[SBS] **Les Chevalier au fil du temps**
màj 25/07/25 - G8 Chapitre 8
Février 2021 (sur le forum vert) : ""Je me lance pour vous raconter l'histoire de la famille Chevalier.
J'ai commencé cette histoire avec le « challenge du Père Castor » qui avait été créé par Allycorne et qui m'avait donné envie de suivre un challenge.🙂 Malheureusement, elle a depuis quitté le forum pour vaquer à d'autres occupations. A l'époque, le challenge allait sur trois générations et s'arrêtait à « Heure de Gloire » mais depuis, nous avons eu d'autres extensions et packs... Alors, à un certain moment de l'histoire, je me suis lâchée sur les règles du challenge et il est devenu une sorte de challenge-legacy.
J'ai vu depuis que @Elinoee avait repris les règles pour en faire le « Challenge Step by step » !🤩 Elle a fait un travail de Titan sur le sujet, et franchement, les règles sont complètes et présentent de réels défis. Si j'avais su, j'aurais attendu !🙄 Mais de mon côté, j'en suis arrivé à la huitième génération (la génération vampire, que j'ai d'ailleurs du mal à quitter), et j'ai pris tellement de libertés avec les règles que je ne vois pas comment je pourrais rattraper tout cela.
Mais je vais essayer. Je vais vous conter ce que j'avais fait depuis le début, depuis ma fondatrice, Perrine et je reprendrai les règles du pas à pas d'Elinoee à la génération 9. Je ne sais pas comment je vais faire pour adapter mais je trouverai bien ! 😊
Il faut savoir que j'ai commencé cette histoire il ya deux ans (en 2019). A l'époque, je n'étais pas très au point sur les captures d'écran et je ne savais pas comment retirer un plumbob au-dessus de la tête de mes sims. Donc, pardonnez-moi par avance. Les choses s'amélioreront ensuite. Pour la chronologie, je crois, de mémoire, que j'avais écrit le prologue après la génération 2. "
Je vais garder ce premier post pour le sommaire.😇 Bonne lecture.🙂
G7/ Chapitre 8 - A l'aube d'une nouvelle ère ____________________________________________
Un soir, alors que je rentrais du travail, Maewenn et Rose m’annoncèrent qu’elles partaient pour la clairière forestière. - Maintenant ? demandai-je à ma femme.
- Oui maintenant. Rappelle-toi que le temps s’coule plus lentement là-bas, donc, ne t’inquiète pas si nous ne rentrons pas tout de suite. - Je m’attends à dîner tout seul ce soir, alors ? - On ne sait jamais... Mais pour le cas où, je t’ai préparé à dîner. C’est dans le frigo. - Dans ce cas, amusez-vous bien toutes les deux. Je ne vous attends pas.
Ma femme et ma fille venaient juste de partir lorsque Yann appela. Il n’avait toujours pas d’équipe disponible pour une surveillance de Caleb. Je lui dis de ne pas s’en faire. Pour l’instant, Rose semblait s’être trouvé d’autres occupations et j’avais l’esprit plus tranquille... Mais on ne sait jamais, les choses pouvaient changer. J’avais vraiment espéré que Yann aurait pu assigner quelqu’un à la surveillance de Caleb plus rapidement. Tant pis, il me faudrait attendre.
Je reçus la visite de Morgane quelques temps plus tard. Elle m’avait dit vouloir discuter avec. Elle était venue avec Laurence, son affreuse bambinette. En espérant qu’on ne découvre pas trop de dégâts après son passage. - Salut p’tite sœur ! - Bonjour Léandre. Ça va ?
- Oui et toi ? De quoi voulais-tu discuter ? - De Rose.
Je sentis mes veines battre contre mes tempes. - Tu veux discuter de Rose ? Qu’a-t-elle fait ? - Rien. Elle n’a rien fait. Et je me demande pourquoi elle est toujours punie.
J’étais soulagé, tout en étant en colère contre ma sœur. De quoi se mêlait-elle ? - Et en quoi ça te concerne ? lui dis-je. - Léandre... Ça fait trois mois ! Cette punition m’empêche de voir ma nièce car on ne peut pas sortir toutes les deux, entre filles...
Morgane s’interrompit puis me regarda avec un air suppliant. - Lève sa punition s’il te plait. Pour moi.
Je réfléchis un instant mais les yeux de chien-battu de Morgane finirent par avoir raison de moi... - D’accord, mais à une condition : tu viens la chercher et tu la ramènes et vous ne sortez que toutes les deux. Je vais lever sa punition uniquement pour toi. - D’accord. Je te promets que tu ne le regretteras pas.
A peine Morgane était-elle partie que Maewenn me rejoignit dans notre cuisine. Elle était restée dans l’escalier à écouter notre conversation et elle était tout heureuse de la décision que j’avais prise. Elle aussi avait essayé de me faire lever la punition de Rose à plusieurs reprises mais je n’avais jamais flanché. D’ailleurs, la punition n’était pas levée. J’avais juste autorisé Rose à sortir avec sa tante. Et uniquement sa tante. En souhaitant qu’elle ne serait pas irresponsable et respecterait les consignes que je lui avais données. Je n’avais pas oublié que c’était elle qui avait mis Rose en contact avec Caleb. Il est vrai qu’à l’époque, elle était adolescente... J’imagine qu’aujourd’hui, étant maman d’une bambinette, elle n’était plus aussi négligente. - Bravo mon chéri. Tu as fait quelque chose de bien aujourd’hui. - J’espère. Nous verrons bien.
Ma femme avait un cadeau pour moi. Un cadeau juste comme ça, me dit-elle. Elle voulait me l’offrir tout à l’heure, mais comme Morgane avait appelé pour dire qu’elle passait, elle avait préféré attendre que l’on soit seuls et tranquilles.
Je l’ouvris et quelle surprise ! Maewenn m’avait offert un espace de spectacle. J’en rêvais depuis si longtemps et j’en avais maintenant un à moi, grâce à ma formidable épouse. Je la remerciai au moins une centaine de fois. - Alors, ça te plait ? - Enormément ! Tu sais quoi, je vais en faire l’objet de ma génération.
En prenant cette décision, je venais d’achever tous les objectifs que m’avait confiés le Créateur. Rose pourrait prendre ma suite en toute quiétude. Je décidai d’étrenner mon nouveau jouet dès le lendemain dans le quartier des arts à San Myshuno.
J’avais emmené Rose avec moi car Maewenn était au travail et, fidèle à moi-même, je ne voulais pas la laisser seule. Elle s’était installée un peu plus loin pour faire ses devoirs pendant que je jouais de la guitare. Cela me permettait aussi de la surveiller du coin de l’œil et de veiller à ce personne ne l’approche, et surtout pas Caleb.
Aujourd’hui, c’est le premier jour du printemps. La température est, malgré tout, encore fraîche et quelques flocons de neige persistent, finissant leur voyage au sol sans y rester. Nous avons invité Yann et Gildas ainsi que leurs femmes.
Les deux frères de ma femme se levèrent pour partir. Les femmes étaient encore en train de discuter.
Ils étaient tous partis... - Alors ? Tu es contente ? Je lève la punition ! - Très contente, oui. On va attendre Rose en bas ? Il commence à faire frais.
Nous ne l’avions pas entendue arriver. Maewenn et moi nous regardâmes, espérant que Rose n’avait rien perçu de notre conversation.
Et j’en étais tellement heureux... Fini de m’inquiéter... J’étais réjoui. Ma punition avait eu du bon, finalement.
Ce soir-là, Maewenn et moi allâmes à San Myshuno pour boire un café. J’avais l’esprit tranquille. Je ne m’inquiétais plus de Rose et je souhaitais profiter de ma femme. - On est vraiment bien ici, me dit-elle
- C’est vrai. La métropole me manque. Cette façon d’y vivre... Tu te rends compte que cela fait des années que nous l’avons quittée. - Une éternité... Rose était bambinette.
- Tu n’aimerais pas revenir y vivre ? - Ce serait un doux rêve, je le reconnais. - Qu’est-ce qui nous retient ? Nous sommes retournés à Windenburg pour ma mère. Et elle est morte depuis longtemps. On pourrait déménager après l’anniversaire de Rose. - Mais c’est que tu parles sérieusement !
- Très sérieusement. - Mais Rose ? Tu crois qu’elle ne voudra pas nous suivre ? - Non, je ne crois pas. Parce que je vais lui laisser la moitié de la fortune familiale ainsi que la maison. C’est la maison de sa mamie. Elle ne voudra pas la quitter... Elle aimait trop ma mère.
- Et cela ne t’embêterait pas de revenir à une location alors que nous sommes propriétaires ? - Absolument pas. Ce que j’aimerais, c’est relouer notre ancien appartement. - Oh oui ! Moi aussi ! J’aimerais tellement !
C’était incroyable. Nous étions toujours en phase, sur tout, et ce, depuis l’adolescence. - Dans ce cas, je vais contacter notre ancien propriétaire, Monsieur Méloire. - Et tu comptes partir quand exactement ?
- Après l’anniversaire de Rose. Ça me semble une bonne idée, non ? En plus j’ai accompli tous mes objectifs, donc plus de tâche parasite. Et Caleb est hors circuit. Je n’ai plus qu’à m’occuper de toi, de nous et de notre bien-être. - Léandre, que fera-t-on si notre ancien appartement n’est pas disponible ? Tu envisages quoi ? - Dans ce cas, je nous achète une petite maison dans le quartier des épices.
- Le quartier des épices ? Mon préféré ? Tu ferais ça ? - Bien sûr. Nous avons les moyens. Même en laissant la moitié de l’argent à Rose. - J’en viens presque à espérer que notre ancien appartement ne soit pas disponible... - S’il n’y a que ça, je vais tout de suite contacter un agent immobilier pour une maison là-bas.
Dans les semaines qui suivirent, Maewenn et moi nous étions remis au sport. Nous aimions tous les deux bien manger mais nous souhaitions aussi garder la ligne. - Maintenant que nous avons signé, il me tarde vraiment de partir. - Il me tarde à moi aussi, répondis-je à ma femme. Il n’y a plus que trois semaines. Dans une semaine, c’est l’anniversaire de Rose. Et deux semaines plus tard, nous serons propriétaires d’une maison dans le quartier des épices.
- Comment s’appelle la maison déjà ? Tu as dire me le dire cent fois mais j’ai encore oublié. - La maison du vieux sel.
- Quel joli nom ! - Oui. Je pense qu’on va le garder.
Une semaine plus tard, toute la famille était réunie pour l’anniversaire de Rose. Notre fille allait enfin devenir une jeune adulte.
Lorsqu’elle souffla ses bougies, ce que j’y vis derrière, ne me plut pas.
Un nouveau monde venait d’apparaître, sombre, et peuplé de créatures surnaturelles...
Ces créatures avaient donc bien existé avant la Brume... Yann et moi échangeâmes un regard... Nous savions qu’il y aurait du danger pour Rose et que Yann, lui-même, tout comme son frère Gildas et son fils Maxime auraient à leur faire face. Quand, comment ? Nous ne le savions pas. Mais le danger était réel et je percevais l’inquiétude de mon meilleur ami. Nos femmes, elles, ne savaient pas encore ce qui se tramait.
Alors que nous discutions, l’air de rien au salon, je pouvais voir Rose en train de discuter avec Morgane, Maxime, Béatrice et Amandine. Tout comme Rose, Morgane et Maxime savaient... eux aussi. Mais tout comme moi, ma fille, ma sœur et mon neveu continuaient leur conversation comme si rien ne venait de se produire...
FIN DE LA GENERATION 7
__________________________
Fonds du foyer finaux avant legs à Rose : 687 689 § Fonds du foyer finaux : 343 689 §
Les objectifs de Léandre : Vivre en appartement une période de sa vie : Fait, de 18 à 26 ans puis de 53 ans à la fin Gagner sa vie en tant que politique, critique ou médias sociaux : Relations publiques Développer la compétence Chant au niveau 10 : Fait Votre futur conjoint sera d’une autre ethnie que la vôtre : Echec Aller souvent au karaoké et gagner des concours : Trois concours gagnés Aller au moins une fois à chaque festival : Fait Puis en choisir un préféré : Le festival de l’humour Se rendre ensuite au festival préféré chaque fois qu’il est organisé : Fait Facultatif - Se faire un salaire d’appoint en jouant d’un instrument : jouer de la guitare Choisir un objet du pack « vie citadine » : Espace de spectacle « véritable artiste »
G7/ Chapitre 7 - Punition et investigations ___________________________________________
J’entendais bien que tout rentre dans l’ordre, aussi je rejoignis Rose à l’étage et lui intimai l’ordre de ne plus revoir Caleb. - Ne serait-ce que cinq minutes, tu entends ? précisai-je
- Oui Papa... - Parce que si tu venais à me désobéir, je me verrais dans l’obligation de t’empêcher de sortir de la maison. - J’ai bien compris. Je serais punie... Mais je t’ai déjà dit que je ne le verrai plus... Pourquoi tu m’en reparles ? - D’une, n’oublie pas que je suis ton père. Et de deux, j’aimerais beaucoup savoir pourquoi tu lui as dit que tu n’étais pas heureuse avec nous ?
- Il t’a dit ça ?! Je n’ai jamais dit une chose pareille. - Il l’a sûrement imaginé dans ce cas ! - Je n’en sais rien. Mais je te promets que je ne lui ai jamais dit ça. - Très bien. En tous cas, si tu le revois, je te punis.
Ce soir-là, Maewenn et moi avions décidé d’aller au karaoké. J’emmenai Rose avec nous. Je ne voulais pas prendre le risque qu’elle soit seule et qu’elle contacte son ami. Mais il était là, lui aussi, au bar à karaoké... Quelle poisse ! Je mis ma fille en garde : - Je ne veux pas que tu lui parles, c’est compris ? Et pas de sourire, non plus. - Papa...
Caleb discutait avec le barman. Il faisait celui qui ne nous avait pas vus mais je savais très bien que ce n’était pas le cas. - On prend nos verres et on va s’asseoir là-bas. Rose me répondit en soupirant : - D’accord...
Puis Caleb s’en alla...
Quelle soirée ! J’aurais mieux fait de laisser Rose à la maison...
L’air glacial me faisait du bien et je commençais à me détendre.
J’aperçus un bonhomme de neige et je décidai de le voir de plus près. Celui que nous avions fait avec Maewenn il y a quelques années, à San Myshuno, était bien plus joli mais celui-là était très drôle. Il m’arracha un sourire.
Mais pas pour longtemps lorsque je vis l’inscription. « Caleb et Rose » ! Ce bonhomme de neige s’appelait « Caleb et Rose » !
J’étais hors de moi. Je me jetai sur lui et le mis en pièce jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien.
Puis je retournai au bar pour aller chercher Maewenn et Rose. Je voulais rentrer à la maison. Je n’avais plus le cœur à chanter aujourd’hui.
Rose ne répondit pas...
Rose se mit à pleurer. Elle avait l’air davantage perturbée par ce bonhomme de neige que par sa punition...
Ma femme me lança un regard désapprobateur qui annonçait une discussion à venir...
- Tu pourrais arrêter de me contredire devant notre fille ? - Est-ce que tu te rends compte, Léandre ? Tout ça pour un bonhomme de neige ! - Ce n’est pas n’importe lequel, figure-toi ! Il s’appelait Caleb et Rose ! - Et alors ? Ce n’était peut-être pas nécessaire de faire de la peine à Rose. Elle est déjà punie, ce n’est pas assez ? - De toute façon, on n’est pas d’accord, toi et moi... - Non. On n’est pas d’accord...
Heureusement, Maewenn et moi ne restions jamais fâchés bien longtemps. Mais les semaines qui suivirent furent pénibles. Ma femme et moi emmenions Rose au lycée à tour de rôle. Nous ne la laissions jamais seule non plus, à la maison. Et si nous devions sortir tous les deux, elle devait nous accompagner. C’était épuisant mais ainsi, j’étais sûr qu’elle ne verrait plus Caleb. Cet après-midi-là, j’avais laissé Rose aux bons soins de Maewenn pour m’octroyer une petite pause à l’Auberge du vieux quartier avec mon meilleur ami Yann. J’en profitai pour vider mon sac et lui parler de mes soucis avec Rose et son petit copain, que je décrivis comme étant plus vieux qu’elle. J’omis volontairement le petit détail sur le fait que Caleb ne vieillissait pas. - Il est si vieux que ça ? - Il doit avoir dix ans de plus qu’elle...
- Je comprends que ça ne te plaise pas. - Mais il n’y a pas que ça... J’ai le pressentiment que ce type est dangereux pour elle. - Comment ça dangereux pour elle ? Pour sa vie ? - Je ne sais pas. Mais où qu’on aille, il est toujours dans les parages. Enfin, presque toujours...
- Et dire que je me croyais parano... - Je ne suis pas parano. Maewenn pourra te le confirmer.
- Et il ne t’est pas venu à l’esprit que c’est peut-être Rose qui l’appelle pour lui dire où vous vous rendez ? Tout ça pour le voir... Si elle est amoureuse, cela pourrait se comprendre. - C’est vrai, je n’y avais pas pensé. Mais je lui ai confisqué son portable. Elle ne pourra donc plus le faire.
- Fais attention avec les privations, Léandre. Rose est une ado. Si tu la brides trop, c’est là qu’elle pourra faire de vraies bêtises. - Je veux la protéger, c’est tout. Je m’inquiète vraiment pour elle. - Je vois ça...
- Je vois ça... Ecoute, si ça peut te rassurer, je vais me renseigner sur lui, ça te va ? - Si ça me va ? Bien sûr. Les services secrets sont certainement les plus compétents pour ce genre de choses ! - Alors, comment il s’appelle, ton type ?
- Il s’appelle Caleb. Je n’ai pas son nom de famille. - Et il est comment ? - Taille moyenne, les yeux clairs. Bleus, je crois. Il a une fossette au menton et des cheveux noirs avec des reflets gris.
- Il est poivre et sel, ton gars ? - Pas vraiment. Ce sont des reflets, je te dis. Il ne doit pas avoir plus de trente ans. - C’est déjà pas mal pour le petit copain d’une adolescente... Bon, je vais voir ce que je peux faire.
- Et au BPEH ? Vous n’avez rien entendu ? Il n’y a pas de menace sur la future Elue ? - Absolument aucune. Par contre, on avait détecté une énergie étrange derrière le bar à karaoké du quartier des épices mais elle n’y est plus depuis trois semaines... - Une énergie, tu dis ? Quel genre d’énergie ? - Un peu comme celle que nous avons lorsque le Créateur va opérer des changements. Mais là, il n’y a eu aucun changement. - Et l’énergie a disparu depuis trois semaines...
C’est à ce moment-là que j’avais détruit le bonhomme de neige... Je racontais cette soirée-là à Yann. - Mes hommes aussi avaient repéré ton bonhomme de neige, me dit-il, mais aucune énergie ne se dégageait de lui. Ils l’ont testé... Tranquillise-toi, tu n’as pas détruit le Créateur ! - C’est quand même incroyable que l’énergie ait disparu le jour où j’ai détruit le bonhomme de neige... - Je trouve aussi... Il y a forcément un lien. Mais lequel ?
Ce dimanche-là, nous déjeunions de sandwiches, tranquillement à la maison, lorsque Rose me posa une question inattendue.
Je n’étais pas vraiment enchanté à l’idée de devoir accompagner Rose là-bas.
J’étais heureux de voir que Rose s’était trouvé une occupation qui lui prendrait pas mal de temps. Son esprit serait ainsi moins occupé par Caleb.
J’avais l’impression que Maewenn essayait de se rapprocher de notre fille...
Quelque part, j’étais flatté. Jamais je n’aurais imaginé que Rose savait que je tenais toujours mes promesses. Sinon, je n’en faisais pas. J’avais appris cela de Maman. Ma fille m’étonnait de plus en plus.
Et elles m’abandonnèrent, discutant de leur projet autour de la Clairière Forestière...
J’attendais depuis des semaines, avec impatience, des nouvelles de Yann concernant les recherches qu’il avait effectuées sur Caleb. J’y pensais à chaque minute, me retenant de l’appeler, même lorsque je travaillais. Et il finit par m’appeler... - Salut Yann ! - Ecoute, je n’ai pas beaucoup de temps... Je suis sur plusieurs affaires en même temps... - Tu as des nouvelles pour Caleb ? - On se retrouve mardi soir à la piscine de Newcrest. Là, je n’ai pas le temps. - Tu ne peux pas m’en dire plus ? Yann raccrocha, me disant qu’il me dirait tout mardi... Encore cinq jours à attendre. Je n’en pouvais plus...
Deux jours plus tard, je me rendis dans le quartier des Epices pour participer à un concours de karaoké. Maewenn et Rose étaient mes plus grandes fans.
Je vis, ce jour-là, une chose incroyable : ma femme et ma fille se prirent dans les bras l’une de l’autre pour fêter ma victoire. Et moi alors ?
Il me restait encore trois jours avant de retrouver Yann. J’avais laissé Maewenn dans notre chambre à façonner son prochain roman et je me mis à travailler d’arrache-pied pour éviter toute pensée néfaste.
Rose s’était enfermée, comme souvent, dans sa chambre. Je ne savais pas ce qu’elle faisait mais je devinais qu’elle lisait les biographies de la famille car elle en avait toujours une en mains ces derniers jours.
Puis mardi arriva. J’allais enfin avoir des nouvelles, et ce ne furent pas celles que j’attendais. - Ce gars est clean, Léandre. - Comment ça, clean ? Je ne voulais pas entendre - Ce n’est pas possible ! Il cache forcément quelque chose ! - Il ne cache rien. C’est un homme d’affaire très respecté et apprécié de tous ceux avec qui il travaille.
- Ce n’est pas possible. Je n’y crois pas. Tu n’as rien d’autre ? - Si. Il est très riche. Plus riche que toi. Et il a fait fortune tout seul, à force de travail. - C’est une couverture, j’en suis sûr ! Tu t’es renseigné sur sa date de naissance ? - Bien sûr. Il a vingt-sept ans. Et pour ce qui est de sa vie privée, il vit avec sa sœur et une vieille dame que l’on suppose être sa mère.
Vingt-sept ans ! Caleb ne pouvait pas avoir cet âge-là. Maman l’avait connu alors qu’elle était enfant et moi aussi ! Il devrait au moins avoir cent-dix ans ! Mais je ne pouvais pas le dire à Yann... - Je crois qu’il faut que tu arrêtes de te mettre martel en tête avec lui, Léandre. Tu fais une fixation, là... - Tu as dit que vous « supposiez » que la dame âgée était sa mère. Pourquoi le supposez-vous ? Vous n’êtes pas sûrs ?
- Si. A quatre-vingt-dix-neuf pour cent ! Elle a le même ADN que lui ! Mais enfin ! Qu’est-ce que tu cherches ? On ne va quand même pas arrêter cette vieille dame ? Tu la soupçonnes de quelque chose, elle aussi ? - Absolument pas. Je ne sais même pas qui elle est. C’est Caleb que je vise. - Je crois que ce type a simplement eu le tort de s’intéresser à Rose... Mais je peux t’assurer qu’il n’a aucun antécédent suspect avec des enfants ou des ados...
- Est-ce que tu crois que tu pourrais le mettre sous surveillance ? Je savais que j’en demandais beaucoup à mon meilleur ami mais, intérieurement, ses réponses ne me satisfaisaient pas du tout. Et je restai persuadé que Rose était la cible de Caleb. - Attends... Tu plaisantes, j’espère. J’ai déjà réquisitionné des hommes pour faire ce boulot de recherche sur ton Caleb et là, tu m’en demandes d’autres pour le surveiller ?
- Je n’ai plus d’hommes disponibles pour le moment, ajouta Yann. Nous avons du boulot. Beaucoup de boulot. Et je ne peux pas me permettre d’envoyer, ne serait-ce qu’un seul de mes gars à la surveillance d’un type au casier irréprochable. - Je comprends... Mais lorsque tu n’auras plus d’affaires en cours ? Tu le pourrais ? - Eventuellement, oui... Mais ce ne sera pas pour tout de suite...
- Merci. C’est tout ce que je te demande. - Non, ce n’est pas tout... Je ne comprenais pas ce que Yann sous-entendait. - Quoi ? - Tu profites de ta position d’Elu, du fait que je sois ton meilleur ami et aussi et surtout, tu me harcèles avec ton histoire parce que je suis le directeur de la S.I.M.S. !
Il avait complètement raison. Je savais que j’abusais de la situation mais je ne pouvais pas laisser ma fille entre les griffes de ce vaurien de Caleb... - C’est faux. - Pas de ça avec moi. Tu sais que j’ai raison.
Yann n’était pas dupe... Et je ne pouvais pas le tromper éternellement... Je lui devais la vérité, la vraie... Celle qui était restée dans notre famille... Après tout, mon meilleur ami était notre Protecteur, le meilleur garant de notre sûreté. Cette vérité, il fallait que je la lui raconte. - Il y a autre chose, Yann... - Evidemment qu’il y a autre chose ! Tu me prends pour qui ? Tu t’imagines que je vais croire que tu fais tout ce foin uniquement pour un gars qui a dix ans de plus que ta fille ?
- Effectivement. S’il n’y avait eu que cela, je m’en serais occupé seul... - Bien sûr... Je te connais... Tu n’aurais certainement pas ameuté les services secrets... Alors qu’y a-t-il ? - Tu m’as dit que Caleb avait vingt-sept ans, c’est ça ? - Oui. - Et bien je pense qu’il a vingt-sept ans depuis un sacré bout de temps ! - C’est-à-dire ?
J’expliquai tout à Yann. Les différentes rencontres de Maman avec Caleb de l’enfance jusqu’à ce qu’elle soit une personne âgée, puis les miennes... Je l’avais connu, moi aussi, enfant lors des quarante ans de ma mère puis encore et encore au cours de ma vie... Puis Rose... Elle l’avait rencontré, bambinette, à la suite d’une erreur maladroite de ma sœur Morgane, alors adolescente. Caleb était toujours le même. Il avait vingt-sept ans. - Je ne te raconte pas d’histoires... La vérité est là... - Je le sais bien... Je me doutais qu’il y avait quelque chose derrière ton insistance. - Je ne savais plus quoi faire... C’est pour cela que j’ai fait appel à toi. - Et tu as bien fait. Mais admets que c’est plus facile si j’ai toutes les données du problème, non ?
Yann et moi décidâmes ensuite d’aller boire un verre. Une « Mer de Feu » nous ferait le plus grand bien... - Je vais voir ce que je peux faire pour ta surveillance. - C’est vrai ?
- Pourquoi je te le dirais, sinon ? Par contre, ce que je t’ai dit tout à l’heure, c’était vrai aussi. Je n’ai pas assez d’hommes pour le moment... - Tu vas faire comment alors ?
- Je vais accélérer notre enquête en cours. En espérant que ce soit possible... - J’aimerais juste savoir si ce type continue à voir ma fille... - Tu le sauras, je t’en donne ma parole.
- Je ne veux pas qu’il lui fasse de mal. - Il ne lui en fera pas. J’en suis persuadé. Il n’a pas le profil. Même avec ces histoires d’âge... - Comment peux-tu en être sûr ? - C’est mon boulot. Les psychopathes et les tordus, on les repère à mille lieues. Caleb n’en est pas un. Il ne veut pas de mal à Rose, j’en suis sûr.
G7/ Chapitre 6 - Une fin d'année agitée ________________________________________
Trois semaines après le décès de Maman, nous fêtions l’anniversaire de Rose et le mien. Nous n’avions pas voulu annuler la fête car nous pensions qu’elle serait l’occasion de nous remettre sur pied. Rose avait été la première à souffler ses bougies
Lorsque vint mon tour d’embrasser la quarantaine, je fis un vœu, le vœu que tout aille bien pour ma petite famille.
Je serrai ma fille dans mes bras et nous nous félicitâmes mutuellement. Cela ne m’arrivait pas souvent mais aujourd’hui était un jour particulier. Moi qui étais normalement maladroit dans mes démonstrations d’affection envers Rose, cette fois-là, mon geste était venu spontanément.
Nous nous assîmes autour de la table pour manger le gâteau.
Après la disparition de Maman, la chambre de Morgane devint la chambre exclusive de Rose. Elle s’y enfermait souvent pour y faire ses devoirs. Morgane et Ludovic s’étaient installés au rez-de-chaussée dans celle de Maman.
Quant à nous, les adultes, nous passions beaucoup de temps devant nos ordinateurs.
Maman n’était plus là pour faire le lien et nous étions la plupart du temps, chacun dans notre coin.
Un matin, quelques jours avant Noël, ma sœur et mon beau-frère partirent en urgence à la maternité. Rose les avait accompagnés. Ils ne revinrent que dans la soirée... avec une petite Laurence.
Toute la famille était complètement gaga devant le nouveau bébé, même Maewenn, qui n’en avait pas fait autant lorsque Rose était nourrisson... J’espère que la petite Laurence ne lui donnerait pas envie d’avoir un autre enfant....
Réveillon de Noël... Ludovic, Morgane et moi avions tout décoré pour les fêtes de fin d’année.
Rose avait dressé la table et Maewenn préparé le repas, tout cela pour le lendemain midi où nous allions recevoir du monde.
Le réveillon, a contrario, serait sûrement tranquille puisque nous avions prévu de le passer tous les cinq.
Il restait encore le sapin à décorer. J’avais mis une dernière touche aux décorations extérieures et, lorsque je revins, je vis que Morgane et Rose étaient en train de s’en occuper. Morgane et Ludovic, eux, s’étaient servis un verre. Je décidai de les accompagner.
Morgane et Rose avaient terminé le sapin. Il était superbe. Nous déposâmes tous nos cadeaux à son pied.
Il faisait très froid ce jour-là. Mais tous ces plats épicés nous réchauffaient le corps.
Nous faisions le tour des stands et je ne m’étais pas aperçu tout de suite que Rose s’était éclipsée.
Puis soudain, alors que nous passions une bonne soirée...
Si je m’en rappelais ! Je n’avais pas entendu parler de lui depuis des années. Mon sang ne fit qu’un tour et je me levai aussitôt.
Cet importun était en train de faire des messes basses avec ma fille.
Maewenn arriva quelques secondes après. - Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Je viens de voir Rose partir en courant. - Elle rentre à la maison. Elle m’a mise hors de moi. - Ah bon ? - C’est ce Caleb, il l’a prise dans ses bras et lui chuchotait des messes basses.
- C’est à lui qu’il faut t’en prendre, pas à Rose. C’est lui l’adulte. - C’est ce que je voulais faire mais lorsque j’ai dit à Rose d’aller vous rejoindre, elle n’a pas bougé et du coup, lui a filé. Mais elle va apprendre à m’obéir.
Heureusement, le lendemain, jour de Noël, nous nous étions tous calmés. Rose et moi avions même discuté durant le petit déjeuner et elle m’avait promis de ne plus voir Caleb. Nous nous étions tous déguisés pour accueillir nos invités qui arrivèrent peu avant midi. Nous commençâmes par la distribution des cadeaux.
Puis Maewenn, ma jolie fée de Noël, nous invita à passer à table.
Nous avions réuni tout le monde. Les Quellec, bien sûr mais aussi Cyrielle et Stéphanie Manille. Et même mon arrière petit cousin Antonin que je n’avais pas vu depuis très longtemps.
Noël était l’occasion parfaite pour des retrouvailles familiales.
Ceux qui n’avaient pas encore ouvert leurs cadeaux, comme moi, le firent après le dîner.
Nous nous amusâmes beaucoup et c’est ainsi que nous terminâmes cette belle journée de Noël.
Le lendemain, Ludovic et Morgane nous réunirent pour nous informer qu’ils allaient quitter la maison et s’installer chez Cyrielle.
Laurence grandit cette semaine-là. Nous avions de nouveau une bambinette à la maison...
Et cela me rappelait de mauvais souvenirs...
Maewenn avait même surpris la petite Laurence en train de jouer dans les toilettes... - Mais qu’est-ce que tu fabriques ? - Ze joue - Et bien sache qu’on ne joue pas dans les toilettes !
- Pourquoi ? - Parce que c’est sale. Et je ne veux plus te revoir faire ça, c’est compris ! - T’es pas zentille ! Je vais lui dire, à Maman ! - Et bien vas-y. Je pense qu’elle te dira la même chose que moi. Maewenn et moi étions franchement soulagés que Ludovic et Morgane aient pris la décision de partir. Nous ne nous sentions vraiment pas prêts à supporter une nouvelle fois les bêtises d’un bambin. Nous avions choisi de ne pas faire un deuxième enfant et nous ne voulions pas subir ceux des autres, même s’il s’agissait de ma nièce.
Nous fêtions ce jour-là les anniversaires de ma femme et de son frère jumeau, Yann, également mon meilleur ami. Tous les deux arrivaient, à leur tour, dans la quarantaine.
Les plus gourmands avaient commencé à s’attaquer au gâteau.
Ma fille, elle, était occupée à regarder son portable avec attention.
Morgane, Ludovic et Laurence étaient partis le lendemain. Je sais que Rose avait passé un moment à discuter avec sa tante avant leur départ.
Les jours qui suivirent, elle s’était mise en tête d’apprendre à préparer des boissons, et à cuisiner. Elle avait donc investi le bar...
...et la cuisine ! Elle y passait un temps fou, quand elle n’était pas plantée devant Cuisine Télé.
J’avais enfin atteint le plus haut niveau de ma carrière. A tout juste quarante ans, j’avais fait des envieux au travail. J’étais devenu un « acharné du boulot ». A peine rentré, je m’occupais déjà des publications du lendemain et j’anticipais même les parutions du surlendemain, voire celles du jour suivant.
Maewenn me reprochait de la délaisser, et elle s’enfermait dans notre chambre pour écrire... Nous n’étions plus que trois à la maison et pourtant, une barrière s’était installée entre nous, chacun menant sa vie de son côté.
Alors, un soir, alors que j’étais au travail, j’appelai ma femme pour qu’elle me rejoigne à San Myshuno. Le Festival « Frasques et humour » était de retour et je ne voulais pas le rater. C’était mon préféré et, si je m’en référais aux objectifs de notre créateur, je ne devais pas en manquer un. Elle accueillit la nouvelle avec joie. - Ça me fait plaisir que tu m’aies appelée. - Depuis notre dernier déjeuner au restaurant de ta mère, nous n’avons plus rien fait tous les deux. - Je sais ma chérie. Je vais essayer de me rattraper. Passons une bonne soirée, d’accord ?
- D’accord - Trinquons, tu veux ? A nous. Je t’aime tellement.
Qu’est-ce qu’il se passa ensuite ? Je ne me souviens plus très bien... Nous nous étions décidés à aller voir le blagueur de service et c’était... Caleb !!! Il m’avait vu et me regardait tout en racontant ses blagues à deux sous... Il était affublé d’une tenue ridicule et faisait rire tout le monde !
Même Maewenn riait ! L’effet de la fontaine, sûrement... J’étais hors de moi.
Je décidai spontanément, sous le coup de la colère, d’interrompre son spectacle.
Ah bon ? On se tutoyait maintenant ?
J’entendais bien les supplications de ma femme mais j’étais tellement en colère qu’elles s’essoufflaient, loin de moi...
Caleb ne répondit pas et s’enfuit à toute allure, comme à son habitude. Comme je détestais ce type !
J’entendais à peine ma femme...
Mais je me ressaisis... - Désolé mais ce type a le don de me mettre sur les nerfs. - Oh, si peu... Je t’en veux. Tu as gâché ma soirée.
- Et si nous allions manger un morceau ? Un truc bien épicé comme tu les aimes ? Pour me faire pardonner ? - D’accord. Mais à une condition : nous irons ensuite boire un verre au bar. - Très bien. Tout ce que tu voudras. - Alors, allons dîner !
Nous dînâmes d’un curry. Je n’en étais pas amateur et ne pus le finir mais je voulais faire plaisir à Maewenn. Notre soirée devait se terminer beaucoup mieux qu’elle n’avait commencée. Notre conversation revint sur Caleb... - Mais pourquoi t’es-tu tellement emporté ? - Ce type se fout de nous, tu ne l’as pas vu ? Je suggère que l’on punisse Rose.
- Mais pourquoi ça ? Elle n’a rien fait... - Si. Elle lui a dit qu’elle n’était pas heureuse avec nous. - Et tu veux la punir pour ça ? - Pourquoi a-t-elle dit cela à Caleb ? Ça ne le regarde pas.
- Mais je pense que tu sais très bien que c’est la vérité. N’est-ce pas vrai Léandre ? - Mais qu’est-ce que tu racontes ? Il n’a pas à savoir ça !
- Je dis juste que Rose n’est pas heureuse avec nous. On le sait tous les deux. Cette petite a toujours été livrée à elle-même. - Et alors ? Quel rapport avec Caleb ?
- Elle a trouvé un soutien, quelqu’un à qui parler... On ne peut pas lui en vouloir pour ça... On ne peut pas la punir pour ça... - Et pourquoi pas ? Je suis sûr que ce type lui veut du mal...’est plutôt le contraire. - Moi, je ne crois pas. J’ai l’impression que c’est plutôt le contraire. - Et comment pourrais-tu le savoir ? Caleb tourne autour de nous depuis que Maman était une enfant...
- Et ta mère ne lui en tenait pas rigueur. Je crois même qu’elle lui faisait confiance. Intuition féminine, dirais-je...Tout comme la mienne... - Et moi je dirais que Maman était trop gentille, tout comme toi. Bon, je laisse passer le jour de l’an. Après j’aviserai, ça te va ?
Le réveillon de la nouvelle année arriva. Nous avions décidé de la passer sans enfant... Cyrielle, la maman de Ludovic, s’était chargée de leur garde...
C’est ce soir-là que Gildas nous présenta sa fiancée, Amandine. C’était une femme vraiment sympa qui avait tout de suite été adoptée par la famille.
Nous nous étions installés devant la télévision de jour de l’An mais les deux adolescentes de la soirée, Rose et Stéphanie, avaient commencé à danser...
...entraînant les autres femmes sur la piste de danse. (Morgane, Béatrice, Maewenn et Amandine).
Lorsque Minuit sonna, les bisous furent de rigueur et je dédiai mon premier baiser à ma femme, tandis que Rose embrassait sa tante « préférée ».
Gildas se rendit compte que sa fiancée était enceinte, et nous le clama !
Yann embrassa sa femme... et Gildas promit le meilleur à la sienne.
Quant à moi... et bien, je souhaitais à Maewenn que nous passions encore de très nombreuses années ensemble. Je l’aimais tant.
Le lendemain matin, (enfin vers quinze heures), Maewenn, Rose et moi entreprîmes d’enlever les décorations. Les fêtes de fin d’année étaient terminées... Nous allions pouvoir tous reprendre une vie « normale ». Et je devais avoir une discussion avec Rose.
Morgane et Ludovic s’étaient installés chez nous. Il y avait donc une personne de plus dans notre univers. Et une personne de plus qui, elle aussi, trouvait de l’intérêt à Rose. Mon beau-frère passait son temps à lui enseigner les échecs, et Rose l'écoutait avec attention. Elle l'avait tout de suite appelé Tonton.
Maewenn, elle, allait de plus en plus souvent travailler à San Myshuno, et, le soir, elle s’enfermait dans notre chambre pour écrire.
Maman faisait de même. Elle s’était lancée dans une nouvelle biographie, m’avait-elle dit. Sûrement la dernière. L’entendre parler ainsi me faisait mal mais j’étais conscient qu’elle n’était pas éternelle. Pourtant, elle avait l’air au mieux de sa forme.
Quant à moi, étant donné qu’il n’y avait personne au salon, je m’y réfugiais la plupart du temps pour y conclure des affaires professionnelles.
Mais parfois, le soir, nous étions tous réunis. C’était sincèrement aussi très agréable.
Ce jour-là, j’avais fait une petite promenade avec Maman, et cette dernière m’avait amenée jusqu’à son restaurant. - Le restaurant est fermé ? Sur l’heure de midi ? - C’est pour ça que je t’ai amené jusqu’ici. Pour te dire que j’avais vendu le restaurant.
- Tu l’as vendu ? Mais pourquoi enfin ? - Premièrement parce que ta sœur ne veut pas le reprendre. Et deuxièmement, parce que je pense sincèrement que toi non plus. - Comment peux-tu le savoir ? Tu ne m’en as jamais parlé.
- Parce que tu te vois gérer une affaire pareille ? Il faut être disponible pour ça. - Je dois malheureusement admettre que non. Mais peut-être que Maewenn... Elle adore faire la cuisine. - Un restaurant, c’est aussi une affaire de gestion. Gestion des coûts, du personnel, gestion des stocks ou encore achat des produits frais. Pourquoi crois-tu que j’aie dû embaucher deux chefs. Moi-même, je n’étais pas souvent en cuisine.
- Je le sais bien. C’est pour ça que je te l’explique. Tu veux qu’on aille faire un tour une dernière fois ? Je donne les clés tout à l’heure. - Oui, d’accord.
- Mais c’était ton restaurant ! J’ai du mal à imaginer que tout cela va disparaitre. - Ça ne disparaîtra pas. J’ai vendu à un restaurateur. Il compte juste éclaircir un peu le local qu’il trouve trop sombre avant d’ouvrir mais il m’a dit qu’il garderait le style. Et je trouve qu’un petit rafraîchissement lui fera du bien. Moi, j’avais tenu à garder les lieux intacts mais bon, le restaurant a quand même soixante-dix ans maintenant ! - Tu veux dire que tu avais dix ans la première fois que tu es venue ici ?
- Tout juste. Le lendemain du jour où les restaurants sont apparus, j’y suis allée avec Papa et Maman. Ils n’existaient pas avant. - Il a quand même une belle histoire ce restaurant. Et cela me rendait d’autant plus triste qu’il n’appartenait plus à la famille. Mais Maman avait raison, c’était beaucoup trop de travail et, Maewenn et moi étions déjà suffisamment débordés comme ça.
Dès que le restaurant réouvrit, je décidai d’y amener Maewenn. Maman n’avait pas voulu venir car elle préférait le garder tel qu’il était dans ses souvenirs. Quant à Morgane, avec sa grossesse, elle était en ce moment si malade, que la moindre suggestion de nourriture lui retournait l’estomac. Elle refusa donc tout net.
La première chose que je découvris en arrivant était que le restaurant avait changé de nom. Ce n’était plus le « Resto de Windenburg ». Il était devenu le « Resto de Cassandre ». Maewenn et moi trouvions que c’était un bel hommage à Maman qui était un chef triplement étoilé, connu de tout le monde sim.
Le nouveau propriétaire avait tenu parole. Il avait restauré le mobilier et les murs, changé la décoration mais nous retrouvions l’esprit du restaurant tel que nous l’avions connu. Et le tout était plus clair et lumineux. - Le plat du jour, ce sont des asperges au prosciutto. Je crois que je vais me laisser tenter, dis-je à Maewenn.
Le nouveau restaurateur avait aussi décoré avec des photos du restaurant, tel qu’il était à l’époque de Maman. Maman m’avait d’ailleurs dit avoir pris ces photos et les lui avoir confiées. Il y en avait même pris de l’extérieur. - Et toi, tu prends quoi ? - Je ne sais pas. Je regarde la carte mais les asperges me disent bien aussi.
La serveuse arriva alors. - Vous avez choisi, messieurs-dames ? - Oui. Nous allons prendre deux plats du jour et deux verres de vin de la sélection du sommelier.
- Alors ? Que penses-tu de la nouvelle déco ? me demanda Maewenn. - J’avoue que je suis un peu triste de ne plus voir ces couleurs orangées auxquelles j’étais habitué et qui donnaient une certaine chaleur aux lieux... - Oui mais le restaurant est moins sombre comme ça, non ?
- Je le reconnais. Et les tableaux choisis sont très sympas. En plus, le propriétaire a tenu à garder le même style. Et cela, ça me plait beaucoup. Il n’a pas cherché à moderniser à tout prix comme cela se fait beaucoup maintenant. Et toi ? Tu le trouves comment ? - Franchement, j’adore ! Mais bon... Je ne suis pas attachée à cet endroit comme toi tu l’étais. Et je n’y suis venue qu’une ou deux fois... - Mais ton opinion compte pour moi.
- Alors je te le redis, j’adore ! Et si je te le dis, c’est que c’est sincère. Parce que mon style de restaurant, c’est plutôt « le Maritime ». - Le « Maritime » est un restaurant de poissons et fruits de mer. C’est un peu différent.
- C’est vrai. Mais tu m’as demandé mon avis. - Oui et j’apprécie que tu adores le cet endroit. Cela me touche...
- As-tu vu qu’il y a une photo de ta mère derrière le bar ? - Pas du tout, non. - De ma place, je la vois très bien. Et je suis sûre à 99% que c’est elle, jeune, avec sa robe de diplômée.
Lorsque le repas fut fini, je dis à ma femme que je souhaitais aller voir cette photo de plus près. - Mais oui ! C’est Maman. Le jour où elle a eu son diplôme. Je reconnais cette photo. Elle a longtemps été dans notre séjour. Je ne savais pas qu’elle l’avait donnée au nouveau propriétaire.
- J’étais un bambin quand cette photo a été prise...
Maewenn avait discuté avec la barmaid qui lui avait appris qu’il y avait une autre photo de ce genre à l’entrée du restaurant. Nous n’y avions même pas fait attention en arrivant. Maman était sur la photo avec Papa. - C’est ton père... Je n’arrive pas à l’imagner autrement qu’avec ses cheveux gris. Pourtant, je l’ai connue étant enfant, avec des cheveaux roux. - Il était un exemple pour moi. - Je me souviens qu’il était très gentil. Même plus tard, lorsque nous étions adultes.
Un mois plus tard, nous nous retrouvions au salon pour discuter de l’anniversaire de Rose et du mien. Ils auraient lieu le même jour.
Le ventre de Morgane s’arrondissait de plus en plus.
Tout le monde se prit à rigoler car Morgane ne savait plus quoi dire... Maman riait tellement. Je me rappellerai toujours ce moment...
Puis Maman se reprit...
Maman se leva alors... Nous ne nous en étions pas aperçus car nous continuions à discuter.
Mais elle se sentit mal et s’écroula soudainement à terre.
Nous réalisâmes alors... La Faucheuse était là... Et le cri de Morgane... Il me perça le cœur et les tympans...
Morgane, ma petite sœur, si fragile de par sa grossesse... Comment allait-elle supporter tout cela ? La perte de notre mère...
Je m’approchai d’elle, essayant de la consoler... J’essayai de trouver les mots.
- Ça va aller, nous sommes tous les deux. Et tu dois aussi penser à ton bébé.
- C’est une petite fille... On l’a su ce matin... - Alors pense à elle. Maman n’aurait pas voulu qu’il lui arrive malheur.
- Merci pour tes paroles, frangin... - Toi et moi, nous avons la même douleur... et je suis ton grand frère.
- Si tu as besoin, tu viens frapper à la porte de ma chambre. Je serai toujours là pour toi. - Je le sais bien... - Même la nuit. Morgane, on va s’en sortir... même si c’est dur...
Après l’enterrement de Maman, tout le monde s’en fut. Nous restâmes seuls, Morgane, Rose et moi.
Rose était inconsolable. Intérieurement, j’étais heureux qu’elle n’ait pas assisté au décès de Maman.
Je me sentais vraiment impuissant, comme chaque fois dans ce genre de situation. - Ça va aller, Rose, ça va aller... Je ne savais dire que ça.
Heureusement, ma petite sœur était là pour la réconforter.
Lorsque nous arrivâmes à Windenburg, Maman et Morgane nous attendait de pied ferme. - Qu’est-ce que je suis contente de te voir ! s’enjoua Morgane, en se précipitant vers Rose.
Maman nous encouragea ensuite, à aller prendre possession de nos chambres. J’étais tellement content de retrouver ma chambre d’ado ! - Ah ! Ma chambre ! Elle est pareille à ce qu’elle était lorsque je suis parti. - C’est bien le problème... Le ton de Maewenn me refroidit quelque peu.
- Tu penses que tu pourras enlever toutes ces affiches d’un autre temps ? - Quoi ? Qu’est-ce qu’elles ont ces affiches ?
Rose allait dormir avec Morgane. Elle avait déjà pris possession des lieux et trouvé une place à son cartable, ses tubes de bulles, son affiche et ses boules à neige.
Je pensais que mon retour dans la maison familiale aurait été difficile. Je me trompais.
C’était comme si je n’étais jamais parti. Je retrouvais mes marques, mes repères, et les bonnes discussions avec ma mère et ma sœur. J’étais très heureux. Toutes ces parties de rigolade m’avaient bien manquées. Et j’eus enfin la réponse à la grande question : oui, Ludovic était bien le petit ami de Morgane ! Apparemment, tout le monde le savait, sauf moi !
Ce soir-là, le festival de l’amour était à San Myshuno. C’était le seul festival auquel je ne m’étais pas encore rendu. Je décidai d’y emmener Maewenn. Maman s’était, tout naturellement, proposée pour garder Rose. Prendre la décision de vivre à Windenburg était définitivement un très bon choix.
J’avais une petite idée derrière la tête. Je voulais que nous renouvelions nos vœux de mariage... - C’est une très bonne idée, ça, Léandre. Maewenn avait accueilli ma proposition avec enthousiasme.
- Le seul hic, c’est qu’il va falloir trouver l’arche de mariage. - Nous la trouverons. Cet endroit n’est pas si grand. - Tu ne trouves pas que cette boisson nous rend un peu tout choses... ?
Elle avait raison. Une envie soudaine me surpris et je me mis à balancer des pétales de roses sur ma femme. - Comme c’est joli ! - Tu es merveilleuse au milieu de tous ces pétales !
Nous trouvâmes l’arche assez facilement et pûmes échanger nos vœux, une nouvelle fois. Ma femme, ma princesse, je l’aimais pour la vie.
Quelques jours plus tard, dans la soirée, toute la famille était réunie au salon. Rose avait fini de lire tous les tomes de « La mission Chevalier » expliquée aux enfants de la famille, y compris ceux que sa mère avait écrits, et elle était en train d’en parler avec passion. Depuis que nous étions revenus à Windenburg, Maman s’était d’ailleurs chargée de son éducation concernant la destinée de la famille.
Alors que lorsque nous habitions San Myshuno, Maewenn travaillait souvent à la maison, maintenant cela devenait de plus en plus rare. Elle prenait la voiture et allait passer sa journée de travail dans les locaux de son employeur. J’étais attristé qu’elle ne soit plus aussi présente mais je comprenais. - Ta journée s’est bien passée, ma chérie ? - Très bien. On nous a amené de nouvelles œuvres d’art à examiner.
- Quelles splendeurs ! J’en ai eu plein les yeux ! Morgane arriva à ce moment-là avec Ludovic. - Bonsoir tout le monde !
- Bonsoir, ma chérie, bonsoir Ludovic. Ça va, tous les deux ? les accueillit Maman. - Oh oui ! s’écria presque Morgane. Je me demandais ce qui la rendait si enthousiaste.
- Alors comme ça, tu es le petit ami de ma sœur ? dis-je à Ludovic après l’avoir salué. - Ben oui... Tu vis dans ta bulle ou quoi ? Ça fait un moment qu’on est ensemble. Morgane nous interrompit. - Vous parlerez de ça plus tard. On a un truc hyper important à vous dire.
Et elle continua sur sa lancée : - Ludovic et moi, on va se marier ! Tandis que Maman se déclara enchantée par la nouvelle, de mon côté, j’accusais violemment le coup. Mais depuis quand ma petite sœur avait-elle tellement grandi au point d’être en âge de se marier ?
Morgane et Ludovic envisageaient de se marier aux Prairies de San Myshuno. Maewenn leur confirma que c’était un très bel endroit, et se proposa, de même que Maman, pour organiser les festivités de leur grand jour.
- Nous allons être beaux-frères, c’est pas génial, ça ? me dit Ludovic. - Collègues et beaux-frères, ça risque de faire beaucoup pour moi, plaisantai-je.
Mais je me levai pour lui souhaiter la bienvenue dans la famille. Je connaissais bien Ludovic. C’était un homme bien et je savais que ma sœur serait entre de bonnes mains, avec lui.
Quelques temps plus tard, j’entrainai Maewenn à San Myshuno. Cette ville me manquait beaucoup et je voulais absolument retenter un concours de karaoké. Ma femme invita Yann et Béatrice à se joindre à nous.
Lorsque j’arrivai dans la salle qu’on m’avait attribuée, je fus stupéfait par la médiocrité du chanteur qui avait le micro en main. Béatrice et ma femme n’avaient pas l’air de mon avis, et je soupçonnai même cette dernière de se retenir de danser. Sûrement par égard pour moi...
Lorsque mon tour arriva, je me saisis du micro, bien déterminé à tous les éblouir.
Béatrice et Maewenn chantaient en même temps que moi. Et Yann me regardait, bouche bée.Je donnai alors le meilleur de moi-même, encouragé par mes fans d’un soir.
Je savais que j’étais bon mais il me fallut tout de même céder la place à d’autres chanteurs qui prirent la suite.
Bien que j’eusse pu me défendre tout seul, je reconnais que j’aimais beaucoup ces moments où Maewenn prenait ma défense. Elle faisait toujours ça. J’adorais sa façon de m’aimer.
Une heure plus tard, nous entendîmes les résultats. J’avais réuni quatre-vingt-cinq points sur cent, un peu moins que la dernière fois, mais j’avais gagné ! Yann ne put que se rendre à l’évidence...
Béatrice avait commencé à exécuter une danse bizarre pour fêter ma victoire et, pris dans l’ambiance, je narguai mon meilleur ami.
La vie s’écoulait tranquillement à la maison O’connor. Je travaillais comme un fou, Rose s’installait souvent près de moi pour consulter « Simpedia » ...
...et Maewenn s’exilait dans notre chambre pour travailler à la première biographie qu’elle écrivait. Une biographie sur notre famille, sur moi.
Maman, elle, cuisinait toujours avec autant d’entrain. Je suis persuadé que le fait d’avoir à nouveau toute une famille à nourrir n’y était pour quelque chose. Maman rayonnait.
Lors de ce dîner, nous nous régalâmes du dernier plat qu’elle avait concocté. - Franchement, ces raviolis à la courge sont un vrai délice, la félicitai-je.
Puis je lançai la conversation sur le mariage de Morgane.
Maman n’était plus toute jeune. Heureusement, Maewenn la secondait.
Un peu moins de trois semaines plus tard, nous assistions donc au mariage de ma petite sœur avec Ludovic Manille.
C’était vraiment la cérémonie la plus cocasse qu’il m’eût été donné de voir. Ma sœur se surpassait. J’adorais. Puis la cérémonie prit fin.
Toutes les dames présentes avaient effectivement sorti leurs plus belles robes, toutes légères... Même Rose.
La soirée avançait. Cyrielle, la maman de Ludovic avait fait un joli discours sur nos deux tourtereaux. Apparemment, elle connaissait bien sa belle-fille, si pleine de fantaisie.
Je discutai avec ma petite sœur alors que tous s’étaient regroupés vers le bar. J’avais du mal à réaliser qu’elle était mariée. Pour moi, elle restait la petite bambinette à qui j’avais appris à danser.
La petite sœur de Ludovic, encore adolescente, nous réveilla d’un coup : « Et si nous dansions maintenant ? C’est quand même un mariage ! ».
Tout le monde se leva et fit honneur aux musiques choisies par Maman et Maewenn. Même le traiteur de la soirée vint nous rejoindre un moment et fit la fofolle. Elle s’intégrait parfaitement à notre famille de... fous !
La soirée arrivait à son terme. Il nous faudrait bientôt libérer la salle. J’en profitais pour prendre Morgane dans mes bras et lui dire combien je l’aimais. - Moi aussi frérot, moi aussi, me répondit-elle.
Nous avions dû refaire la chambre de Rose et surtout, dès le lendemain de son anniversaire, lui racheter un lit car elle trouvait le sien trop petit. Le lit et la table de chevet qu’elle avait choisis, étaient de couleur sombre, mais c’est ce qu’elle voulait. Dans les jours qui avaient suivi, elle s’était séparée de sa maison de poupée et avait tenu à ce qu’on enlève tous les stickers qui se trouvaient sur les murs. Bizarrement, elle n’avait conservé qu’une affiche, des boules à neige et des tubes à bulles que je lui avais ramenés des festivals auxquels j’étais allé.
Nous lui avions aussi acheté un ordinateur afin qu’elle cesse d’utiliser les nôtres.
Rose était une petite fille indépendante. Elle gérait seule son travail scolaire, sans que Maewenn et moi ne nous en mêlions. Nous n’avons d’ailleurs jamais vraiment su quels étaient les devoirs qu’elle avait à faire, mais elle ramenait de bonnes notes, ce qui nous convenait.
Elle s’amusait souvent à faire des bulles avec les tubes que je lui avais offerts. J’ai l’impression qu’elle avait une préférence pour celui de la Convention geek. Je lui en rapporterais un autre, la prochaine fois que la convention passera en ville.
Je l’avais plusieurs fois surprise à s’entraîner à chanter. Au début, mes pauvres oreilles avaient beaucoup souffert mais maintenant, je reconnais qu’elle se débrouillait vraiment très bien. Elle avait dans l’idée de faire un petit spectacle pour Maewenn en chantant en duo avec moi. J’avais accepté. Toutes les occasions de chanter étaient bonnes pour moi.
Cette indépendance de Rose nous facilitait la vie. Terminée la période bambin, où nous devions nous occuper d’elle. Elle se lavait toute seule, mangeait même parfois toute seule, et se déplaçait toute seule. Lorsqu’elle voulait sortir avec des amis, voir ses grands-parents, ou aller jouer aux échecs à la bibliothèque ou au parc (elle adorait les échecs), elle n’avait plus besoin de nous. C’était autant de temps de gagné sur nos activités... Merci la ville et merci les bus !
Maewenn avançait d’ailleurs à grands pas sur son dernier livre, la biographie de ma chère mamie, Linette.
Et je m’octroyais des moments de détente, que je n’aurais jamais cru possible avant.
Ce jour-là, il faisait beau et le marché aux puces était en ville. Nous décidâmes d’aller y faire un tour en famille. Nous étions arrivés, depuis trente minutes à peine, que j’entendis Rose quémander quelque chose à sa mère, sur le ton du caprice. - S’te plait, Maman, ce sera pas cher au marché aux puces !
Rose désirait ardemment le « kit d’apprenti scientifique », un jeu qui offrait la possibilité de faire des expériences chimiques, comme les grands. Cela faisait plusieurs fois déjà qu’elle nous en parlait.
- Ce n’est pas la première fois qu’elle mentionne ce jeu... me dit Maewenn. - Non mais elle risque d’être déçue... à moins qu’un autre enfant veuille se débarrasser de son kit, et qu’elle ait un gros coup de chance.
- Oh zut, ces baguettes ! Je n’étais décidemment pas fait pour cette nourriture exotique... - Concentre-toi, tu vas y arriver.
J’optai finalement pour avaler ma soupe directement au bol. Je sais bien que cela ne se faisait pas, mais ça alla quand même bien plus vite. - Je pense que Rose doit être un petit génie, ma chérie. - Tu crois ?
- Observe... Elle passe son temps à aller jouer aux échecs. Elle a même battu mon père, une fois. Et maintenant elle veut ce kit pour scientifiques en herbe... - Tu n’as pas tort, dans le fond.
- Je pense qu’on devrait lui acheter ce kit. - Je marche avec toi. Et je pense même qu’on devrait lui acheter un échiquier.
J’attendis que Rose se soit éloignée pour parler à Maewenn : - Pour l’échiquier, je propose d’attendre un peu. Ça risque de faire beaucoup... - Et pour le kit ? - Je te propose d’aller l’acheter maintenant. Elle aura la surprise en rentrant.
Ce soir-là, après le dîner, Maewenn et moi nous sommes installés devant la télé. Maman avait appelé pour dire qu’elle gardait Rose à dîner. Nous avions acheté le fameux kit d’apprenti scientifique dans l’après-midi.
Rose rentra vers vingt-et-une heures. - Bonsoir ! Vous avez le bonjour de Papi et Mamie, et de Tatie Morgane. - Très bien. Mais tu ne devrais pas t’asseoir. Il y a une surprise pour toi là-haut. - Ah bon ?
On entendit le cri de joie de notre fille depuis le salon. - Je crois qu’on a réussi notre coup ! - J’en ai bien l’impression.
Pour fêter ça, Rose souhaita que nous donnions notre petit spectacle à Maewenn le soir-même. Je m’amusais beaucoup.
D’ailleurs, je crois que c’est la première fois que je m’amusais ainsi avec ma fille.
Mon père décéda quelques temps après. Rose étant à l’école, nous nous retrouvâmes tristement au cimetière, Maman, Morgane, Maewenn et moi.
Ma femme et moi étions désormais tous deux orphelins de père...
Quelques mois plus tard, alors que nous nous relevions de la peine subie par le décès de Papa, le Festival Frasques et Humour fit son apparition en ville.
Maman avait décidé que nous nous y rendrions tous, que cela nous ferait du bien.
Elle avait même invité Angela, Béatrice, Yann et Gildas à se joindre à nous.
J’étais assis au bar avec en train de discuter avec Béatrice et Morgane lorsque j’aperçus Caleb... Il s’apprêtait à parler à Rose mais Maman l’interpella. Je ne jugeai donc pas utile de me lever et observai la scène de loin.
Étonnamment, Maman ne lui réserva aucune marque d’hostilité. - Salut Cassandre. - Bonsoir Caleb.
- Mes condoléances pour ton mari. Je n’ai appris sa disparition, que récemment. - Je te remercie. Ils discutèrent encore un moment puis Caleb quitta le festival. Nous y avons passé une très belle soirée. Maman avait raison. Cela nous avait fait du bien à tous.
Ce jour-là, j’endossais mon costume-cravate pour aller au travail. Il y avait une grande conférence de presse dans les locaux de Sim.TV et je me devais, en tant qu’attaché de presse, d’être irréprochable. Je n’avais même pas oublié le badge de Sim.TV, c’est dire !
Pendant ce temps, Rose serait à l’école, et Maewenn, déjeunerait avec sa famille au restaurant de Maman. Elle m’avouera y avoir passé un très bon moment. Elle avait même appris que son cousin Antonin s’était marié il y a peu avec une jeune femme nommée Chantal. Et oui ! Tout le monde grandissait.
Lorsque je revins de ma conférence de presse, je fus étonné de trouver Maewenn en train de peindre. - Bonsoir chéri. Elle m’expliqua qu’elle devait améliorer ses compétences en peinture, pour obtenir sa nouvelle promotion, et comme elle n’avait que quelques notions, elle s’y était mise dès son retour du restaurant. - Qu’est-ce que tu en penses ?
Je décidai d’aller voir Rose mais notre fille était déjà partie pour le pays des rêves.
Lorsque je rentrai à la maison ce soir-là, ma femme était toute guillerette et chantait dans la cuisine en faisant voler le sel et le poivre ! - Voilà une maison où il fait bon rentrer ! Qu’est-ce qui te rend si joyeuse ?
- Ça y est, j’ai eu ma promotion ! Je ne me suis pas sali les mains à peindre pour rien ! - J’espère bien ! Et quel poste t’ont-ils donné ? - Critique raffinée, Monsieur... - Rien que ça ! Mais c’est une super bonne nouvelle !
- N’est-ce pas ! Je ne pensais pas l’avoir si tôt ! - Tu as bien bossé. C’est mérité.
- Ça te dit d’aller au karaoké ce soir pour fêter ça ? - D’accord. Mais je regarde, je ne veux pas chanter.
Maewenn me regarda donc chanter. Je m’étais même inscrit au concours. Une fois n’est pas coutume. Je sentais que ma femme allait me porter chance. Porté par l'ambiance, je finis même sur un final endiablé.
Lorsque mon tour fut terminé, nous allâmes nous asseoir pour boire un verre. - A la tienne, ma chérie. Et à ta promotion ! - Maintenant, il va falloir que j’assure.
- Et pourquoi tu n’assurerais pas ? Tu fais très bien ton boulot. Je le vois bien. - J’ai juste un peu peur. Ce sont des nouvelles tâches. Et si on allait s’asseoir là-bas pour mieux entendre les résultats ?
Les résultats ne se firent pas attendre, et je fus agréablement surpris d’être proclamé vainqueur du concours avec quatre-vingt-six points sur cent ! - Yes ! Je suis trop content de moi !
Le lendemain, nous nous installions sur la terrasse pour discuter. La neige recommençait à tomber mais il faisait beau. Maman m’avait appelé hier, pour me demander de revenir vivre chez elle, avec Maewenn et Rose. Mais je n’avais pas eu le courage d’en parler à ma femme, tant elle était heureuse pour sa promotion. C’était le moment de le faire. - Aller vivre chez ta mère ? Avec la petite ? - Je pense que depuis la mort de Papa, elle a plus besoin de moi qu’avant. - Mais il y a Morgane. Elle vit toujours avec elle, non ?
- Oui mais Morgane n’est pas un homme... Je crois qu’une présence masculine la rassurerait. - C’est sûr... Mais tu te vois quitter San Myshuno, toi ? - Parce que moi... pas vraiment... ajouta-t-elle.
Moi non plus, en réalité, mais je ne pouvais pas le lui dire si je voulais la convaincre de quitter la métropole. Je savais que Maewenn aimait autant que moi vivre ici. Mais je ne pouvais pas dire non à Maman. C’était Maman. - Je pense qu’il faut voir le bon côté des choses. Par exemple, nous aurons les nounous à domicile pour Rose. Plus besoin de l’emmener ou d’aller la rechercher à Windenburg ou à Willow Creek. - Tu parles d’un argument... Nous étions tranquilles ici...
- A part quand Rose s’impose dans notre chambre, ou qu’elle passe son temps à nous parler... - C’est vrai que chez ta mère, elle aura d’autres personnes à embêter.
- Exactement ! - Et nous pourrions être plus disponibles l’un pour l’autre, et pour nos carrières. - Tout à fait. C’est pour ça que je te demande d’y réfléchir. - On déménagerait quand ? - A la fin du mois prochain. - Ta demande n’est pas facile du tout... J’aimais bien cet appartement. - Réfléchis-y, tu veux bien ? On en reparlera plus tard. - D’accord, je te le promets.
N'ayant pas pu publier l'intégralité de ce chapitre ici, je vous propose de lire la suite sur mon blog : G7/ Chapitre5 Sortir de sa bulle
G7/ Chapitre 3 Des parents très occupés - (part.2/2) ______________________________________________________
Ce jour-là, Maewenn et moi avions décidé de faire un tour à la salle de sport. Je m’étais tout de suite attaqué au punching-ball, mais ma femme jugeant cette activité un peu trop masculine, préféra aller sur le tapis de course.
Nous étions bien motivés. Mais arrivés en bas pour faire un peu de musculation, nous croisâmes Maman, et Maewenn engagea la conversation avec une vieille copine.
Nous venions, tous les deux, d’apercevoir Caleb.
Ce samedi-là, nous sortions en couple. Nous avions décidé de dîner au Burger Sims, avec Yann et Béatrice.
Cette dernière était enceinte. Elle attendait le futur cousin de Rose, mais surtout, le futur Protecteur de la famille.
Béatrice nous apprit que Yann lui avait tout raconté à propos de notre famille.
Quelques semaines plus tard... La neige avait fini de tomber, et Maewenn commençait son tout premier livre. Elle commença par Michèle, mon arrière-grand-mère, là où s’était arrêté mon ancêtre Olivier, son frère.
De mon côté, je venais d’être promu coordinateur des relations publiques. Je me devais de me tenir à jour, et de publier un maximum d’informations récentes sur les réseaux sociaux. - Je te jure, il y a des gens qui font des trucs vraiment bizarres, parfois... - Tu vérifies tes sources, j’imagine.
- J’ai intérêt si je ne veux pas faire de désinformation. - Je connais ton sérieux. Tu ne risques pas d’en faire. Tu es trop méticuleux pour ça.
- Et toi, tu avances ? - J’ai toujours cette information manquante à laquelle tu n’as pas de réponse. - Appelle ma mère. Elle a dit que tu pouvais l’appeler n’importe quand si tu avais besoin de renseignement.
Ce jour-là, Maewenn et moi avions envie de chanter un peu et nous étions rendus au bar à karaoké. Mais en arrivant, j’eus la surprise d’y trouver Caleb.
Je n’avais vraiment pas envie d’engager une conversation avec lui. Nous nous toisâmes un moment, alors qu’il continuait à chanter.
Puis j’emmenai Maewenn au bar. - Tu vois ce type. Je l’ai croisé plusieurs fois dans ma vie. Il ne vieillit pas et, en plus, il est toujours après notre famille. La dernière fois que je lui ai parlé, c’était il y a trois ans, ici-même. Alors, on boit un verre, et on s’en va.
Maman avait invité Maewenn à la Boulangerie Jules, pour parler une nouvelle fois de la famille. Maman adorait cet endroit qui appartenait autrefois à ses parents et elle aimait beaucoup ce qu’en avait fait les nouveaux propriétaires, principalement la notion de service à table, comme dans un restaurant.
Cyrielle, la femme de David Manille, le meilleur ami de Papa, y avait été embauchée, et je pense que c’était une autre des raisons qui lui faisait affectionner cet endroit. Maman s’entendait très bien avec Cyrielle.
Maewenn ne fut pas déçue. Maman était une mine d’information inépuisable, sur notre famille, et elle en apprit, une nouvelle fois, beaucoup pour étoffer la biographie qu’elle était en train d’écrire. Lorsque je les écoutais, toutes les deux, je me rendais compte que ma femme en savait beaucoup plus que moi-même, sur note histoire familiale.
Ma femme, ma petite femme. Je voulais la croire fragile même si elle me clamait être forte.
Quelquefois, avant d’aller nous coucher, je lui jouais un morceau que j’avais écrit et composé, exclusivement pour elle, dans la journée.
Elle m’écoutait alors, émue, et souvent la larme à l’œil. Je l’aimais tellement.
Elle fondait à tous les coups...
Et nous assurait un coucher rempli d’amour. De quoi passer une très bonne nuit...
Un soir, je reçus un appel de Yann, m’annonçant la mort d’Aldéric. Il me confiait la délicate tâche de prévenir sa sœur. C’était la première fois que Maewenn et moi étions confrontés à un tel drame, dans notre vie si parfaite. Aldéric... Il m’avait toujours paru si... indestructible.
Je la pris dans mes bras et je sentis son petit corps soubresauter contre moi.
Cependant, elle se ressaisit très vite. - Il va falloir annoncer la nouvelle à Rose, me dit-elle.
Rose pleura beaucoup dans les bras de sa Maman.
Elle pleura beaucoup et longtemps car Maewenn n’arrivait pas à la calmer. Lorsque je la regardai, à ce moment précis, je me dis qu’il fallait absolument que je fasse un peu plus attention à cette bambinette qui était la mienne. Je lui en avais tellement voulu d’être née, et d’avoir gâché ma vie avec Maewenn, que je ne m’étais pas beaucoup occupé d’elle. Elle avait l’air si triste. Aussi triste que sa maman.
Quelques mois plus tard... Une soirée chez Papa et Maman. J’étais venu leur annoncer ma nouvelle promotion. J’étais devenu attaché de presse. Sims.TV m’accordait de plus en plus de crédit et de confiance.
Quelques soirs plus tard, nous nous rendîmes au festival des épices. Maewenn y tenait beaucoup. - Mon amour, on va tenter le défi du curry épicé ! - Si tu le dis...
Nous nous assîmes sur une banc à l’écart des autres... - Peut-être mais c’était trop bon... - J’adore le goût. Le curry est un vrai régal.
- Ça ne te brûle pas ? La dernière fois, tu avais la bouche en feu... - Mais pas cette fois. Tu ne veux pas réessayer ?
- Non merci. Je préfère oublier. - Tu ne sais pas ce que tu rates. C’est excellent !
- Certainement. Tu vois, je plains ces pauvres gens qui, tout comme toi, vont tenter le défi. Ils ne savent pas ce qui les attend. - Certains d’entre eux, à mon avis, adorent les épices...
Ma femme revêtit soudain le t-shirt du festival. Elle venait de gagner le concours du curry épicé, et était toute fière de le montrer ! - Et tu n’as pas froid comme ça ?
La neige s’était remise à tomber de plus belle à San Myshuno...
C’est ce jour-là que Maewenn avait commencé à écrire un bel article sur le festival des épices, un article qui avait fait l’unanimité, et lui avait valu une promotion : exploratrice de spectacles. Bravo, ma chérie ! J’étais très fier de ma femme. Nous avancions donc tous les deux vers le sommet de nos carrières, doucement mais sûrement. En tous cas, c’est ce que l’on dit...
Notre fille Rose allait grandir aujourd’hui, et devenir une petite fille. C’était un évènement que nous attendions, Maewenn et moi, avec impatience, car la petite bambinette serait plus autonome. Maman était arrivée la première, pour aider Maewenn.
Toute la famille nous avait rejoints, un peu plus tard. Il y avait Papa, Yann et Béatrice, ma belle-mère Angela accompagnée de Gildas (qui était devenu ado), et d’Antonin, son neveu.
Yann et Gildas m’avaient aidé à installer une table supplémentaire, pour l’occasion. Puis lorsque tout fut en place, j’apportai enfin le gâteau. Rose attendait avec impatience.
Mais elle grandit très vite, une fois les bougies soufflées.
Tout le monde se ruaient sur les délicieux gâteaux que Maewenn avait préparés. Je ne sais même plus à quel moment Lilith et Corentin nous avaient rejoints.
Certains préféraient le gâteau au chocolat mais celui au glaçage bleu, avait davantage d’amateurs.
Quant à moi, j’essayais de débarrasser au fur et à mesure. Maewenn en avait déjà tellement fait pour cette journée d’anniversaire... Et Rose ? Elle restait la reine de la fête. Cette journée était pour elle.
J’avais fait un maximum de vaisselle pendant que tout le monde discutait...
La fête se poursuivait, conviviale et chaleureuse... Après avoir papoté avec ses mamies, notre fille trouva les bras de son papi.
Je la vis discuter un moment avec lui, alors que les adultes s’étaient engagés dans des conversations plus légères.
Papa avait l’air à l’aise...
...et leurs échanges très complices.
Lorsque tout le monde partit, je demandai à Rose de finir de débarrasser la table et de tout mettre au frais. Maewenn et moi en avions beaucoup fait et nous étions épuisés. Elle trouva le moyen de discuter... - Mais Papa... - Il n’y a pas de « mais ». Ta mère a cuisiné toute la journée, et j’ai déjà tout débarrassé. A toi de finir.
Non mais c’est vrai, quoi, il fallait apprendre aux enfants à aider leurs parents.
G7/ Chapitre 3 - Des parents très occupés (part. 1 /2) _______________________________________________________
Ce soir-là, nous sortîmes en famille pour faire un karaoké dans le quartier de la mode, avec Papa, Maman et Morgane. Nous avions même emmené Rose car ma petite sœur avait promis de s’en occuper. Je m’étais inscrit au concours de karaoké, mais avant qu’il ne commence, je m’y amusai en amateur et je chantai avec ma femme. J’adorais chanter avec elle. Cela renforçait notre complicité.
Et ce soir-là, Maewenn et moi avions fait une très belle prestation, devant les yeux éblouis de notre fille. - C’est Papa et Maman ! - Oui. Tu as vu comme ils chantent bien ! lui disait Morgane, qui l’avait accompagnée devant la scène.
Une fois notre chanson terminée, nous laissâmes Morgane se dépatouiller avec notre fille qui voulait absolument tenir le micro, et nous nous approchâmes du bar afin de nous y désaltérer. Le chant, ça donnait soif.
Notre première fan, sans doute... Maewenn la remercia.
Cette soirée s’annonçait bien. En plus, Morgane s’occupant de Rose, nous n’avions pas l’esprit encombré à sa surveillance...
...et nous pouvions profiter pleinement de chaque instant.
- Qu’est-ce que tu veux boire, Samuel ? disait une voix féminine, derrière nous. - Je ne sais pas trop. Je me demande ce que mon père vient faire ici, c’est tout...
Nous étions tellement occupés à discuter que nous ne vîmes même pas Morgane s’éloigner avec Rose.
Lorsqu’elle arriva sur le trottoir, devant le club, elle n’aperçut, nous dit-elle, qu’un père de famille, discutant avec son fils.
Alors, lorsqu’il lui proposa de garder sa nièce, pendant qu’elle faisait un tour rapide aux toilettes, elle ne se méfia pas. Après tout, il n’avait pas une crête verte sur la tête, lui !
A l’intérieur du club, Christian nous alerta... - Où est Rose ? Je viens de voir Morgane partir au toilettes, seule.
Nous nous apprêtions à nous lever, lorsque Morgane sortit des toilettes et vint s’asseoir avec nous... - Morgane, tu as fait quoi de ma fille ? lui demandai-je, en essayant de rester calme.
- T’en fais pas, me répondit ma sœur. Elle est dehors avec un petit garçon et son Papa. Je bois juste un verre, et j’y retourne. - Quoi ? Mais tu es folle ou quoi ? Tu as laissé notre fille à un inconnu ?
Quelle inconscience ! Et, en plus, elle me prenait de haut !
Ne voyant pas Morgane revenir, j’’avais décidé d’aller voir ce qu’il se passait... Je reconnus tout de suite l’homme qui se tenait auprès de ma fille.
La seconde d’après, Caleb avait disparu. - Je suis désolée... me dit Morgane. Ils discutaient ensemble... J’ai supposé que c’était son père... - Tu as supposé ?!! Mais enfin, tu as confié Rose à un inconnu ! J’étais hors de moi.
- Ne me crie pas dessus, je t’en prie... - Mais si ! Il aurait pu se passer n’importe quoi ! T’es inconsciente ou quoi ? Elle a trois ans, nom d’une pipe !
- Je suis désolée, Léandre... Je me calmai. Je vis que Morgane avait les larmes aux yeux. - Ok...
Elle ne faisait pas la maline pour une fois, elle était sincèrement désolée. - Crois-moi, si je pouvais revenir en arrière, je ne referai pas la même erreur. - J’en suis sûr. Calme-toi, tu veux. Je vais aller chercher Maewenn, et lui dire qu’on s’en va.
- Tu vas en parler à Papa et Maman ? - Non. Ni même à Maewenn. Tu l’as laissée à un gentil Papa avec son fils, c’est tout. Rien d’alarmant.
- Merci Léandre. Même si je sais que maintenant, tu ne me laisseras plus garder Rose... - Au contraire, tu la garderas encore. Je suis certain que cette histoire t’aura fait réfléchir. Et tu es ma sœur. Je t’aime, et tu as le droit à une seconde chance. On fait tous des erreurs quand on est ados.
Cet après-midi-là, il faisait beau. Papa et Maman avait gardé Rose, pendant que Maewenn et moi avions fait une sortie au spa en amoureux. Nous revenions la chercher mais notre fille semblait ne pas vouloir partir.
Rose s’était mise à pleurer...
Deux ans plus tard... Rose venait d’avoir cinq ans. Elle était devenue une bambinette indépendante, nettement moins accrochée à nos basques qu’elle ne l’avait été par le passé. Elle s’occupait toute seule dans sa chambre, jouant sur sa tablette, ou parlant à un ami imaginaire...
Elle allait sur le pot sans nous solliciter, et se servait les plats pour enfants que Maewenn lui avait préparés, dans le frigo. Je pense que c’était une bambinette très intelligente qui avait compris que Papa et Maman étaient des parents très occupés.
Grâce à cela, nous pouvions vaquer à nos occupations plus sereinement. J’avais même recommencé à jouer de la guitare, chose qu’il m’avait été très difficile de faire lorsque Rose apparaissait constamment pour me distraire.
Ce matin-là, lorsque Maewenn et moi nous levâmes, nous découvrîmes un paysage féérique. La neige était tombée toute la nuit et recouvrait San Myshuno d’un manteau blanc. - Et si nous allions faire un tour ? Le quartier des épices, ça te tente ?
Lorsque nous arrivâmes, nous fûmes émerveillés par la voix d’une chanteuse de rue qui jouait tout aussi magistralement du violon. Nous nous arrêtâmes un long moment pour l’écouter...
...puis j’allai jeter un pièce pour la chance dans la fontaine à souhait. - Puisse notre amour être toujours aussi puissant dans les années à venir !
Ma femme m’entraîna ensuite vers un kiosque de nourriture et nous commanda deux currys. - Waow ! C’est bon mais ça arrache !!!
Le fleuve de San Myshuno avait presque complètement gelé.
J’y accompagnai ma tendre épouse... Ce paysage magique se prêtait complètement à une démonstration romantique.
Elle me parla d’une conversation qu’elle avait eue avec ma mère, à propos des écrits sur la famille, ceux de mon ancêtre Olivier, dédiés aux enfants, et enfin, toutes les biographies écrites depuis Perrine, notre fondatrice. Elle me demanda si je souhaitais continuer à écrire ces biographies, ou les livres pour enfants... - Non, je n’y tiens pas particulièrement. Pourquoi ? - Parce que j’aimerais écrire la suite de ces biographies, tout comme les histoires dédiées aux enfants. Cela me plairait beaucoup.
- Je ne suis ni Elue, ni Protecteur. Ce serait ma façon de participer à votre histoire. Je suis ta famille, n’est-ce-pas ? - Oui, tu l’es. Et cela me fait très plaisir que tu t’impliques ainsi. Alors, écris. Je t’y encourage.
Ce mois-là, Maewenn avait prévu d’inviter nos deux familles à tour de rôle. Elle commença par la sienne. Ce soir-là, malheureusement, je fus retenu par le travail.
Mon beau-père et ma belle-mère étaient là, Aldéric et Angela, bien sûr, mais aussi Lilith, la tante de ma femme, et son mari Corentin qui n’était autre que mon arrière-arrière-petit cousin. Ils n’avaient pas emmené leurs enfants. Les deux jumelles avaient bien vieilli...
Aldéric était différent lorsque Corentin était avec lui, plus jovial, plus enclin à la plaisanterie.
Ce soir-là, c’est ma famille que nous recevions. Rose insistait pour que je lui fasse un câlin, mais nous n’avions pas le temps. - Papa, papa, on joue ensemble ?
- Pas maintenant, ma puce. On attend Papi Christian et Mamie Cassie. Et il va falloir aller te coucher.
- Voilà, le poulet est dans le four. - Il est drôlement gros ton poulet ! - Bien sûr, c’est un poulet fermier. Je l’ai eu dans une petite ferme de Windenburg. Il fallait qu’il y en ait pour tout le monde.
- Moi aussi, j’aime le poulet, nous dit Rose. - Mais toi, tu as déjà mangé ma puce. Je vais faire en sorte de t’en garder pour demain.
- Il faudrait lui prendre le bain, d’ailleurs, me rappela Maewenn. Moi, je ne peux pas, je surveille la popotte. - Quoi, maintenant ? - Oui...
Ouf, je fus sauvé par la sonnerie du téléphone... - Allô, oui ?... Bien sûr Papa, pas de problème... Mais non, pas du tout. Venez maintenant.
- Papa et Morgane sont allés se balader dans San Myshuno et ils sont arrivés dans le quartier chic. Ils voulaient savoir s’ils pouvaient venir tout de suite, même s’ils sont en avance. Je leur ai dit que oui. Rose prendra son bain un autre jour.
- Tu as bien fait. Ta mère n’est pas avec eux ? - Non. Elle travaillait. Elle arrivera comme prévu, j’imagine.
Papa et Morgane arrivèrent cinq minutes plus tard. J’avais échappé au bain de Rose...
Maman était arrivée quelques trente minutes plus tard, pimpante et resplendissante, comme si elle n’avait pas travaillé en cuisine, toute la journée.
Maewenn alla coucher Rose puis nous passâmes à table. Ma femme expliqua à Maman qu’elle souhaitait continuer les écrits de la famille : les histoires pour les enfants mais aussi, les biographies.
Le repas se termina dans la convivialité. Tout le monde était heureux que Maewenn se lance dans la suite des histoires de notre famille.
Ce jour-là, Maewenn et moi étions descendus de notre tour, pour montrer à Rose comment faire un bonhomme de neige.
Mais notre fille préféra aller jouer toute seule dans la neige. Elle rigolait toute seule tandis que, nous aussi, nous amusions beaucoup.
Et lorsqu’on finit...
Je conduisis donc ma femme et ma fille dans le quartier de la mode, afin de découvrir ce qu’était cette convention. Maewenn se lança, à l’aise, sur l’un des plateaux de jeu.
Et je ne tardai pas à suivre son exemple. Je voulais moi aussi, vivre cette expérience de jeu en trois dimensions.
Mais ne pouvant laisser Rose seule plus longtemps, nous sommes allés admirer les fusées avec elle. Notre fille était très intriguée par ces grosses machines qui pouvaient aller dans l’espace, et nous avons tout de même passé un moment tous les trois.
Ce soir-là, Angela vint nous rendre visite, avec Gildas, le petit frère de Maewenn et Yann. Je n’étais pas encore rentré à la maison. - Bonsoir ma chérie. J’espère qu’on ne te dérange pas... Gildas voulait absolument te voir.
Le lendemain soir, j’entraînais ma femme au karaoké avec Antonin et Morgane. J’avais été promu coordinateur des relations publiques et je comptais bien fêter ça.
Cette promotion m’avait vraiment redonné confiance en moi, et je comptais bien continuer à gravir les échelons de ma carrière sans tarder.
Des soucis d’intendance m’empêchaient cependant, parfois, d’aller trop vite, comme cette fois où il avait fallu que j’installe une sécurité sur la cheminée. - Tu t’en sors mon chéri ? - Oui, j’ai presque terminé.
Nous avions failli mettre le feu à l’appartement, et il n’était pas question que cela se reproduise. - Heureusement que tu as vite réagi avec ce départ de feu... - C’est sûr... Je ne pense pas que le propriétaire nous aurait rendu notre caution... - J’ai eu une de ces trouilles... - Voilà, j’ai terminé. Tu n’auras plus à avoir peur, maintenant.
- C’est une bonne chose. Avec bébé qui doit arriver, c’est mieux d’éviter ce genre d’incidents... - Il ne devrait pas d’ailleurs être déjà là ? - Oui, il devrait ! Mais il a l’air de se sentir bien là où il est ! - J’ai tellement hâte. Tu n’as vraiment aucun symptôme de naissance ?
- Comme c’est joliment dit. Non, je n’en ai aucun. J’aimerais bien pourtant. Je n’en peux plus... - Il va certainement arriver dans les jours qui viennent de toute façon... Ton ventre est énorme !
Le lendemain, Yann vint à la maison, avec Béatrice. Nous n’avions pas compris pourquoi, mais nous le sûmes très vite. Les deux tourtereaux nous annoncèrent qu’ils étaient ensemble.
Yann s’était levé, et avait prié Béatrice de faire de même, et :
Nous avions fini la soirée avec du nectar pour célébrer leurs fiançailles, puis Yann et Béatrice étaient partis, heureux comme deux adolescents, lui la tenant par la taille. Maewenn et moi nous apprêtions, nous, à aller nous coucher... - Je trouve que Béatrice est parfaite pour Yann, tu ne crois pas ? - Léandre... Je viens de perdre les eaux...
- Et bien, heureusement que j’avais préparé le berceau ! On y va ?
Et l’accouchement commença...
Maewenn gémissait, criait, soufflait, poussait... Ça n’en finissait pas... - Pousse plus fort ma chérie... - Je voudrais bien t’y voir, toi !
Ma femme était, tantôt pâle, tantôt toute rouge, mais le bébé n’arrivait toujours pas... - Ça va aller, ma chérie, ça va aller ! - Je crois qu’il arrive !
Et elle arriva. Une petite fille. Toute petite dans son body jaune. Nous l’appelâmes Rose. - Tu t’es fait désirer, dis-donc !
Je les regardai... Elles étaient si belles, toutes les deux...
Lorsque Maewenn la reposa, la petite se mit à hurler. - Elle pleure déjà ? lui demandai-je. - Je crois qu’elle a faim.
Je pris le temps de serrer mon épouse contre moi, et de la féliciter pour la naissance.
Mais les cris de Rose commençaient à me percer les tympans : - Tu vas lui donner à manger, maintenant ? - Tu peux pas le faire, toi ?
Je ne sais pas pourquoi Maewenn avait voulu que ce soit moi qui nourrisse notre fille, mais lorsque je le fis, je réalisai à quel point elle était encore plus petite que ce que je ne l’avais cru.
Le quotidien avait repris, un peu différent de ce qu’on connaissait jusque-là, puisque notre rythme était en parti calé sur celui de Rose. Nous étions tous les deux très fatigués, et Maewenn, sûrement plus que moi. Ce jour-là, alors que notre fille dormait encore, nous étions descendus près de la piscine pour nous détendre un peu. C’est ce moment-là que je choisis pour faire part à Maewenn de tous nos secrets de famille. Je lui parlai de la Brume, de notre fondatrice Perrine puis des héritiers et de l’Elue. Je la renseignai sur la mission familiale et lui racontai comment nous obtenions nos objectifs. Et enfin, je luis fis savoir que sa famille, aussi, était concernée, et je lui expliquai la mission des Protecteurs. Elle resta un moment prostrée, sans rien dire. - Dis quelque chose s’il te plait...
- Quoi donc ? Je ne sais pas que dire... - Que tu es fâchée, par exemple. Tu as l’air fâchée... - Je ne suis pas du tout fâchée, je suis éberluée. Je pensais faire partie d’une famille normale. - Mais nous sommes des gens normaux. Je suis normal.
- Non Léandre. Tu as des pouvoirs. Je n’appelle pas ça « être normal », moi. - Je n’ai aucun pouvoir. J’ai une mission, c’est tout. - Bien sûr que si, tu as des pouvoirs, notamment celui de changer le monde, de voir quand il change, de voir apparaître les choses, comme San Myshuno, par exemple. Ou de parler avec le Créateur...
- Je ne lui parle pas. C’est lui qui me parle. Mais tu as raison, vu sous cet angle, ça ressemble à des pouvoirs. - Tu vois... - Ecoute, je suis désolé... Mais si toute cette histoire te chagrine à ce point-là, j’arrête la mission.
- Ce n’est pas ce que je veux. Si nous avions un monde autrefois, et que nous devons le retrouver, il faut que tu accomplisses ta mission. - Alors qu’est-ce que tu veux que je fasse ? - Rien du tout. J’essaye d’assimiler tout ça, c’est tout. Et d’envisager que ma fille sera probablement la prochaine Elue... - C’est très probable, oui...
- Et je n’en reviens pas que mon père et mon frère peuvent, eux aussi, voir les choses... - Ton père ne le peut pas. Même s’il a protégé notre famille depuis son adolescence, les Protecteurs ne sont arrivés que maintenant, avec Yann. - C’est une histoire de dingue... - C’est ce que tout le monde dit au début, oui...
- C’est incroyable tout de même de savoir que notre monde n’a pas toujours été ainsi, qu’il y avait autre chose, d’autres villes. Il me paraît déjà très bien tel qu’il est. - Pourtant il était beaucoup plus grand, et offrait beaucoup plus de possibilités, d’autres métiers par exemple. Sais-tu que les carrières que nous avons choisies toi et moi, n’existaient même pas lorsque nous étions adolescents ?
- C’est fou ! C’est donc pour cette raison que je n’ai jamais eu envie de devenir critique d’art, lorsque j’étais plus jeune ! - Tu ne m’en veux pas alors ?
- Bien sûr que non. Tu n’y es pour rien. C’est ton destin, c’est tout.
Ses mots me firent chaud au cœur. Je la pris dans mes bras pour l’embrasser.
- Mais ne me cache plus rien, d’accord ? me dit-elle doucement. - Je te le promets.
Ce dimanche-là, j’emmenai Maewenn dans le quartier. Au détour d’une conversation, j’avais mentionné les machines à bulles, qui étaient apparues en même temps que San Myshuno, lors du dernier changement, et que l’on trouvait partout en ville. Elle s’était donc mis en tête d’essayer. - Tu es sûr que tu ne veux pas tenter l’expérience avec moi ? - Sûr et certain. Et tu ne devrais pas non plus. Je t’ai dit qu’il pouvait y avoir des effets secondaires...
- Tant pis ! - Alors ? C’est comment ?
- Waow, ça arrache ! - C’est malin...
- Je vais essayer une autre saveur... - Quoi ? Tu devrais arrêter, oui ! - T’inquiète pas. Ce n’est pas méchant. Je me sens très bien. - Ça n’a pas l’air. Tu sembles complètement à l’ouest.
Lorsque ma femme essaya sa troisième saveur, je me levai. Elle commençait à m’agacer. - Lève-toi, tu veux ! On s’en va ! - Mais j’en ai pas envie, moi...
- Bon sang, mais tu as vu ta tête ? On dirait que tu as abusé du nectar ! Lève-toi, je te dis ! - Ça, c’est pas gentil du tout !
- Je ne cherche pas à être gentil. Je veux qu’on s’en aille. - D’accord, d’accord, rabat-joie... - Et pose ce tuyau. Il ne va pas venir avec nous !
Je l’emmenai faire un tour dans le quartier afin de la « dégriser » un peu, mais nous tombâmes sur une manifestation... - Ouais ! Super les gars, vous êtes géniaux !! criait Maewenn, sans savoir contre quoi ils manifestaient. Surtout la fille en maillot de bain ! T’as un super look ! Le comportement de ma femme me mettait vraiment très mal à l’aise. Je détestais me faire remarquer : - Maewenn, arrête ! Ces gens défendent leurs droits !
- T’es vraiment pas drôle. C’est vrai quoi, qu’est-ce qu’elle fait en maillot de bain. Il fait glacial aujourd’hui !
Heureusement, les effets de la machine à bulles finirent par s’estomper, et je retrouvai peu à peu, ma Maewenn. - Je crois que je ne toucherai plus jamais à ce truc-là, Léandre... - C’est mieux, en effet...
Une semaine plus tard, Angela avait organisé une sortie familiale au Maritime, le restaurant de poissons du quartier chic. Elle voulait fêter le mariage de Yann avec Béatrice, qui avait emménagé chez eux.
Seulement, Angela et Béatrice étaient tombées malades, et n’avaient pu se joindre à nous...
Nous en avions bien l’intention. L’endroit était superbe.
Morgane m’agaçait, à utiliser sa tablette, alors que nous étions à table, mais je décidai de l’ignorer, pour ne pas gâcher notre repas. Il faudrait quand même que je lui en touche un mot, à l’occasion.
Heureusement, la serveuse nous ramena nos plats, et tout rentra dans l’ordre.
Lorsque le déjeuner s’acheva, nous avions tellement traîné à table, que le début de soirée était déjà bien avancé.
Lorsque nous rentrâmes, Maewenn et moi prîmes une douche, et nous mîmes à l’aise pour travailler. Nous n’avions pas l’intention de manger, nous non plus.
En vérifiant les publications qui devaient sortir le lendemain matin, je m’aperçus que l’une d’entre elles, qui concernait un grand homme d’affaire, n’était pas prête... J’étais furieux. Je saisis mon téléphone pour appeler le responsable de la faute... - Et je peux savoir pourquoi l’article n’est pas prévu aux publications de demain ? Je jugeai sa réponse plus que douteuse. - Je m’en moque ! Vous y passez la nuit s’il le faut mais cet article doit sortir demain sur tous les réseaux sociaux ! Vous avez une idée de ce que veut dire « relations publiques » ? Parfois, je n’étais vraiment pas aidé par mes collaborateurs. Il me faudrait surveiller ça de près, si je voulais continuer à gravir les échelons de ma carrière, et je redoutais que certains soient prêts à tout pour obtenir la prochaine promotion, à ma place.
Un soir, Maewenn eut la bonne idée d’une sortie en discothèque, avec Yann et Béatrice. Nous avions vraiment besoin de nous échapper de l’ambiance ‘pipi-caca-bobo’ qui régnait à la maison. Notre fille était un bébé particulièrement pénible, qui pleurait tout le temps.
Angela et Aldéric s’étaient une proposés pour garder Rose. Nous avions de la chance car, entre mes parents et ceux de Maewenn, nous avions toujours quelqu’un pour vouloir pouponner. Même Morgane s’était révélée être une excellente baby-sitter.
Nous étions des parents veinards, ignorant tout, des services que pouvait apporter une nounou.
Nous étions en train de danser lorsque je le vis... Le pianiste... Il était toujours aussi jeune, il n’avait pas changé, alors que moi, j’avais vieilli. - Bonsoir. Vous vous rappelez de moi ? Vous aviez joué aux quarante ans de ma mère, lorsque j’étais enfant, et nous nous sommes croisés à l’Usine il y a quelques années. J’étais alors adolescent.
- Oui, c’est possible. Je vais souvent en discothèque. - Vous tenez la forme dites-donc ! Il faudra que vous me donniez votre secret. J’avais croisé cet homme enfant, puis adolescent. J’étais maintenant un jeune adulte et, lorsque je le regardais, il me semblait avoir exactement le même âge que moi... C’était incompréhensible mais il n’avait pas changé. - Je fais beaucoup de sport. - C’est certainement ça...
Je dus laisser le pianiste, car une voix féminine que je reconnaissais très bien, m’appela. - Maman ! Mais qu’est-ce que tu fais ici ? - Maewenn m’a gentiment invitée. Tu discutais avec Caleb ?
Tous ces mystères commençaient à m’agacer royalement.
Après la remarque de Maman, Caleb s’était excusé puis avait filé. Je m’étais aperçu que Maman avait eu la même expérience que moi avec cet homme, et qu’elle n’en savait guère plus que moi. Nous rejoignîmes Yann, Maewenn et Béatrice au bar. J’avais bien besoin d’un verre. Un homme qui ne vieillissait pas... Comment était-ce possible ?
J’avalai mon verre de nectar cul-sec.
Maewenn avait mal pris ma remarque, et je regrettai d’avoir été si maladroit :
Souvent, alors que nous étions en train de travailler, tentant de nous concentrer sur nos tâches respectives, Maewenn et moi étions dérangés par les hurlements stridents de Rose.
Heureusement que nous avions laissé son berceau à proximité, depuis sa naissance. Nous nous levions ainsi à tour de rôle. - Ça va durer longtemps, tu crois ?
- Elle va bientôt grandir. On devrait être plus tranquilles.
Et Rose finit par grandir... On nous avait dit que les bambins étaient d’adorables bouts de chou ! Mais qui avait dit cela ? Dès que nous pensions avoir un moment d’intimité...
... l’adorable bout de chou en question débarquait sur ses deux jambes, parce que, oui, maintenant il savait se déplacer tout seul... - Maman ?
- Qu’est-ce qu’il y a ma chérie ? - Je veux jouer !
- Et bien va jouer dans ta chambre. Tu as plein de jouets. - Mais je veux jouer avec toi !
« Manquait plus que ça ! », ne pouvais-je m’empêcher de penser lorsque Maewenn m’annonçait qu’elle m’abandonnait pour aller jouer avec notre fille.
D’adorables bouts de chou, non... Des voleurs de mon temps avec ma femme chérie, oui... Tous les soirs, c’était la même chose... Quand elle ne s’occupait pas à mettre le bazar...
- Et voilà ! Ça recommence ! J’en peux plus ! disais-je à Maewenn. Et je n’en pouvais vraiment plus. Mais elle me répondait, invariablement : - Bon, tu prends un bazar, je prends, l’autre, okay ?
Et nous étions astreints à nettoyer au lieu de nous lover l’un contre l’autre, pendant que Mademoiselle Rose jouait tranquillement dans sa chambre. - Ça ne peut plus durer. Il va falloir la punir un jour ! marmonnais-je entre mes dents...
En plus, notre fille était capricieuse, lorsque venait l’heure bénie de son coucher, celle que j’avais attendue toute la journée, elle refusait toujours de se mettre au lit. - Non ! Je veux pas !
Maewenn avait une patience à toute épreuve, alors, je la laissais gérer ces moments délicats : - Pourtant il va falloir te coucher. Il est déjà très tard, tu sais. - J’ai pas envie !
Et lorsqu’elle n’y arrivait plus, je prenais le relais, mais le ton employé n’était plus le même : - Et depuis quand c’est toi qui décides ! Alors, au lit ! Et tout de suite ! - Oui Papa.
Une chance pour nous, lorsque j’élevais la voix, elle se calmait. - Yes, elle dort ! s’exclamait alors Maewenn. Et moi, je soufflais : - Ben, c’est pas trop tôt !
Je pouvais enfin embrasser ma femme tranquillement, en me demandant si nous n’avions pas fait une bêtise, le jour où nous avions décidé de garder notre bébé. Nous étions tellement bien, tous les deux, avant qu’elle n’arrive dans nos vies...
Ce jour-là, Rose était partie pour la journée chez mes parents, et j’avais rejoint Maewenn dans la salle de bain. - Ça fait du bien un peu de tranquillité, tu ne trouves pas, ma chérie ? - Oh oui ! Cela faisait une éternité que je n’avais pas pris de bain, par exemple. Toutes ces douches à la va-vite..., c’est moins agréable. - Il faut dire que Rose est très prenante... tentai-je, l’air de rien.
Je marchais sur des œufs. Je ne voulais pas que Maewenn soit heurtée par ce que j’aurais pu dire. - Très prenante et très présente, me répondit-elle. J’apprécie vraiment quand nos parents la prennent avec eux.
- Je t’avoue que moi aussi... soupirai-je. - Tu sais, je regrette vraiment ces moments où nous n’étions que tous les deux, Léandre...
- Moi aussi. Malheureusement, on n’en a pas eu beaucoup... Et tu regrettes Rose ? - Non, je n’irai pas jusque-là. Mais on l’a fait beaucoup trop tôt. - On a été imprudents, et on n’a pas mesuré les conséquences... - C’est certain. Mais ce qui est fait, est fait.
Je voulais quand même tâter le terrain, pour vérifier ce que pensait réellement Maewenn des enfants : - Qu’est-ce que tu dirais si je te demandais d’avoir un autre enfant ? - Tu plaisantes ! Je ne suis pas une poule pondeuse ! J’en ai fait un. Il n’y en aura pas de deuxième ! Jamais.
- Tant mieux. C’est ce que je voulais t’entendre dire. Car moi non plus, je ne veux plus d’enfants. - Parfait. De toute façon, j’ai pris mes dispositions pour que ça n’arrive plus, me répondit-elle, déterminée.
Ma femme était extraordinaire. Nous étions toujours sur la même longueur d’ondes.
Ce jour-là, dans la salle de bain, notre décision avait été sans appel, et j’espérais de tout cœur que Maewenn ne reviendrait pas dessus. Ce n’était pas ainsi que j’avais imaginé ma vie avec elle. Un enfant n’avait jamais été prévu dans le tableau de mon bonheur idéal. En tous cas, pas tout de suite. Pourtant, nos parents avaient été heureux de nous avoir. Tout avait été trop vite pour nous. Nous étions à peine sortis de l’adolescence lorsque Maewenn avait su qu’elle était enceinte...
Partagez vos captures d'écran et créations personnalisées, des mods, des défis, et des moments amusants dans le Coin Créatif des Sims 4.Latest Activity: 23 minutes ago2,321 Posts