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aoi-senritsu's avatar
aoi-senritsu
Seasoned Ace
1 month ago

Le Bunker [MAJ 11/10/26 Jour 3 (partie 1)]

Bonjour tout le monde ! Me revoilà avec une nouvelle histoire :

“Une catastrophe se produit et nos 8 protagonistes se retrouvent à l'abri dans un bunker. Mais combien de temps vont-ils y passer ? Vont-ils s'entendre ? Quels secrets cachent le bunker ?”

Vous pouvez la retrouver ici ou sur mon blog https://aoi-senritsu.tumblr.com/ :

Blog : 

Jour 1 : partie 1, Partie 2, Partie 3, Partie 4

Jour 2 : partie 1 , partie 2 , 

Jour 3 : partie 1 , 

Forum : 

Jour 1 : partie 1 , Partie 2 , Partie 3 , Partie 4 , 

Jour 2 : partie 1, partie 2,  

Jour 3 : partie 1, 

9 Replies

  • Nous voilà avec le début de l'histoire : 

    Jour 1 (1ère partie)

    Ciudad Enamorada, Mercredi 8 printemps, 15h27

    Une jeune femme aux cheveux roux traînait les pieds sur le trottoir. Sa journée avait été harassante… enfin, d’après elle. Marcher quelques kilomètres et supporter ce satané boulot relevait déjà d'un exploit considérable.

    Maugréant intérieurement, elle enfonça ses mains dans ses poches et fixa le bitume. Pourquoi son grand-père avait-il absolument tenu à acheter une maison aussi loin de l’arrêt de bus?

    Je pourrais peut-être faire une petite pause sur le banc un peu plus loin… pensa-t-elle.

    Soudain, un grondement sourd déchira l'air, suivi d'un sifflement strident. Elle se stoppa net.

    Un flash aveuglant illumina la rue. L'espace d'une seconde, le monde perdit ses couleurs. Lorsqu'elle releva un regard soudain alerte, l'horizon s'était métamorphosé. Au loin, un gigantesque champignon atomique s'élevait dans le ciel, embrasant la ligne des bâtiments.

    Un silence de mort s’installa. Les voitures stoppèrent net. Autour d'elle, les passants restèrent figés de terreur, pétrifiés.

    Mais alors que le monde semblait suspendu dans le temps, le cerveau de la jeune rousse s’enclencha à toute vitesse.

    Analyse : 

    • Champignon atomique.
    • Onde de choc en approche. Hors de portée immédiate.
    • Rayonnement thermique et ionisant.
    • Retombées radioactives : forte probabilité. Pas de mort immédiate. 

    Solution : 

    • trouver un abri fermé. Sous terre de préférence…

    Des souvenirs refirent immédiatement surface. La voix rocailleuse de son défunt grand-père résonna clairement dans sa mémoire :

    « Pourquoi tu crois que j'ai tenu à ce qu'on habite ce quartier ? Il existe un bunker souterrain, ici. Si jamais il arrive quelque chose, ce sera le seul endroit sûr… »

    Le bunker. Papy n'était donc pas fou.

    Elle poussa un long soupir exaspéré. Il allait falloir courir… Une véritable torture.

    C’est justement à ce moment-là que le temps reprit son cours. Le silence irréel vola en éclats. Les cris fusèrent, les sirènes d'alarme hurlèrent au loin et la panique balaya la rue. Les gens se mirent à courir dans tous les sens, bousculant les étals et abandonnant leurs véhicules au milieu de la chaussée.

    La jeune rousse jeta un coup d'œil autour d'elle. L'onde de choc ne tarderait pas. S'adressant aux quelques passants pétrifiés les plus proches, elle lâcha d'un ton sec et sans fioritures : 

    • Si vous voulez survivre, suivez-moi. Je sais où aller.

    Sans attendre leur réponse, elle s'élança. Courir n'avait jamais fait partie de ses passions, loin de là , mais la perspective des retombées radioactives constituait un argument de poids.

    Derrière elle, un petit groupe de survivants hésita une fraction de seconde avant d'emboîter le pas. Un homme aux cheveux châtains, au regard d'acier et à l'allure militaire, prit immédiatement la tête du groupe à l'arrière.

    • On reste groupés ! Aboya-t-il d'une voix de commandement qui ne souffrait aucune réplique. Ne ralentissez pas, suivez-la !

    Après quelques minutes d'une course éprouvante, la silhouette du parc photovoltaïque se dessina enfin à travers la poussière de la rue. Le bunker se trouvait là.

    Mais alors qu'elle ajustait sa trajectoire, son regard alerte accrocha une scène au bord du trottoir : une adolescente aux cheveux bruns s'effondrait à genoux, prostrée et en pleurs. Sa jeune voisine.

    Bifurquant sans hésiter, la rousse fonça vers elle et l'agrippa par l'épaule : 

    • Voisinette ! Debout, viens !
    • Mais... mes parents ! Balbutia la jeune fille, le visage inondé de larmes, paralysée par la terreur. Ils sont encore à la maison, je dois...
    • Pas le temps ! Trancha-t-elle sans laisser de place à la négociation.

    Elle la saisit fermement par le poignet et l'entraîna dans sa foulée. Sentant l'adolescente faiblir et résister sous le choc, la rousse resserra sa poigne, refusant catégoriquement de la lâcher.

    Derrière elles, l'homme châtain continuait de pousser les autres survivants, maintenant une cadence effrénée vers les panneaux solaires.

    Ils slalomèrent entre les rangées de panneaux photovoltaïques avant d’arriver, complètement essoufflés, devant le local technique du site.

    Alors que le groupe reprenait péniblement son souffle dans un concert de halètements paniqués, la jeune rousse attrapa la poignée de la porte métallique et tenta de l’ouvrir. La serrure résista, verrouillée.

    • Laisse-moi faire, je m’en occupe, lui lança l’homme châtain en s’avançant d'un pas ferme.

    Elle se recula sans protester, trop heureuse d'économiser ses forces. D'un coup de pied magistral, l'homme fit sauter le loquet. La porte s’ouvrit en grand dans un lourd fracas métallique.

    Sans demander leur reste, ils s’engouffrèrent tous précipitamment à l’intérieur pour échapper à la menace extérieure.

    L'espace restreint du local technique étouffait le son de leurs respirations saccadées.

    • L’ouverture doit être cachée ici. Cherchons ! ordonna la jeune rousse, la voix tendue par l'urgence.

    Une frénésie soudaine s'empara du groupe. Dans l'espace restreint, chacun s'activa à déplacer le bric-à-brac accumulé au fil des ans : outillage, tables de travail, étagères branlantes.

    • Attendez ! Le tapis ! reprit-elle soudain en remarquant un grand pan de tissu élimé dissimulé sous une couche de poussière.

    Ils se poussèrent mutuellement pour s'écarter. Elle s'abaissa, attrapa le bord du tapis et le rabattit vivement. La manœuvre fit voler une nuée de poussière, révélant la plaque d'acier blindé d'une trappe encastrée dans le béton. Saisissant la poignée métallique, elle tirera dessus de toutes ses forces pour l'ouvrir, dévoilant une échelle descendant vers les entrailles du site.

    Sans perdre une seconde, la jeune rousse s’engouffra dans l’ouverture et entama précipitamment la descente le long de l'échelle métallique. Les autres s'y précipitèrent à sa suite, talonnés par les ordres stricts et sans réplique de l’homme aux cheveux châtains.

    Dernier à s’engager, ce dernier rabattit la lourde trappe en acier blindé et en enclencha le mécanisme de verrouillage juste à temps. Au-dessus d'eux, un vrombissement assourdissant fit vibrer la structure métallique alors que l'onde de choc balayait la surface. Puis, le choc étouffé s'éteignit progressivement, laissant place à un silence lourd et presque irréel.

    Une fois au bas de l'échelle, au cœur d’un sas en béton armé, une odeur piquante de renfermé et de poussière leur prit la gorge. Dans la pénombre du sous-sol, éclairée par le seul halo faiblard de l'entrée, chacun chercha son souffle, réalisant à peine qu'ils venaient d'échapper à l’impensable.

    A suivre...

  • EA_Cath's avatar
    EA_Cath
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    1 month ago

    Super comme concept aoi-senritsu​ , j'espère qu'il n'y aura pas trop de tensions dans la villa 😆 (ou plutôt le bunker...)

  • Très intrigante cette introduction ! ça laisse augurer un challenge très sympa ! 
    Est-ce qu'il s'inspire de "l'Apocalypse" ? 

  • Me revoilà avec la suite mais d'abord : 

    Contente que le concept te plaise EA_Cath​, il y aura un peu de tension quand même dans le bunker mais quel genre de tension, là je suis pas très sûre... 😉

    Je me suis inspiré de plusieurs challenge sirhc59​  mais j'en suis pas une en particulier. Je me lance quelques défis en cours de partie et après je vais juste laisser mon imagination travailler. Et qui sait ? J'en ferais peut-être un challenge.

    Maintenant lançons-nous dans la 2ème partie du jour 1 : 

    Précédemment : Le petit groupe vient d’échapper à l’onde de choc du champignon atomique en se réfugiant dans un bâtiment souterrain. Ils viennent juste d’entrer.

    Étant habitué aux situations de crise, l’homme au coup de pied fulgurant fut le premier à se reprendre. Il se racla la gorge en se redressant de toute sa hauteur, puis balaya le groupe du regard.

    • Bon. On est en sécurité. Pour l'instant, lança-t-il d’une voix grave et autoritaire. Je propose qu'on fasse un tour de table rapide, qu'on sache qui est qui et…

    Il fut interrompu par le déclenchement d'une sirène d’alarme stridente accompagnant le balayage d'une lumière rouge vif :

    « Poussières radioactives détectées ! Veuillez procéder à la décontamination. »

    La jeune rousse, préférant l’ignorer, avait déjà franchi la porte devant eux sans attendre. 

    Derrière elle, la porte étanche se verrouilla dans un déclic lourd et pneumatique. Pris de panique, les rescapés se jetèrent sur la paroi. L'un d'eux tenta en vain d'actionner la poignée, totalement bloquée par le système de sécurité. Voyant que le mécanisme ne cédait pas, ils se collèrent au verre renforcé du hublot, frappant à grands coups dessus et lui hurlant de ressortir ou de déverrouiller l'accès. Leurs voix n'arrivaient de l'autre côté que sous la forme de murmures étouffés. 

    De l’autre côté de la vitre, la jeune rousse lâcha un long soupir. Elle jeta un coup d’œil circulaire pour analyser la pièce : un espace stérile éclairé par une lumière blafarde, équipé de pictogrammes d'instruction clairs.

    Sans prêter attention aux gesticulations affolées du groupe, elle se dirigea calmement vers le paravent. Elle y ôta ses vêtements contaminés par la poussière extérieure, s'enroula dans une serviette propre mise à disposition et jeta ses affaires sales dans le clapet étanche prévu à cet effet.

    Une fois les consignes suivies à la lettre, elle entra dans la cabine et déclencha la douche de décontamination, laissant l'eau et le produit neutralisant la laver de la journée.

    Une fois la procédure terminée, son corps débarrassé de toute trace de radiation et habillé d’une combinaison grise neuve, l’alarme stridente se tut enfin, replongeant le sas dans un silence soudain. Dans un ronronnement pneumatique, la porte intérieure se déverrouilla et coulissa.

    La jeune rousse franchit le seuil sans accorder le moindre regard aux autres, toujours médusés derrière la vitre blindée. En cet instant précis, une seule chose comptait à ses yeux : le canapé en cuir qui lui faisait de l’œil dans le hall d'accueil.

    Ignorant la porte qui se refermait lourdement derrière elle, elle se traîna péniblement jusqu’au meuble, se laissa tomber dessus de tout son long et s’installa confortablement pour entamer sa sieste, sous le regard totalement sidéré des autres rescapés.

    Dans le sas, la lourde porte blindée acheva de se déverrouiller avec un déclic métallique retentissant. Mais au lieu de dissiper la tension, l'attitude désinvolte de la jeune rousse, désormais étalée sur le canapé du hall comme si de rien n'était, fit monter d'un cran la pression.

    Au milieu des rescapés encore médusés, la colère de l’homme châtain explosa. Les mâchoires serrées, une veine battant sur son front, il franchit le seuil d’un pas lourd et martial. Sans hésiter une seconde, il pressa le bouton de commande à son tour.

    Aussitôt, la porte se referma lourdement dans son dos, verrouillant l'accès. Les gyrophares rouge se remirent à balayer l'espace exigu et l’alarme stridente recommença à hurler à s'en décrocher les murs.

    Contrairement à la jeune femme qui s'était laissé porter par le protocole avec une lenteur exaspérante, l'homme exécuta chaque étape de la décontamination à une vitesse hallucinante. Obéissant à la signalétique avec une précision militaire, il retira ses vêtements souillés, encaissa le jet d'eau chimique et enfila la combinaison d'urgence en un temps record, le regard fixe, ne pensant qu'à une chose : sortir de cette cabine pour confronter la dormeuse.

    Encore dans la cabine de décontamination, l’homme châtain tapait furieusement du pied contre le sol en acier, comptant chaque seconde. Dès que le mécanisme de la porte d’accès au hall commença à tourner, il s’y engouffra d’un pas lourd et cadencé, avant même que le panneau ne soit totalement rétracté.

    Le visage cramoisi par la fureur, une veine battant sur son front, il fondit sur le canapé.

    • Mais ça ne va pas la tête ?! lui hurla-t-il, la voix tremblante de colère. On est en pleine crise nucléaire et toi tu te pieutes ?! Tu as failli nous faire faire un arrêt cardiaque !

    À ces mots, la jeune rousse se retourna lentement sur le cuir du siège. Elle laissa échapper un long soupir agacé, plaqua les mains sur ses oreilles pour bloquer ses cris, et se recroquevilla un peu plus dans sa combinaison d'urgence, comme si on venait simplement de troubler sa meilleure sieste.

    De l'autre côté de la vitre du sas, le groupe avait fini par surmonter sa sidération. La porte de la cabine de décontamination se déverrouilla dans un sifflement pneumatique et un jeune latino aux cheveux ébouriffés en franchit le seuil d’un pas presque trop enthousiaste.

    Ignorant totalement la tension palpable qui régnait dans la pièce, il emboîta le pas à ses prédécesseurs tout en observant les murs blindés avec une admiration non dissimulée.

    Dès qu’il pénétra dans le hall d'accueil, ses yeux s'illuminèrent. Sans perdre une seconde, il se mit à déambuler d'un équipement à l'autre, effleurant du bout des doigts les panneaux de commande, inspectant les câbles et scrutant chaque boîtier technique avec une curiosité presque frénétique.

    La porte de la décontamination coulissa à nouveau. Malgré la combinaison d’urgence informe qu’on lui avait fait enfiler, la jeune femme noire franchit le seuil avec une élégance naturelle et un port de tête impeccable. Loin de céder à la panique ambiante, elle balaya le hall d'accueil d’un regard acéré et calculateur, évaluant la situation en une fraction de seconde.

    D'un côté, la jeune rousse dormait à poings fermés sur le canapé en cuir. De l'autre, l'homme châtain arpentait la pièce à grands pas, la mâchoire contractée par la rage.

    Gardant sa voix douce, parfaitement posée et rassurante, la nouvelle arrivée s’approcha doucement de l’homme châtain:

    • Respirez. Nous sommes vivants, la structure est étanche et nous sommes en sécurité. Gardons notre énergie pour organiser la suite.

    Tout en parlant, elle jeta un coup d'œil appuyé vers le canapé. Son ton se fit un peu plus curieux, presque feutré :

    • Qu'est-ce que cette fille sait vraiment sur cet endroit ? Ce n'est pas un hasard si elle nous a menés ici.

    La rescapée suivante passa la porte de décontamination. Il s'agissait d'une jeune femme aux cheveux blonds sillonnés de mèches roses. Elle promena un regard circulaire sur le hall d’accueil et grimaça aussitôt de dégoût.

    C'est donc ça, mon nouveau chez-moi ? pensa-t-elle en détaillant l'austérité des lieux. Un tombeau en béton armé style Guerre froide ? Côté déco, il va falloir absolument TOUT revoir.

    Loin de se laisser abattre par l'atmosphère oppressante du bunker, elle s'avança d'un pas décidé. Repérant une revue posée sur une petite table basse, elle la ramassa au passage avant de s'installer confortablement sur le canapé vacant.

    Dans le sas d’entrée, la jeune voisine de la rousse, une petite brune, hésitait encore. Le corps tremblant de peur, elle gardait les yeux rivés sur l’échelle qui remontait vers la surface, là où se trouvaient ses parents. Elle devait au moins essayer de faire demi-tour.

    Elle fit un pas en arrière vers les barreaux de métal, mais une main se posa délicatement sur son épaule.

    • Je sais ce que tu ressens, lui souffla le jeune homme d’une voix empreinte d’une douce empathie. J’aimerais moi aussi pouvoir remonter, mais c’est encore trop dangereux. Tes parents ont certainement dû trouver un abri eux aussi.

    L'adolescente laissa échapper un long soupir résigné et franchit enfin le seuil de la cabine de décontamination. Une fois la procédure terminée et la porte intérieure franchie, elle s'installa à l'écart dans un coin du hall, se laissa glisser contre le mur et enfouit sa tête dans ses genoux.

    La porte de la cabine de décontamination s'ouvrit dans un vrombissement mécanique, laissant passer le survivant suivant. C'était un jeune adolescent à la silhouette fine et légèrement voûtée. La ressemblance avec l’homme châtain était frappante : même couleur de cheveux, mêmes traits de visage, mais une attitude radicalement opposée.

    Il franchit le sas en silence. À peine la seconde porte refermée derrière lui, son premier réflexe fut de jeter un regard furtif et anxieux vers son père, qui continuait de rager à demi-mot. Cherchant visiblement à éviter d'attirer l'attention paternelle ou d'être réquisitionné pour une tâche, le garçon glissa sans un bruit le long du mur. Il s'enfonça au plus profond d'un coin d'ombre du hall, enfonça profondément ses mains dans ses poches et balaya du regard le reste du groupe, observant chacun des occupants avec une curiosité aussi discrète que captive.

    Les portes de la cabine de décontamination coulissèrent une dernière fois, marquant le passage de l'ultime rescapé. C'était un jeune homme à la peau bronzée et au visage ouvert, d'où émanait une bienveillance naturelle.

    Une fois le seuil franchi, il s’arrêta un court instant pour observer l'assemblée éparpillée dans le hall. Son regard balaya la pièce jusqu'à se poser sur l'adolescente, prostrée à l'écart, la tête toujours enfouie dans ses genoux. Sensible à sa détresse évidente, il esquissa un sourire doux et rassurant. D'un pas calme et mesuré, il s'approcha d'elle et vint s'asseoir à ses côtés sur le sol, conservant une distance respectueuse tout en lui offrant une présence chaleureuse, dans l'espoir silencieux d'apporter un peu de réconfort à sa peine.

    Un silence relatif était revenu dans le hall d'accueil, seulement troublé par le ronflement régulier de la jeune rousse assoupie sur le canapé. Ce bruit respiratoire, d'une nonchalance exaspérante, avait le don de faire bouillir le sang de l'homme châtain, incapable de trouver le moindre calme.

    C'est alors que l’homme aux cheveux ébouriffés s’exclama subitement attirant le regard de tous. Il les fixa affolé et commença à s’agiter dans tous les sens.

    • Mauvaise nouvelle ! lança-t-il, la voix haut perchée. Très mauvaise nouvelle ! La porte d'accès vers le reste du bunker est scellée magnétiquement ! C’est bloqué, la porte blindée ne bouge pas d'un millimètre... Mais la porte des toilettes s'ouvre, elle ! ajouta-t-il en trépignant sur place.
    • Quoi ?! s’exclama l’homme autoritaire. Hors de question qu'on reste coincés ici !

    A suivre...

  • Allez on n'est partie pour la suite avec enfin la présentation officiel de nos rescapés.

    Le Bunker : Jour 1 (Partie 3)

    Précédemment :

    C'est alors que l’homme aux cheveux ébouriffés s’exclama subitement attirant le regard de tous. Il les fixa affolé et commença à s’agiter dans tous les sens.

    • Mauvaise nouvelle ! lança-t-il, la voix haut perchée. Très mauvaise nouvelle ! La porte d'accès vers le reste du bunker est scellée magnétiquement ! C’est bloqué, la porte blindée ne bouge pas d'un millimètre... Mais la porte des toilettes s'ouvre, elle ! ajouta-t-il en trépignant sur place.
    • Quoi ?! s’exclama l’homme autoritaire. Hors de question qu'on reste coincés ici !

    Sans perdre un instant, l’homme aux cheveux ébouriffés se tourna vers la porte juste à ses côtés. L'homme châtain s'y précipita d'un pas lourd et commença à taper violemment contre la paroi blindée, espérant forcer le passage.

    L’angoisse ambiante était devenue lourde, presque asphyxiante, pesant sur chacun des rescapés coincés dans le hall d'accueil.

    Plaquant une main sur sa poitrine, la blonde aux mèches roses luttait contre une hyperventilation naissante. « Attendez… ne me dites pas que cette immonde pièce va être mon tombeau », pensa-t-elle, les yeux écarquillés par le désarroi.

    Un peu plus loin, les yeux rivés sur la porte blindée, la femme élégante tentait de canaliser la panique qui gagnait du terrain. « Restons calme… restons calme… Ce grand gaillard va réussir à l’ouvrir, c’est obligé », se répétait-elle en boucle pour se convaincre.

    Prostrée contre le mur, l’adolescente laissa couler une larme sur sa joue, se mourant de regret : « J’aurais mieux fait de sortir finalement… »

    L’homme bronzé, quant à lui, croisait les bras en secouant lentement la tête, l'air sombre. « C’est pas bon tout ça… C’est vraiment pas bon… » s'inquiéta-t-il intérieurement.

    Dans l'ombre du couloir, le jeune adolescent observait nerveusement les tentatives brutales et désespérées de son père contre l'acier. « Il n'y arrivera pas comme ça… mais je ne peux pas lui dire… » ravala-t-il, incapable de braver l'autorité paternelle.

    Et au milieu de cette tempête d'émotions et de murmures anxieux, roulée en boule sur le canapé, la jeune rousse continuait paisiblement sa sieste, bercée par ses propres ronflements.

    Les coups assourdissants cessèrent enfin dans un cliquetis métallique. Lâchant la barre d'acier qu'il tenait à deux mains, l'homme châtain la laissa tomber au sol dans un fracas lourd. Légèrement voûté, le souffle court, le front trempé de sueur et les paumes rougies par l'effort, il restait immobile devant le battant blindé. Mais sous cette apparente prostration, une rage folle bouillonne en lui.

    Pivotant brutalement sur ses talons, il traversa le hall d'un pas lourd et menaçant, fendant le groupe de rescapés pétrifiés. Il fondit sur le canapé, agrippa vivement la jeune rousse par le bras et la tira vers le haut sans ménagement pour la redresser. Plantez ses doigts dans ses épaules, il la secoua vigoureusement pour l'arracher à son sommeil.

    • RÉVEILLE-TOI ! lui hurla-t-il plein fouet, le visage féroce. C'est toi qui nous as amenés ici ! On est piégés comme des rats dans cet accueil ! La porte est verrouillée ! Fais quelque chose au lieu de roupiller, bordel !

    Violemment extirpée de sa sieste, la jeune rousse grimaça, visiblement agacée d'être arrachée à son sommeil.

    • Raaaah… C’est bon, arrête de crier… maugréa-t-elle de sa voix la plus pâteuse.

    Sa réaction désinvolte prit l'homme châtain de court, lui faisant lâcher prise. Libérée de son étreinte, la jeune femme s'étira paresseusement avant de poursuivre d'un ton d'une banalité déconcertante :

    • C'est un bunker de sécurité d'urgence. S'il y a un système de verrouillage automatique après la décontamination, c'est pour forcer une vérification manuelle au poste de garde… Il y a sûrement un moyen de tout débloquer là-bas. Alors laisse-moi respirer.

    Elle se leva péniblement du canapé, traînant les pieds en se frottant la nuque, et commença à se diriger d'un pas nonchalant vers la cabine du poste de garde.

    • Mais bon sang, presse-toi ! s'écria l’homme autoritaire derrière elle, les poings serrés de frustration. On n’a pas toute la journée !
    • Courir, ça fait transpirer, et je viens tout juste de passer sous la douche de décontamination, lui répondit-elle d’une voix monocorde, sans même prendre la peine de se retourner. Alors on se calme, le gueulard.

    Elle franchit enfin le seuil du poste de garde adjacent au hall et s'affala sans ménagement sur la chaise de bureau pivotante. Par pur réflexe, comme elle en avait l’habitude lors de ses longues journées au boulot, elle donna une légère impulsion avec ses pieds pour effectuer un tour complet sur elle-même avant d'imprimer ses doigts sur le clavier.

    Dans un bip strident, l’écran s’alluma soudainement, balayant son visage d'une lumière blafarde. Au centre de l'affichage, une instruction clignotait impitoyablement :

    IDENTIFICATION REQUISE — MOT DE PASSE : _

    • Pfff… soupira-t-elle en laissant basculer sa tête en arrière dans un geste de dépit total. Évidemment. Il faut un mot de passe.

    Un brouhaha paniqué éclata instantanément dans le hall.

    • C'est pas vrai ! On va mourir asphyxiés dans ce hall d'accueil pourri ! s’exclama la blonde aux mèches roses en se prenant la tête entre les mains.
    • Je peux essayer de défaire le circuit, mais si je me trompe, on fait tout sauter ! lâcha l’homme aux cheveux ébouriffés en inspectant nerveusement un boîtier mural.
    • On va mourir… souffla l’adolescente, adossée au mur, le visage décomposé.
    • C’est pas possible… murmura la femme élégante d'un ton dépité en se massant les tempes.

    Derrière le bureau du garde, la jeune rousse observa la scène et laissa échapper un long soupir.

    • Mais arrêtez de stresser, les gars... Soit il y a un indice planqué quelque part dans la pièce, soit je piraterai le terminal. Ça prendra juste plus de temps et ça me saoule d'avance, mais c'est faisable. De toute façon, on a de l'eau aux toilettes et des distributeurs automatiques dans l'accueil. On peut tenir facilement deux ou trois jours ici sans crever. Donc pas de quoi en faire un drame.
    • Trois jours ! Mais ça va pas ! On ne va pas rester coincés ici pendant trois jours ! répliqua l’homme autoritaire, les poings serrés de frustration.
    • Dites-moi pas que c’est pas vrai... lança la blonde, à deux doigts de l'hyperventilation.

    La jeune rousse soupira de plus belle, exaspérée par tant de drames. Quelle galère ! Elle n'allait jamais avoir la paix.

    • Bon... Vu que vous êtes partis pour hyperventiler pendant deux heures... Le gueulard, tu ne voulais pas qu'on se présente tout à l'heure ? Vas-y. Faites le tour de table. Ça vous fera du bien et moi, ça me fera des vacances.

    Agacé au plus haut point, mais ravi de pouvoir enfin instaurer un semblant d'ordre, l'homme autoritaire pointa un doigt accusateur vers la jeune rousse.

    • Très bien ! Mais dans ce cas, c'est TOI qui commence !

    La jeune femme ne bougea presque pas.

    • Camille Dupont, lâcha-t-elle d'une voix monocorde.
    • C’était tout ? s'exclama le militaire, stupéfait par tant de sobriété. Laisse tomber... Pierre De la Croix. Major de l’armée posté en ville. Continuons dans le sens des aiguilles d’une montre.
    • Mina Tahari, responsable média chez Border&Lyne, enchaîna la femme élégante d'un ton posé.

     

    • Gonzalo Vega, déclara le bricoleur aux cheveux ébouriffés. Expert en mécanique, électronique, météorologie... un peu tout ce qui touche à la survie. J’étais sûr qu’un truc dans le genre arriverait, alors je me suis préparé. Je penchais plus pour un virus mortel, mais...
    • C’est bon, on a compris, le coupa brutalement Pierre. Au suivant.
    • Alors moi, c'est Lola Werner, intervint la blonde aux mèches roses. Je suis fleuriste, mais aussi peintre à mes heures perdues. Et bon sang, ce gris béton est vraiment affreux !
    • Kai Manoa, se présenta à son tour l’homme au teint hâlé avec un sourire bienveillant. Je suis originaire de Sulani et professeur en école primaire. Si vous avez besoin de parler, je suis votre homme.
    • Rei Tanaka, murmura à son tour l’adolescente. Je suis encore au lycée et je vis dans le quartier.
    • Arthur De la Croix, bredouilla le jeune garçon à ses côtés. Au lycée aussi.
    • Et c’est mon fils, ajouta Pierre d’une voix ferme.

    Un silence pesant s'installa dans la pièce. Tout le monde se tourna vers le guichet. La rousse était désormais totalement affalée sur le bureau du poste de garde, la tête posée à plat sur ses bras croisés, les yeux fermés et la respiration lente.

    En découvrant le spectacle, Pierre perdit une nouvelle fois son sang-froid. Il s’avança à grands pas vers le comptoir.

    • NON MAIS C'EST UNE PLAISANTERIE ?! s’écria-t-il en frappant un coup sec du plat de la main sur la table. T'as écouté AU MOINS un seul mot de ce qu'on vient de dire, ou tu t'es rendormie pendant qu'on déballait nos vies?!

    Sans même un sursaut face au claquement, la jeune femme ouvrit lentement un œil. Elle se redressa à peine, calant son menton au creux de sa main, le coude planté sur le bureau.

    • Pierre, le militaire rigide qui n’arrête pas de crier... Mina, la pro de la communication qui essaie de garder le contrôle... Gonzalo, le bricoleur complotiste mais utile... Lola, l'artiste qui déteste la peinture du bunker... Kai, le prof sympa qui veut jouer les psy... Rei, mon adorable voisinette encore sous le choc... et Arthur, le fils qui aimerait bien que son père baisse d'un ton.

    Elle énuméra chaque profil d'un ton détaché en pointant distraitement chacun d'eux du bout du doigt. Puis elle s'interrompit pour bâiller à s'en décrocher la mâchoire.

    • C'est bon ? J'ai mon brevet de sociabilité ? Maintenant, laissez-moi réfléchir.

    Autour d'elle, le groupe la fixa, muet et bouche bée devant cette démonstration inattendue. Seule Rei esquissa un discret sourire en coin. Pas de doute : c'était bien la Camille qu'elle connaissait.

    A suivre...

    Merci a tout ceux qui prenne le temps de lire. 😘 

  • Sul sul à tous. Voici la dernière partie de cette première journée.

    Le Bunker : Jour 1 (Partie 4)

    Précédemment :

    Le groupe est coincé dans le hall d’accueil ce qui engendre une panique. Mais après la brillante démonstration de Camille, un calme relatif est revenue.

    Un silence total s'installa dans le bunker alors que Camille refermait de nouveau ses yeux fatigués. Le groupe la fixait, immobile et dubitatif, cherchant désespérément à deviner si elle était en train de méditer sur leur survie... ou si elle s’était tout simplement rendormie.

    La jeune rousse réfléchissait bel et bien. Mais certainement pas à ce qu’ils pouvaient imaginer.

    Voyons un peu ce qui se tramait sous cette chevelure flamboyante :

    [ MODE ANALYSE ACTIVÉ ]

    • Plan A : Rechercher le mot de passe.
    • Plan B : Pirater le terminal (Option de dernier recours. Effort trop élevé).

    — OPTIMISATION DU PLAN —

    • Priorité absolue — Éliminer la nuisance principale : Pierrot.

    Solution : Lui dégoter une activité distrayante pour qu’il me lâche la grappe et m’évite un violent mal de tête causé par ses cris stridents.

    • Priorité secondaire — Stopper les jérémiades collectives.

    Solution : Assouvir leurs besoins primaires. Abri : Check. Air : Check. Nourriture : Ouais, les faire bouffer leur fera penser à autre chose.

    • Priorité vitale — Éviter tout effort inutile.

    Solution : Déléguer l'intégralité du travail physique. Rester tranquillement vissée sur ma chaise.

    [ANALYSE TERMINÉE ]

    Elle rouvrit péniblement les yeux, étouffa un dernier bâillement, puis souffla un grand coup pour se préparer mentalement à sa longue tirade.

    • Pierrot et Gonzo, commença-t-elle en pointant un doigt nonchalant vers la lourde porte blindée, vous deux, vous allez faire le tour de la pièce à la recherche d’une trappe, d’un accès manuel ou de n’importe quoi qui serait caché derrière ces murs. Il va falloir de la poigne et de la méca si vous trouvez quelque chose.
    • D’accord, mais ne m’appelle pas Pierrot ! grommela le militaire, agacé par le surnom mais ravi d'avoir enfin une mission d'homme d'action.

    Sans attendre, il fit signe au bricoleur de le suivre pour inspecter les parois. Camille braqua ensuite son regard sur les deux femmes :

    • Mimi et Lolo... Vous allez vider les distributeurs automatiques : canettes, chips, barres de céréales, gâteaux... la totale. Et si vous trouvez des récipients pour récupérer de l'eau aux toilettes, ce serait parfait. Manger un morceau vous évitera de nous faire des crises apocalyptiques.
    • Compte sur nous ! répliqua Lola d'un ton motivé en entraînant Mina par le bras.

    Camille se tourna enfin vers les trois derniers du groupe.

    • Et vous trois... Kiki, Rei-Rei et Arthie, vous fouillez le bureau. Retournez chaque dossier, post-it, carnet de notes... n'importe quoi qui pourrait nous donner le mot de passe ou des infos utiles sur la sécurité du bunker.

    Les trois hochèrent la tête en silence avant de se disperser méthodiquement autour des étagères et des tiroirs.

    • Et moi... murmura-t-elle pour elle-même en s’étirant à s'en faire craquer les vertèbres. Je vais taper deux ou trois trucs au hasard sur la console. Sait-on jamais.

    Elle se rassit confortablement sur la chaise pivotante du poste de garde, posa sans vergogne ses pieds sur la corniche du bureau et rapprocha doucement le clavier vers elle.

    Chacun s’activait désormais à sa tâche et, peu à peu, la tension étouffante cédait la place à une atmosphère de travail presque paisible.

    Dans un coin du hall, Gonzalo exposait de folles théories sur ce qui pouvait bien se cacher derrière les revêtements métalliques, sous l'œil dubitatif de Pierre qui ne l'écoutait que d'une oreille. Non loin, le cliquetis régulier des distributeurs automatiques résonnait alors qu'ils déversaient leur contenu, entrecoupé par moments des secousses énergiques que Lola infligeait à la machine lorsqu'un paquet de chips restait coincé. Dans le poste de garde, Kai guidait doucement les recherches du trio autour des meubles d'archives, dispensant des conseils bienveillants à Arthur et Rei.

    Devant l’ordinateur, Camille ne faisait pratiquement aucun bruit. Elle tapotait du bout de l'index sur le clavier avec une lenteur calculée, se demandant très sérieusement si quelqu'un remarquerait si elle piquait une petite sieste de vingt minutes.

    Mais alors qu’elle s’apprêtait à fermer les yeux pour concrétiser son plan, la voix guillerette de Lola brisa le silence :

    • On a tout installé sur la table basse ! Et on a même déniché une pile de gobelets au fond d'un tiroir.
    • Génial, murmura Camille d’une voix traînante. C'est l'heure de la pause repas.

    Fidèle à sa résolution de ne faire aucun effort inutile, elle resta vissée sur sa chaise de bureau. Rei, devinant immédiatement son intention, vint attraper le dossier du siège et la propulsa sur ses roulettes jusqu’au petit coin détente du hall d'accueil.

    Camille ne se leva de son bolide que pour s’effondrer sans retenue dans le moelleux du canapé. Le reste des rescapés les rejoignit, prenant place sur les places restantes ou s'asseyant à même le sol. Mina et Lola prirent alors les commandes du buffet improvisé, orchestrant la distribution des vivres.

    Alors qu’ils grignotaient en silence autour de la table basse, Pierre se redressa, la mine sérieuse.

    • On devrait faire le point, déclara-t-il d'une voix ferme. Avec Gonzalo, on n'a pas trouvé de déverrouillage direct, mais on a découvert une trappe d'accès dans les toilettes. On n’a pas encore eu le temps de l’ouvrir, mais ça ne devrait pas poser de problème. Par ailleurs, j’ai déjà vu le même modèle de porte blindée que celle du poste de garde sur notre base militaire. Je sais qu’il existe un système d’ouverture d’urgence. Je devrais réussir à la forcer, mais ça irait nettement plus vite si on avait la clé.
    • On n'a pas trouvé de clé pour l’instant, lui répondit Kai en reposant sa canette. Mais bon, on n'en est même pas à la moitié des dossiers. Pour l'instant, ce sont principalement des registres codés et des protocoles d’urgence. Rien qui ressemble à un mot de passe ou à des informations personnelles.

    Un silence pesant s’installa de nouveau pendant quelques secondes. Camille finit par remarquer que tous les regards s'étaient progressivement braqués sur elle. Elle laissa échapper un long soupir fatigué avant de prendre la parole :

    • Pas de déverrouillage de mon côté non plus. J’ai essayé tous les trucs basiques du style « 1234 », « admin » ou « password », mais sans succès.
    • C’est tes propres mots de passe, c’est ça ? la taquina Kai avec un clin d'œil, désireux de détendre l’atmosphère.
    • Qui sait… souffla-t-elle simplement en portant un biscuit à sa bouche.

    Quelques rires discrets accueillirent sa nonchalance.

    • Bon, puisqu’on risque de passer un petit moment ensemble sous terre, autant en savoir plus les uns sur les autres, reprit Kai avec un sourire chaleureux. Je commence : j’adore la plongée, même si je n’en ai pas vraiment l’occasion par ici. Sinon, je touche un peu à tout pour dénicher des idées ludiques pour mes cours. J’essaie de tester une nouvelle activité chaque semaine... J’avoue que la survie sous terre n’était pas vraiment sur ma liste.
    • Tu as déjà fait de la peinture ? s'enquit Lola, soudain très intéressée.
    • Un peu, mais je ne suis pas très doué. Mes élèves de primaire dessinent nettement mieux que moi.
    • J’adorerais voir ça ! enchaîna la blonde. À moi ! J’adore le dessin et la peinture, j’ai même appris à faire des tatouages. Mais bon, la vie d’artiste est difficile, alors j’ai repris la boutique de fleuriste de ma mère. Je vous jure que si on trouve de la peinture ici, je repeins ces horribles murs gris !
    • Ce ne serait pas du luxe, répliqua Mina en observant le béton brut d'un œil critique. Les constructeurs auraient pu faire un effort sur la déco.
    • Carrément ! Et toi, c’est quoi tes hobbies, Mimi ?
    • Je n’ai pas vraiment le temps avec mon boulot, avoua la pro de la communication. Mais j’adore aller au spa. Qu’est-ce que je ne donnerais pas pour un bon massage en ce moment…
    • Moi aussi ! soupira Lola en s’étirant. Dès qu'on sort d'ici, on se fait une journée spa tous ensemble. On l’aura bien mérité !

    Des murmures d’approbation enthousiastes accueillirent l'idée. Kai se tourna ensuite vers l'adolescente à ses côtés :

    • Et toi, Rei ? Tu fais quoi sur ton temps libre ?
    • Oh... euh... j’écoute de la musique. Et je joue un peu de guitare, murmura-t-elle d’une toute petite voix.
    • C’est trop cool ! regretta Lola. Dommage qu'on n'en ait pas une sous la main, tu aurais pu nous jouer un morceau.

    Un léger sourire étira les lèvres de la jeune fille, visiblement rassurée par cette bienveillance :

    • Je ne suis encore qu’une débutante... souffla-t-elle doucement.
    • Au suivant... Artie ? lança la blonde en se tournant vers le fils du militaire.
    • Je fais partie du club de foot, répondit le jeune homme d'un ton timide et nerveux.
    • D'accord... lâcha Lola, surprise par la brièveté de la réponse. Et le papounet ?

    Pierre lui adressa un regard noir qui en aurait refroidi plus d'un.

    • Je pratique de nombreux sports de combat au corps à corps, ainsi que le tir de précision, trancha-t-il froidement.
    • Un grand sportif, dis donc... ironisa-t-elle doucement.
    • Ah, à mon tour ! s’exclama Gonzalo avec enthousiasme. J’adore comprendre et réparer tout un tas de machines. Et en fabriquer, aussi ! Je fais régulièrement des retraites en pleine nature, c’est passionnant de découvrir comment survivre avec trois fois rien. D’ailleurs, je pourrais facilement vous fabriquer un petit réchaud avec une de ces canettes !
    • Mais comme on n'a rien à faire chauffer, gardons ça pour plus tard, le temporisa gentiment Kai avec un rire contenu. Il ne reste plus qu’une personne...

    Tous les regards glissèrent vers le coin du canapé. La jeune rousse y était affalée, la tête basculée en arrière et les paupières mi-closes.

    • J’aime le silence, les siestes, et surtout qu’on me laisse tranquille, souffla-t-elle avant de fermer complètement les yeux.

    Des rires étouffés parcoururent le petit groupe tandis que les discussions reprenaient à voix basse, lui accordant enfin le répit tant convoité.

    • On devrait se remettre au travail si on ne veut pas vivre dans cet accueil pour les prochains jours, lança Pierre après une bonne demi-heure de conversation, en se redressant d'un air martial.

    À sa grande vexation, aucun des rescapés ne réagit directement à son appel. Au lieu de cela, tous les regards se tournèrent spontanément vers la jeune rousse, de nouveau en train de piquer du nez sur le canapé.

    Un silence s'installa dans le hall. Après quelques secondes d'hésitation, Rei se pencha doucement vers elle.

    • Cam' ? l'appela-t-elle à voix basse.
    • Hmm... grogna la concernée en entrouvrant un œil lourd.
    • On attend tes directives.

    Camille laissa échapper un long soupir d'accablement. Pourquoi fallait-il que ce soit toujours à elle de gérer la logistique ? Enfin, se dit-elle, organiser le travail restait encore le meilleur moyen d'éviter les crises de panique et les jérémiades collectives.

    • Gonzo, tu t'occupes de la trappe dans les toilettes. Pierrot, de la porte blindée du poste de garde. Les autres, vous continuez à fouiller la pièce. Et ce serait sympa de faire un peu de ménage au passage, si on ne veut pas entendre Pierrot râler toute la nuit parce que c'est sale. Moi, je vais commencer à étudier le système pour pouvoir le pirater.

    Sans discuter, tout le monde s'exécuta. Pierre ravala sa fierté et se dirigea vers le poste de garde pour examiner la lourde porte en acier. Pierre la fixa, tentant de se remémorer avec précision les instructions de l'ingénieur de sa base militaire.

    Le droit à l'erreur n'existait pas : un faux mouvement et le mécanisme de sécurité bloquerait définitivement la porte, rendant toute ouverture manuelle impossible. La première étape consistait à dénicher le panneau d'urgence dissimulé dans le bâti. Le visage fermé, il commença à tâtonner méthodiquement autour du cadre métallique, cherchant le moindre relief ou le moindre jeu dans la peinture.

    De son côté, Gonzalo était parvenu à déverrouiller la trappe des sanitaires, non sans avoir échafaudé au passage une demi-douzaine de théories sur ce qui pouvait se cacher derrière les murs.

    Une fois l'accès libéré, un ronronnement familier et rassurant s'échappa de la cavité sombre. Un grand sourire aux lèvres, le bricoleur alluma sa lampe torche et s'y engouffra à quatre pattes. De l'autre côté, il trouva l'interrupteur et alluma la lumière : la pièce était exiguë, occupée presque entièrement par un petit générateur d'appoint. Il s'en approcha et l'exMina sous tous les angles. Tout était relativement en bon état ; l'ensemble aurait bien mérité un léger entretien, mais cela pouvait attendre.

    Au moins, il n'y avait aucun risque de coupure de courant générale. Une excellente nouvelle, car sans électricité, ils se seraient retrouvés pris au piège comme des rats, condamnés à mourir asphyxiés.

    Camille était nonchalamment installée devant l’écran, son regard balayant avec agilité les lignes de code. Cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas programmé, mais son cerveau retrouvait rapidement ses marques. Il cherchait déjà la moindre brèche dans un système qui s'avérait particulièrement bien fortifié.

    Pendant ce temps, les autres avaient décidé de commencer par un brin de ménage. À cinq, l'affaire avait été rapidement pliée.

    • Je me disais, lança Kai en s'épongeant le front, qu’on allait sûrement devoir passer la nuit ici... Et deux canapés pour huit, ce n’est pas suffisant. On pourrait pousser la table basse et installer quelques couvertures par terre. J’en ai repéré dans l'un des tiroirs du bureau.
    • C’est une bonne idée, mais... rétorqua Lola avant de se tourner vers le guichet. Cam ! Est-ce que…
    • Non, grogna cette dernière sans même lever les yeux de son moniteur. Je ne vais pas ouvrir cette fichue porte aujourd’hui. Faites au mieux, mais je dors sur le canapé.
    • On s’en serait douté ! rigola la fleuriste en levant les bras au ciel. Allez, venez, on installe le dortoir pour rendre ça le plus confortable possible.

    Le groupe s’activa aussitôt pour aménager un coin nuit décent avec les moyens du bord.

    • Ça suffit ! s’exclama soudainement Camille en lâchant un immense bâillement. Je suis crevée, je vais me coucher.
    • Ah non ! s’écria Pierre en se rapprochant d’un pas vif.
    • Rahh... Pierrot, il est minuit passé. Je ne me suis jamais couchée aussi tard et mon cerveau, là, il sature. J’ai besoin de dormir. On a tous besoin de dormir pour être opérationnels. On reprendra demain.
    • D’accord, soupira-t-il, dépourvu d'argument pour la contrer. Mais on fait le point avant.
    • Si tu veux, mais tu me pousses jusqu’au canapé.
    • Tu me prends pour ton larbin ?! s'indigna le militaire.
    • Fort comme tu es, c’est une broutille pour toi.
    • La flatterie ne marchera pas avec moi. Tu te lèves et tu bouges.
    • Bien, je vais dormir là, alors, souffla-t-elle, déjà prête à étaler ses bras sur le coin du bureau.
    • C’est bon, je vais te pousser, Cam', intervint Rei en s'approchant avec un petit sourire.
    • Petite, tu ne devrais pas tout lui passer, la réprimanda Pierre en les suivant du regard.

    Rei rit doucement : elle savait pertinemment qu’il ne servait à rien de négocier avec une Camille dans cet état de fatigue. Une fois arrivée à portée du coin salon, la rousse se laissa tomber de tout son poids sur le canapé et s’y installa confortablement.

    • La porte n’est pas ouverte. Peut-être demain. Maintenant, je dors, lâcha-t-elle avant de se recroqueviller sous son plaid.

    Pierre lui lança un regard noir d’agacement avant de reporter son attention sur le reste du groupe :

    • L’ouverture d’urgence est grippée, mais je devrais réussir à la débloquer demain.
    • J’ai inspecté le générateur d'appoint dans la trappe et il est en bon état, enchaîna Gonzalo. Aucun risque de coupure de courant générale ou de mourir asphyxiés.
    • Merci Gonzo, mais je n’avais pas spécialement peur de ça... jusqu’ici, répliqua Lola avec une grimace ironique. Sinon, comme vous pouvez le voir, on a nettoyé et préparé le coin dodo. Ce n’est pas le grand luxe, mais on a fait avec les moyens du bord.
    • Ça ira très bien, la rassurera Pierre.
    • C’est du beau travail, ajouta Gonzalo en hochant la tête.

    Après une rapide répartition des places entre le second canapé et les couvertures étalées au sol, chacun trouva sa position. Quelques minutes plus tard, la lumière baissa d'un ton et un silence lourd retomba sur le bunker.

    a suivre...

  • Le Bunker - Jour 2 (Partie 1)

    Précédemment : Nous laissions le petit groupe de rescapés en train de dormir après cette journée cataclysmique.

    Trois heures plus tard, alors qu'un calme absolu régnait dans le bunker, Camille fut tirée de son sommeil par une envie pour le moins urgente.

    Elle se redressa à regret, ébouriffa ses cheveux déjà en bataille et braqua un regard morne sur la porte des sanitaires. Bien trop loin à son goût. En abaissant les yeux, elle découvrit le champ de mines qui s'offrait à elle : ses camarades endormis s'étalaient tout le long du sol. Une hésitation la traversa. Fallait-il tenter le chemin direct et les enjamber au risque de s'étaler, ou faire le grand tour ? Bon sang, elle était bien trop fatiguée pour une telle analyse d'impact. Opérant en mode automatique, elle entama son contournement, les pieds traînant lourdement sur le béton, les paupières mi-closes.

    Son besoin assouvi, ponctué d'une précieuse micro-sieste de trois secondes appuyée contre le lavabo, elle entama son périple de retour vers le précieux canapé.

    Mais en chemin, elle se stoppa net et cligna des yeux. Une faible lueur vacillait dans le poste de garde. Pourtant, elle avait sans aucun doute éteint l’écran avant de se coucher. En plissant les paupières, elle découvrit une silhouette découpée dans la lumière bleue du moniteur. Son regard glissa un quart de seconde vers le canapé douillet qui l'attendait... puis la curiosité l'emporta. Elle se faufila en silence dans la cabine et découvrit, surprise, le jeune Arthur totalement absorbé par les lignes de commande.

    Se glissant dans son dos sans émettre le moindre bruit, elle scruta par-dessus son épaule le code du système qui défilait à toute vitesse.

    • Tu piges vraiment quelque chose ou tu fais juste semblant pour avoir l’air cool ? souffla-t-elle doucement à son oreille.

    Arthur sursauta violemment, ravalant un cri de frayeur la main plaquée sur le cœur. Il fixa Camille de ses grands yeux écarquillés pendant une seconde, stupéfait de la découvrir là, impassible. Pris de panique, il jeta immédiatement un coup d'œil apeuré vers le dortoir improvisé, vérifiant si son père s'était réveillé, avant de revenir vers la rousse.

    • C’est bon, gamin, lâcha-t-elle d’une voix rassurante. Il dort encore à poings fermés. Et je ne lui dirai rien, ajouta-t-elle en voyant qu'il tremblait toujours.
    • Merci... souffla le jeune homme en relâchant sa pression. Il... il n’aime pas que je perde mon temps avec ça. Il veut absolument que je devienne militaire, comme lui, comme son père avant lui... C’est une sorte de tradition familiale.
    • Je connais, soupira Camille en roulant des yeux. Mes parents voulaient absolument que je reprenne l’entreprise familiale. Mais franchement, ça me saoulait beaucoup trop.

    L'adolescent pouffa doucement de rire, l’imaginant sans peine envoyer valser un costume d'entreprise pour faire la sieste.

    • Alors, t’as trouvé quelque chose ? l’interrogea-t-elle en désignant le moniteur du menton.
    • Euh… ouais, lâcha-t-il, les yeux pétillants. Regarde ici.

    Il pointa du doigt un bloc de code spécifique sur l’écran et lui expliqua à voix basse sa théorie pour contourner la sécurité.

    • Pas mal, pas mal... C’est même carrément excellent, marmonna Camille en traitant l’information à toute vitesse. Tu pourrais m’aider demain ?
    • Euh… fit-il en jetant un nouveau regard anxieux dans la direction de son père.
    • Ne t’en fais pas pour lui, je m’en occupe.
    • Alors d’accord ! acquiesça-t-il avec un petit sourire fière.
    • Allez, au lit maintenant, répliqua-t-elle en lui tapotant gentiment l’épaule. Il faut être en forme pour réfléchir demain.

    Pierre fut le premier à émerger à 06h00 pile, fidèle à son horloge interne militaire depuis toujours. Il plia proprement sa couchette de fortune, puis entama sa routine habituelle : étirements méthodiques suivis d'une série de pompes.

    Au fur et à mesure, les autres rescapés finirent par se réveiller un à un, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que Camille profondément endormie. Installés dans le coin salon, tous grignotaient quelques biscuits dénichés dans le distributeur en guise de petit-déjeuner.

    • Bon, il va falloir réveiller la marmotte, déclara Pierre en désignant la jeune rousse entièrement emmitouflée dans son plaid. J'ai l'impression qu'elle serait capable de pioncer jusqu'à demain.
    • Je pourrais même hiberner pendant plusieurs semaines... marmonna Camille d'une voix pâteuse, sans effectuer le moindre mouvement. Il est quelle heure ?
    • Sept heures et demie, lui répondit Gonzalo en jetant un œil à sa montre.
    • Non mais vous déconnez... C’est le milieu de la nuit ! grommela-t-elle d'un ton plaintif en s'enfonçant un peu plus sous sa couverture.

    Les rires amusés de ses camarades résonnèrent dans le hall.

    • Tu es réveillée, alors debout ! ordonna Pierre d'une voix martiale.
    • Encore cinq minutes... répliqua-t-elle par pur réflexe.
    • Et tu réclameras encore cinq minutes dans cinq minutes. Lève-toi !
    • T’es vraiment un rabat-joie, Pierrot... grogna-t-elle en finissant par se redresser péniblement.
    • Des cookies, Cam' ? lui demanda Rei en lui tendant gentiment un paquet.
    • Mouais... pour tout à l'heure, lâcha-t-elle en s'en emparant.

    Elle s’étira de tout son long, se leva et traîna ses pieds jusqu'au poste de garde. Autour d'elle, le groupe commença à s’éparpiller. Pierre et Gonzalo se plantèrent de nouveau devant la lourde porte blindée pour reprendre leurs essais. Profitant du brouhaha, Arthur rejoignit discrètement Camille devant le terminal, tandis que le reste de l'équipe s'attaquait au rangement du campement.

    Mais à peine le jeune homme posa-t-il les doigts sur le clavier que la voix martiale de son père le fit sursauter :

    • Arthur ! Qu’est-ce que tu fais là ? Ce n’est pas un jeu ! Laisse Camille travailler et viens plutôt nous donner un coup de main.

    La jeune rousse laissa échapper un soupir exaspéré avant de pivoter légèrement sur sa chaise :

    • Il ne joue pas, Pierrot. Il m’assiste. Mais si jamais tu te sens l'âme d'un hacker et que tu veux prendre notre place, vas-y, je te laisse le siège. Ça me permettra d'aller reprendre ma grasse matinée.

    Pierre pestat quelques mots inaudibles entre ses dents contre l'impertinence de la jeune femme, avant de faire volte-face et de retourner pester contre son verrou d’urgence. Arthur adressa un sourire profondément reconnaissant à sa nouvelle complice, puis se tourna avec un enthousiasme renouvelé vers le moniteur.

    Pierre maugréa encore quelques minutes dans sa barbe avant de se concentrer pleinement sur l’ouverture de la lourde porte. Il donna des directives précises à Gonzalo, lui prêtant main-forte dès que la manœuvre exigeait de la force brute. En fin de matinée, la tension était à son comble.

    • Alors Gonzo, tu le trouves ? lui demanda le militaire, alors que le bricoleur était allongé au sol, le haut du corps engagé dans la trappe murale.
    • Ouais ! Attends deux secondes que je le connecte... Voilà ! Tu peux tirer le levier.

    Pierre agrippa la poignée du mécanisme d'urgence encore grippé. Il y mit toute sa hargne et son poids tandis que Gonzalo se relevait en essuyant ses mains couvertes de graisse. Un déclic métallique net résonna dans le hall, suivi d'un grincement lourd : la porte blindée commença à pivoter lentement.

    • Je pense que c’est l'armurerie, déclara Pierre, un brin de fierté dans la voix. On aura enfin de quoi se défendre, peu importe ce qui nous attend dehors... ou dedans.

    Dans sa tête, il visualisait déjà des râteliers remplis de fusils d’assaut, de pistolets automatiques et des caisses débordant de munitions.

    • Je passe devant, trancha-t-il en franchissant le seuil.

    Il s'avança d'un pas martial... puis se figea subitement sur place, pétrifié de stupeur.

    • Alors ? lui demanda Gonzalo en lui emboîtant le pas. Ah ouais ! Tu ne t’attendais pas à ça, hein !

    Alignées sur des présentoirs en bois et accrochées aux parois métalliques, les armes qui les faisaient face étaient bien plus archaïques que tout ce que le Major avait pu imaginer : des dizaines d'épées étincelantes, des dagues, des machettes, et même une collection d'arcs accompagnée de carquois garnis de flèches.

    • Bah au moins, ça ne fait pas de bruit et on ne tombera jamais en panne de munitions ! rigola Gonzalo en saisissant une garde en acier, tandis que Pierre restait totalement sous le choc.

    L’étrange arsenal de la réserve fit beaucoup rire le groupe durant le déjeuner, et Gonzalo s'en donna à cœur joie, imaginant des tas de théories toutes plus loufoques les unes que les autres pour expliquer la présence de ces armes médiévales.

    Pierre, quant à lui, resta totalement silencieux, la mine sombre. Tout cela n’avait aucun sens. C’était pourtant une certitude pour lui : ils se trouvaient dans un bunker militaire. Alors pourquoi diable n’y avait-il pas la moindre arme à feu ? Peut-être les avait-on dissimulées dans un compartiment secret ? Oui, c'était forcément ça. Il se promit de passer l’après-midi entière à passer l’armurerie au peigne fin.

    L’après-midi fut rythmée par un concert ininterrompu de cliquetis métalliques, d'éboulis de meubles lourds et de jurons étouffés en provenance de l'armurerie. Pendant ce temps, installés devant le moniteur du poste de garde, Camille et Arthur enchaînaient les lignes de commande, faisant sauter les pare-feux les uns après les autres. Arthur alignait les caractères sur le clavier à un rythme soutenu, tandis que Camille surveillait le flux d'un œil expert, rectifiant une erreur de syntaxe d'un simple geste du doigt.

    Alors que la journée touchait à sa fin, un bip sonore aigu retentit soudainement depuis la console. L’écran clignota puis afficha en lettres vertes claires :

    ACCÈS AU SECTEUR B — DÉVERROUILLÉ

    Aussitôt, un grincement lourd et mécanique résonna dans toute la pièce. La porte blindée s'ébranla et coulissa lentement, dévoilant un long couloir plongé dans l'obscurité.

    • C’est ouvert ! s’écria Lola en pointant l'accès du doigt.
    • Restons prudents, lança Pierre en émergeant enfin de l'armurerie, une machette bien en main.

    Resserrant les rangs, ils se regroupèrent tous devant l'entrée du nouveau secteur, le regard braqué sur les ténèbres qui les attendaient.

    A suivre...

  • Le bunker : Jour 2 (partie 2)

    Précédemment : La porte vers le secteur B vient juste de se déverrouiller.

    Pierre s’avança le premier dans l'obscurité, la main crispée sur le manche de sa machette. De l'autre, il tâtonna le long de la paroi métallique jusqu’à trouver l’interrupteur.

    Les néons du plafond s’allumèrent dans un grésillement hésitant, révélant un long couloir froid flanqué de quatre portes alignées. Tout au fond, une imposante porte blindée fermait hermétiquement le passage vers le niveau inférieur.

    Le groupe progressa d'un pas prudent jusqu’à la première ouverture. Pierre abaissa la poignée : verrouillée. Il recula aussitôt d’un pas, crispant ses appuis, prêt à enfoncer le panneau d'un coup de pied magistral.

    • Tout doux, Pierrot, le stoppa Camille d'un geste nonchalant de la main. Va pas te déboiter l'épaule ou te casser le pied. Gonzo, fais-toi plaisir.

    Le mécano sortit son kit de crochetage de fortune, un immense sourire aux lèvres. Il s’agenouilla devant la serrure et s'y attaqua avec une dextérité remarquable ; le mécanisme ne résista que quelques secondes avant de céder dans un petit cliquetis satisfait.

    La porte s’ouvrit sur deux cellules de détention métalliques meublées du strict minimum. Le groupe les fixa, déconcerté et profondément mal à l’aise. Quel genre d’endroit avait besoin d’une prison privée ? Une question muette que tous se posaient... enfin, presque tous.

    « Deux vrais lits, nota mentalement Camille en jetant un coup d'œil à l'intérieur. Ce sera toujours plus confortable que le canapé. »

    • On devrait peut-être continuer... suggéra Lola, la voix légèrement nouée par la nervosité.

    D’un commun accord, ils refermèrent le battant et progressèrent vers l'accès suivant. Après un crochetage en règle par Gonzalo, ils pénétrèrent dans ce qui ressemblait à un bureau de commandement.

    • Une radio ! s’exclama le mécano en sautant pratiquement sur le poste de communication pour commencer à le bidouiller.
    • Du café ! s’écria Camille au même moment en repérant une cafetière posée sur un meuble.

    La rousse s’en approcha, ignorant scrupuleusement le reste pour se préparer une tasse, mais...

    • Il faut de l’eau... souffla-t-elle, terrassée d'avance par la distance qui la séparait désormais des sanitaires du hall.
    • Tu ne crois pas qu’il y a plus urgent que de te faire un café ? lui lança Pierre d'un ton hautement désapprobateur. Alors Gonzalo, ça donne quoi ? Elle fonctionne ?
    • Non, soupira ce dernier en reposant ses tournevis. Faux contact ou composant grillé... Il va falloir que je l'inspecte en profondeur.
    • Faisons-nous d’abord un café, réitéra Camille d'un ton nonchalant.
    • Non. On inspecte d’abord ce qu’il y a derrière la porte suivante, tranchant le Major.
    • Bien... grommela-t-elle en traînant les pieds vers la sortie.

    Rapidement suivie par les autres, l'équipe débloqua la troisième porte. Un soupir de soulagement collectif traversa les rangs en découvrant une petite infirmerie d’urgence garnie de matériel de premier soin en parfait état.

    Ils se dirigèrent ensuite vers la quatrième porte, que Gonzalo déverrouilla avec la même aisance que les précédentes. Le battant glissa pour dévoiler une chambre spacieuse, vraisemblablement réservée aux officiers, dotée d'une petite salle d'eau adjacente et, surtout, d'un grand lit au matelas particulièrement moelleux.

    • PREUMS ! s’écria aussitôt Camille, les yeux brillants, prête à se laisser tomber lourdement dessus.
    • Pardon ?! Hors de question ! la coupa Pierre, scandalisé par une telle désinvolture. Il faut établir des priorités, dresser un roulement équitable ou la réserver aux besoins prioritaires ! Tu ne vas pas simplement t'approprier la meilleure chambre sur un coup de tête !

    La jeune femme s'arrêta net. Elle le fixa, écouta son sermon d’autorité pendant trois secondes, puis leva lentement les bras au ciel en signe de capitulation. Elle était bien trop épuisée pour gaspiller le peu d'énergie qui lui restait dans un débat stérile.

    • Cause toujours, Pierrot... souffla-t-elle avec un geste de dédain. Je vais dormir dans la tôle. Au moins, là-bas, y a un verrou.

    Sans lui laisser le temps de répliquer, elle tourna les talons et s'éloigna d'un pas lourd dans le couloir. Elle se traîna jusqu'à la zone de confinement. Sans même prendre la peine d'enlever ses chaussures, elle franchit le seuil de la première cellule et s’effondra de tout son long sur le lit. Tant pis pour le café. Pour l'instant, elle n'avait qu'une seule priorité : fermer les yeux et dormir.

    Une minute plus tard, Rei glissa timidement sa tête par la porte. Cherchant un peu de calme et rassurée par la présence paisible de Camille, la jeune fille pénétra dans la pièce et s’installa en silence dans la cellule adjacente.

    Pendant ce temps, Gonzalo délaissa le reste de la bande. Saisissant son sac d'outils, il regagna le bureau de commandement, déterminé à ausculter les entrailles de la radio pour la remettre en état de marche.

    Au même moment, dans le couloir et la chambre spacieuse, les pourparlers faisaient rage pour déterminer qui aurait le privilège d'occuper le grand lit pour la nuit.

    • La question ne devrait même pas se poser, intervint Kai d'un ton posé, en parfait gentleman. On devrait laisser la chambre aux femmes du groupe, ou au moins à l'une d'entre elles. C'est la moindre des choses.
    • Il a raison, Papa, s'empressa d'ajouter Arthur, cherchant désespérément à s'éviter une nuit en tête-à-tête avec son père à subir ses remarques martiales. Et puis, quelqu'un doit monter la garde vers le secteur principal et l'entrée. On ne sait pas ce qui pourrait arriver. Il vaut mieux que tu restes positionné dans la zone centrale.

    Sensible à l'argument tactique et à son devoir de protection, Pierre hocha la tête avec gravité :

    • C'est pas faux. La sécurité avant tout.

    Les hommes évacuèrent les lieux, laissant les deux jeunes femmes seules dans la pièce.

    • On peut la partager, ça ne me gêne pas, proposa simplement Lola en tapotant le matelas.

    Mina hésita quelques secondes. Partager sa nuit avec une quasi-inconnue n'était pas dans ses habitudes, mais l'idée de retourner dormir sur le canapé ou à même le sol au milieu des hommes l'enchantait encore moins.

    • D’accord, sourit-elle finalement, soulagée d'accepter ce brin de confort.

    Le calme était enfin revenu dans le couloir. Kai s'affairait à inventorier ce qu'il leur restait de vivres, Arthur préparait du café et Gonzalo s'était déjà plongé dans les entrailles de la radio. Au fond de l'allée, Pierre tentait sans grand succès d'actionner le mécanisme d'une autre porte blindée, tout aussi scellée que les précédentes. Camille, de son côté, dormait déjà du sommeil du juste dans sa cellule, tandis que Rei faisait un brin de ménage pour la nuit...

    • AH !!!!

    Un cri aigu, perçant, résonna soudainement depuis la chambre de commandement.

    En un éclair, ce fut le **bleep**-bas de combat. Tout le monde accourut en trombe dans le couloir, armes et outils à la main. Enfin, pas tout le monde : Camille fermait la marche à deux à l'heure, traînant les pieds en se demandant bien quel nouveau drame venait encore de leur tomber dessus.

    • Qu’est-ce qui se passe ?! s’exclama Pierre en débarquant le premier, la machette levée, prêt à en découdre.
    • J’y crois pas... J’y crois pas ! hurlait Mina depuis la pièce adjacente.

    Le groupe s'engouffra dans la suite et découvrit Mina et Lola plantées devant le lavabo de la salle d'eau.

    • Vous n'allez jamais le croire, les gars ! lança Lola, totalement euphorique.
    • Il y a une baignoire ! Du savon ! Du dentifrice sous scellé ! Des brosses à dents neuves ! s’écria Mina sans attendre, brandissant le tube de pâte comme s'il s'agissait du Saint-Graal.
    • Les filles, il ne faut pas hurler comme ça, la recadra Pierre en baissant son arme, le cœur encore battant. On a cru que vous étiez en danger !
    • Mais on va pouvoir prendre un vrai bain chaud ! rétorqua Mina, les yeux étincelants rivés sur la faïence.
    • Attendez, attendez... Et la consommation d'eau ? s'inquiéta aussitôt Gonzalo en fronçant les sourcils. Les réserves de la cuve vont prendre un sacré coup !

    Mina lui fusilla le profil du regard. Au diable la cuve ! pensa-t-elle. J’ai bien mérité un bon bain chaud après ces deux journées d'enfer !

    • D’accord Gonzo, mais... on a bien mérité une vraie douche et de ne plus sentir le désinfectant industriel du sas, le temporisa Kai avec empathie.

    Alors que le bricoleur s'apprêtait à poursuivre son plaidoyer logistique, une voix traînante et profondément léthargique s'éleva depuis le seuil :

    • Il se passe quoi, encore... ? réclama Camille, qui venait seulement d'arriver.

    Son regard vaporeux balaya la pièce et s'arrêta sur le tube de dentifrice qu'Mina tenait toujours fièrement à bout de bras.

    • Mouais... Tout ce cirque pour ça, lâcha-t-elle avec une moue désabusée. Je retourne me pieuter.

    Pendant le dîner, la suite de commandement et sa salle d'eau furent au centre de toutes les conversations. L'équipe s'organisa joyeusement pour déterminer l'ordre de passage sous la douche et l'accès au dentifrice. En bout de table, Gonzalo ne pensait qu'à retourner ausculter son transcepteur radio, tandis que Camille, complètement déconnectée des débats, dégustait enfin son café à petites gorgées.

    La soirée se déroula dans une atmosphère de convivialité retrouvée. Tour à tour, chacun profita du confort de l'eau claire pour se laver et se brosser les dents, appréciant ce retour impromptu à la civilisation.

    Sa halte hygiénique prestement expédiée, Gonzalo s'était aussitôt réinstallé devant la console radio. Bien décidé à la remettre en état de marche, il semblait prêt à y passer la nuit entière. C’était sans compter sur la rigueur de ses compagnons.

    • Gonzalo, il est temps de décrocher et d’aller te reposer, lui lança Pierre en s'approchant.
    • Allez-y devant, je n'ai pas sommeil, bougonna le bricoleur sans lever le nez de ses circuits.
    • Gonzo... soupira Kai en posant une main rassurante sur son épaule. C'est toi-même qui répètes qu'il faut économiser l'électricité et préserver les batteries, surtout la nuit. Si le générateur est relié aux panneaux photovoltaïques au-dessus, on doit limiter la consommation jusqu'au matin.
    • D’accord, d’accord... capitula-t-il dans un soupir vaincu en rangeant ses tournevis. Je continuerai demain.

    Il emboîta le pas aux autres pour rejoindre le campement improvisé dans le hall principal. Au même moment, dans la zone de détention, Camille et Rei dormaient déjà à poings fermés dans leurs cellules respectives, tandis qu'Mina et Lola s’endormaient paisiblement dans le grand lit de la chambre.

    A suivre...

  • Le bunker : Jour 3 (partie 1)

    Précédemment :

    Après avoir découvert le secteur B, tout le petit groupe est parti dormir.

    La matinée était déjà bien avancée dans le bunker. Après avoir accompli sa routine matinale, Pierre avait investi l'espace dégagé du hall pour s'entraîner au maniement de l'épée. Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas pratiqué d'escrime, mais au vu de l'arsenal archaïque découvert la veille dans l'armurerie, il jugeait opportun de dérouler ses réflexes.

    Au poste de garde, Camille et Arthur s’étaient réinstallés devant les écrans du terminal. Côte à côte, ils unissaient leurs compétences pour percer les pare-feux et déverrouiller la porte qui permettrait d'accéder à la suite du complexe.

    De son côté, Gonzalo s’acharnait toujours sur la radio longue distance, entouré d'un enchevêtrement de fils et de pièces détachées. Pendant ce temps, Lola, Kai, Mina et Rei prenaient en charge le ménage du secteur tout en réalisant l'inventaire complet des fournitures médicales dénichées dans la petite infirmerie.

    En fin de matinée, un déclic métallique lourd résonna dans le couloir, aussitôt suivi par un cri de victoire d’Arthur. La porte blindée s'ébranla enfin. Le groupe au complet se rassembla devant le passage et poussa le battant. Derrière, la lumière blafarde révéla une cage d’escalier s’enfonçant dans les profondeurs de la terre.

    Ils descendirent prudemment les premières marches jusqu’à l'étage inférieur, mais tombèrent immédiatement sur un nouvel obstacle : la porte blindée du Niveau -2 était totalement bloquée. Pierre testa le mécanisme, en vain.

    • Non mais c’est pas vrai ! Pourquoi toutes les portes sont verrouillées dans ce maudit endroit ?! C’est Fort Knox ou quoi ?! s’écria Lola, excédée.

    Une vague d'exaspération générale traversa les rangs.

    • Continuons à descendre, tempéra Kai d'une voix calme. Les étages du dessous sont peut-être accessibles.
    • Sans moi, je reste là, soupira Camille en s’arrêtant net sur le palier. Je n'ai aucune envie de me taper toutes ces marches, surtout s'il faut se les remonter après.
    • Tu viens, tonna Pierre en la poussant fermement par l'épaule pour la faire avancer.
    • Rahhh... Vous êtes vraiment chiants...

    Ils poursuivirent leur descente jusqu’au fond, mais leur constat fut tout aussi amer : les portes du Niveau -3 et du Niveau -4 étaient scellées tout aussi hermétiquement.

    • Et voilà... marmonna Camille en levant les yeux vers les volées de marches. Maintenant, il va falloir tout remonter... À moins que quelqu’un ne se dévoue galamment pour me porter ? ajouta-t-elle en fixant le Major d'un air lourd d'insistance.
    • Même pas en rêve, répliqua-t-il sans un regard.

    Après une remontée des plus laborieuses, rythmée par les soupirs dramatiques et les plaintes ininterrompues de Camille, le groupe se réinstalla dans le hall pour un déjeuner improvisé. L’ambiance était morose, lourde de déception.

    • Franchement, je ne comprends pas pourquoi cet endroit est autant sécurisé... soupira Lola en tripotant sa ration.
    • Ça cache forcément quelque chose ! s’enthousiasma aussitôt Gonzalo.
    • Et quoi exactement ? lui demanda Kai d'un ton curieux.
    • Ah non ! le coupa Pierre d'un geste sec de la main. On ne va pas repartir dans ses délires complotistes. Il n’en sait absolument rien, il ne connaissait même pas l’existence du bunker. Moi non plus, d’ailleurs.

    Un silence pesant s'installa autour de la table basses. Les regards se croisèrent, un à un, avant de tous pivoter spontanément dans la même direction : vers la jeune rousse.

    • Camille... qu’est-ce que tu sais sur cet endroit ? lui demanda Pierre, le regard fixe et insistant.
    • Quoi ? Moi ? Rien du tout, fit-elle en haussant les épaules d'un air innocent.
    • Tu nous as menés droit ici, tu connaissais parfaitement son existence.

    Soutenant le Major, le reste du groupe pressa la jeune femme de s'expliquer, refusant de se contenter d'une réponse vague.

    • C’est bon, c'est bon... abdiqua-t-elle en levant les mains. Si vous voulez vraiment tout savoir, c’est mon grand-père qui m’en a parlé quand j’étais petite... Mais franchement, je ne me rappelle pas de grand-chose. C’était il y a un bail et, honnêtement, je n'écoutais qu’à moitié ses élucubrations de vieux parano.
    • C’est vrai que son grand-père était... disons, excentrique, confirma Rei pour appuyer ses dires.
    • Et de quoi tu te souviens exactement ? l’interrogea gentiment Kai en se penchant vers elle.
    • Hmm... Il a aidé à construire les fondations, mais c’était il y a plus de cinquante ans, lâcha-t-elle dans un haussement d'épaules. C’est tout ce que je sais. Et maintenant, si vous voulez bien m'excuser, c’est l’heure de ma sieste.
    • Certainement pas, intervint aussitôt Pierre d'un ton catégorique. Tu dois déverrouiller ces portes.
    • Bourreau... tortionnaire... souffla-t-elle en se redressant à deux à l'heure.

    Elle traîna les pieds jusqu’à la console du poste de garde, immédiatement emboîtée par Arthur. Le jeune homme s’installa au clavier avec un enthousiasme non dissimulé, ravi de se rendre utile et de pouvoir pratiquer sa passion au grand jour. Guidé par les conseils avisés et surprenamment bienveillants de Camille, il aligna les lignes de code sous le regard de la rousse, dont le seul et unique moteur restait d'enfin avoir sa précieuse sieste pour compenser tous ces efforts surhumains.

    Pendant ce temps, le reste de l'équipe avait investi le bureau de commandement. Espérant percer les mystères de la structure, ils commencèrent à passer au peigne fin les placards et les tiroirs, épluchant méthodiquement les rares dossiers administratifs laissés sur place.

    Dans son coin, Gonzalo s’était de nouveau isolé devant le poste de transmission longue distance, apportant les toutes dernières touches à ses réparations. Soudain, un puissant crépitement d'interférences déchira le silence de la pièce.

    Le visage du mécano s'illumina. Sans perdre une seconde, les yeux rivés sur les cadrans, il se mit à balayer frénétiquement les fréquences à la recherche du moindre signal.

    Après quelques minutes de recherches infructueuses au milieu du grésillement, une voix lointaine, hachée et presque inaudible finit par émerger des haut-parleurs.

    • Hey ! J’ai du signal ! s’écria Gonzalo en se redressant d'un bond, les yeux écarquillés.

    Dans le bureau, les membres du groupe interrompirent immédiatement leur fouille dans les dossiers pour se presser autour du poste. Rei glissa un regard vers la console puis s’éclipsa discrètement de la pièce en direction du hall.

    • On a un signal radio ! Venez vite ! s’exclama-t-elle à l'intention du duo d'informaticiens.

    Arthur bondit sur ses pieds, le visage illuminé. À ses côtés, Camille laissa échapper un long soupir théâtral et se leva péniblement, voyant son espoir de sieste s’envoler une fois de plus. Elle s'engagea d'un pas traînant dans le couloir à la suite des deux adolescents, déjà portés par un enthousiasme débordant.

    • Allô ?! Il y a quelqu’un ?! Répondez ! On est en vie ! C'est comment ailleurs ?! Vous êtes en sécurité ?! entendit-elle Gonzalo débiter à toute vitesse, surexcité, le micro braqué contre ses lèvres.

    Mina laissa échapper un léger soupir en le voyant paniquer sur les ondes et s'avança calmement vers lui. Elle posa une main douce mais ferme sur son épaule pour interrompre son monologue et capter son attention.

    • Laisse-moi faire, Gonzo... Tu vas tout embrouiller, murmura-t-elle d'un ton posé.

    Le bricoleur la fixa une seconde, les yeux encore écarquillés par l'adrénaline, puis hocha la tête et lui céda aussitôt la place devant la console.

    Alors qu’**bleep** se penchait vers le micro, s'apprêtant à prendre la parole d'une voix posée, une voix synthétique et glaciale s’éleva soudain des haut-parleurs, la coupant net dans son élan.

    « Message automatique d'urgence du Réseau National de Protection Civile. Diffusion en boucle sur la fréquence de secours. Tous les points de rassemblement de surface ont été compromis. Consignes de sécurité : restez confinés. Aucun secours extérieur ne sera déployé. Répétition... »

    Dans la pièce, le temps sembla instantanément se suspendre. Un silence de mort s'installa, pesant, écrasant. La réalité venait de les frapper de plein fouet : il n'y avait aucun survivant au bout du fil, aucune équipe de secours, seulement une annonce automatique tournant en boucle pour avertir les fantômes de la surface.

    Les réactions se manifestèrent dans un silence lourd, d'une lenteur presque insoutenable. Mina reposa lentement le micro, la mine complètement décomposée. Un peu plus loin, Rei se recroquevilla sur elle-même, s’entourant les bras pour étouffer un tremblement, les yeux brillants de larmes en réalisant l'ampleur irrévocable du désastre extérieur. Pierre serra les poings à s'en blanchir les phalanges, accusant de plein fouet la confirmation qu’aucun secours ne viendrait jamais les sauver. Lola et Kai, terrassés par le poids de cette sentence, cherchèrent un fugace soutien dans le regard des autres. Gonzalo, lui, resta totalement figé de stupeur, les mains suspendues au-dessus de sa console.

    Même Camille, pour la toute première fois, perdit son air détaché et sa moue désinvolte ; une lueur de gravité sombre traversa ses traits, trahissant sa prise de conscience face à la dure réalité qui s'imposait désormais à eux.

    A suivre...