[SBS] **Les Chevalier au fil du temps**
màj 25/07/25 - G8 Chapitre 8
Février 2021 (sur le forum vert) : ""Je me lance pour vous raconter l'histoire de la famille Chevalier.
J'ai commencé cette histoire avec le « challenge du Père Castor » qui avait été créé par Allycorne et qui m'avait donné envie de suivre un challenge.🙂 Malheureusement, elle a depuis quitté le forum pour vaquer à d'autres occupations. A l'époque, le challenge allait sur trois générations et s'arrêtait à « Heure de Gloire » mais depuis, nous avons eu d'autres extensions et packs... Alors, à un certain moment de l'histoire, je me suis lâchée sur les règles du challenge et il est devenu une sorte de challenge-legacy.
J'ai vu depuis que @Elinoee avait repris les règles pour en faire le « Challenge Step by step » !🤩 Elle a fait un travail de Titan sur le sujet, et franchement, les règles sont complètes et présentent de réels défis. Si j'avais su, j'aurais attendu !🙄 Mais de mon côté, j'en suis arrivé à la huitième génération (la génération vampire, que j'ai d'ailleurs du mal à quitter), et j'ai pris tellement de libertés avec les règles que je ne vois pas comment je pourrais rattraper tout cela.
Mais je vais essayer. Je vais vous conter ce que j'avais fait depuis le début, depuis ma fondatrice, Perrine et je reprendrai les règles du pas à pas d'Elinoee à la génération 9. Je ne sais pas comment je vais faire pour adapter mais je trouverai bien ! 😊
Il faut savoir que j'ai commencé cette histoire il ya deux ans (en 2019). A l'époque, je n'étais pas très au point sur les captures d'écran et je ne savais pas comment retirer un plumbob au-dessus de la tête de mes sims. Donc, pardonnez-moi par avance. Les choses s'amélioreront ensuite. Pour la chronologie, je crois, de mémoire, que j'avais écrit le prologue après la génération 2. "
Je vais garder ce premier post pour le sommaire.😇 Bonne lecture.🙂
G8/ Prologue 4/6 - Le paquet ______________________________
Le jour de l’an. Je venais d’avoir dix-sept ans... Prochaine étape, mes dix-huit ans, et mon anniversaire. Après la fête, lorsque tout le monde fut parti, j’allai m’assurer que mes parents dormaient car Caleb m’avait demandé de le rejoindre au Majestic. Il voulait fêter la nouvelle année avec moi.
- Rose... Tu es magnifique... Tu viens d’avoir tes dix-sept ans, n’est-ce pas ? - Oui, ce soir. - Tu es presqu’une femme... - Pas encore...
- A mes yeux, tu l’es. Et une très belle femme dont je ne peux plus me passer. Tu es ma drogue, Rose Chevalier. - Serais-tu en train de me draguer ? fis-je en rigolant alors qu'il me regardait le plus sérieusement du monde.
Caleb me prit dans ses bras et m’embrassa. Bien que surprise sur le moment, je me laissai aller à ce baiser que j’avais attendu si longtemps...
Un bisou chaud, enivrant et passionnant. Encore mieux que celui dont j’avais rêvé... Caleb ne me lâchait plus...
- Tu sais ce que tu viens de faire ? Je croyais que tu me trouvais trop jeune pour toi. - A seize ans, oui...
- Mais pas à dix-sept ? - Oui, tu l’es encore bien sûr... et je sais que j’enfreins quelques règles, mais je t’aime, Rose... Tu es la première à qui je dis ces mots, mais je t’aime pour l’éternité. - Et la mère de tes enfants ?
- Ne parle pas d’elle, tu veux... Je t’ai déjà promis de tout t’expliquer. Je t’aime et c’est la seule chose qui compte, Rose Chevalier. - Moi aussi, je t’aime.
- Un jour, je ferai de toi ma femme. - Je l’espère tant...
Mes jambes flageolaient et je sentais mon corps trembler de toute part. Les paroles et le regard de Caleb m’avaient complètement hypnotisée. Caleb continua. - J’aimerais que tu sois à mes côtés... A jamais. - Jusqu’à la fin de nos jours ?
- S’il y a une fin. - Je te trouve tellement romantique. Je t’aime tellement, moi aussi. - Alors, accepteras-tu de m’épouser un jour même si ton père s’y oppose ?
- Oh oui, Caleb ! - Tu me rends tellement heureux en disant cela. - Je veux passer le reste de ma vie avec toi. - Et moi donc !
Le lendemain du jour de l’An, nous avions enlevé toutes les décorations de fête.
Papa m’avait fait tout un discours pour ne plus que je revois Caleb avec, une nouvelle fois, menace de punition à l’appui. Heureusement, j’avais réussi à le convaincre que je ne le reverrai plus. Il aurait été fou s’il avait su ce qu’il s’était passé hier soir...
Après Papa, c’était Maman qui était venue me retrouver à l’étage. - Je peux te parler, Rose ? - Oui bien sûr.
Qu’est-ce qu’elle me voulait ? J’en avais marre des sermons et, surtout, je voulais être seule avec mes pensées et revivre le baiser de Caleb ainsi que toute cette fin de soirée avec lui... - J’aimerais te parler de ton ami Caleb. J’en étais sûre...
- Contrairement à ton père, je ne pense pas que ton petit ami soit mauvais. La conversation commença plutôt bien mais je restai tout de même sur la défensive. Je ne démentis pas ses propos affirmant que Caleb était mon petit ami. - En plus, je pense que tu es très amoureuse de lui, n’est-ce pas ?
- Si tu le dis... - J’en suis persuadée, Rose.
- Eh bien oui... peut-être... - Tu sais, lorsque ton père et moi sommes tombés amoureux, nous avions le même âge que toi aujourd’hui. Nous étions même un peu plus jeunes. Nous voulions vivre notre amour tranquillement, mais ce n’était pas possible.
- Pourquoi cela ? - Ton oncle Yann se mettait souvent au travers de notre route. Mais ton père semble l’avoir oublié...
- Ça c’est sûr, si tu es en train de me dire qu’il fait avec moi la même chose que Tonton Yann a fait avec vous. - Il faut lui pardonner. Il s’inquiète pour toi, c’est tout.
- Mais pourquoi ? Papa ne s’est jamais inquiété pour moi, et Caleb ne lui a jamais rien fait. - Pas que nous sachions, non... - Et tu penses que cette inquiétude va durer encore longtemps ? - Je n’en sais rien mais il en a après Caleb. A ta place, je le laisserai dire et je ferai ce que j’ai envie de faire.
Je ne savais pas Maman si compréhensive... - Tu es sérieuse ? - Oh mais oui ! Par contre, ne te fais pas attraper !
- Maman ? Pourquoi n’avons-nous jamais discuté toutes les deux comme nous venons de le faire à l’instant ? - Je n’en sais rien... Peut-être que tu étais trop jeune...
J’étais ensuite partie me réfugier dans ma chambre, laissant mes pensées vagabonder. Trop jeune ? Je pense juste que maintenant que j’étais ado, je l’intéressais davantage qu’une bambinette ou une enfant... Puis je pensai à Caleb que j’aimais tant, mais qui était cependant si mystérieux...
Quelques soirs plus tard, Papa m’avait demandé de venir à une soirée karaoké avec Maman et lui. Nous avions aperçu Caleb au bar en arrivant, et il m’avait interdit de lui parler, pas même de lui dire bonjour. J’en avais gros sur le cœur. Qu’allait-il penser ? C’était la première fois que nous nous revoyions depuis ce baiser et tous ces mots d’amour échangés. Peut-être allait-il croire que je ne voulais plus de lui... Papa nous avait demandé de nous asseoir plus loin, sur le canapé, puis il était parti faire un tour dehors. Il y resta un petit moment mais lorsqu’il revint, il était furieux. Il avait même abrégé la soirée et nous avait aussitôt reconduites à la maison.
A peine avions-nous refermé la porte qu’il me hurla dessus et me punit. Je n’avais plus le droit de sortir de la maison, et Papa me confisqua aussi mon téléphone portable pour ne pas que je puisse joindre Caleb. Maman avait bien essayé de s’interposer mais rien n’y fit. La cause de tout ça ? Papa avait découvert le bonhomme de neige que Caleb et moi avions fait ensemble derrière le bar à karaoké. Il l’avait même détruit. J’étais effondrée... Et s’il avait détruit le Créateur ? J’espérais que non, mais cette idée me terrifiait.
J’étais montée dans ma chambre. Je le détestais. Oui, je détestais mon père. C’était tellement mieux quand Mamie était encore en vie. Jamais elle n’aurait permis cela. Elle était si gentille...
Je ne sortais plus. Je passais beaucoup de temps à travailler. Papa et Maman m’emmenaient à l’école et venaient m’y rechercher. Je n’avais aucune échappatoire... Mon père me surveillait tout le temps alors, il fallait que je le mette en confiance... Je ne pouvais pas me permettre de m’amuser à « faire le mur ». Je me demandais ce que faisait Caleb... Pensait-il encore à moi ? Tout ce temps sans me voir et sans savoir pourquoi je ne donnais plus de nouvelles... S’inquiétait-il ? M’avait-il remplacée ? Autant de questions dont je n’aurais malheureusement pas la réponse tout de suite.
Un midi, alors que je déjeunais avec Papa et Maman (je n’avais, ceci-dit, jamais pris autant de repas en leur compagnie que depuis ma punition...), je leur fis part de mon désir d’aller visiter la Clairière Forestière. Papa n’était pas emballé. Il n’avait même pas du tout envie de m’y accompagner. Pourtant, je ne pouvais pas y aller seule car Papa maintenait toujours sa punition... Maman se proposa pour venir avec moi. Depuis le jour de l’An, j’avais l’impression qu’elle essayait de tout faire pour me faire plaisir et je ne comprenais pas ce revirement de situation car elle ne s’était jamais préoccupée de moi avant.
Seulement, il y avait un problème. Papa et moi n’étions pas sûrs qu’elle puisse accéder à la clairière car elle n’était pas une Elue... Il n’y avait aucun précédent à cette situation, donc nous ne savions pas...
Nous convînmes donc que j’essayerai d’y entrer avec Maman et que, si nous échouions, Papa m’accompagnerait. Il me le promit. Et ce qu’on ne pouvait pas enlever à mon père, c’est qu’il tenait toujours ses promesses. Je dis à Maman que je devais d’abord faire des recherches pour savoir comment ouvrir le passage qui menait à la clairière et que je l’informerai quand nous pourrons y aller.
Les recherches que je devais effectuer allaient me prendre beaucoup de temps mais qu’avais-je d’autre à faire ? J’étais confinée chez moi par un père que je haïssais de plus en plus. Je n’espérais qu’une chose, c’est que Maman puisse accéder à la clairière avec moi. Mais si ce n’était pas le cas, je n’irais de toute façon pas avec mon père. Je ne désirais, à aucun prix, découvrir ce lieu mythique avec lui... Je ne sais pas encore comment je ferai, mais une chose est sûre, ce sera sans lui. J’avais encore eu le droit à une soirée karaoké... Partout où ils allaient, mes parents m’emmenaient avec eux...
Certes, je dois admettre que mon père chantait merveilleusement bien mais j’en avais assez de l’entendre et d’être en permanence avec lui. Je ne le supportais plus.
Papa avait une nouvelle fois gagné le concours, ce dont je m’étonnais à peine, étant donné son talent et Maman sauta de joie dans mes bras ! Elle trouvait extraordinaire tout ce qu’il faisait. Ils avaient décidé d’aller boire un verre au bar et, tout occupés qu’ils étaient à se regarder amoureusement dans les yeux, ils ne virent pas que je m’étais éclipsée.
J’étais sortie... espérant voir Caleb bien sûr mais il n’était pas là. Alors je fis le tour du bar pour constater quels vestiges il restait du bonhomme de neige que nous avions fait tous les deux.
Mais il n’y avait plus rien, pas même un petit monticule de neige. Ce jour-là, lorsque nous avions créé « Caleb et Rose », nous nous étions dit pour la première fois que nous nous aimions.
J’avais versé des larmes près de ce bonhomme de neige... Je lui avais même parlé... Mais il n’était plus et c’était de la faute de mon père. Je m’étais mise à hurler : « Je le déteste ! Je le déteste ! ».
Je faisais mes devoirs comme tous les lycéens de mon âge mais lorsque j’avais fini, je ne sortais pas m’amuser. Non, je restais cloîtrée dans ma chambre à m’occuper autrement.
Et en ce moment, je lisais les biographies de Perrine pour pouvoir ouvrir un passage vers la Clairière Forestière. Caleb me manquait tellement... Mais en me plongeant dans ses livres, j’avais quelques moments de répit durant lesquels j’étais fascinée plus que triste. Perrine devait être une femme extraordinaire. Elle était vraiment partie de rien du tout mais ne s’était jamais laissé abattre... Elle avait trouvé son bonheur avec Christophe. J’espère que je trouverai le mien auprès de Caleb.
Mon amour avait trouvé un moyen pour que nous communiquions. Il m’avait envoyé un paquet par la poste. Ce jour-là, comme toujours, Papa m’avait demandé d’aller récupérer le courrier. C’était l’une des rares tâches qu’il me confiait sans m’accompagner. Je découvris le paquet et reconnus aussitôt l’écriture de Caleb.
Je cachais alors le paquet derrière les plantations, devant la maison, pour le récupérer plus tard.
Papa était ensuite parti au travail. Je l’avais vu descendre l’escalier puis s’en aller d’un air décidé alors que je faisais mine d’être absorbée par une émission de cuisine... J’avais pu aller rechercher mon colis car Maman s’était enfermée dans sa chambre pour y travailler. Elle ne me surveillait jamais, contrairement à ce que mon père croyait...
Dans le colis, il y avait un téléphone portable accompagné d’un mot de Caleb : « Ma douce Rose, je sors à peine du travail. Si tu savais à quel point tu me manques... N’ayant plus de tes nouvelles, je me suis douté que ton père t’avait finalement punie de trop m’aimer. Dans ce paquet, tu trouveras un téléphone portable. Mon nouveau numéro y est pré-enregistré. N’utilise ce téléphone que pour m’appeler, moi. Ton père et ses beaux-frères, tous deux agents secrets, ne connaissent pas l’existence de ces téléphones et ne pourront pas nous pister.
Je ne suis pas loin de toi mon amour, je t’écris ces quelques mots des Archives de Windenburg, l’âme en peine de ne plus te parler et de ne pas pouvoir te serrer dans mes bras. Mais je te vois, si belle et si mienne. Je ne peux pas te quitter des yeux, ma douce Rose. Sache que si tu ne me vois pas, moi je te vois et je suis près de toi. Dis-moi que tout va bien pour toi, ma Rose. Je t’attendrai le temps qu’il faudra, jusqu’à tes dix-huit ans s’il le faut, mais mon amour pour toi est bien réel. Ne doute jamais de lui. Je t’aime. Caleb. » Ses mots m’avaient revigorée. Il m’aimait toujours, ne m’avait pas abandonnée et pensait à moi. Je l’imaginai, assis à une table, à la bibliothèque de Windenburg, m’écrivant...
Lui aussi me manquait et moi aussi j’aurais voulu qu’il me tienne dans ses bras... Mais nous ne le pouvions pas. Cela nous était interdit par la loi de mon père que je haïssais plus que tout au monde. Mais Caleb m’avait écrit... Il avait même relié sa très longue lettre comme s’il s’agissait d’un petit livre. Qui faisait cela de nos jours ? Personne. Ecrire une lettre, l’envoyer par la poste, cela paraissait si aberrant de nos jours. Pourtant, mon amour l’avait fait. Je lirai et relirai cette lettre chaque jour de ma vie... Pour ne pas oublier que derrière les fenêtre de ma maison, Caleb était là, qu’il m’attendait, qu’il me voyait.
Ce même jour, aidée par l’amour que Caleb me portait, j’avais enfin trouvé la solution pour accéder à la clairière. Maman n’avait toujours pas quitté sa chambre, prise par son travail et j’étais allée la trouver pour lui annoncer la nouvelle. - C’est un petit peu long à faire mais nous devrions y arriver. - Tu as trouvé ça dans la biographie de Perrine ? - Oui. C’est une vraie mine d’or. Tu es toujours partante pour venir avec moi ? - Evidemment.
- Super ! Alors on y va maintenant. Juste le temps de me mettre quelque chose de plus chaud sur le dos. - Moi, je suis prête.
G8/ Prologue 3/6 - L'adolescence, Caleb et Rose __________________________________________________
Je rejoignis Caleb au marché aux puces mais nous nous assîmes sur un banc, plus loin, près du bar à karaoké.
- Qu’est-ce que tu as, Rose ? Tu n’as pas l’air bien ?
Je ne sais pas comment il faisait mais Caleb savait toujours si j’allais bien ou mal... - C’est Tatie... Elle va partir vivre chez la mère de Ludovic. - C’était prévisible, non ? Cyrielle est la seule grand-mère qu’il reste à la petite Laurence. - Oui et alors ? Ils ont dit qu’ils partaient parce que Cyrielle avait besoin de Ludovic. - Bien sûr. Elle est âgée et il y a plein de choses qu’elle ou sa fille ne peuvent pas faire seules. Elles ont besoin d’un homme. Et cet homme, c’est Ludovic. Tu peux le comprendre, non ? Tu n’es plus une enfant.
- Mais je n’ai que seize ans ! Et d’abord, pourquoi es-tu toujours aussi logique ? - L’expérience, ma vie sûrement. C’est aussi une façon de me protéger. La logique est pas mal pour ça. Elle permet d’anticiper les évènements.
- La logique, c’est bien joli, mais est-ce que tu as des sentiments au moins ? - Bien sûr que j’en ais ! Pourquoi dis-tu cela ? - Parce que tu me sembles si froid, parfois... - Je suis navré de te faire cette impression...
- Tu as tellement l’air de tout calculer. Même ce que tu dis, ou ne dis pas, d’ailleurs. - Je vais faire un effort, alors. Tu veux bien venir faire un bonhomme de neige avec moi ?
Je grandissais très vite (vie de sim oblige) et, chaque fois que je voyais Caleb, mon cœurs s’emballait un peu plus pour lui. Mes sentiments envers lui avaient évolués et je ne le voyais plus comme un grand frère. - Allez, Rose ! Au boulot ! J’ai fait le plus gros déjà !
Nous étions près du pont, ce pont que j’avais si longtemps observé de la fenêtre de ma chambre, lorsque j’habitais encore au 888, appartement Flèche. Il était encore plus beau de près. - Et voilà ! Je m’y mets, tu es content ? - Bien sûr. Je ne veux pas être le seul à me geler les mains.
- Caleb ? Pourquoi es-tu si distant avec moi ? - Distant ? Mais pas du tout. J’aimerais savoir pourquoi tu dis cela. Je n’ai jamais été distant envers toi. - Tu as changé depuis mon anniversaire...
- Faux. Si j’ai changé, c’est depuis peu... - Mais pourquoi ? Je ne t’ai rien fait que je sache...
Comme à son habitude, Caleb éluda ma question. - Nous avons fini notre bonhomme de neige ! N’est-il pas magnifique ? - Il est splendide !
Nous avions appelé notre bonhomme de neige, Caleb et Rose. Caleb me prit dans ses bras. - Je ne suis pas distant. Tu es ma petite Rose à moi.
Je sentis ce jour-là, que son étreinte envers moi avait changé, elle aussi. - Et tu ne peux même pas imaginer à quel point tu comptes pour moi. - Mais si. Maintenant, je le sais.
Et je le lui avais dit : - Je t’aime, Caleb. - Tu ne dois pas me dire ces choses-là, Rose...
- Je suis beaucoup plus vieux que toi, beaucoup plus. - Pas tant que ça en fait. Tu as quoi ? Vingt ans ? Vingt-deux ans ? Et où sont tes soi-disant enfants plus vieux que moi et que je n’ai jamais vus ? Tu dis cela pour mettre de la distance entre nous. - Sache que je ne t’ai jamais menti et que je ne te mentirai jamais. J’aimerais que tu me fasses confiance. - Mais comment ? C’est impossible que tu aies des enfants plus âgés que moi !
- Non. Ça ne l’est pas. Et je t’expliquerai tout cela un jour. Je te demande juste de me croire. - Mais tu ne m’aimes pas, hein Caleb ?
- Tu ne m’aimes pas comme moi je t’aime... - Je t’aime, Rose...
- Oh si, je t’aime. Mais je n’ai pas le droit de t’aimer. Pas maintenant. - Mais pourquoi ? Le ton de Caleb se durcit... - Rappelle-moi ce que tu as dit tout à l’heure ? Je n’ai que seize ans ? C’est bien cela ? Alors, tu comprends la raison... - Mais ce n’est pas juste... - Je n’ai pas le droit, voilà tout...
Je me mis à pleurer toutes les larmes de mon corps. Caleb paraissait insensible. - Ressaisis-toi, Rose. Tu sais très bien que j’aie raison. Tu es intelligente. - Mais je ne veux pas l’entendre. Je ne peux pas. Pourquoi je t’aime ainsi ? Tu étais juste mon ami...
- Ça n’était pas prévu au programme de notre Créateur, je pense. Une mauvaise blague de sa part, certainement... - Notre Créateur ? Mais pourquoi me parles-tu de lui ?
Je séchai mes larmes pour entendre Caleb mais il me prit dans ses bras. - Parce que je sais qu’Il m’a conduit vers toi. - Mais alors, pourquoi nous interdit-il tant de choses ? - Parce que tu n’as pas l’âge. Mais tu l’auras bientôt, très bientôt.
- J’en suis sûr, Rose. Je le sais. - Vraiment ? Oh, tu as vu ce magnifique oiseau là-bas ?
Caleb m’avait agacée et j’essayais de le distraire. J’avais pour intention de lui faire manger de la neige. Après tout, j’étais une ado de 16 ans. - Je ne vois rien du tout. - Mais si ! Regarde un peu plus sur ta droite !
Il se retourna. Ma boule de neige était prête.
Je la lui écrasai en plein visage, fière de moi ! - Et toc !
La réaction de Caleb fut inattendue...
- Pas du tout. Mais toi, tu devrais avoir peur d’un Caleb en furie lorsqu’il reçoit une boule de neige ! - Je n’ai pas peur de toi.
- Tu devrais... - Certainement. J’en suis sûre. Mais toi, tu devrais te détendre. Tu es trop à cran... Ce n’est rien, une boule de neige. Au contraire, ça prête à rire. Il pouvait être dangereux. Je le savais. Je le sentais. Mais je savais aussi qu’il ne me ferait jamais de mal. Pourquoi ? Je ne le sais pas. Mais j’en étais persuadée.
Le lendemain matin, Morgane s’en allait. - Tu vas me manquer, tu sais. - Ce ne sera plus pareil, Rose, je sais, mais ma porte te sera toujours ouverte. Tu viens quand tu veux. - Merci Tatie.
- Prends soin de toi, Tatie. - Tu sais qu’on se revoit pour le jour de l’An, hein ?
Après le départ de Tatie, je me mis à la mixologie. Après tout, plusieurs de nos ancêtres avaient excellé dans ce domaine, alors pourquoi pas moi ? De plus, je trouvais très intéressant de découvrir ce que pouvait donner certains mélanges de nectars.
Je me lançai aussi dans la cuisine. J’adorais manger, et surtout bien manger. Je trouvais donc indispensable de savoir me concocter un bon repas.
La veille du jour de l’An, je profitai de ce que Papa et Maman soient partis au festival de l’humour pour inviter Caleb à dîner. Je lui avais préparé un curry, recette que je réalisais pour la première fois. - Ton père serait fou s’il savait que je dînais chez lui. Je l’ai croisé au festival tout à l’heure, furieux. Il a même interrompu ma représentation. Il ne veut plus que je te vois. - Mais enfin, qu’est-ce que tu lui as fait, Caleb ?
- Rien du tout. - Je n’ai pas envie qu’il nous empêche de nous voir... J’essaye de comprendre. - Nous allons redoubler de prudence. A commencer par ne plus se voir ici. C’était une très mauvaise idée. - Tu ne vas partir, hein ?
- Partir ? Et ne pas goûter ce curry qui sent si bon ? - Je croyais que tu avais peur que mes parent ne rentrent. - Ils ne vont pas rentrer tout de suite. Ils ont prévu de dîner au festival puis d’aller boire un verre. - Comment tu le sais ?
Caleb ne répondit pas. - Ton curry est vraiment délicieux. - Je suis heureuse parce que c’est la première fois que je fais un plat comme celui-ci. Mais je sais que tu aimes les plats épicés.
Je pris ma première fourchette de ce curry que Caleb trouvait si délicieux mais... je me brûlai la langue et le palais. - Waow ! Toi, par contre, tu n’y es pas habituée...
- Ça va Rose ? Ne bois pas d’eau surtout. - Oui, je sais. Ça va aller, t’en fais pas.
- Continue à manger épicé et tu verras, tu t’y habitueras. - Je ne sais pas si j’ai vraiment envie de finir mon assiette...
- Finis-la. J’y tiens. C’est comme ça que tu t’habitueras. - D’accord. Je vais faire un effort, dans ce cas.
Je finis tranquillement mon assiette tandis que Caleb, s’occupa de débarrasser la table et de tout mettre au lave-vaisselle. Un amour... Je l’aimais tant mais il m’interdisait de le lui dire. - Votre maison est joliment décorée. - Oui. Papa, Ludovic et Morgane ont vu les choses en grand. Moi, je ne me suis occupée que du sapin. - Qui est aussi très beau. Tu veux qu’on danse ? - Non. J’ai malheureusement un projet scolaire à finir... Et je dois le rendre demain.
- Pour demain ? - Oui, malheureusement. - Je vais peut-être y aller, alors...
- S’il te plait, ne pars pas... J’aurais vraiment besoin d’un petit coup de main... - Un gros coup de main, tu veux dire ! Tu n’as même pas commencé !
- Oui, c’est vrai... Mais je devais préparer un curry... - Tu ne me feras pas croire qu’on t’a donné ce travail hier, alors ne me fais pas l’insulte de me prendre pour un imbécile... Je n’apprécie pas du tout. Ne t’avise plus de me mentir. - D’accord. Je ne le ferai plus. - Très bien. On y va, alors.
Caleb était doué, très doué. Mon projet avançait à grands pas et évoluait sous mes yeux. - Caleb ? J’ai une question à te poser. Je peux ? - Dis toujours.
- Si tu ne peux pas m’aimer, c’est parce que tu es marié, c’est ça ? - Non, je ne le suis pas. - Alors, ils sortent d’où tes trois enfants ? - Rose, tu me fatigues... Je n’ai pas d’épouse, d’accord ?
- Mais tu as trois enfants... - Oui. Regarde, on a terminé !
Une demi-heure pour finir le projet ! J’étais aux anges. - Merci Caleb. - Je t’en prie. Il faut que j’y aille maintenant. Tes parents ne vont certainement pas tarder.
Il me prit dans ses bras. Son étreinte était chaleureuse. - Je t’expliquerai tout, Rose. Et lorsque je le ferai, tu comprendras. Je te le promets. Fais-moi confiance.
J’étais heureuse. J’avais passé la soirée avec l’homme que j’aime, même si je le trouvais de plus en plus mystérieux. Mais je savais qu’un jour, j’aurais la réponse à toutes mes questions.
Quelques soirs plus tard, j’allai à San Myshuno pour « rendre visite » au bonhomme de neige que nous avions fait ensemble et que nous avions surnommé « Caleb et Rose ». - Alors ? Qu’en penses-tu, bonhomme de neige ? Serons-nous heureux, lui et moi, ensemble ? - Ton destin est avec lui, Rose...
Le bonhomme de neige m’avait répondu... C’était irréel... J’essayai de ne pas avoir peur. - Je suis ton Créateur, mais aussi la voix de tes ancêtres. Je sais que Caleb t’aime sincèrement. Tu dois lui faire confiance. - Je lui fais déjà confiance. Mais que veux-tu dire ? Qu’il est lié à mon destin d’Elue ?
- Non seulement il est lié à ton destin, mais il te protégera. Ecoute-moi bien. Cette conversation doit rester entre nous. Un jour, dans ta vie d’adulte, tu auras besoin de conseils. Va à la Clairière Forestière, cet endroit est magique, et tu y trouveras des réponses... Ton destin est différent de celui des autres Elus. Aussi tu n’auras pas d’objectif précis lors de ton anniversaire. Suis ton instinct, Rose... Suis ton guide... Celui-ci est Caleb.
G8/ Prologue 2/6 - Mon ami Caleb ___________________________________
Mamie mourut... Elle m’abandonna un jour où je n’étais même pas à la maison... L’enterrement fut très douloureux pour moi. Je n’arrivais pas à comprendre, ni à admettre sa mort. Alors, je sortais souvent le soir, lorque tout le monde dormait, pour aller pleurer sur sa tombe. Je me sentais ainsi plus proche d’elle.
Mais un soir, je ne fus plus seule au cimetière familial. Je reconnus la voix de mon ami Caleb. - Ne pleure plus petite Rose. Elle te voit de là-haut. Elle serait triste de te voir ainsi. - Tu crois ? Tu ne la connaissais même pas... - Pourquoi crois-tu que je sois ici ? Non seulement je connaissais ta mamie mais je l’appréciais énormément.
- Et sa disparition m’attriste beaucoup moi aussi. C’est pour ça que je suis ici. - C’est vrai ? - Oui c’est vrai, Rose. Je venais la voir. Tout comme toi. - D’accord.
J’ignore pourquoi mais savoir que Caleb avait connu Mamie et qu’il était triste de sa mort, furent deux choses qui me permirent de me calmer. - Sinon, comment vas-tu ? Cela fait des mois que je n’ai plus de nouvelles de toi. Depuis que tu es partie à Windenburg. - Je sais, je suis désolée. Mais j’étais si heureuse avec Mamie et Tatie que je n’ai plus pensé à t’envoyer des messages. Et après, Mamie est morte et j’étais trop triste. Je suis vraiment, vraiment désolée.
- Ce n’est pas grave. Ce n’est pas grave, ma puce. Arrête de pleurer. Ça va aller...
Caleb me garda longtemps dans ses bras, jusqu’à ce que je me calme à nouveau. Puis nous nous dîmes au revoir. - Essaye quand même de m’envoyer un petit message de temps en temps, tu veux bien ? - Oui, je t’en enverrai même plein. Je te le promets. Je ne t’oublierai plus.
Et je tins promesse. Je lui envoyai par messages mes joies et mes peines. On s’appelait aussi régulièrement. Il m’aida beaucoup à surmonter la mort de Mamie et à faire mon deuil. Quelques jours avant mon anniversaire, Caleb me demanda de le rejoindre au parc, à Oasis Spring. J’avais déjà terminé mes devoirs et je le rejoignis aussitôt. Il m’attendait dans le salon-bibliothèque. - Alors, tu as l’air d’aller mieux ! Ça fait plaisir à voir. - Oui, c’est grâce à toi. Et aussi un peu à Tatie, quand même !
- Et je tenais à te féliciter pour le A que tu as eu hier. - J’ai bossé comme une folle pour l’avoir, celui-là ! - Je n’en doute pas ! Tu es une petite fille très studieuse ! - Je serai bientôt une adolescente, tu sais ?
- Justement. C’est pour cette raison que je voulais te voir. - Ah bon ?
- Je ne serai pas là pour fêter ton adolescence avec toi mais je tenais à t’offrir quelque chose. Dans ce paquet, il y a deux boîtes. Une bleue que tu pourras ouvrir le jour de ton anniversaire. Et une plus grande, mauve. Celle-là, tu ne l’ouvriras pas. Il faudra attendre que tu sois jeune adulte pour le faire.
- C’est incroyable ! Tu savais que c’était mon anniversaire ! - Promets-moi pour le paquet mauve.
- Je te le promets Caleb. Je ne l’ouvrirai pas. - Alors, c’est pour toi. Joyeux anniversaire, petite Rose ! J’espère que mon cadeau te plaira.
- Merci Caleb. C’est la première fois que je reçois un cadeau de quelqu’un qui n’est pas de ma famille. - Tu es un peu de ma famille, Rose.
- Tu as une famille, toi ? - Oui, j’en ai une bien sûr. - Alors tu as des enfants ? - J’en ai trois. Deux garçons et une fille.
- Waow, ça fait beaucoup ! Tu crois que je pourrais jouer avec eux ? - Ils sont beaucoup plus grands que toi. Mais j’espère qu’un jour, je pourrais te les présenter, ça oui, je l’espère beaucoup.
Le jour de mon anniversaire, je m’étais enfermée dans la salle de bain. J’avais disposé les paquets les uns sur les autres, comme pour Noël. Le orange était vide puisqu’il contenait les deux autres. Le mauve devrait attendre. Qu’est-ce que pouvait contenir le bleu ?
De jolies boucles d’oreille ! Toutes petites et toutes jolies. Je les adorais déjà. Mes parents m’offrirent ce jour-là le collier de Mamie en cadeau, celui qui avait appartenu à Perrine. Et Tatie et Ludovic m’offrirent une jolie montre. Je ne quitterai jamais ces trois bijoux...
Pour le réveillon de Noël, toute la famille s’était rendue au festival des épices sur ma suggestion et tout le monde était ravi d’être là.
J’avais fait cette suggestion car je savais que Caleb adorait ce festival et j’espérais un peu le croiser. Je le vis près du bar et je m’éclipsai discrètement, laissant les membres de ma famille discuter entre eux. - Caleb...
Lui aussi était content de me voir et il planta la fille au t-shirt jaune au milieu de leur conversation pour venir me rejoindre et m’offrir un verre. Nous ne nous étions pas vus depuis ces quelques jours avant mon anniversaire, le jour où il m’avait offert mon cadeau. - Ces boucles d’oreille te vont à merveille. J’espère qu’elles te plaisent. - Je ne les quitte plus.
- Toi aussi, tu as voulu voir le festival des épices en période de fête ? - Je suis venue avec mes parents, Tatie Morgane et son mari.
- Nous n’étions que tous les cinq ce soir. - Je viens d’apercevoir ton père. J’espère qu’il ne nous a pas vus, sinon c’en est fini de nous.
Caleb suggéra que nous allions parler plus loin. - Je te trouve radieuse. L’adolescence te va très bien. - Je te remercie.
- Tes enfants ne sont pas avec toi ? - Oh, tu sais, ils ont leur propre famille... Et je ne tiens pas à les ennuyer.
- Les ennuyer ? Mais tu es leur père, non ? - Et si nous trinquions plutôt à ce réveillon ? Caleb avait le don pour éviter de répondre à mes questions... - D’accord ! Joyeux réveillon alors ! - Et je trinque aussi à toi ! Tu es une adolescente superbe ! Tu vas en faire tourner des têtes !
- Il va falloir faire attention à toi. - Et pourquoi cela ? Parce que le garçons de ton âge savent être très persuasifs quand ils veulent quelque chose. - Je n’attends rien d’eux. - Mais eux vont attendre de toi. Alors fais attention. Promets-le-moi !
Caleb me tenait le discours d’un père... Encore que mon père n’avait jamais eu une telle conversation avec moi... - Je te le promets. - Est-ce que tu tiens toujours tes promesses, petite Rose ?
Je me mis à le chatouiller. - Bien sûr que je les tiens, ingrat ! Je n’ai d’ailleurs toujours pas ouvert le deuxième cadeau que tu destines à mon prochain anniversaire !
Caleb rit de bon cœur puis s’approcha de moi pour m’enlacer... lorsque mon père apparut. - Tu sais que tu es mon rayon de soleil ? - Caleb... Papa est derrière toi. Il me cherche, je crois...
Il me lâcha aussitôt. - Tu es sûre ? - Oh oui.
Il chuchota à mon oreille... - Alors, je vais m’en aller... Mais c’était trop tard... Papa nous avait vus, et il interpella mon ami : - Caleb ?
Et après une petite discussion cordiale mais tendue avec mon père, Caleb s’en alla rapidement. Je n’avais jamais vu quelqu’un se déplacer aussi vite que lui, et je n’en fis pas mention à Papa. Mais j’avais, pour la seconde fois, aperçu ses petites ailes noires.
J’en voulais à mon père de l’avoir obligé à partir. - Mais pourquoi tu as fait ça ? - C’est moi qui pose les questions ici ! D’où tu le connais ce type ?
S’en suivit alors une discussion houleuse avec mon père. Je ne l’avais jamais vu dans cet état-là. - C’est un ami. - Un ami !? Mais bon sang, tu ne peux pas avoir des amis de ton âge, comme tout le monde !
- Mais on n’a rien fait de mal... Et c’était vrai. Je ne vois pas pourquoi mon père s’énervait comme ça. - Je t’interdis de le revoir, c’est clair !
Mon père me hurlait dessus. En plein festival, devant tout le monde. Caleb m’avait prévenu que Papa ne l’aimait pas mais je ne m’attendais pas à ça. - Et si jamais tu t’avises de me désobéir, tu seras punie dans ta chambre ! C’est clair, ça aussi ?
Punie ? Jamais je n’avais été punie de ma vie alors que je l’aurais mérité cent fois. Mais là... Que se passait-il ? Que s’était-il passé entre mon père et Caleb ? - C’est pas juste. - C’est pour ton bien.
C’en était trop ! Pour qui se prenait-il ? Il ne s’était jamais préoccupé de moi. Alors pourquoi maintenant ? - Pour mon bien ? Mais tu n’as jamais su ce qui était bien pour moi... Bon, je rentre à la maison. - C’est ça, rentre.
Il ne s’était même pas demandé comment j’allais faire ça. Heureusement, j’avais aperçu une de mes camarades de lycée. Elle avait demandé à ses parents de me ramener. Et j’étais rentrée à la maison, comme je l’avais dit. Je m’étais ensuite réfugiée dans la chambre de Tatie. Je m’y sentais bien. Lorsque je repris mon portable, je vis que Caleb m’avait laissé un message.
« J’espère que tout va bien et ton père n’a pas été trop dur avec toi. Bisou ». Il avait l’air inquiet. Je devais lui répondre : « Tout va bien. Je l’ai planté là et je suis rentrée chez moi. Il ne veut plus que je te voie sinon il me punit dans ma chambre. La poisse ! ». - « Alors, il va falloir qu’on soit plus discrets. » - « C’est sûr. Je ne tiens pas à être enfermée dans ma chambre. Bisou. »
Le lendemain nous fêtâmes Noël avec notre famille et celle de Morgane. Nous nous étions tous déguisés pour les recevoir. Ludovic avait une jeune sœur adolescente, Stéphanie et je sympathisai tout de suite avec elle.
Moi, je m’étais déguisée en mère Noël mais grand mal m’en a pris car mon cousin Maxime voulait absolument m’enlever mon chapeau. Quel gredin, celui-là !
Le lendemain de Noël fut moins drôle puisque Morgane et Ludovic nous apprirent qu’ils allaient nous quitter pour aller vivre chez Cyrielle, la mère de Ludovic, avec ma nièce Laurence. J’avais le cœur en miettes. Morgane était la seule confidente que j’avais à la maison. Et j’adorais m’occuper de Laurence qui allait bientôt devenir bambinette. Je les ai suppliés mais rien n’y fit. Pire : mon père me fit taire en me disant de ne pas en rajouter.
Alors, lorsque Caleb m’envoya un message en plein anniversaires de Maman et de Tonton Yann pour me demander de le rejoindre au Marché aux puces, j’étais ravie.
Il me fallait juste l’aval de mon père. Je croisai les doigts pour qu’il ne se doute de rien et lui parlai d’une copine que je devais retrouver là-bas. - Une de mes copines m’a envoyé un texto du marché aux puces. Elle voudrait que je la rejoigne. - Mais c’est l’anniversaire de Maman aujourd’hui. - Ce n’est pas grave, vraiment. Laisse-la sortir. C’est de son âge, dit ma mère à mon père.
Merci Maman ! Papa me demanda juste de changer de tenue mais il me laissa partir.
La suite durant le week-end, ou, au plus tard, en début de semaine, car ce chapitre était très court 🙂
G8 / Prologue 1/6 - L'enfance, rencontre avec Caleb _____________________________________________________
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Lorsque j’atteignis l’âge enfant, j’eus le droit à une grande fête d’anniversaire. Toute ma famille était là sauf Tatie Morgane. Je ne me souviens plus pour quelle raison, mais elle n’avait pu être présente.
Tout le monde avait chanté à tue-tête et Mamie Angela avait jeté des confettis. J’adorais mes deux mamies. Elles avaient toujours été là pour moi et je rigolais toujours avec elles.
Tatie Morgane me manquait. Mes oncles, Yann et Gildas étaient très gentils, de même que Tatie Béatrice, mais Morgane était ma préférée. Elle s’était toujours occupée de moi et je l’aimais très fort.
Et mon Papi Christian. C’était une vraie perle, le seul papi qui me restât, malheureusement.
Il m’écoutait vraiment lorsque je parlais et il montrait de l’intérêt, pas comme mes parents. Avec lui, je partageais de grands moments de complicité. Je n’ai connu ça, ni avec mon père, ni avec ma mère.
Après ma fête d’anniversaire, la seule chose que me dit mon père fut de me prier de débarrasser les vestiges du repas avant d’aller me coucher. Ma mère, elle, ne me parla même pas.
Elle était sûrement trop fatiguée... Elle avait quand même cuisiné deux gâteaux et puis, elle pensait probablement au livre qu’elle était en train d’écrire à ce moment-là. J’aurais pourtant tellement voulu que mes parents me prêtent un peu plus d’attention...
Mais ils étaient bien trop occupés à leurs histoires d’adultes comme leur travail. Ou encore l’amour qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre que je devinais très fort.
Et, dans leurs cœurs, je crois qu’il n’y avait pas de place pour moi... D’ailleurs, contrairement à mes mamies, à mes papis et à mes oncles et tantes, eux ne m’avaient jamais dit « je t’aime ». Et je le leur rendais bien.
Pour clôturer en beauté cette journée d’anniversaire, je dormis cette nuit-là dans mon petit lit de bambin. Papa et Maman n’avaient même pas prévu un lit plus grand pour moi... J’en parlais le lendemain soir à Papa... - Oups, c’est vrai ! Je crois qu’on a peu zappé ce petit détail ! Nous irons t’acheter un lit demain, tu veux ?
- Oui, mais pour ce soir ? Parce que j’ai vraiment très mal dormi la nuit dernière... - C’est juste pour ce soir. Demain, tu auras un lit plus grand, c’est promis.
J’avais donc choisi, cette nuit-là, de dormir sur le canapé du salon. Le pire, c’est que mes parents ne s’en rendirent même pas compte...
Le lendemain, Papa tint sa promesse (une chance pour moi, il ne se dérobait jamais à une promesse) et il m’emmena avec lui pour acheter mon lit et une table de chevet. Je pus même les choisir, tout comme il me laissa choisir une parure de draps qui me plaisait. Ce jour-là, il m’offrit même un ordinateur. Ce n’était pas vraiment prévu au programme mais il était le bienvenu. Ainsi, je n’aurai plus à aller dans la chambre de Papa et Maman pour consulter les sites web. Je sentais bien que cela les agaçait et je me demande d’ailleurs si ce n’était pas la raison profonde de cet achat inattendu.
J’aurais bien aimé changer les couleurs de ma chambre mais Papa avait tellement dépensé aujourd’hui que je ne m’imaginais pas lui demander de refaire la tapisserie ou de changer les meubles. Au lieu de cela, j’avais jeté ma maison de poupée (je n’y jouais jamais, de toute façon) et ôté tous ces horribles stickers qui étaient supposés décorer ma chambre. Je n’avais gardé qu’une affiche que Papa m’avait offerte ainsi que les boules à neige et les tubes à bulles qu’il m’avait ramené des festivals auxquels il s’était rendu. J’aimais à penser que si mon père m’avait ramené ces objets, c’est parce qu’il tenait à moi. Je voulais donc les conserver précieusement.
Je passais beaucoup de temps toute seule car les occupations respectives de mes parents ne leur permettaient pas souvent d’être avec moi. A cette époque-là, je me lançai à fond dans le travail scolaire car j’étais persuadée que pour avoir ce que je désirais dans la vie, il fallait être bonne à l’école.
Lorsque je ne faisais pas mes devoirs, j’allais au parc ou à la bibliothèque pour jouer aux échecs. Mes parents n’étaient pas du tout embêtants pour cela. Je sortais quand je voulais et où je voulais. Ils ne me posaient jamais de questions et c’est chaque fois, de moi-même, que je leur disais où je me rendais. J’aimais aussi beaucoup jouer avec les tubes à bulles que mon père m’avait offerts. J’étais fascinée par ces bulles de couleur, différente selon les tubes et qui influençaient notre humeur. Celles de la convention geek permettaient la concentration et j’en avais souvent besoin. J’aurais bien voulu savoir comment cela fonctionnait.
A cette même époque, je m’étais également mise au chant. J’avais convaincu Papa de préparer un spectacle de chant en duo pour Maman, alors que je n’aimais pas du tout chanter. Mais j’espérais secrètement que cela me rapprocherait un peu de mes parents. Alors, je m’entraînai tous les jours. Je voulais qu’ils soient fiers de moi.
Mais il me manquait quelque chose. Faire des bulles, utiliser mon coffre à jouets ou chanter n’étaient pas des choses qui me passionnaient vraiment. J’étais passionnée par les échecs, certes, et heureusement, on trouvait des échiquiers un peu partout et à disposition de qui voulait s’en servir, parce qu’à la maison, nous n’en avions pas. Mais il y avait autre chose que j’aurais bien aimé avoir : un kit d’apprenti scientifique. J’en avais vu la publicité à la télévision et je savais que je pourrais passer des heures sur ce jeu. Je savais aussi que le jeu n’était pas donné et même si j’en avais parlé quelquefois à mes parents, je n’osais pas trop insister. Cette sortie au marché aux puces fut donc une aubaine pour moi puisque Papa et Maman acceptèrent de m’acheter le kit si j’en trouvais un sur le marché.
Malheureusement, personne ne vendait cet objet. J’étais revenue penaude auprès de mes parents... Je crus voir que Maman avait l’air sincèrement désolée pour moi mais je n’avais pas le cœur à rester avec eux. Je leur dis que je partais chez Papi et Mamie. J’avais besoin de réconfort et mes parents ne savaient pas m’en donner.
Je passai donc un après-midi sensationnel avec Papi, Mamie et Tatie Morgane. Mais, il me fallait bien rentrer à un moment donné à la maison. Heureusement, Mamie proposa de me garder à dîner.
- Tu vois ! Tu restes avec nous ! me dit Tatie Morgane en me serrant dans ses bras. - Je suis trop contente ! Je n’avais pas envie de rentrer tout de suite. - Je vais appeler tes parents et après, on se fait une partie de cartes, ok ?
Papi m’avait ramenée en voiture jusqu’en bas de l’immeuble. Nous avions beaucoup rigolé et il m’avait fait plein de bisous avant que je ne parte. J’ignorais alors que c’était la dernière fois que je le verrai. Lorsque j’arrivai à la maison, mes parents me dirent qu’une surprise m’attendait à l’étage.
Pour une surprise, c’était une surprise ! Ils m’avaient acheter le kit d’apprenti scientifique ! Je n’en revenais pas. Peut-être que mes parents m’aimaient finalement.
J’étais tellement heureuse que j’étais redescendue voir Papa pour lui demander de faire notre petit spectacle pour Maman, tout de suite. Quelle belle soirée j’ai passé ! Un de mes meilleurs souvenirs avec mes parents.
Quelques jours plus tard, Maman m’avait emmenée à la galerie Casbah. Elle s’était mise en tête de me sensibiliser à l’art. C’est vrai que certains tableaux étaient très beaux...
Mais passer des heures entières, comme elle, à les regarder, ça ne me plaisait pas du tout. - Maman ? Je peux aller voir ce qu’il y a, là-haut ? - Pourquoi ? Tu n’aimes pas ces tableaux ?
- Si. Mais je les ai tous regardés et j’aimerais voir ce qu’il y a d’autre dans le musée. - D’accord. Je te rejoins quand j’en aurai fini ici.
Je savais que ça n’allait pas être pour tout de suite.
Lorsque j’arrivai à l’étage, ce n’était guère mieux. Je sentis l’ennui monter d’un coup... Il y avait une rangée de statues, toutes identiques. Et des bancs. Et je n’avais pas pris ma tablette...
L’après-midi allait être long... J’avais toujours mes devoirs à faire... C’est là que j’ententendis une voix. - Bonjour ! Tu es Rose ? c’est ça ?
- Oui. Mais comment le savez-vous ? Je ne vous connais pas. - Je t’ai déjà rencontrée. Tu étais alors une bambinette. - Ah bon ?
On m’avait pourtant dit de ne jamais parler aux inconnus mais, je ne sais pas pourquoi, j’avais envie de lui parler quand même. Il me raconta notre première rencontre, dont je ne me souvenais absolument pas, puis nous nous assîmes ensemble. Il m’inspirait confiance et je me disais que je ne risquais rien puisque j’étais dans le musée. - Et mon père a rouspété Tatie Morgane ? - Oui. Il pensait que je te voulais du mal. Mais en réalité, je ne voulais que te garder, le temps qu’elle revienne des toilettes.
- Personne ne m’a jamais parlé de cette histoire ! - C’est un peu normal. Tu étais toute petite. Et puis ton père m’a pris en grippe. Il est persuadé que j’ai voulu te faire du mal.
- Mais ce n’est pas vrai, n’est-ce pas ? - Non, ça ne l’est pas. Mais il ne serait pas ravi de me voir discuter avec toi. - On n’a qu’à pas lui dire. Ce sera notre secret. Et comment tu t’appelles ? - Caleb.
- Moi c’est Rose Chevalier ! Mais ça, tu le sais déjà ! - Et qu’est-ce qui t’amène au musée, Rose ?
- C’est ma mère... Elle tient absolument à ce que j’aime l’art, je crois... - Et tu n’aimes pas ça ?
- Si. Il y a des choses jolies mais il y en a d’autres qui sont vraiment très moches ! Et puis, passer l’après-midi ici, c’est pas mon truc. - Et c’est quoi ton truc ? - Mon kit de scientifique, ou encore les échecs. Et j’aime beaucoup lire aussi. - Tout comme moi. Et j’adore jouer aux échecs.
Nous passâmes plusieurs heures je crois, à discuter. Maman n’était toujours pas montée me rejoindre. Elle avait dû m’oublier, comme d’habitude. Je m’étais un peu épanchée sur ma courte vie et sur mes parents qui ne s’occupaient pas beaucoup de moi. Je lui avais confié combien je pouvais me sentir seule parfois. Et il m’avait écoutée sans jamais porter de jugement. Le temps passait. Je demandai à Caleb si ça ne l’ennuyait pas que je fasse mes devoirs pendant que l’on conversait. Je devais les faire maintenant si je voulais avoir un peu de distraction en rentrant à la maison.
Cela ne le dérangea pas, au contraire. Il me trouva consciencieuse et m’aida même à plusieurs reprises.
- C’est gentil de m’avoir aidée. Mes parents, ils ne le font jamais, eux. Pourtant, des fois, j’aimerais bien qu’ils m’aident... - Ils sont sûrement plus occupés que moi.
Caleb me prit dans ses bras. Je me sentis si bien au creux de son épaule, rassurée et en sécurité. - Je serai toujours là si tu as besoin d’aide, Rose. Pour quoi que ce soit. Nous sommes amis maintenant.
- Je vais te laisser mon numéro de téléphone et mon adresse mail. Comme ça, si tu veux me contacter, tu le pourras. Quand tu veux. Même pour me raconter ta journée, si ça te chante ! Tu es d’accord ?
Bien sûr que j’étais d’accord ! - Tu laisses des traces bizarres derrière toi quand tu te déplaces, Caleb ! - Je sais !
On aurait dit de petites ailes... C’était peut-être mon ange gardien... Mais peu importe, j’avais enfin un ami, un vrai.
A cet âge-là, je passais beaucoup de temps sur mon établi de chimiste. C’était la seule vraie distraction que j’avais à la maison, à part les livres que Mamie Cassandre m’avait prêtés sur l’histoire de notre famille.
Je faisais beaucoup d’expériences et j’avais failli mettre le feu plusieurs fois ! Heureusement, Papa et Maman n’en avaient rien su.
Je me rappelle cette journée comme si c’était hier. J’étais revenue de l’école avec un B ! J’avais tout de suite appelé mes deux mamies.... Mais aussi Caleb. Lui aussi faisait maintenant partie des personnes qui s’intéressaient à moi et auxquelles j’avais envie d’annoncer mes bonnes nouvelles. Ils m’avaient tous félicitée et encouragée à continuer dans cette voie. J’étais vraiment contente d’entendre tous leurs compliments. C’étaient de réels leviers pour moi.
Cette journée-là était loin d’être terminée puisque Mamie Cassandre me fit la surprise de venir dîner avec nous.
Quelle coquine ! Elle ne m’avait rien dit lorsque je l’avais eue au téléphone !
Après le repas, ma surprise fut encore plus grande puisqu’on m’annonça que nous allions déménager pour aller vivre chez Mamie. Ce fut vraiment la plus belle journée de ma vie.
Et lorsque Mamie s’en alla, je n’étais pas triste car je savais que bientôt, je la verrai tous les jours.
J’étais montée dans ma chambre pour savourer mon bonheur tranquillement. La tablette était posée sur ma table de chevet. Il fallait que je prévienne Caleb. J’étais trop heureuse ! Mais comme il était tard, je lui ai envoyé un petit mail pour lui dire tout mon bonheur.
Deux mois après, nous partions. J’emportai avec moi les boules à neige que Papa m’avaient offert ainsi que l’affiche de dinosaure. C’étaient les seuls objets qui me faisaient croire qu’il pensait à moi. Puis je regardai par la fenêtre une dernière fois. La vue que j’avais de ma chambre était bien la seule chose qui me manquerait lorsque je serai chez Mamie. Mais je serai avec Mamie et Tatie. Et c’était beaucoup mieux !
Lorsque nous arrivâmes à Windenburg, Tatie m’annonça que je dormirais avec elle, dans sa chambre. J’étais toute contente. Elle me laissa exposer mes objets de « valeur » où je voulais. Toute contente, oui mais... - Elle est vraiment rose, ta chambre, Tatie ! - Et tu n’aimes pas le rose, c’est ça ?
- Ben pas trop, non... Et à part le lit qui est un peu foncé, tout est rose. Ça fait très fille ! - Je te rappelle que nous sommes des filles !
- Et tu la verrais comment, toi, la chambre ? - Plutôt dans les tons foncés... Le noir, c’est bien, non ? - Et ben, on va essayer de faire quelque chose ! - T’es vraiment la meilleure Tatie du monde !
Une semaine après, la chambre était refaite à neuf. Tatie avait fait venir un artisan pour personnaliser les meubles et refaire la peinture et le parquet. Elle n’avait pas voulu de noir mais elle avait choisi du marron foncé, coupé avec du blanc car elle m’avait dit ne pas vouloir vivre dans un endroit sombre. Le résultat était génial ! - Alors, ça te plait ? - Alors, ça te plait ? - C’est super ! Et même le jaune sur le tapis est super ! - Ça me plait beaucoup à moi aussi. Et ça fait plus adulte. Tu avais raison, le rose faisait trop petite fille.
Nous en avons passé du temps à discuter dans cette chambre, Tatie et moi, à lire aussi, ou à faire mes devoirs avec son aide. Elle me parlait beaucoup de son chéri, Ludovic. Et c’est ici-même qu’elle m’annonça qu’elle allait se marier avec lui. - C’est vrai ? Tu vas te marier ? Mais alors, ça veut dire que tu vas partir... - Pas du tout. Ludovic et moi allons habiter ici. La seule chose qui changera est que tu ne pourras plus dormir avec moi... - Ah, c’est tout ! Ah ben c’est pas grave ! J’avais peur que tu t’en ailles. - Pas du tout. Et ça ne changera pas. On continuera à se raconter nos petites histoires, toi et moi.
- Ça me fait trop plaisir que tu te maries avec Ludovic. Il est très gentil et je sais que tu l’aimes beaucoup. Je pourrai venir à votre mariage ? - Evidemment ! Je ne me marierai pas sans toi !
La vie était vraiment belle auprès de Mamie et Tatie. Je n’étais plus jamais seule. Nous papotions souvent, avec Mamie lorsque je faisais mes devoirs et qu’elle était devant son ordinateur. Je ne la dérangeai jamais, elle...
Parfois même, elle venait me donner des conseils judicieux pour apprendre plus efficacement mes leçons.
C’était super ! Oui, la vie était belle comme toutes ces histoires qu’elle me racontait sur notre famille. J’avais déjà lu une partie des ces histoires mais lorsque Mamie racontait, c’était autre chose. C’était vraiment vivant. - Tu saisis donc l’importance de ne pas dévoiler notre secret, n’est-ce pas ? - Evidemment Mamie ! Ce serait trop grave si d’autres méchants s’attaquaient à nous.
J’avais tellement hâte de grandir pour devenir, à mon tour, l’Elue. Comme Mamie. Et comme Papa aussi. Mais c’est à Mamie que je voulais ressembler. Je l’aimais tant.
G7/ Chapitre 8 - A l'aube d'une nouvelle ère ____________________________________________
Un soir, alors que je rentrais du travail, Maewenn et Rose m’annoncèrent qu’elles partaient pour la clairière forestière. - Maintenant ? demandai-je à ma femme.
- Oui maintenant. Rappelle-toi que le temps s’coule plus lentement là-bas, donc, ne t’inquiète pas si nous ne rentrons pas tout de suite. - Je m’attends à dîner tout seul ce soir, alors ? - On ne sait jamais... Mais pour le cas où, je t’ai préparé à dîner. C’est dans le frigo. - Dans ce cas, amusez-vous bien toutes les deux. Je ne vous attends pas.
Ma femme et ma fille venaient juste de partir lorsque Yann appela. Il n’avait toujours pas d’équipe disponible pour une surveillance de Caleb. Je lui dis de ne pas s’en faire. Pour l’instant, Rose semblait s’être trouvé d’autres occupations et j’avais l’esprit plus tranquille... Mais on ne sait jamais, les choses pouvaient changer. J’avais vraiment espéré que Yann aurait pu assigner quelqu’un à la surveillance de Caleb plus rapidement. Tant pis, il me faudrait attendre.
Je reçus la visite de Morgane quelques temps plus tard. Elle m’avait dit vouloir discuter avec. Elle était venue avec Laurence, son affreuse bambinette. En espérant qu’on ne découvre pas trop de dégâts après son passage. - Salut p’tite sœur ! - Bonjour Léandre. Ça va ?
- Oui et toi ? De quoi voulais-tu discuter ? - De Rose.
Je sentis mes veines battre contre mes tempes. - Tu veux discuter de Rose ? Qu’a-t-elle fait ? - Rien. Elle n’a rien fait. Et je me demande pourquoi elle est toujours punie.
J’étais soulagé, tout en étant en colère contre ma sœur. De quoi se mêlait-elle ? - Et en quoi ça te concerne ? lui dis-je. - Léandre... Ça fait trois mois ! Cette punition m’empêche de voir ma nièce car on ne peut pas sortir toutes les deux, entre filles...
Morgane s’interrompit puis me regarda avec un air suppliant. - Lève sa punition s’il te plait. Pour moi.
Je réfléchis un instant mais les yeux de chien-battu de Morgane finirent par avoir raison de moi... - D’accord, mais à une condition : tu viens la chercher et tu la ramènes et vous ne sortez que toutes les deux. Je vais lever sa punition uniquement pour toi. - D’accord. Je te promets que tu ne le regretteras pas.
A peine Morgane était-elle partie que Maewenn me rejoignit dans notre cuisine. Elle était restée dans l’escalier à écouter notre conversation et elle était tout heureuse de la décision que j’avais prise. Elle aussi avait essayé de me faire lever la punition de Rose à plusieurs reprises mais je n’avais jamais flanché. D’ailleurs, la punition n’était pas levée. J’avais juste autorisé Rose à sortir avec sa tante. Et uniquement sa tante. En souhaitant qu’elle ne serait pas irresponsable et respecterait les consignes que je lui avais données. Je n’avais pas oublié que c’était elle qui avait mis Rose en contact avec Caleb. Il est vrai qu’à l’époque, elle était adolescente... J’imagine qu’aujourd’hui, étant maman d’une bambinette, elle n’était plus aussi négligente. - Bravo mon chéri. Tu as fait quelque chose de bien aujourd’hui. - J’espère. Nous verrons bien.
Ma femme avait un cadeau pour moi. Un cadeau juste comme ça, me dit-elle. Elle voulait me l’offrir tout à l’heure, mais comme Morgane avait appelé pour dire qu’elle passait, elle avait préféré attendre que l’on soit seuls et tranquilles.
Je l’ouvris et quelle surprise ! Maewenn m’avait offert un espace de spectacle. J’en rêvais depuis si longtemps et j’en avais maintenant un à moi, grâce à ma formidable épouse. Je la remerciai au moins une centaine de fois. - Alors, ça te plait ? - Enormément ! Tu sais quoi, je vais en faire l’objet de ma génération.
En prenant cette décision, je venais d’achever tous les objectifs que m’avait confiés le Créateur. Rose pourrait prendre ma suite en toute quiétude. Je décidai d’étrenner mon nouveau jouet dès le lendemain dans le quartier des arts à San Myshuno.
J’avais emmené Rose avec moi car Maewenn était au travail et, fidèle à moi-même, je ne voulais pas la laisser seule. Elle s’était installée un peu plus loin pour faire ses devoirs pendant que je jouais de la guitare. Cela me permettait aussi de la surveiller du coin de l’œil et de veiller à ce personne ne l’approche, et surtout pas Caleb.
Aujourd’hui, c’est le premier jour du printemps. La température est, malgré tout, encore fraîche et quelques flocons de neige persistent, finissant leur voyage au sol sans y rester. Nous avons invité Yann et Gildas ainsi que leurs femmes.
Les deux frères de ma femme se levèrent pour partir. Les femmes étaient encore en train de discuter.
Ils étaient tous partis... - Alors ? Tu es contente ? Je lève la punition ! - Très contente, oui. On va attendre Rose en bas ? Il commence à faire frais.
Nous ne l’avions pas entendue arriver. Maewenn et moi nous regardâmes, espérant que Rose n’avait rien perçu de notre conversation.
Et j’en étais tellement heureux... Fini de m’inquiéter... J’étais réjoui. Ma punition avait eu du bon, finalement.
Ce soir-là, Maewenn et moi allâmes à San Myshuno pour boire un café. J’avais l’esprit tranquille. Je ne m’inquiétais plus de Rose et je souhaitais profiter de ma femme. - On est vraiment bien ici, me dit-elle
- C’est vrai. La métropole me manque. Cette façon d’y vivre... Tu te rends compte que cela fait des années que nous l’avons quittée. - Une éternité... Rose était bambinette.
- Tu n’aimerais pas revenir y vivre ? - Ce serait un doux rêve, je le reconnais. - Qu’est-ce qui nous retient ? Nous sommes retournés à Windenburg pour ma mère. Et elle est morte depuis longtemps. On pourrait déménager après l’anniversaire de Rose. - Mais c’est que tu parles sérieusement !
- Très sérieusement. - Mais Rose ? Tu crois qu’elle ne voudra pas nous suivre ? - Non, je ne crois pas. Parce que je vais lui laisser la moitié de la fortune familiale ainsi que la maison. C’est la maison de sa mamie. Elle ne voudra pas la quitter... Elle aimait trop ma mère.
- Et cela ne t’embêterait pas de revenir à une location alors que nous sommes propriétaires ? - Absolument pas. Ce que j’aimerais, c’est relouer notre ancien appartement. - Oh oui ! Moi aussi ! J’aimerais tellement !
C’était incroyable. Nous étions toujours en phase, sur tout, et ce, depuis l’adolescence. - Dans ce cas, je vais contacter notre ancien propriétaire, Monsieur Méloire. - Et tu comptes partir quand exactement ?
- Après l’anniversaire de Rose. Ça me semble une bonne idée, non ? En plus j’ai accompli tous mes objectifs, donc plus de tâche parasite. Et Caleb est hors circuit. Je n’ai plus qu’à m’occuper de toi, de nous et de notre bien-être. - Léandre, que fera-t-on si notre ancien appartement n’est pas disponible ? Tu envisages quoi ? - Dans ce cas, je nous achète une petite maison dans le quartier des épices.
- Le quartier des épices ? Mon préféré ? Tu ferais ça ? - Bien sûr. Nous avons les moyens. Même en laissant la moitié de l’argent à Rose. - J’en viens presque à espérer que notre ancien appartement ne soit pas disponible... - S’il n’y a que ça, je vais tout de suite contacter un agent immobilier pour une maison là-bas.
Dans les semaines qui suivirent, Maewenn et moi nous étions remis au sport. Nous aimions tous les deux bien manger mais nous souhaitions aussi garder la ligne. - Maintenant que nous avons signé, il me tarde vraiment de partir. - Il me tarde à moi aussi, répondis-je à ma femme. Il n’y a plus que trois semaines. Dans une semaine, c’est l’anniversaire de Rose. Et deux semaines plus tard, nous serons propriétaires d’une maison dans le quartier des épices.
- Comment s’appelle la maison déjà ? Tu as dire me le dire cent fois mais j’ai encore oublié. - La maison du vieux sel.
- Quel joli nom ! - Oui. Je pense qu’on va le garder.
Une semaine plus tard, toute la famille était réunie pour l’anniversaire de Rose. Notre fille allait enfin devenir une jeune adulte.
Lorsqu’elle souffla ses bougies, ce que j’y vis derrière, ne me plut pas.
Un nouveau monde venait d’apparaître, sombre, et peuplé de créatures surnaturelles...
Ces créatures avaient donc bien existé avant la Brume... Yann et moi échangeâmes un regard... Nous savions qu’il y aurait du danger pour Rose et que Yann, lui-même, tout comme son frère Gildas et son fils Maxime auraient à leur faire face. Quand, comment ? Nous ne le savions pas. Mais le danger était réel et je percevais l’inquiétude de mon meilleur ami. Nos femmes, elles, ne savaient pas encore ce qui se tramait.
Alors que nous discutions, l’air de rien au salon, je pouvais voir Rose en train de discuter avec Morgane, Maxime, Béatrice et Amandine. Tout comme Rose, Morgane et Maxime savaient... eux aussi. Mais tout comme moi, ma fille, ma sœur et mon neveu continuaient leur conversation comme si rien ne venait de se produire...
FIN DE LA GENERATION 7
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Fonds du foyer finaux avant legs à Rose : 687 689 § Fonds du foyer finaux : 343 689 §
Les objectifs de Léandre : Vivre en appartement une période de sa vie : Fait, de 18 à 26 ans puis de 53 ans à la fin Gagner sa vie en tant que politique, critique ou médias sociaux : Relations publiques Développer la compétence Chant au niveau 10 : Fait Votre futur conjoint sera d’une autre ethnie que la vôtre : Echec Aller souvent au karaoké et gagner des concours : Trois concours gagnés Aller au moins une fois à chaque festival : Fait Puis en choisir un préféré : Le festival de l’humour Se rendre ensuite au festival préféré chaque fois qu’il est organisé : Fait Facultatif - Se faire un salaire d’appoint en jouant d’un instrument : jouer de la guitare Choisir un objet du pack « vie citadine » : Espace de spectacle « véritable artiste »
G7/ Chapitre 7 - Punition et investigations ___________________________________________
J’entendais bien que tout rentre dans l’ordre, aussi je rejoignis Rose à l’étage et lui intimai l’ordre de ne plus revoir Caleb. - Ne serait-ce que cinq minutes, tu entends ? précisai-je
- Oui Papa... - Parce que si tu venais à me désobéir, je me verrais dans l’obligation de t’empêcher de sortir de la maison. - J’ai bien compris. Je serais punie... Mais je t’ai déjà dit que je ne le verrai plus... Pourquoi tu m’en reparles ? - D’une, n’oublie pas que je suis ton père. Et de deux, j’aimerais beaucoup savoir pourquoi tu lui as dit que tu n’étais pas heureuse avec nous ?
- Il t’a dit ça ?! Je n’ai jamais dit une chose pareille. - Il l’a sûrement imaginé dans ce cas ! - Je n’en sais rien. Mais je te promets que je ne lui ai jamais dit ça. - Très bien. En tous cas, si tu le revois, je te punis.
Ce soir-là, Maewenn et moi avions décidé d’aller au karaoké. J’emmenai Rose avec nous. Je ne voulais pas prendre le risque qu’elle soit seule et qu’elle contacte son ami. Mais il était là, lui aussi, au bar à karaoké... Quelle poisse ! Je mis ma fille en garde : - Je ne veux pas que tu lui parles, c’est compris ? Et pas de sourire, non plus. - Papa...
Caleb discutait avec le barman. Il faisait celui qui ne nous avait pas vus mais je savais très bien que ce n’était pas le cas. - On prend nos verres et on va s’asseoir là-bas. Rose me répondit en soupirant : - D’accord...
Puis Caleb s’en alla...
Quelle soirée ! J’aurais mieux fait de laisser Rose à la maison...
L’air glacial me faisait du bien et je commençais à me détendre.
J’aperçus un bonhomme de neige et je décidai de le voir de plus près. Celui que nous avions fait avec Maewenn il y a quelques années, à San Myshuno, était bien plus joli mais celui-là était très drôle. Il m’arracha un sourire.
Mais pas pour longtemps lorsque je vis l’inscription. « Caleb et Rose » ! Ce bonhomme de neige s’appelait « Caleb et Rose » !
J’étais hors de moi. Je me jetai sur lui et le mis en pièce jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien.
Puis je retournai au bar pour aller chercher Maewenn et Rose. Je voulais rentrer à la maison. Je n’avais plus le cœur à chanter aujourd’hui.
Rose ne répondit pas...
Rose se mit à pleurer. Elle avait l’air davantage perturbée par ce bonhomme de neige que par sa punition...
Ma femme me lança un regard désapprobateur qui annonçait une discussion à venir...
- Tu pourrais arrêter de me contredire devant notre fille ? - Est-ce que tu te rends compte, Léandre ? Tout ça pour un bonhomme de neige ! - Ce n’est pas n’importe lequel, figure-toi ! Il s’appelait Caleb et Rose ! - Et alors ? Ce n’était peut-être pas nécessaire de faire de la peine à Rose. Elle est déjà punie, ce n’est pas assez ? - De toute façon, on n’est pas d’accord, toi et moi... - Non. On n’est pas d’accord...
Heureusement, Maewenn et moi ne restions jamais fâchés bien longtemps. Mais les semaines qui suivirent furent pénibles. Ma femme et moi emmenions Rose au lycée à tour de rôle. Nous ne la laissions jamais seule non plus, à la maison. Et si nous devions sortir tous les deux, elle devait nous accompagner. C’était épuisant mais ainsi, j’étais sûr qu’elle ne verrait plus Caleb. Cet après-midi-là, j’avais laissé Rose aux bons soins de Maewenn pour m’octroyer une petite pause à l’Auberge du vieux quartier avec mon meilleur ami Yann. J’en profitai pour vider mon sac et lui parler de mes soucis avec Rose et son petit copain, que je décrivis comme étant plus vieux qu’elle. J’omis volontairement le petit détail sur le fait que Caleb ne vieillissait pas. - Il est si vieux que ça ? - Il doit avoir dix ans de plus qu’elle...
- Je comprends que ça ne te plaise pas. - Mais il n’y a pas que ça... J’ai le pressentiment que ce type est dangereux pour elle. - Comment ça dangereux pour elle ? Pour sa vie ? - Je ne sais pas. Mais où qu’on aille, il est toujours dans les parages. Enfin, presque toujours...
- Et dire que je me croyais parano... - Je ne suis pas parano. Maewenn pourra te le confirmer.
- Et il ne t’est pas venu à l’esprit que c’est peut-être Rose qui l’appelle pour lui dire où vous vous rendez ? Tout ça pour le voir... Si elle est amoureuse, cela pourrait se comprendre. - C’est vrai, je n’y avais pas pensé. Mais je lui ai confisqué son portable. Elle ne pourra donc plus le faire.
- Fais attention avec les privations, Léandre. Rose est une ado. Si tu la brides trop, c’est là qu’elle pourra faire de vraies bêtises. - Je veux la protéger, c’est tout. Je m’inquiète vraiment pour elle. - Je vois ça...
- Je vois ça... Ecoute, si ça peut te rassurer, je vais me renseigner sur lui, ça te va ? - Si ça me va ? Bien sûr. Les services secrets sont certainement les plus compétents pour ce genre de choses ! - Alors, comment il s’appelle, ton type ?
- Il s’appelle Caleb. Je n’ai pas son nom de famille. - Et il est comment ? - Taille moyenne, les yeux clairs. Bleus, je crois. Il a une fossette au menton et des cheveux noirs avec des reflets gris.
- Il est poivre et sel, ton gars ? - Pas vraiment. Ce sont des reflets, je te dis. Il ne doit pas avoir plus de trente ans. - C’est déjà pas mal pour le petit copain d’une adolescente... Bon, je vais voir ce que je peux faire.
- Et au BPEH ? Vous n’avez rien entendu ? Il n’y a pas de menace sur la future Elue ? - Absolument aucune. Par contre, on avait détecté une énergie étrange derrière le bar à karaoké du quartier des épices mais elle n’y est plus depuis trois semaines... - Une énergie, tu dis ? Quel genre d’énergie ? - Un peu comme celle que nous avons lorsque le Créateur va opérer des changements. Mais là, il n’y a eu aucun changement. - Et l’énergie a disparu depuis trois semaines...
C’est à ce moment-là que j’avais détruit le bonhomme de neige... Je racontais cette soirée-là à Yann. - Mes hommes aussi avaient repéré ton bonhomme de neige, me dit-il, mais aucune énergie ne se dégageait de lui. Ils l’ont testé... Tranquillise-toi, tu n’as pas détruit le Créateur ! - C’est quand même incroyable que l’énergie ait disparu le jour où j’ai détruit le bonhomme de neige... - Je trouve aussi... Il y a forcément un lien. Mais lequel ?
Ce dimanche-là, nous déjeunions de sandwiches, tranquillement à la maison, lorsque Rose me posa une question inattendue.
Je n’étais pas vraiment enchanté à l’idée de devoir accompagner Rose là-bas.
J’étais heureux de voir que Rose s’était trouvé une occupation qui lui prendrait pas mal de temps. Son esprit serait ainsi moins occupé par Caleb.
J’avais l’impression que Maewenn essayait de se rapprocher de notre fille...
Quelque part, j’étais flatté. Jamais je n’aurais imaginé que Rose savait que je tenais toujours mes promesses. Sinon, je n’en faisais pas. J’avais appris cela de Maman. Ma fille m’étonnait de plus en plus.
Et elles m’abandonnèrent, discutant de leur projet autour de la Clairière Forestière...
J’attendais depuis des semaines, avec impatience, des nouvelles de Yann concernant les recherches qu’il avait effectuées sur Caleb. J’y pensais à chaque minute, me retenant de l’appeler, même lorsque je travaillais. Et il finit par m’appeler... - Salut Yann ! - Ecoute, je n’ai pas beaucoup de temps... Je suis sur plusieurs affaires en même temps... - Tu as des nouvelles pour Caleb ? - On se retrouve mardi soir à la piscine de Newcrest. Là, je n’ai pas le temps. - Tu ne peux pas m’en dire plus ? Yann raccrocha, me disant qu’il me dirait tout mardi... Encore cinq jours à attendre. Je n’en pouvais plus...
Deux jours plus tard, je me rendis dans le quartier des Epices pour participer à un concours de karaoké. Maewenn et Rose étaient mes plus grandes fans.
Je vis, ce jour-là, une chose incroyable : ma femme et ma fille se prirent dans les bras l’une de l’autre pour fêter ma victoire. Et moi alors ?
Il me restait encore trois jours avant de retrouver Yann. J’avais laissé Maewenn dans notre chambre à façonner son prochain roman et je me mis à travailler d’arrache-pied pour éviter toute pensée néfaste.
Rose s’était enfermée, comme souvent, dans sa chambre. Je ne savais pas ce qu’elle faisait mais je devinais qu’elle lisait les biographies de la famille car elle en avait toujours une en mains ces derniers jours.
Puis mardi arriva. J’allais enfin avoir des nouvelles, et ce ne furent pas celles que j’attendais. - Ce gars est clean, Léandre. - Comment ça, clean ? Je ne voulais pas entendre - Ce n’est pas possible ! Il cache forcément quelque chose ! - Il ne cache rien. C’est un homme d’affaire très respecté et apprécié de tous ceux avec qui il travaille.
- Ce n’est pas possible. Je n’y crois pas. Tu n’as rien d’autre ? - Si. Il est très riche. Plus riche que toi. Et il a fait fortune tout seul, à force de travail. - C’est une couverture, j’en suis sûr ! Tu t’es renseigné sur sa date de naissance ? - Bien sûr. Il a vingt-sept ans. Et pour ce qui est de sa vie privée, il vit avec sa sœur et une vieille dame que l’on suppose être sa mère.
Vingt-sept ans ! Caleb ne pouvait pas avoir cet âge-là. Maman l’avait connu alors qu’elle était enfant et moi aussi ! Il devrait au moins avoir cent-dix ans ! Mais je ne pouvais pas le dire à Yann... - Je crois qu’il faut que tu arrêtes de te mettre martel en tête avec lui, Léandre. Tu fais une fixation, là... - Tu as dit que vous « supposiez » que la dame âgée était sa mère. Pourquoi le supposez-vous ? Vous n’êtes pas sûrs ?
- Si. A quatre-vingt-dix-neuf pour cent ! Elle a le même ADN que lui ! Mais enfin ! Qu’est-ce que tu cherches ? On ne va quand même pas arrêter cette vieille dame ? Tu la soupçonnes de quelque chose, elle aussi ? - Absolument pas. Je ne sais même pas qui elle est. C’est Caleb que je vise. - Je crois que ce type a simplement eu le tort de s’intéresser à Rose... Mais je peux t’assurer qu’il n’a aucun antécédent suspect avec des enfants ou des ados...
- Est-ce que tu crois que tu pourrais le mettre sous surveillance ? Je savais que j’en demandais beaucoup à mon meilleur ami mais, intérieurement, ses réponses ne me satisfaisaient pas du tout. Et je restai persuadé que Rose était la cible de Caleb. - Attends... Tu plaisantes, j’espère. J’ai déjà réquisitionné des hommes pour faire ce boulot de recherche sur ton Caleb et là, tu m’en demandes d’autres pour le surveiller ?
- Je n’ai plus d’hommes disponibles pour le moment, ajouta Yann. Nous avons du boulot. Beaucoup de boulot. Et je ne peux pas me permettre d’envoyer, ne serait-ce qu’un seul de mes gars à la surveillance d’un type au casier irréprochable. - Je comprends... Mais lorsque tu n’auras plus d’affaires en cours ? Tu le pourrais ? - Eventuellement, oui... Mais ce ne sera pas pour tout de suite...
- Merci. C’est tout ce que je te demande. - Non, ce n’est pas tout... Je ne comprenais pas ce que Yann sous-entendait. - Quoi ? - Tu profites de ta position d’Elu, du fait que je sois ton meilleur ami et aussi et surtout, tu me harcèles avec ton histoire parce que je suis le directeur de la S.I.M.S. !
Il avait complètement raison. Je savais que j’abusais de la situation mais je ne pouvais pas laisser ma fille entre les griffes de ce vaurien de Caleb... - C’est faux. - Pas de ça avec moi. Tu sais que j’ai raison.
Yann n’était pas dupe... Et je ne pouvais pas le tromper éternellement... Je lui devais la vérité, la vraie... Celle qui était restée dans notre famille... Après tout, mon meilleur ami était notre Protecteur, le meilleur garant de notre sûreté. Cette vérité, il fallait que je la lui raconte. - Il y a autre chose, Yann... - Evidemment qu’il y a autre chose ! Tu me prends pour qui ? Tu t’imagines que je vais croire que tu fais tout ce foin uniquement pour un gars qui a dix ans de plus que ta fille ?
- Effectivement. S’il n’y avait eu que cela, je m’en serais occupé seul... - Bien sûr... Je te connais... Tu n’aurais certainement pas ameuté les services secrets... Alors qu’y a-t-il ? - Tu m’as dit que Caleb avait vingt-sept ans, c’est ça ? - Oui. - Et bien je pense qu’il a vingt-sept ans depuis un sacré bout de temps ! - C’est-à-dire ?
J’expliquai tout à Yann. Les différentes rencontres de Maman avec Caleb de l’enfance jusqu’à ce qu’elle soit une personne âgée, puis les miennes... Je l’avais connu, moi aussi, enfant lors des quarante ans de ma mère puis encore et encore au cours de ma vie... Puis Rose... Elle l’avait rencontré, bambinette, à la suite d’une erreur maladroite de ma sœur Morgane, alors adolescente. Caleb était toujours le même. Il avait vingt-sept ans. - Je ne te raconte pas d’histoires... La vérité est là... - Je le sais bien... Je me doutais qu’il y avait quelque chose derrière ton insistance. - Je ne savais plus quoi faire... C’est pour cela que j’ai fait appel à toi. - Et tu as bien fait. Mais admets que c’est plus facile si j’ai toutes les données du problème, non ?
Yann et moi décidâmes ensuite d’aller boire un verre. Une « Mer de Feu » nous ferait le plus grand bien... - Je vais voir ce que je peux faire pour ta surveillance. - C’est vrai ?
- Pourquoi je te le dirais, sinon ? Par contre, ce que je t’ai dit tout à l’heure, c’était vrai aussi. Je n’ai pas assez d’hommes pour le moment... - Tu vas faire comment alors ?
- Je vais accélérer notre enquête en cours. En espérant que ce soit possible... - J’aimerais juste savoir si ce type continue à voir ma fille... - Tu le sauras, je t’en donne ma parole.
- Je ne veux pas qu’il lui fasse de mal. - Il ne lui en fera pas. J’en suis persuadé. Il n’a pas le profil. Même avec ces histoires d’âge... - Comment peux-tu en être sûr ? - C’est mon boulot. Les psychopathes et les tordus, on les repère à mille lieues. Caleb n’en est pas un. Il ne veut pas de mal à Rose, j’en suis sûr.
G7/ Chapitre 6 - Une fin d'année agitée ________________________________________
Trois semaines après le décès de Maman, nous fêtions l’anniversaire de Rose et le mien. Nous n’avions pas voulu annuler la fête car nous pensions qu’elle serait l’occasion de nous remettre sur pied. Rose avait été la première à souffler ses bougies
Lorsque vint mon tour d’embrasser la quarantaine, je fis un vœu, le vœu que tout aille bien pour ma petite famille.
Je serrai ma fille dans mes bras et nous nous félicitâmes mutuellement. Cela ne m’arrivait pas souvent mais aujourd’hui était un jour particulier. Moi qui étais normalement maladroit dans mes démonstrations d’affection envers Rose, cette fois-là, mon geste était venu spontanément.
Nous nous assîmes autour de la table pour manger le gâteau.
Après la disparition de Maman, la chambre de Morgane devint la chambre exclusive de Rose. Elle s’y enfermait souvent pour y faire ses devoirs. Morgane et Ludovic s’étaient installés au rez-de-chaussée dans celle de Maman.
Quant à nous, les adultes, nous passions beaucoup de temps devant nos ordinateurs.
Maman n’était plus là pour faire le lien et nous étions la plupart du temps, chacun dans notre coin.
Un matin, quelques jours avant Noël, ma sœur et mon beau-frère partirent en urgence à la maternité. Rose les avait accompagnés. Ils ne revinrent que dans la soirée... avec une petite Laurence.
Toute la famille était complètement gaga devant le nouveau bébé, même Maewenn, qui n’en avait pas fait autant lorsque Rose était nourrisson... J’espère que la petite Laurence ne lui donnerait pas envie d’avoir un autre enfant....
Réveillon de Noël... Ludovic, Morgane et moi avions tout décoré pour les fêtes de fin d’année.
Rose avait dressé la table et Maewenn préparé le repas, tout cela pour le lendemain midi où nous allions recevoir du monde.
Le réveillon, a contrario, serait sûrement tranquille puisque nous avions prévu de le passer tous les cinq.
Il restait encore le sapin à décorer. J’avais mis une dernière touche aux décorations extérieures et, lorsque je revins, je vis que Morgane et Rose étaient en train de s’en occuper. Morgane et Ludovic, eux, s’étaient servis un verre. Je décidai de les accompagner.
Morgane et Rose avaient terminé le sapin. Il était superbe. Nous déposâmes tous nos cadeaux à son pied.
Il faisait très froid ce jour-là. Mais tous ces plats épicés nous réchauffaient le corps.
Nous faisions le tour des stands et je ne m’étais pas aperçu tout de suite que Rose s’était éclipsée.
Puis soudain, alors que nous passions une bonne soirée...
Si je m’en rappelais ! Je n’avais pas entendu parler de lui depuis des années. Mon sang ne fit qu’un tour et je me levai aussitôt.
Cet importun était en train de faire des messes basses avec ma fille.
Maewenn arriva quelques secondes après. - Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Je viens de voir Rose partir en courant. - Elle rentre à la maison. Elle m’a mise hors de moi. - Ah bon ? - C’est ce Caleb, il l’a prise dans ses bras et lui chuchotait des messes basses.
- C’est à lui qu’il faut t’en prendre, pas à Rose. C’est lui l’adulte. - C’est ce que je voulais faire mais lorsque j’ai dit à Rose d’aller vous rejoindre, elle n’a pas bougé et du coup, lui a filé. Mais elle va apprendre à m’obéir.
Heureusement, le lendemain, jour de Noël, nous nous étions tous calmés. Rose et moi avions même discuté durant le petit déjeuner et elle m’avait promis de ne plus voir Caleb. Nous nous étions tous déguisés pour accueillir nos invités qui arrivèrent peu avant midi. Nous commençâmes par la distribution des cadeaux.
Puis Maewenn, ma jolie fée de Noël, nous invita à passer à table.
Nous avions réuni tout le monde. Les Quellec, bien sûr mais aussi Cyrielle et Stéphanie Manille. Et même mon arrière petit cousin Antonin que je n’avais pas vu depuis très longtemps.
Noël était l’occasion parfaite pour des retrouvailles familiales.
Ceux qui n’avaient pas encore ouvert leurs cadeaux, comme moi, le firent après le dîner.
Nous nous amusâmes beaucoup et c’est ainsi que nous terminâmes cette belle journée de Noël.
Le lendemain, Ludovic et Morgane nous réunirent pour nous informer qu’ils allaient quitter la maison et s’installer chez Cyrielle.
Laurence grandit cette semaine-là. Nous avions de nouveau une bambinette à la maison...
Et cela me rappelait de mauvais souvenirs...
Maewenn avait même surpris la petite Laurence en train de jouer dans les toilettes... - Mais qu’est-ce que tu fabriques ? - Ze joue - Et bien sache qu’on ne joue pas dans les toilettes !
- Pourquoi ? - Parce que c’est sale. Et je ne veux plus te revoir faire ça, c’est compris ! - T’es pas zentille ! Je vais lui dire, à Maman ! - Et bien vas-y. Je pense qu’elle te dira la même chose que moi. Maewenn et moi étions franchement soulagés que Ludovic et Morgane aient pris la décision de partir. Nous ne nous sentions vraiment pas prêts à supporter une nouvelle fois les bêtises d’un bambin. Nous avions choisi de ne pas faire un deuxième enfant et nous ne voulions pas subir ceux des autres, même s’il s’agissait de ma nièce.
Nous fêtions ce jour-là les anniversaires de ma femme et de son frère jumeau, Yann, également mon meilleur ami. Tous les deux arrivaient, à leur tour, dans la quarantaine.
Les plus gourmands avaient commencé à s’attaquer au gâteau.
Ma fille, elle, était occupée à regarder son portable avec attention.
Morgane, Ludovic et Laurence étaient partis le lendemain. Je sais que Rose avait passé un moment à discuter avec sa tante avant leur départ.
Les jours qui suivirent, elle s’était mise en tête d’apprendre à préparer des boissons, et à cuisiner. Elle avait donc investi le bar...
...et la cuisine ! Elle y passait un temps fou, quand elle n’était pas plantée devant Cuisine Télé.
J’avais enfin atteint le plus haut niveau de ma carrière. A tout juste quarante ans, j’avais fait des envieux au travail. J’étais devenu un « acharné du boulot ». A peine rentré, je m’occupais déjà des publications du lendemain et j’anticipais même les parutions du surlendemain, voire celles du jour suivant.
Maewenn me reprochait de la délaisser, et elle s’enfermait dans notre chambre pour écrire... Nous n’étions plus que trois à la maison et pourtant, une barrière s’était installée entre nous, chacun menant sa vie de son côté.
Alors, un soir, alors que j’étais au travail, j’appelai ma femme pour qu’elle me rejoigne à San Myshuno. Le Festival « Frasques et humour » était de retour et je ne voulais pas le rater. C’était mon préféré et, si je m’en référais aux objectifs de notre créateur, je ne devais pas en manquer un. Elle accueillit la nouvelle avec joie. - Ça me fait plaisir que tu m’aies appelée. - Depuis notre dernier déjeuner au restaurant de ta mère, nous n’avons plus rien fait tous les deux. - Je sais ma chérie. Je vais essayer de me rattraper. Passons une bonne soirée, d’accord ?
- D’accord - Trinquons, tu veux ? A nous. Je t’aime tellement.
Qu’est-ce qu’il se passa ensuite ? Je ne me souviens plus très bien... Nous nous étions décidés à aller voir le blagueur de service et c’était... Caleb !!! Il m’avait vu et me regardait tout en racontant ses blagues à deux sous... Il était affublé d’une tenue ridicule et faisait rire tout le monde !
Même Maewenn riait ! L’effet de la fontaine, sûrement... J’étais hors de moi.
Je décidai spontanément, sous le coup de la colère, d’interrompre son spectacle.
Ah bon ? On se tutoyait maintenant ?
J’entendais bien les supplications de ma femme mais j’étais tellement en colère qu’elles s’essoufflaient, loin de moi...
Caleb ne répondit pas et s’enfuit à toute allure, comme à son habitude. Comme je détestais ce type !
J’entendais à peine ma femme...
Mais je me ressaisis... - Désolé mais ce type a le don de me mettre sur les nerfs. - Oh, si peu... Je t’en veux. Tu as gâché ma soirée.
- Et si nous allions manger un morceau ? Un truc bien épicé comme tu les aimes ? Pour me faire pardonner ? - D’accord. Mais à une condition : nous irons ensuite boire un verre au bar. - Très bien. Tout ce que tu voudras. - Alors, allons dîner !
Nous dînâmes d’un curry. Je n’en étais pas amateur et ne pus le finir mais je voulais faire plaisir à Maewenn. Notre soirée devait se terminer beaucoup mieux qu’elle n’avait commencée. Notre conversation revint sur Caleb... - Mais pourquoi t’es-tu tellement emporté ? - Ce type se fout de nous, tu ne l’as pas vu ? Je suggère que l’on punisse Rose.
- Mais pourquoi ça ? Elle n’a rien fait... - Si. Elle lui a dit qu’elle n’était pas heureuse avec nous. - Et tu veux la punir pour ça ? - Pourquoi a-t-elle dit cela à Caleb ? Ça ne le regarde pas.
- Mais je pense que tu sais très bien que c’est la vérité. N’est-ce pas vrai Léandre ? - Mais qu’est-ce que tu racontes ? Il n’a pas à savoir ça !
- Je dis juste que Rose n’est pas heureuse avec nous. On le sait tous les deux. Cette petite a toujours été livrée à elle-même. - Et alors ? Quel rapport avec Caleb ?
- Elle a trouvé un soutien, quelqu’un à qui parler... On ne peut pas lui en vouloir pour ça... On ne peut pas la punir pour ça... - Et pourquoi pas ? Je suis sûr que ce type lui veut du mal...’est plutôt le contraire. - Moi, je ne crois pas. J’ai l’impression que c’est plutôt le contraire. - Et comment pourrais-tu le savoir ? Caleb tourne autour de nous depuis que Maman était une enfant...
- Et ta mère ne lui en tenait pas rigueur. Je crois même qu’elle lui faisait confiance. Intuition féminine, dirais-je...Tout comme la mienne... - Et moi je dirais que Maman était trop gentille, tout comme toi. Bon, je laisse passer le jour de l’an. Après j’aviserai, ça te va ?
Le réveillon de la nouvelle année arriva. Nous avions décidé de la passer sans enfant... Cyrielle, la maman de Ludovic, s’était chargée de leur garde...
C’est ce soir-là que Gildas nous présenta sa fiancée, Amandine. C’était une femme vraiment sympa qui avait tout de suite été adoptée par la famille.
Nous nous étions installés devant la télévision de jour de l’An mais les deux adolescentes de la soirée, Rose et Stéphanie, avaient commencé à danser...
...entraînant les autres femmes sur la piste de danse. (Morgane, Béatrice, Maewenn et Amandine).
Lorsque Minuit sonna, les bisous furent de rigueur et je dédiai mon premier baiser à ma femme, tandis que Rose embrassait sa tante « préférée ».
Gildas se rendit compte que sa fiancée était enceinte, et nous le clama !
Yann embrassa sa femme... et Gildas promit le meilleur à la sienne.
Quant à moi... et bien, je souhaitais à Maewenn que nous passions encore de très nombreuses années ensemble. Je l’aimais tant.
Le lendemain matin, (enfin vers quinze heures), Maewenn, Rose et moi entreprîmes d’enlever les décorations. Les fêtes de fin d’année étaient terminées... Nous allions pouvoir tous reprendre une vie « normale ». Et je devais avoir une discussion avec Rose.
Morgane et Ludovic s’étaient installés chez nous. Il y avait donc une personne de plus dans notre univers. Et une personne de plus qui, elle aussi, trouvait de l’intérêt à Rose. Mon beau-frère passait son temps à lui enseigner les échecs, et Rose l'écoutait avec attention. Elle l'avait tout de suite appelé Tonton.
Maewenn, elle, allait de plus en plus souvent travailler à San Myshuno, et, le soir, elle s’enfermait dans notre chambre pour écrire.
Maman faisait de même. Elle s’était lancée dans une nouvelle biographie, m’avait-elle dit. Sûrement la dernière. L’entendre parler ainsi me faisait mal mais j’étais conscient qu’elle n’était pas éternelle. Pourtant, elle avait l’air au mieux de sa forme.
Quant à moi, étant donné qu’il n’y avait personne au salon, je m’y réfugiais la plupart du temps pour y conclure des affaires professionnelles.
Mais parfois, le soir, nous étions tous réunis. C’était sincèrement aussi très agréable.
Ce jour-là, j’avais fait une petite promenade avec Maman, et cette dernière m’avait amenée jusqu’à son restaurant. - Le restaurant est fermé ? Sur l’heure de midi ? - C’est pour ça que je t’ai amené jusqu’ici. Pour te dire que j’avais vendu le restaurant.
- Tu l’as vendu ? Mais pourquoi enfin ? - Premièrement parce que ta sœur ne veut pas le reprendre. Et deuxièmement, parce que je pense sincèrement que toi non plus. - Comment peux-tu le savoir ? Tu ne m’en as jamais parlé.
- Parce que tu te vois gérer une affaire pareille ? Il faut être disponible pour ça. - Je dois malheureusement admettre que non. Mais peut-être que Maewenn... Elle adore faire la cuisine. - Un restaurant, c’est aussi une affaire de gestion. Gestion des coûts, du personnel, gestion des stocks ou encore achat des produits frais. Pourquoi crois-tu que j’aie dû embaucher deux chefs. Moi-même, je n’étais pas souvent en cuisine.
- Je le sais bien. C’est pour ça que je te l’explique. Tu veux qu’on aille faire un tour une dernière fois ? Je donne les clés tout à l’heure. - Oui, d’accord.
- Mais c’était ton restaurant ! J’ai du mal à imaginer que tout cela va disparaitre. - Ça ne disparaîtra pas. J’ai vendu à un restaurateur. Il compte juste éclaircir un peu le local qu’il trouve trop sombre avant d’ouvrir mais il m’a dit qu’il garderait le style. Et je trouve qu’un petit rafraîchissement lui fera du bien. Moi, j’avais tenu à garder les lieux intacts mais bon, le restaurant a quand même soixante-dix ans maintenant ! - Tu veux dire que tu avais dix ans la première fois que tu es venue ici ?
- Tout juste. Le lendemain du jour où les restaurants sont apparus, j’y suis allée avec Papa et Maman. Ils n’existaient pas avant. - Il a quand même une belle histoire ce restaurant. Et cela me rendait d’autant plus triste qu’il n’appartenait plus à la famille. Mais Maman avait raison, c’était beaucoup trop de travail et, Maewenn et moi étions déjà suffisamment débordés comme ça.
Dès que le restaurant réouvrit, je décidai d’y amener Maewenn. Maman n’avait pas voulu venir car elle préférait le garder tel qu’il était dans ses souvenirs. Quant à Morgane, avec sa grossesse, elle était en ce moment si malade, que la moindre suggestion de nourriture lui retournait l’estomac. Elle refusa donc tout net.
La première chose que je découvris en arrivant était que le restaurant avait changé de nom. Ce n’était plus le « Resto de Windenburg ». Il était devenu le « Resto de Cassandre ». Maewenn et moi trouvions que c’était un bel hommage à Maman qui était un chef triplement étoilé, connu de tout le monde sim.
Le nouveau propriétaire avait tenu parole. Il avait restauré le mobilier et les murs, changé la décoration mais nous retrouvions l’esprit du restaurant tel que nous l’avions connu. Et le tout était plus clair et lumineux. - Le plat du jour, ce sont des asperges au prosciutto. Je crois que je vais me laisser tenter, dis-je à Maewenn.
Le nouveau restaurateur avait aussi décoré avec des photos du restaurant, tel qu’il était à l’époque de Maman. Maman m’avait d’ailleurs dit avoir pris ces photos et les lui avoir confiées. Il y en avait même pris de l’extérieur. - Et toi, tu prends quoi ? - Je ne sais pas. Je regarde la carte mais les asperges me disent bien aussi.
La serveuse arriva alors. - Vous avez choisi, messieurs-dames ? - Oui. Nous allons prendre deux plats du jour et deux verres de vin de la sélection du sommelier.
- Alors ? Que penses-tu de la nouvelle déco ? me demanda Maewenn. - J’avoue que je suis un peu triste de ne plus voir ces couleurs orangées auxquelles j’étais habitué et qui donnaient une certaine chaleur aux lieux... - Oui mais le restaurant est moins sombre comme ça, non ?
- Je le reconnais. Et les tableaux choisis sont très sympas. En plus, le propriétaire a tenu à garder le même style. Et cela, ça me plait beaucoup. Il n’a pas cherché à moderniser à tout prix comme cela se fait beaucoup maintenant. Et toi ? Tu le trouves comment ? - Franchement, j’adore ! Mais bon... Je ne suis pas attachée à cet endroit comme toi tu l’étais. Et je n’y suis venue qu’une ou deux fois... - Mais ton opinion compte pour moi.
- Alors je te le redis, j’adore ! Et si je te le dis, c’est que c’est sincère. Parce que mon style de restaurant, c’est plutôt « le Maritime ». - Le « Maritime » est un restaurant de poissons et fruits de mer. C’est un peu différent.
- C’est vrai. Mais tu m’as demandé mon avis. - Oui et j’apprécie que tu adores le cet endroit. Cela me touche...
- As-tu vu qu’il y a une photo de ta mère derrière le bar ? - Pas du tout, non. - De ma place, je la vois très bien. Et je suis sûre à 99% que c’est elle, jeune, avec sa robe de diplômée.
Lorsque le repas fut fini, je dis à ma femme que je souhaitais aller voir cette photo de plus près. - Mais oui ! C’est Maman. Le jour où elle a eu son diplôme. Je reconnais cette photo. Elle a longtemps été dans notre séjour. Je ne savais pas qu’elle l’avait donnée au nouveau propriétaire.
- J’étais un bambin quand cette photo a été prise...
Maewenn avait discuté avec la barmaid qui lui avait appris qu’il y avait une autre photo de ce genre à l’entrée du restaurant. Nous n’y avions même pas fait attention en arrivant. Maman était sur la photo avec Papa. - C’est ton père... Je n’arrive pas à l’imagner autrement qu’avec ses cheveux gris. Pourtant, je l’ai connue étant enfant, avec des cheveaux roux. - Il était un exemple pour moi. - Je me souviens qu’il était très gentil. Même plus tard, lorsque nous étions adultes.
Un mois plus tard, nous nous retrouvions au salon pour discuter de l’anniversaire de Rose et du mien. Ils auraient lieu le même jour.
Le ventre de Morgane s’arrondissait de plus en plus.
Tout le monde se prit à rigoler car Morgane ne savait plus quoi dire... Maman riait tellement. Je me rappellerai toujours ce moment...
Puis Maman se reprit...
Maman se leva alors... Nous ne nous en étions pas aperçus car nous continuions à discuter.
Mais elle se sentit mal et s’écroula soudainement à terre.
Nous réalisâmes alors... La Faucheuse était là... Et le cri de Morgane... Il me perça le cœur et les tympans...
Morgane, ma petite sœur, si fragile de par sa grossesse... Comment allait-elle supporter tout cela ? La perte de notre mère...
Je m’approchai d’elle, essayant de la consoler... J’essayai de trouver les mots.
- Ça va aller, nous sommes tous les deux. Et tu dois aussi penser à ton bébé.
- C’est une petite fille... On l’a su ce matin... - Alors pense à elle. Maman n’aurait pas voulu qu’il lui arrive malheur.
- Merci pour tes paroles, frangin... - Toi et moi, nous avons la même douleur... et je suis ton grand frère.
- Si tu as besoin, tu viens frapper à la porte de ma chambre. Je serai toujours là pour toi. - Je le sais bien... - Même la nuit. Morgane, on va s’en sortir... même si c’est dur...
Après l’enterrement de Maman, tout le monde s’en fut. Nous restâmes seuls, Morgane, Rose et moi.
Rose était inconsolable. Intérieurement, j’étais heureux qu’elle n’ait pas assisté au décès de Maman.
Je me sentais vraiment impuissant, comme chaque fois dans ce genre de situation. - Ça va aller, Rose, ça va aller... Je ne savais dire que ça.
Heureusement, ma petite sœur était là pour la réconforter.
Lorsque nous arrivâmes à Windenburg, Maman et Morgane nous attendait de pied ferme. - Qu’est-ce que je suis contente de te voir ! s’enjoua Morgane, en se précipitant vers Rose.
Maman nous encouragea ensuite, à aller prendre possession de nos chambres. J’étais tellement content de retrouver ma chambre d’ado ! - Ah ! Ma chambre ! Elle est pareille à ce qu’elle était lorsque je suis parti. - C’est bien le problème... Le ton de Maewenn me refroidit quelque peu.
- Tu penses que tu pourras enlever toutes ces affiches d’un autre temps ? - Quoi ? Qu’est-ce qu’elles ont ces affiches ?
Rose allait dormir avec Morgane. Elle avait déjà pris possession des lieux et trouvé une place à son cartable, ses tubes de bulles, son affiche et ses boules à neige.
Je pensais que mon retour dans la maison familiale aurait été difficile. Je me trompais.
C’était comme si je n’étais jamais parti. Je retrouvais mes marques, mes repères, et les bonnes discussions avec ma mère et ma sœur. J’étais très heureux. Toutes ces parties de rigolade m’avaient bien manquées. Et j’eus enfin la réponse à la grande question : oui, Ludovic était bien le petit ami de Morgane ! Apparemment, tout le monde le savait, sauf moi !
Ce soir-là, le festival de l’amour était à San Myshuno. C’était le seul festival auquel je ne m’étais pas encore rendu. Je décidai d’y emmener Maewenn. Maman s’était, tout naturellement, proposée pour garder Rose. Prendre la décision de vivre à Windenburg était définitivement un très bon choix.
J’avais une petite idée derrière la tête. Je voulais que nous renouvelions nos vœux de mariage... - C’est une très bonne idée, ça, Léandre. Maewenn avait accueilli ma proposition avec enthousiasme.
- Le seul hic, c’est qu’il va falloir trouver l’arche de mariage. - Nous la trouverons. Cet endroit n’est pas si grand. - Tu ne trouves pas que cette boisson nous rend un peu tout choses... ?
Elle avait raison. Une envie soudaine me surpris et je me mis à balancer des pétales de roses sur ma femme. - Comme c’est joli ! - Tu es merveilleuse au milieu de tous ces pétales !
Nous trouvâmes l’arche assez facilement et pûmes échanger nos vœux, une nouvelle fois. Ma femme, ma princesse, je l’aimais pour la vie.
Quelques jours plus tard, dans la soirée, toute la famille était réunie au salon. Rose avait fini de lire tous les tomes de « La mission Chevalier » expliquée aux enfants de la famille, y compris ceux que sa mère avait écrits, et elle était en train d’en parler avec passion. Depuis que nous étions revenus à Windenburg, Maman s’était d’ailleurs chargée de son éducation concernant la destinée de la famille.
Alors que lorsque nous habitions San Myshuno, Maewenn travaillait souvent à la maison, maintenant cela devenait de plus en plus rare. Elle prenait la voiture et allait passer sa journée de travail dans les locaux de son employeur. J’étais attristé qu’elle ne soit plus aussi présente mais je comprenais. - Ta journée s’est bien passée, ma chérie ? - Très bien. On nous a amené de nouvelles œuvres d’art à examiner.
- Quelles splendeurs ! J’en ai eu plein les yeux ! Morgane arriva à ce moment-là avec Ludovic. - Bonsoir tout le monde !
- Bonsoir, ma chérie, bonsoir Ludovic. Ça va, tous les deux ? les accueillit Maman. - Oh oui ! s’écria presque Morgane. Je me demandais ce qui la rendait si enthousiaste.
- Alors comme ça, tu es le petit ami de ma sœur ? dis-je à Ludovic après l’avoir salué. - Ben oui... Tu vis dans ta bulle ou quoi ? Ça fait un moment qu’on est ensemble. Morgane nous interrompit. - Vous parlerez de ça plus tard. On a un truc hyper important à vous dire.
Et elle continua sur sa lancée : - Ludovic et moi, on va se marier ! Tandis que Maman se déclara enchantée par la nouvelle, de mon côté, j’accusais violemment le coup. Mais depuis quand ma petite sœur avait-elle tellement grandi au point d’être en âge de se marier ?
Morgane et Ludovic envisageaient de se marier aux Prairies de San Myshuno. Maewenn leur confirma que c’était un très bel endroit, et se proposa, de même que Maman, pour organiser les festivités de leur grand jour.
- Nous allons être beaux-frères, c’est pas génial, ça ? me dit Ludovic. - Collègues et beaux-frères, ça risque de faire beaucoup pour moi, plaisantai-je.
Mais je me levai pour lui souhaiter la bienvenue dans la famille. Je connaissais bien Ludovic. C’était un homme bien et je savais que ma sœur serait entre de bonnes mains, avec lui.
Quelques temps plus tard, j’entrainai Maewenn à San Myshuno. Cette ville me manquait beaucoup et je voulais absolument retenter un concours de karaoké. Ma femme invita Yann et Béatrice à se joindre à nous.
Lorsque j’arrivai dans la salle qu’on m’avait attribuée, je fus stupéfait par la médiocrité du chanteur qui avait le micro en main. Béatrice et ma femme n’avaient pas l’air de mon avis, et je soupçonnai même cette dernière de se retenir de danser. Sûrement par égard pour moi...
Lorsque mon tour arriva, je me saisis du micro, bien déterminé à tous les éblouir.
Béatrice et Maewenn chantaient en même temps que moi. Et Yann me regardait, bouche bée.Je donnai alors le meilleur de moi-même, encouragé par mes fans d’un soir.
Je savais que j’étais bon mais il me fallut tout de même céder la place à d’autres chanteurs qui prirent la suite.
Bien que j’eusse pu me défendre tout seul, je reconnais que j’aimais beaucoup ces moments où Maewenn prenait ma défense. Elle faisait toujours ça. J’adorais sa façon de m’aimer.
Une heure plus tard, nous entendîmes les résultats. J’avais réuni quatre-vingt-cinq points sur cent, un peu moins que la dernière fois, mais j’avais gagné ! Yann ne put que se rendre à l’évidence...
Béatrice avait commencé à exécuter une danse bizarre pour fêter ma victoire et, pris dans l’ambiance, je narguai mon meilleur ami.
La vie s’écoulait tranquillement à la maison O’connor. Je travaillais comme un fou, Rose s’installait souvent près de moi pour consulter « Simpedia » ...
...et Maewenn s’exilait dans notre chambre pour travailler à la première biographie qu’elle écrivait. Une biographie sur notre famille, sur moi.
Maman, elle, cuisinait toujours avec autant d’entrain. Je suis persuadé que le fait d’avoir à nouveau toute une famille à nourrir n’y était pour quelque chose. Maman rayonnait.
Lors de ce dîner, nous nous régalâmes du dernier plat qu’elle avait concocté. - Franchement, ces raviolis à la courge sont un vrai délice, la félicitai-je.
Puis je lançai la conversation sur le mariage de Morgane.
Maman n’était plus toute jeune. Heureusement, Maewenn la secondait.
Un peu moins de trois semaines plus tard, nous assistions donc au mariage de ma petite sœur avec Ludovic Manille.
C’était vraiment la cérémonie la plus cocasse qu’il m’eût été donné de voir. Ma sœur se surpassait. J’adorais. Puis la cérémonie prit fin.
Toutes les dames présentes avaient effectivement sorti leurs plus belles robes, toutes légères... Même Rose.
La soirée avançait. Cyrielle, la maman de Ludovic avait fait un joli discours sur nos deux tourtereaux. Apparemment, elle connaissait bien sa belle-fille, si pleine de fantaisie.
Je discutai avec ma petite sœur alors que tous s’étaient regroupés vers le bar. J’avais du mal à réaliser qu’elle était mariée. Pour moi, elle restait la petite bambinette à qui j’avais appris à danser.
La petite sœur de Ludovic, encore adolescente, nous réveilla d’un coup : « Et si nous dansions maintenant ? C’est quand même un mariage ! ».
Tout le monde se leva et fit honneur aux musiques choisies par Maman et Maewenn. Même le traiteur de la soirée vint nous rejoindre un moment et fit la fofolle. Elle s’intégrait parfaitement à notre famille de... fous !
La soirée arrivait à son terme. Il nous faudrait bientôt libérer la salle. J’en profitais pour prendre Morgane dans mes bras et lui dire combien je l’aimais. - Moi aussi frérot, moi aussi, me répondit-elle.
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