aime ». Et je le leur rendais bien.
Pour clôturer en beauté cette journée d’anniversaire, je dormis cette nuit-là dans mon petit lit de bambin. Papa et Maman n’avaient même pas prévu un lit plus grand pour moi... J’en parlais le lendemain soir à Papa... - Oups, c’est vrai ! Je crois qu’on a peu zappé ce petit détail ! Nous irons t’acheter un lit demain, tu veux ?
- Oui, mais pour ce soir ? Parce que j’ai vraiment très mal dormi la nuit dernière... - C’est juste pour ce soir. Demain, tu auras un lit plus grand, c’est promis.
J’avais donc choisi, cette nuit-là, de dormir sur le canapé du salon. Le pire, c’est que mes parents ne s’en rendirent même pas compte...
Le lendemain, Papa tint sa promesse (une chance pour moi, il ne se dérobait jamais à une promesse) et il m’emmena avec lui pour acheter mon lit et une table de chevet. Je pus même les choisir, tout comme il me laissa choisir une parure de draps qui me plaisait. Ce jour-là, il m’offrit même un ordinateur. Ce n’était pas vraiment prévu au programme mais il était le bienvenu. Ainsi, je n’aurai plus à aller dans la chambre de Papa et Maman pour consulter les sites web. Je sentais bien que cela les agaçait et je me demande d’ailleurs si ce n’était pas la raison profonde de cet achat inattendu.
J’aurais bien aimé changer les couleurs de ma chambre mais Papa avait tellement dépensé aujourd’hui que je ne m’imaginais pas lui demander de refaire la tapisserie ou de changer les meubles. Au lieu de cela, j’avais jeté ma maison de poupée (je n’y jouais jamais, de toute façon) et ôté tous ces horribles stickers qui étaient supposés décorer ma chambre. Je n’avais gardé qu’une affiche que Papa m’avait offerte ainsi que les boules à neige et les tubes à bulles qu’il m’avait ramené des festivals auxquels il s’était rendu. J’aimais à penser que si mon père m’avait ramené ces objets, c’est parce qu’il tenait à moi. Je voulais donc les conserver précieusement.
Je passais beaucoup de temps toute seule car les occupations respectives de mes parents ne leur permettaient pas souvent d’être avec moi. A cette époque-là, je me lançai à fond dans le travail scolaire car j’étais persuadée que pour avoir ce que je désirais dans la vie, il fallait être bonne à l’école.
Lorsque je ne faisais pas mes devoirs, j’allais au parc ou à la bibliothèque pour jouer aux échecs. Mes parents n’étaient pas du tout embêtants pour cela. Je sortais quand je voulais et où je voulais. Ils ne me posaient jamais de questions et c’est chaque fois, de moi-même, que je leur disais où je me rendais. J’aimais aussi beaucoup jouer avec les tubes à bulles que mon père m’avait offerts. J’étais fascinée par ces bulles de couleur, différente selon les tubes et qui influençaient notre humeur. Celles de la convention geek permettaient la concentration et j’en avais souvent besoin. J’aurais bien voulu savoir comment cela fonctionnait.
A cette même époque, je m’étais également mise au chant. J’avais convaincu Papa de préparer un spectacle de chant en duo pour Maman, alors que je n’aimais pas du tout chanter. Mais j’espérais secrètement que cela me rapprocherait un peu de mes parents. Alors, je m’entraînai tous les jours. Je voulais qu’ils soient fiers de moi.
Mais il me manquait quelque chose. Faire des bulles, utiliser mon coffre à jouets ou chanter n’étaient pas des choses qui me passionnaient vraiment. J’étais passionnée par les échecs, certes, et heureusement, on trouvait des échiquiers un peu partout et à disposition de qui voulait s’en servir, parce qu’à la maison, nous n’en avions pas. Mais il y avait autre chose que j’aurais bien aimé avoir : un kit d’apprenti scientifique. J’en avais vu la publicité à la télévision et je savais que je pourrais passer des heures sur ce jeu. Je savais aussi que le jeu n’était pas donné et même si j’en avais parlé quelquefois à mes parents, je n’osais pas trop insister. Cette sortie au marché aux puces fut donc une aubaine pour moi puisque Papa et Maman acceptèrent de m’acheter le kit si j’en trouvais un sur le marché.
Malheureusement, personne ne vendait cet objet. J’étais revenue penaude auprès de mes parents... Je crus voir que Maman avait l’air sincèrement désolée pour moi mais je n’avais pas le cœur à rester avec eux. Je leur dis que je partais chez Papi et Mamie. J’avais besoin de réconfort et mes parents ne savaient pas m’en donner.
Je passai donc un après-midi sensationnel avec Papi, Mamie et Tatie Morgane. Mais, il me fallait bien rentrer à un moment donné à la maison. Heureusement, Mamie proposa de me garder à dîner.
- Tu vois ! Tu restes avec nous ! me dit Tatie Morgane en me serrant dans ses bras. - Je suis trop contente ! Je n’avais pas envie de rentrer tout de suite. - Je vais appeler tes parents et après, on se fait une partie de cartes, ok ?
Papi m’avait ramenée en voiture jusqu’en bas de l’immeuble. Nous avions beaucoup rigolé et il m’avait fait plein de bisous avant que je ne parte. J’ignorais alors que c’était la dernière fois que je le verrai. Lorsque j’arrivai à la maison, mes parents me dirent qu’une surprise m’attendait à l’étage.
Pour une surprise, c’était une surprise ! Ils m’avaient acheter le kit d’apprenti scientifique ! Je n’en revenais pas. Peut-être que mes parents m’aimaient finalement.
J’étais tellement heureuse que j’étais redescendue voir Papa pour lui demander de faire notre petit spectacle pour Maman, tout de suite. Quelle belle soirée j’ai passé ! Un de mes meilleurs souvenirs avec mes parents.
Quelques jours plus tard, Maman m’avait emmenée à la galerie Casbah. Elle s’était mise en tête de me sensibiliser à l’art. C’est vrai que certains tableaux étaient très beaux...
Mais passer des heures entières, comme elle, à les regarder, ça ne me plaisait pas du tout. - Maman ? Je peux aller voir ce qu’il y a, là-haut ? - Pourquoi ? Tu n’aimes pas ces tableaux ?
- Si. Mais je les ai tous regardés et j’aimerais voir ce qu’il y a d’autre dans le musée. - D’accord. Je te rejoins quand j’en aurai fini ici.
Je savais que ça n’allait pas être pour tout de suite.
Lorsque j’arrivai à l’étage, ce n’était guère mieux. Je sentis l’ennui monter d’un coup... Il y avait une rangée de statues, toutes identiques. Et des bancs. Et je n’avais pas pris ma tablette...
L’après-midi allait être long... J’avais toujours mes devoirs à faire... C’est là que j’ententendis une voix. - Bonjour ! Tu es Rose ? c’est ça ?
- Oui. Mais comment le savez-vous ? Je ne vous connais pas. - Je t’ai déjà rencontrée. Tu étais alors une bambinette. - Ah bon ?
On m’avait pourtant dit de ne jamais parler aux inconnus mais, je ne sais pas pourquoi, j’avais envie de lui parler quand même. Il me raconta notre première rencontre, dont je ne me souvenais absolument pas, puis nous nous assîmes ensemble. Il m’inspirait confiance et je me disais que je ne risquais rien puisque j’étais dans le musée. - Et mon père a rouspété Tatie Morgane ? - Oui. Il pensait que je te voulais du mal. Mais en réalité, je ne voulais que te garder, le temps qu’elle revienne des toilettes.
- Personne ne m’a jamais parlé de cette histoire ! - C’est un peu normal. Tu étais toute petite. Et puis ton père m’a pris en grippe. Il est persuadé que j’ai voulu te faire du mal.
- Mais ce n’est pas vrai, n’est-ce pas ? - Non, ça ne l’est pas. Mais il ne serait pas ravi de me voir discuter avec toi. - On n’a qu’à pas lui dire. Ce sera notre secret. Et comment tu t’appelles ? - Caleb.
- Moi c’est Rose Chevalier ! Mais ça, tu le sais déjà ! - Et qu’est-ce qui t’amène au musée, Rose ?
- C’est ma mère... Elle tient absolument à ce que j’aime l’art, je crois... - Et tu n’aimes pas ça ?
- Si. Il y a des choses jolies mais il y en a d’autres qui sont vraiment très moches ! Et puis, passer l’après-midi ici, c’est pas mon truc. - Et c’est quoi ton truc ? - Mon kit de scientifique, ou encore les échecs. Et j’aime beaucoup lire aussi. - Tout comme moi. Et j’adore jouer aux échecs.
Nous passâmes plusieurs heures je crois, à discuter. Maman n’était toujours pas montée me rejoindre. Elle avait dû m’oublier, comme d’habitude. Je m’étais un peu épanchée sur ma courte vie et sur mes parents qui ne s’occupaient pas beaucoup de moi. Je lui avais confié combien je pouvais me sentir seule parfois. Et il m’avait écoutée sans jamais porter de jugement. Le temps passait. Je demandai à Caleb si ça ne l’ennuyait pas que je fasse mes devoirs pendant que l’on conversait. Je devais les faire maintenant si je voulais avoir un peu de distraction en rentrant à la maison.
Cela ne le dérangea pas, au contraire. Il me trouva consciencieuse et m’aida même à plusieurs reprises.
- C’est gentil de m’avoir aidée. Mes parents, ils ne le font jamais, eux. Pourtant, des fois, j’aimerais bien qu’ils m’aident... - Ils sont sûrement plus occupés que moi.
Caleb me prit dans ses bras. Je me sentis si bien au creux de son épaule, rassurée et en sécurité. - Je serai toujours là si tu as besoin d’aide, Rose. Pour quoi que ce soit. Nous sommes amis maintenant.
- Je vais te laisser mon numéro de téléphone et mon adresse mail. Comme ça, si tu veux me contacter, tu le pourras. Quand tu veux. Même pour me raconter ta journée, si ça te chante ! Tu es d’accord ?
Bien sûr que j’étais d’accord ! - Tu laisses des traces bizarres derrière toi quand tu te déplaces, Caleb ! - Je sais !
On aurait dit de petites ailes... C’était peut-être mon ange gardien... Mais peu importe, j’avais enfin un ami, un vrai.
A cet âge-là, je passais beaucoup de temps sur mon établi de chimiste. C’était la seule vraie distraction que j’avais à la maison, à part les livres que Mamie Cassandre m’avait prêtés sur l’histoire de notre famille.
Je faisais beaucoup d’expériences et j’avais failli mettre le feu plusieurs fois ! Heureusement, Papa et Maman n’en avaient rien su.
Je me rappelle cette journée comme si c’était hier. J’étais revenue de l’école avec un B ! J’avais tout de suite appelé mes deux mamies.... Mais aussi Caleb. Lui aussi faisait maintenant partie des personnes qui s’intéressaient à moi et auxquelles j’avais envie d’annoncer mes bonnes nouvelles. Ils m’avaient tous félicitée et encouragée à continuer dans cette voie. J’étais vraiment contente d’entendre tous leurs compliments. C’étaient de réels leviers pour moi.
Cette journée-là était loin d’être terminée puisque Mamie Cassandre me fit la surprise de venir dîner avec nous.
Quelle coquine ! Elle ne m’avait rien dit lorsque je l’avais eue au téléphone !
Après le repas, ma surprise fut encore plus grande puisqu’on m’annonça que nous allions déménager pour aller vivre chez Mamie. Ce fut vraiment la plus belle journée de ma vie.
Et lorsque Mamie s’en alla, je n’étais pas triste car je savais que bientôt, je la verrai tous les jours.
J’étais montée dans ma chambre pour savourer mon bonheur tranquillement. La tablette était posée sur ma table de chevet. Il fallait que je prévienne Caleb. J’étais trop heureuse ! Mais comme il était tard, je lui ai envoyé un petit mail pour lui dire tout mon bonheur.
Deux mois après, nous partions. J’emportai avec moi les boules à neige que Papa m’avaient offert ainsi que l’affiche de dinosaure. C’étaient les seuls objets qui me faisaient croire qu’il pensait à moi. Puis je regardai par la fenêtre une dernière fois. La vue que j’avais de ma chambre était bien la seule chose qui me manquerait lorsque je serai chez Mamie. Mais je serai avec Mamie et Tatie. Et c’était beaucoup mieux !
Lorsque nous arrivâmes à Windenburg, Tatie m’annonça que je dormirais avec elle, dans sa chambre. J’étais toute contente. Elle me laissa exposer mes objets de « valeur » où je voulais. Toute contente, oui mais... - Elle est vraiment rose, ta chambre, Tatie ! - Et tu n’aimes pas le rose, c’est ça ?
- Ben pas trop, non... Et à part le lit qui est un peu foncé, tout est rose. Ça fait très fille ! - Je te rappelle que nous sommes des filles !
- Et tu la verrais comment, toi, la chambre ? - Plutôt dans les tons foncés... Le noir, c’est bien, non ? - Et ben, on va essayer de faire quelque chose ! - T’es vraiment la meilleure Tatie du monde !
Une semaine après, la chambre était refaite à neuf. Tatie avait fait venir un artisan pour personnaliser les meubles et refaire la peinture et le parquet. Elle n’avait pas voulu de noir mais elle avait choisi du marron foncé, coupé avec du blanc car elle m’avait dit ne pas vouloir vivre dans un endroit sombre. Le résultat était génial ! - Alors, ça te plait ? - Alors, ça te plait ? - C’est super ! Et même le jaune sur le tapis est super ! - Ça me plait beaucoup à moi aussi. Et ça fait plus adulte. Tu avais raison, le rose faisait trop petite fille.
Nous en avons passé du temps à discuter dans cette chambre, Tatie et moi, à lire aussi, ou à faire mes devoirs avec son aide. Elle me parlait beaucoup de son chéri, Ludovic. Et c’est ici-même qu’elle m’annonça qu’elle allait se marier avec lui. - C’est vrai ? Tu vas te marier ? Mais alors, ça veut dire que tu vas partir... - Pas du tout. Ludovic et moi allons habiter ici. La seule chose qui changera est que tu ne pourras plus dormir avec moi... - Ah, c’est tout ! Ah ben c’est pas grave ! J’avais peur que tu t’en ailles. - Pas du tout. Et ça ne changera pas. On continuera à se raconter nos petites histoires, toi et moi.
- Ça me fait trop plaisir que tu te maries avec Ludovic. Il est très gentil et je sais que tu l’aimes beaucoup. Je pourrai venir à votre mariage ? - Evidemment ! Je ne me marierai pas sans toi !
La vie était vraiment belle auprès de Mamie et Tatie. Je n’étais plus jamais seule. Nous papotions souvent, avec Mamie lorsque je faisais mes devoirs et qu’elle était devant son ordinateur. Je ne la dérangeai jamais, elle...
Parfois même, elle venait me donner des conseils judicieux pour apprendre plus efficacement mes leçons.
C’était super ! Oui, la vie était belle comme toutes ces histoires qu’elle me racontait sur notre famille. J’avais déjà lu une partie des ces histoires mais lorsque Mamie racontait, c’était autre chose. C’était vraiment vivant. - Tu saisis donc l’importance de ne pas dévoiler notre secret, n’est-ce pas ? - Evidemment Mamie ! Ce serait trop grave si d’autres méchants s’attaquaient à nous.
J’avais tellement hâte de grandir pour devenir, à mon tour, l’Elue. Comme Mamie. Et comme Papa aussi. Mais c’est à Mamie que je voulais ressembler. Je l’aimais tant.
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