[SBS] **Les Chevalier au fil du temps**
màj 25/07/25 - G8 Chapitre 8
Février 2021 (sur le forum vert) : ""Je me lance pour vous raconter l'histoire de la famille Chevalier.
J'ai commencé cette histoire avec le « challenge du Père Castor » qui avait été créé par Allycorne et qui m'avait donné envie de suivre un challenge.🙂 Malheureusement, elle a depuis quitté le forum pour vaquer à d'autres occupations. A l'époque, le challenge allait sur trois générations et s'arrêtait à « Heure de Gloire » mais depuis, nous avons eu d'autres extensions et packs... Alors, à un certain moment de l'histoire, je me suis lâchée sur les règles du challenge et il est devenu une sorte de challenge-legacy.
J'ai vu depuis que @Elinoee avait repris les règles pour en faire le « Challenge Step by step » !🤩 Elle a fait un travail de Titan sur le sujet, et franchement, les règles sont complètes et présentent de réels défis. Si j'avais su, j'aurais attendu !🙄 Mais de mon côté, j'en suis arrivé à la huitième génération (la génération vampire, que j'ai d'ailleurs du mal à quitter), et j'ai pris tellement de libertés avec les règles que je ne vois pas comment je pourrais rattraper tout cela.
Mais je vais essayer. Je vais vous conter ce que j'avais fait depuis le début, depuis ma fondatrice, Perrine et je reprendrai les règles du pas à pas d'Elinoee à la génération 9. Je ne sais pas comment je vais faire pour adapter mais je trouverai bien ! 😊
Il faut savoir que j'ai commencé cette histoire il ya deux ans (en 2019). A l'époque, je n'étais pas très au point sur les captures d'écran et je ne savais pas comment retirer un plumbob au-dessus de la tête de mes sims. Donc, pardonnez-moi par avance. Les choses s'amélioreront ensuite. Pour la chronologie, je crois, de mémoire, que j'avais écrit le prologue après la génération 2. "
Je vais garder ce premier post pour le sommaire.😇 Bonne lecture.🙂
Nous avions dû refaire la chambre de Rose et surtout, dès le lendemain de son anniversaire, lui racheter un lit car elle trouvait le sien trop petit. Le lit et la table de chevet qu’elle avait choisis, étaient de couleur sombre, mais c’est ce qu’elle voulait. Dans les jours qui avaient suivi, elle s’était séparée de sa maison de poupée et avait tenu à ce qu’on enlève tous les stickers qui se trouvaient sur les murs. Bizarrement, elle n’avait conservé qu’une affiche, des boules à neige et des tubes à bulles que je lui avais ramenés des festivals auxquels j’étais allé.
Nous lui avions aussi acheté un ordinateur afin qu’elle cesse d’utiliser les nôtres.
Rose était une petite fille indépendante. Elle gérait seule son travail scolaire, sans que Maewenn et moi ne nous en mêlions. Nous n’avons d’ailleurs jamais vraiment su quels étaient les devoirs qu’elle avait à faire, mais elle ramenait de bonnes notes, ce qui nous convenait.
Elle s’amusait souvent à faire des bulles avec les tubes que je lui avais offerts. J’ai l’impression qu’elle avait une préférence pour celui de la Convention geek. Je lui en rapporterais un autre, la prochaine fois que la convention passera en ville.
Je l’avais plusieurs fois surprise à s’entraîner à chanter. Au début, mes pauvres oreilles avaient beaucoup souffert mais maintenant, je reconnais qu’elle se débrouillait vraiment très bien. Elle avait dans l’idée de faire un petit spectacle pour Maewenn en chantant en duo avec moi. J’avais accepté. Toutes les occasions de chanter étaient bonnes pour moi.
Cette indépendance de Rose nous facilitait la vie. Terminée la période bambin, où nous devions nous occuper d’elle. Elle se lavait toute seule, mangeait même parfois toute seule, et se déplaçait toute seule. Lorsqu’elle voulait sortir avec des amis, voir ses grands-parents, ou aller jouer aux échecs à la bibliothèque ou au parc (elle adorait les échecs), elle n’avait plus besoin de nous. C’était autant de temps de gagné sur nos activités... Merci la ville et merci les bus !
Maewenn avançait d’ailleurs à grands pas sur son dernier livre, la biographie de ma chère mamie, Linette.
Et je m’octroyais des moments de détente, que je n’aurais jamais cru possible avant.
Ce jour-là, il faisait beau et le marché aux puces était en ville. Nous décidâmes d’aller y faire un tour en famille. Nous étions arrivés, depuis trente minutes à peine, que j’entendis Rose quémander quelque chose à sa mère, sur le ton du caprice. - S’te plait, Maman, ce sera pas cher au marché aux puces !
Rose désirait ardemment le « kit d’apprenti scientifique », un jeu qui offrait la possibilité de faire des expériences chimiques, comme les grands. Cela faisait plusieurs fois déjà qu’elle nous en parlait.
- Ce n’est pas la première fois qu’elle mentionne ce jeu... me dit Maewenn. - Non mais elle risque d’être déçue... à moins qu’un autre enfant veuille se débarrasser de son kit, et qu’elle ait un gros coup de chance.
- Oh zut, ces baguettes ! Je n’étais décidemment pas fait pour cette nourriture exotique... - Concentre-toi, tu vas y arriver.
J’optai finalement pour avaler ma soupe directement au bol. Je sais bien que cela ne se faisait pas, mais ça alla quand même bien plus vite. - Je pense que Rose doit être un petit génie, ma chérie. - Tu crois ?
- Observe... Elle passe son temps à aller jouer aux échecs. Elle a même battu mon père, une fois. Et maintenant elle veut ce kit pour scientifiques en herbe... - Tu n’as pas tort, dans le fond.
- Je pense qu’on devrait lui acheter ce kit. - Je marche avec toi. Et je pense même qu’on devrait lui acheter un échiquier.
J’attendis que Rose se soit éloignée pour parler à Maewenn : - Pour l’échiquier, je propose d’attendre un peu. Ça risque de faire beaucoup... - Et pour le kit ? - Je te propose d’aller l’acheter maintenant. Elle aura la surprise en rentrant.
Ce soir-là, après le dîner, Maewenn et moi nous sommes installés devant la télé. Maman avait appelé pour dire qu’elle gardait Rose à dîner. Nous avions acheté le fameux kit d’apprenti scientifique dans l’après-midi.
Rose rentra vers vingt-et-une heures. - Bonsoir ! Vous avez le bonjour de Papi et Mamie, et de Tatie Morgane. - Très bien. Mais tu ne devrais pas t’asseoir. Il y a une surprise pour toi là-haut. - Ah bon ?
On entendit le cri de joie de notre fille depuis le salon. - Je crois qu’on a réussi notre coup ! - J’en ai bien l’impression.
Pour fêter ça, Rose souhaita que nous donnions notre petit spectacle à Maewenn le soir-même. Je m’amusais beaucoup.
D’ailleurs, je crois que c’est la première fois que je m’amusais ainsi avec ma fille.
Mon père décéda quelques temps après. Rose étant à l’école, nous nous retrouvâmes tristement au cimetière, Maman, Morgane, Maewenn et moi.
Ma femme et moi étions désormais tous deux orphelins de père...
Quelques mois plus tard, alors que nous nous relevions de la peine subie par le décès de Papa, le Festival Frasques et Humour fit son apparition en ville.
Maman avait décidé que nous nous y rendrions tous, que cela nous ferait du bien.
Elle avait même invité Angela, Béatrice, Yann et Gildas à se joindre à nous.
J’étais assis au bar avec en train de discuter avec Béatrice et Morgane lorsque j’aperçus Caleb... Il s’apprêtait à parler à Rose mais Maman l’interpella. Je ne jugeai donc pas utile de me lever et observai la scène de loin.
Étonnamment, Maman ne lui réserva aucune marque d’hostilité. - Salut Cassandre. - Bonsoir Caleb.
- Mes condoléances pour ton mari. Je n’ai appris sa disparition, que récemment. - Je te remercie. Ils discutèrent encore un moment puis Caleb quitta le festival. Nous y avons passé une très belle soirée. Maman avait raison. Cela nous avait fait du bien à tous.
Ce jour-là, j’endossais mon costume-cravate pour aller au travail. Il y avait une grande conférence de presse dans les locaux de Sim.TV et je me devais, en tant qu’attaché de presse, d’être irréprochable. Je n’avais même pas oublié le badge de Sim.TV, c’est dire !
Pendant ce temps, Rose serait à l’école, et Maewenn, déjeunerait avec sa famille au restaurant de Maman. Elle m’avouera y avoir passé un très bon moment. Elle avait même appris que son cousin Antonin s’était marié il y a peu avec une jeune femme nommée Chantal. Et oui ! Tout le monde grandissait.
Lorsque je revins de ma conférence de presse, je fus étonné de trouver Maewenn en train de peindre. - Bonsoir chéri. Elle m’expliqua qu’elle devait améliorer ses compétences en peinture, pour obtenir sa nouvelle promotion, et comme elle n’avait que quelques notions, elle s’y était mise dès son retour du restaurant. - Qu’est-ce que tu en penses ?
Je décidai d’aller voir Rose mais notre fille était déjà partie pour le pays des rêves.
Lorsque je rentrai à la maison ce soir-là, ma femme était toute guillerette et chantait dans la cuisine en faisant voler le sel et le poivre ! - Voilà une maison où il fait bon rentrer ! Qu’est-ce qui te rend si joyeuse ?
- Ça y est, j’ai eu ma promotion ! Je ne me suis pas sali les mains à peindre pour rien ! - J’espère bien ! Et quel poste t’ont-ils donné ? - Critique raffinée, Monsieur... - Rien que ça ! Mais c’est une super bonne nouvelle !
- N’est-ce pas ! Je ne pensais pas l’avoir si tôt ! - Tu as bien bossé. C’est mérité.
- Ça te dit d’aller au karaoké ce soir pour fêter ça ? - D’accord. Mais je regarde, je ne veux pas chanter.
Maewenn me regarda donc chanter. Je m’étais même inscrit au concours. Une fois n’est pas coutume. Je sentais que ma femme allait me porter chance. Porté par l'ambiance, je finis même sur un final endiablé.
Lorsque mon tour fut terminé, nous allâmes nous asseoir pour boire un verre. - A la tienne, ma chérie. Et à ta promotion ! - Maintenant, il va falloir que j’assure.
- Et pourquoi tu n’assurerais pas ? Tu fais très bien ton boulot. Je le vois bien. - J’ai juste un peu peur. Ce sont des nouvelles tâches. Et si on allait s’asseoir là-bas pour mieux entendre les résultats ?
Les résultats ne se firent pas attendre, et je fus agréablement surpris d’être proclamé vainqueur du concours avec quatre-vingt-six points sur cent ! - Yes ! Je suis trop content de moi !
Le lendemain, nous nous installions sur la terrasse pour discuter. La neige recommençait à tomber mais il faisait beau. Maman m’avait appelé hier, pour me demander de revenir vivre chez elle, avec Maewenn et Rose. Mais je n’avais pas eu le courage d’en parler à ma femme, tant elle était heureuse pour sa promotion. C’était le moment de le faire. - Aller vivre chez ta mère ? Avec la petite ? - Je pense que depuis la mort de Papa, elle a plus besoin de moi qu’avant. - Mais il y a Morgane. Elle vit toujours avec elle, non ?
- Oui mais Morgane n’est pas un homme... Je crois qu’une présence masculine la rassurerait. - C’est sûr... Mais tu te vois quitter San Myshuno, toi ? - Parce que moi... pas vraiment... ajouta-t-elle.
Moi non plus, en réalité, mais je ne pouvais pas le lui dire si je voulais la convaincre de quitter la métropole. Je savais que Maewenn aimait autant que moi vivre ici. Mais je ne pouvais pas dire non à Maman. C’était Maman. - Je pense qu’il faut voir le bon côté des choses. Par exemple, nous aurons les nounous à domicile pour Rose. Plus besoin de l’emmener ou d’aller la rechercher à Windenburg ou à Willow Creek. - Tu parles d’un argument... Nous étions tranquilles ici...
- A part quand Rose s’impose dans notre chambre, ou qu’elle passe son temps à nous parler... - C’est vrai que chez ta mère, elle aura d’autres personnes à embêter.
- Exactement ! - Et nous pourrions être plus disponibles l’un pour l’autre, et pour nos carrières. - Tout à fait. C’est pour ça que je te demande d’y réfléchir. - On déménagerait quand ? - A la fin du mois prochain. - Ta demande n’est pas facile du tout... J’aimais bien cet appartement. - Réfléchis-y, tu veux bien ? On en reparlera plus tard. - D’accord, je te le promets.
N'ayant pas pu publier l'intégralité de ce chapitre ici, je vous propose de lire la suite sur mon blog : G7/ Chapitre5 Sortir de sa bulle
G7/ Chapitre 3 Des parents très occupés - (part.2/2) ______________________________________________________
Ce jour-là, Maewenn et moi avions décidé de faire un tour à la salle de sport. Je m’étais tout de suite attaqué au punching-ball, mais ma femme jugeant cette activité un peu trop masculine, préféra aller sur le tapis de course.
Nous étions bien motivés. Mais arrivés en bas pour faire un peu de musculation, nous croisâmes Maman, et Maewenn engagea la conversation avec une vieille copine.
Nous venions, tous les deux, d’apercevoir Caleb.
Ce samedi-là, nous sortions en couple. Nous avions décidé de dîner au Burger Sims, avec Yann et Béatrice.
Cette dernière était enceinte. Elle attendait le futur cousin de Rose, mais surtout, le futur Protecteur de la famille.
Béatrice nous apprit que Yann lui avait tout raconté à propos de notre famille.
Quelques semaines plus tard... La neige avait fini de tomber, et Maewenn commençait son tout premier livre. Elle commença par Michèle, mon arrière-grand-mère, là où s’était arrêté mon ancêtre Olivier, son frère.
De mon côté, je venais d’être promu coordinateur des relations publiques. Je me devais de me tenir à jour, et de publier un maximum d’informations récentes sur les réseaux sociaux. - Je te jure, il y a des gens qui font des trucs vraiment bizarres, parfois... - Tu vérifies tes sources, j’imagine.
- J’ai intérêt si je ne veux pas faire de désinformation. - Je connais ton sérieux. Tu ne risques pas d’en faire. Tu es trop méticuleux pour ça.
- Et toi, tu avances ? - J’ai toujours cette information manquante à laquelle tu n’as pas de réponse. - Appelle ma mère. Elle a dit que tu pouvais l’appeler n’importe quand si tu avais besoin de renseignement.
Ce jour-là, Maewenn et moi avions envie de chanter un peu et nous étions rendus au bar à karaoké. Mais en arrivant, j’eus la surprise d’y trouver Caleb.
Je n’avais vraiment pas envie d’engager une conversation avec lui. Nous nous toisâmes un moment, alors qu’il continuait à chanter.
Puis j’emmenai Maewenn au bar. - Tu vois ce type. Je l’ai croisé plusieurs fois dans ma vie. Il ne vieillit pas et, en plus, il est toujours après notre famille. La dernière fois que je lui ai parlé, c’était il y a trois ans, ici-même. Alors, on boit un verre, et on s’en va.
Maman avait invité Maewenn à la Boulangerie Jules, pour parler une nouvelle fois de la famille. Maman adorait cet endroit qui appartenait autrefois à ses parents et elle aimait beaucoup ce qu’en avait fait les nouveaux propriétaires, principalement la notion de service à table, comme dans un restaurant.
Cyrielle, la femme de David Manille, le meilleur ami de Papa, y avait été embauchée, et je pense que c’était une autre des raisons qui lui faisait affectionner cet endroit. Maman s’entendait très bien avec Cyrielle.
Maewenn ne fut pas déçue. Maman était une mine d’information inépuisable, sur notre famille, et elle en apprit, une nouvelle fois, beaucoup pour étoffer la biographie qu’elle était en train d’écrire. Lorsque je les écoutais, toutes les deux, je me rendais compte que ma femme en savait beaucoup plus que moi-même, sur note histoire familiale.
Ma femme, ma petite femme. Je voulais la croire fragile même si elle me clamait être forte.
Quelquefois, avant d’aller nous coucher, je lui jouais un morceau que j’avais écrit et composé, exclusivement pour elle, dans la journée.
Elle m’écoutait alors, émue, et souvent la larme à l’œil. Je l’aimais tellement.
Elle fondait à tous les coups...
Et nous assurait un coucher rempli d’amour. De quoi passer une très bonne nuit...
Un soir, je reçus un appel de Yann, m’annonçant la mort d’Aldéric. Il me confiait la délicate tâche de prévenir sa sœur. C’était la première fois que Maewenn et moi étions confrontés à un tel drame, dans notre vie si parfaite. Aldéric... Il m’avait toujours paru si... indestructible.
Je la pris dans mes bras et je sentis son petit corps soubresauter contre moi.
Cependant, elle se ressaisit très vite. - Il va falloir annoncer la nouvelle à Rose, me dit-elle.
Rose pleura beaucoup dans les bras de sa Maman.
Elle pleura beaucoup et longtemps car Maewenn n’arrivait pas à la calmer. Lorsque je la regardai, à ce moment précis, je me dis qu’il fallait absolument que je fasse un peu plus attention à cette bambinette qui était la mienne. Je lui en avais tellement voulu d’être née, et d’avoir gâché ma vie avec Maewenn, que je ne m’étais pas beaucoup occupé d’elle. Elle avait l’air si triste. Aussi triste que sa maman.
Quelques mois plus tard... Une soirée chez Papa et Maman. J’étais venu leur annoncer ma nouvelle promotion. J’étais devenu attaché de presse. Sims.TV m’accordait de plus en plus de crédit et de confiance.
Quelques soirs plus tard, nous nous rendîmes au festival des épices. Maewenn y tenait beaucoup. - Mon amour, on va tenter le défi du curry épicé ! - Si tu le dis...
Nous nous assîmes sur une banc à l’écart des autres... - Peut-être mais c’était trop bon... - J’adore le goût. Le curry est un vrai régal.
- Ça ne te brûle pas ? La dernière fois, tu avais la bouche en feu... - Mais pas cette fois. Tu ne veux pas réessayer ?
- Non merci. Je préfère oublier. - Tu ne sais pas ce que tu rates. C’est excellent !
- Certainement. Tu vois, je plains ces pauvres gens qui, tout comme toi, vont tenter le défi. Ils ne savent pas ce qui les attend. - Certains d’entre eux, à mon avis, adorent les épices...
Ma femme revêtit soudain le t-shirt du festival. Elle venait de gagner le concours du curry épicé, et était toute fière de le montrer ! - Et tu n’as pas froid comme ça ?
La neige s’était remise à tomber de plus belle à San Myshuno...
C’est ce jour-là que Maewenn avait commencé à écrire un bel article sur le festival des épices, un article qui avait fait l’unanimité, et lui avait valu une promotion : exploratrice de spectacles. Bravo, ma chérie ! J’étais très fier de ma femme. Nous avancions donc tous les deux vers le sommet de nos carrières, doucement mais sûrement. En tous cas, c’est ce que l’on dit...
Notre fille Rose allait grandir aujourd’hui, et devenir une petite fille. C’était un évènement que nous attendions, Maewenn et moi, avec impatience, car la petite bambinette serait plus autonome. Maman était arrivée la première, pour aider Maewenn.
Toute la famille nous avait rejoints, un peu plus tard. Il y avait Papa, Yann et Béatrice, ma belle-mère Angela accompagnée de Gildas (qui était devenu ado), et d’Antonin, son neveu.
Yann et Gildas m’avaient aidé à installer une table supplémentaire, pour l’occasion. Puis lorsque tout fut en place, j’apportai enfin le gâteau. Rose attendait avec impatience.
Mais elle grandit très vite, une fois les bougies soufflées.
Tout le monde se ruaient sur les délicieux gâteaux que Maewenn avait préparés. Je ne sais même plus à quel moment Lilith et Corentin nous avaient rejoints.
Certains préféraient le gâteau au chocolat mais celui au glaçage bleu, avait davantage d’amateurs.
Quant à moi, j’essayais de débarrasser au fur et à mesure. Maewenn en avait déjà tellement fait pour cette journée d’anniversaire... Et Rose ? Elle restait la reine de la fête. Cette journée était pour elle.
J’avais fait un maximum de vaisselle pendant que tout le monde discutait...
La fête se poursuivait, conviviale et chaleureuse... Après avoir papoté avec ses mamies, notre fille trouva les bras de son papi.
Je la vis discuter un moment avec lui, alors que les adultes s’étaient engagés dans des conversations plus légères.
Papa avait l’air à l’aise...
...et leurs échanges très complices.
Lorsque tout le monde partit, je demandai à Rose de finir de débarrasser la table et de tout mettre au frais. Maewenn et moi en avions beaucoup fait et nous étions épuisés. Elle trouva le moyen de discuter... - Mais Papa... - Il n’y a pas de « mais ». Ta mère a cuisiné toute la journée, et j’ai déjà tout débarrassé. A toi de finir.
Non mais c’est vrai, quoi, il fallait apprendre aux enfants à aider leurs parents.
G7/ Chapitre 3 - Des parents très occupés (part. 1 /2) _______________________________________________________
Ce soir-là, nous sortîmes en famille pour faire un karaoké dans le quartier de la mode, avec Papa, Maman et Morgane. Nous avions même emmené Rose car ma petite sœur avait promis de s’en occuper. Je m’étais inscrit au concours de karaoké, mais avant qu’il ne commence, je m’y amusai en amateur et je chantai avec ma femme. J’adorais chanter avec elle. Cela renforçait notre complicité.
Et ce soir-là, Maewenn et moi avions fait une très belle prestation, devant les yeux éblouis de notre fille. - C’est Papa et Maman ! - Oui. Tu as vu comme ils chantent bien ! lui disait Morgane, qui l’avait accompagnée devant la scène.
Une fois notre chanson terminée, nous laissâmes Morgane se dépatouiller avec notre fille qui voulait absolument tenir le micro, et nous nous approchâmes du bar afin de nous y désaltérer. Le chant, ça donnait soif.
Notre première fan, sans doute... Maewenn la remercia.
Cette soirée s’annonçait bien. En plus, Morgane s’occupant de Rose, nous n’avions pas l’esprit encombré à sa surveillance...
...et nous pouvions profiter pleinement de chaque instant.
- Qu’est-ce que tu veux boire, Samuel ? disait une voix féminine, derrière nous. - Je ne sais pas trop. Je me demande ce que mon père vient faire ici, c’est tout...
Nous étions tellement occupés à discuter que nous ne vîmes même pas Morgane s’éloigner avec Rose.
Lorsqu’elle arriva sur le trottoir, devant le club, elle n’aperçut, nous dit-elle, qu’un père de famille, discutant avec son fils.
Alors, lorsqu’il lui proposa de garder sa nièce, pendant qu’elle faisait un tour rapide aux toilettes, elle ne se méfia pas. Après tout, il n’avait pas une crête verte sur la tête, lui !
A l’intérieur du club, Christian nous alerta... - Où est Rose ? Je viens de voir Morgane partir au toilettes, seule.
Nous nous apprêtions à nous lever, lorsque Morgane sortit des toilettes et vint s’asseoir avec nous... - Morgane, tu as fait quoi de ma fille ? lui demandai-je, en essayant de rester calme.
- T’en fais pas, me répondit ma sœur. Elle est dehors avec un petit garçon et son Papa. Je bois juste un verre, et j’y retourne. - Quoi ? Mais tu es folle ou quoi ? Tu as laissé notre fille à un inconnu ?
Quelle inconscience ! Et, en plus, elle me prenait de haut !
Ne voyant pas Morgane revenir, j’’avais décidé d’aller voir ce qu’il se passait... Je reconnus tout de suite l’homme qui se tenait auprès de ma fille.
La seconde d’après, Caleb avait disparu. - Je suis désolée... me dit Morgane. Ils discutaient ensemble... J’ai supposé que c’était son père... - Tu as supposé ?!! Mais enfin, tu as confié Rose à un inconnu ! J’étais hors de moi.
- Ne me crie pas dessus, je t’en prie... - Mais si ! Il aurait pu se passer n’importe quoi ! T’es inconsciente ou quoi ? Elle a trois ans, nom d’une pipe !
- Je suis désolée, Léandre... Je me calmai. Je vis que Morgane avait les larmes aux yeux. - Ok...
Elle ne faisait pas la maline pour une fois, elle était sincèrement désolée. - Crois-moi, si je pouvais revenir en arrière, je ne referai pas la même erreur. - J’en suis sûr. Calme-toi, tu veux. Je vais aller chercher Maewenn, et lui dire qu’on s’en va.
- Tu vas en parler à Papa et Maman ? - Non. Ni même à Maewenn. Tu l’as laissée à un gentil Papa avec son fils, c’est tout. Rien d’alarmant.
- Merci Léandre. Même si je sais que maintenant, tu ne me laisseras plus garder Rose... - Au contraire, tu la garderas encore. Je suis certain que cette histoire t’aura fait réfléchir. Et tu es ma sœur. Je t’aime, et tu as le droit à une seconde chance. On fait tous des erreurs quand on est ados.
Cet après-midi-là, il faisait beau. Papa et Maman avait gardé Rose, pendant que Maewenn et moi avions fait une sortie au spa en amoureux. Nous revenions la chercher mais notre fille semblait ne pas vouloir partir.
Rose s’était mise à pleurer...
Deux ans plus tard... Rose venait d’avoir cinq ans. Elle était devenue une bambinette indépendante, nettement moins accrochée à nos basques qu’elle ne l’avait été par le passé. Elle s’occupait toute seule dans sa chambre, jouant sur sa tablette, ou parlant à un ami imaginaire...
Elle allait sur le pot sans nous solliciter, et se servait les plats pour enfants que Maewenn lui avait préparés, dans le frigo. Je pense que c’était une bambinette très intelligente qui avait compris que Papa et Maman étaient des parents très occupés.
Grâce à cela, nous pouvions vaquer à nos occupations plus sereinement. J’avais même recommencé à jouer de la guitare, chose qu’il m’avait été très difficile de faire lorsque Rose apparaissait constamment pour me distraire.
Ce matin-là, lorsque Maewenn et moi nous levâmes, nous découvrîmes un paysage féérique. La neige était tombée toute la nuit et recouvrait San Myshuno d’un manteau blanc. - Et si nous allions faire un tour ? Le quartier des épices, ça te tente ?
Lorsque nous arrivâmes, nous fûmes émerveillés par la voix d’une chanteuse de rue qui jouait tout aussi magistralement du violon. Nous nous arrêtâmes un long moment pour l’écouter...
...puis j’allai jeter un pièce pour la chance dans la fontaine à souhait. - Puisse notre amour être toujours aussi puissant dans les années à venir !
Ma femme m’entraîna ensuite vers un kiosque de nourriture et nous commanda deux currys. - Waow ! C’est bon mais ça arrache !!!
Le fleuve de San Myshuno avait presque complètement gelé.
J’y accompagnai ma tendre épouse... Ce paysage magique se prêtait complètement à une démonstration romantique.
Elle me parla d’une conversation qu’elle avait eue avec ma mère, à propos des écrits sur la famille, ceux de mon ancêtre Olivier, dédiés aux enfants, et enfin, toutes les biographies écrites depuis Perrine, notre fondatrice. Elle me demanda si je souhaitais continuer à écrire ces biographies, ou les livres pour enfants... - Non, je n’y tiens pas particulièrement. Pourquoi ? - Parce que j’aimerais écrire la suite de ces biographies, tout comme les histoires dédiées aux enfants. Cela me plairait beaucoup.
- Je ne suis ni Elue, ni Protecteur. Ce serait ma façon de participer à votre histoire. Je suis ta famille, n’est-ce-pas ? - Oui, tu l’es. Et cela me fait très plaisir que tu t’impliques ainsi. Alors, écris. Je t’y encourage.
Ce mois-là, Maewenn avait prévu d’inviter nos deux familles à tour de rôle. Elle commença par la sienne. Ce soir-là, malheureusement, je fus retenu par le travail.
Mon beau-père et ma belle-mère étaient là, Aldéric et Angela, bien sûr, mais aussi Lilith, la tante de ma femme, et son mari Corentin qui n’était autre que mon arrière-arrière-petit cousin. Ils n’avaient pas emmené leurs enfants. Les deux jumelles avaient bien vieilli...
Aldéric était différent lorsque Corentin était avec lui, plus jovial, plus enclin à la plaisanterie.
Ce soir-là, c’est ma famille que nous recevions. Rose insistait pour que je lui fasse un câlin, mais nous n’avions pas le temps. - Papa, papa, on joue ensemble ?
- Pas maintenant, ma puce. On attend Papi Christian et Mamie Cassie. Et il va falloir aller te coucher.
- Voilà, le poulet est dans le four. - Il est drôlement gros ton poulet ! - Bien sûr, c’est un poulet fermier. Je l’ai eu dans une petite ferme de Windenburg. Il fallait qu’il y en ait pour tout le monde.
- Moi aussi, j’aime le poulet, nous dit Rose. - Mais toi, tu as déjà mangé ma puce. Je vais faire en sorte de t’en garder pour demain.
- Il faudrait lui prendre le bain, d’ailleurs, me rappela Maewenn. Moi, je ne peux pas, je surveille la popotte. - Quoi, maintenant ? - Oui...
Ouf, je fus sauvé par la sonnerie du téléphone... - Allô, oui ?... Bien sûr Papa, pas de problème... Mais non, pas du tout. Venez maintenant.
- Papa et Morgane sont allés se balader dans San Myshuno et ils sont arrivés dans le quartier chic. Ils voulaient savoir s’ils pouvaient venir tout de suite, même s’ils sont en avance. Je leur ai dit que oui. Rose prendra son bain un autre jour.
- Tu as bien fait. Ta mère n’est pas avec eux ? - Non. Elle travaillait. Elle arrivera comme prévu, j’imagine.
Papa et Morgane arrivèrent cinq minutes plus tard. J’avais échappé au bain de Rose...
Maman était arrivée quelques trente minutes plus tard, pimpante et resplendissante, comme si elle n’avait pas travaillé en cuisine, toute la journée.
Maewenn alla coucher Rose puis nous passâmes à table. Ma femme expliqua à Maman qu’elle souhaitait continuer les écrits de la famille : les histoires pour les enfants mais aussi, les biographies.
Le repas se termina dans la convivialité. Tout le monde était heureux que Maewenn se lance dans la suite des histoires de notre famille.
Ce jour-là, Maewenn et moi étions descendus de notre tour, pour montrer à Rose comment faire un bonhomme de neige.
Mais notre fille préféra aller jouer toute seule dans la neige. Elle rigolait toute seule tandis que, nous aussi, nous amusions beaucoup.
Et lorsqu’on finit...
Je conduisis donc ma femme et ma fille dans le quartier de la mode, afin de découvrir ce qu’était cette convention. Maewenn se lança, à l’aise, sur l’un des plateaux de jeu.
Et je ne tardai pas à suivre son exemple. Je voulais moi aussi, vivre cette expérience de jeu en trois dimensions.
Mais ne pouvant laisser Rose seule plus longtemps, nous sommes allés admirer les fusées avec elle. Notre fille était très intriguée par ces grosses machines qui pouvaient aller dans l’espace, et nous avons tout de même passé un moment tous les trois.
Ce soir-là, Angela vint nous rendre visite, avec Gildas, le petit frère de Maewenn et Yann. Je n’étais pas encore rentré à la maison. - Bonsoir ma chérie. J’espère qu’on ne te dérange pas... Gildas voulait absolument te voir.
Le lendemain soir, j’entraînais ma femme au karaoké avec Antonin et Morgane. J’avais été promu coordinateur des relations publiques et je comptais bien fêter ça.
Cette promotion m’avait vraiment redonné confiance en moi, et je comptais bien continuer à gravir les échelons de ma carrière sans tarder.
Des soucis d’intendance m’empêchaient cependant, parfois, d’aller trop vite, comme cette fois où il avait fallu que j’installe une sécurité sur la cheminée. - Tu t’en sors mon chéri ? - Oui, j’ai presque terminé.
Nous avions failli mettre le feu à l’appartement, et il n’était pas question que cela se reproduise. - Heureusement que tu as vite réagi avec ce départ de feu... - C’est sûr... Je ne pense pas que le propriétaire nous aurait rendu notre caution... - J’ai eu une de ces trouilles... - Voilà, j’ai terminé. Tu n’auras plus à avoir peur, maintenant.
- C’est une bonne chose. Avec bébé qui doit arriver, c’est mieux d’éviter ce genre d’incidents... - Il ne devrait pas d’ailleurs être déjà là ? - Oui, il devrait ! Mais il a l’air de se sentir bien là où il est ! - J’ai tellement hâte. Tu n’as vraiment aucun symptôme de naissance ?
- Comme c’est joliment dit. Non, je n’en ai aucun. J’aimerais bien pourtant. Je n’en peux plus... - Il va certainement arriver dans les jours qui viennent de toute façon... Ton ventre est énorme !
Le lendemain, Yann vint à la maison, avec Béatrice. Nous n’avions pas compris pourquoi, mais nous le sûmes très vite. Les deux tourtereaux nous annoncèrent qu’ils étaient ensemble.
Yann s’était levé, et avait prié Béatrice de faire de même, et :
Nous avions fini la soirée avec du nectar pour célébrer leurs fiançailles, puis Yann et Béatrice étaient partis, heureux comme deux adolescents, lui la tenant par la taille. Maewenn et moi nous apprêtions, nous, à aller nous coucher... - Je trouve que Béatrice est parfaite pour Yann, tu ne crois pas ? - Léandre... Je viens de perdre les eaux...
- Et bien, heureusement que j’avais préparé le berceau ! On y va ?
Et l’accouchement commença...
Maewenn gémissait, criait, soufflait, poussait... Ça n’en finissait pas... - Pousse plus fort ma chérie... - Je voudrais bien t’y voir, toi !
Ma femme était, tantôt pâle, tantôt toute rouge, mais le bébé n’arrivait toujours pas... - Ça va aller, ma chérie, ça va aller ! - Je crois qu’il arrive !
Et elle arriva. Une petite fille. Toute petite dans son body jaune. Nous l’appelâmes Rose. - Tu t’es fait désirer, dis-donc !
Je les regardai... Elles étaient si belles, toutes les deux...
Lorsque Maewenn la reposa, la petite se mit à hurler. - Elle pleure déjà ? lui demandai-je. - Je crois qu’elle a faim.
Je pris le temps de serrer mon épouse contre moi, et de la féliciter pour la naissance.
Mais les cris de Rose commençaient à me percer les tympans : - Tu vas lui donner à manger, maintenant ? - Tu peux pas le faire, toi ?
Je ne sais pas pourquoi Maewenn avait voulu que ce soit moi qui nourrisse notre fille, mais lorsque je le fis, je réalisai à quel point elle était encore plus petite que ce que je ne l’avais cru.
Le quotidien avait repris, un peu différent de ce qu’on connaissait jusque-là, puisque notre rythme était en parti calé sur celui de Rose. Nous étions tous les deux très fatigués, et Maewenn, sûrement plus que moi. Ce jour-là, alors que notre fille dormait encore, nous étions descendus près de la piscine pour nous détendre un peu. C’est ce moment-là que je choisis pour faire part à Maewenn de tous nos secrets de famille. Je lui parlai de la Brume, de notre fondatrice Perrine puis des héritiers et de l’Elue. Je la renseignai sur la mission familiale et lui racontai comment nous obtenions nos objectifs. Et enfin, je luis fis savoir que sa famille, aussi, était concernée, et je lui expliquai la mission des Protecteurs. Elle resta un moment prostrée, sans rien dire. - Dis quelque chose s’il te plait...
- Quoi donc ? Je ne sais pas que dire... - Que tu es fâchée, par exemple. Tu as l’air fâchée... - Je ne suis pas du tout fâchée, je suis éberluée. Je pensais faire partie d’une famille normale. - Mais nous sommes des gens normaux. Je suis normal.
- Non Léandre. Tu as des pouvoirs. Je n’appelle pas ça « être normal », moi. - Je n’ai aucun pouvoir. J’ai une mission, c’est tout. - Bien sûr que si, tu as des pouvoirs, notamment celui de changer le monde, de voir quand il change, de voir apparaître les choses, comme San Myshuno, par exemple. Ou de parler avec le Créateur...
- Je ne lui parle pas. C’est lui qui me parle. Mais tu as raison, vu sous cet angle, ça ressemble à des pouvoirs. - Tu vois... - Ecoute, je suis désolé... Mais si toute cette histoire te chagrine à ce point-là, j’arrête la mission.
- Ce n’est pas ce que je veux. Si nous avions un monde autrefois, et que nous devons le retrouver, il faut que tu accomplisses ta mission. - Alors qu’est-ce que tu veux que je fasse ? - Rien du tout. J’essaye d’assimiler tout ça, c’est tout. Et d’envisager que ma fille sera probablement la prochaine Elue... - C’est très probable, oui...
- Et je n’en reviens pas que mon père et mon frère peuvent, eux aussi, voir les choses... - Ton père ne le peut pas. Même s’il a protégé notre famille depuis son adolescence, les Protecteurs ne sont arrivés que maintenant, avec Yann. - C’est une histoire de dingue... - C’est ce que tout le monde dit au début, oui...
- C’est incroyable tout de même de savoir que notre monde n’a pas toujours été ainsi, qu’il y avait autre chose, d’autres villes. Il me paraît déjà très bien tel qu’il est. - Pourtant il était beaucoup plus grand, et offrait beaucoup plus de possibilités, d’autres métiers par exemple. Sais-tu que les carrières que nous avons choisies toi et moi, n’existaient même pas lorsque nous étions adolescents ?
- C’est fou ! C’est donc pour cette raison que je n’ai jamais eu envie de devenir critique d’art, lorsque j’étais plus jeune ! - Tu ne m’en veux pas alors ?
- Bien sûr que non. Tu n’y es pour rien. C’est ton destin, c’est tout.
Ses mots me firent chaud au cœur. Je la pris dans mes bras pour l’embrasser.
- Mais ne me cache plus rien, d’accord ? me dit-elle doucement. - Je te le promets.
Ce dimanche-là, j’emmenai Maewenn dans le quartier. Au détour d’une conversation, j’avais mentionné les machines à bulles, qui étaient apparues en même temps que San Myshuno, lors du dernier changement, et que l’on trouvait partout en ville. Elle s’était donc mis en tête d’essayer. - Tu es sûr que tu ne veux pas tenter l’expérience avec moi ? - Sûr et certain. Et tu ne devrais pas non plus. Je t’ai dit qu’il pouvait y avoir des effets secondaires...
- Tant pis ! - Alors ? C’est comment ?
- Waow, ça arrache ! - C’est malin...
- Je vais essayer une autre saveur... - Quoi ? Tu devrais arrêter, oui ! - T’inquiète pas. Ce n’est pas méchant. Je me sens très bien. - Ça n’a pas l’air. Tu sembles complètement à l’ouest.
Lorsque ma femme essaya sa troisième saveur, je me levai. Elle commençait à m’agacer. - Lève-toi, tu veux ! On s’en va ! - Mais j’en ai pas envie, moi...
- Bon sang, mais tu as vu ta tête ? On dirait que tu as abusé du nectar ! Lève-toi, je te dis ! - Ça, c’est pas gentil du tout !
- Je ne cherche pas à être gentil. Je veux qu’on s’en aille. - D’accord, d’accord, rabat-joie... - Et pose ce tuyau. Il ne va pas venir avec nous !
Je l’emmenai faire un tour dans le quartier afin de la « dégriser » un peu, mais nous tombâmes sur une manifestation... - Ouais ! Super les gars, vous êtes géniaux !! criait Maewenn, sans savoir contre quoi ils manifestaient. Surtout la fille en maillot de bain ! T’as un super look ! Le comportement de ma femme me mettait vraiment très mal à l’aise. Je détestais me faire remarquer : - Maewenn, arrête ! Ces gens défendent leurs droits !
- T’es vraiment pas drôle. C’est vrai quoi, qu’est-ce qu’elle fait en maillot de bain. Il fait glacial aujourd’hui !
Heureusement, les effets de la machine à bulles finirent par s’estomper, et je retrouvai peu à peu, ma Maewenn. - Je crois que je ne toucherai plus jamais à ce truc-là, Léandre... - C’est mieux, en effet...
Une semaine plus tard, Angela avait organisé une sortie familiale au Maritime, le restaurant de poissons du quartier chic. Elle voulait fêter le mariage de Yann avec Béatrice, qui avait emménagé chez eux.
Seulement, Angela et Béatrice étaient tombées malades, et n’avaient pu se joindre à nous...
Nous en avions bien l’intention. L’endroit était superbe.
Morgane m’agaçait, à utiliser sa tablette, alors que nous étions à table, mais je décidai de l’ignorer, pour ne pas gâcher notre repas. Il faudrait quand même que je lui en touche un mot, à l’occasion.
Heureusement, la serveuse nous ramena nos plats, et tout rentra dans l’ordre.
Lorsque le déjeuner s’acheva, nous avions tellement traîné à table, que le début de soirée était déjà bien avancé.
Lorsque nous rentrâmes, Maewenn et moi prîmes une douche, et nous mîmes à l’aise pour travailler. Nous n’avions pas l’intention de manger, nous non plus.
En vérifiant les publications qui devaient sortir le lendemain matin, je m’aperçus que l’une d’entre elles, qui concernait un grand homme d’affaire, n’était pas prête... J’étais furieux. Je saisis mon téléphone pour appeler le responsable de la faute... - Et je peux savoir pourquoi l’article n’est pas prévu aux publications de demain ? Je jugeai sa réponse plus que douteuse. - Je m’en moque ! Vous y passez la nuit s’il le faut mais cet article doit sortir demain sur tous les réseaux sociaux ! Vous avez une idée de ce que veut dire « relations publiques » ? Parfois, je n’étais vraiment pas aidé par mes collaborateurs. Il me faudrait surveiller ça de près, si je voulais continuer à gravir les échelons de ma carrière, et je redoutais que certains soient prêts à tout pour obtenir la prochaine promotion, à ma place.
Un soir, Maewenn eut la bonne idée d’une sortie en discothèque, avec Yann et Béatrice. Nous avions vraiment besoin de nous échapper de l’ambiance ‘pipi-caca-bobo’ qui régnait à la maison. Notre fille était un bébé particulièrement pénible, qui pleurait tout le temps.
Angela et Aldéric s’étaient une proposés pour garder Rose. Nous avions de la chance car, entre mes parents et ceux de Maewenn, nous avions toujours quelqu’un pour vouloir pouponner. Même Morgane s’était révélée être une excellente baby-sitter.
Nous étions des parents veinards, ignorant tout, des services que pouvait apporter une nounou.
Nous étions en train de danser lorsque je le vis... Le pianiste... Il était toujours aussi jeune, il n’avait pas changé, alors que moi, j’avais vieilli. - Bonsoir. Vous vous rappelez de moi ? Vous aviez joué aux quarante ans de ma mère, lorsque j’étais enfant, et nous nous sommes croisés à l’Usine il y a quelques années. J’étais alors adolescent.
- Oui, c’est possible. Je vais souvent en discothèque. - Vous tenez la forme dites-donc ! Il faudra que vous me donniez votre secret. J’avais croisé cet homme enfant, puis adolescent. J’étais maintenant un jeune adulte et, lorsque je le regardais, il me semblait avoir exactement le même âge que moi... C’était incompréhensible mais il n’avait pas changé. - Je fais beaucoup de sport. - C’est certainement ça...
Je dus laisser le pianiste, car une voix féminine que je reconnaissais très bien, m’appela. - Maman ! Mais qu’est-ce que tu fais ici ? - Maewenn m’a gentiment invitée. Tu discutais avec Caleb ?
Tous ces mystères commençaient à m’agacer royalement.
Après la remarque de Maman, Caleb s’était excusé puis avait filé. Je m’étais aperçu que Maman avait eu la même expérience que moi avec cet homme, et qu’elle n’en savait guère plus que moi. Nous rejoignîmes Yann, Maewenn et Béatrice au bar. J’avais bien besoin d’un verre. Un homme qui ne vieillissait pas... Comment était-ce possible ?
J’avalai mon verre de nectar cul-sec.
Maewenn avait mal pris ma remarque, et je regrettai d’avoir été si maladroit :
Souvent, alors que nous étions en train de travailler, tentant de nous concentrer sur nos tâches respectives, Maewenn et moi étions dérangés par les hurlements stridents de Rose.
Heureusement que nous avions laissé son berceau à proximité, depuis sa naissance. Nous nous levions ainsi à tour de rôle. - Ça va durer longtemps, tu crois ?
- Elle va bientôt grandir. On devrait être plus tranquilles.
Et Rose finit par grandir... On nous avait dit que les bambins étaient d’adorables bouts de chou ! Mais qui avait dit cela ? Dès que nous pensions avoir un moment d’intimité...
... l’adorable bout de chou en question débarquait sur ses deux jambes, parce que, oui, maintenant il savait se déplacer tout seul... - Maman ?
- Qu’est-ce qu’il y a ma chérie ? - Je veux jouer !
- Et bien va jouer dans ta chambre. Tu as plein de jouets. - Mais je veux jouer avec toi !
« Manquait plus que ça ! », ne pouvais-je m’empêcher de penser lorsque Maewenn m’annonçait qu’elle m’abandonnait pour aller jouer avec notre fille.
D’adorables bouts de chou, non... Des voleurs de mon temps avec ma femme chérie, oui... Tous les soirs, c’était la même chose... Quand elle ne s’occupait pas à mettre le bazar...
- Et voilà ! Ça recommence ! J’en peux plus ! disais-je à Maewenn. Et je n’en pouvais vraiment plus. Mais elle me répondait, invariablement : - Bon, tu prends un bazar, je prends, l’autre, okay ?
Et nous étions astreints à nettoyer au lieu de nous lover l’un contre l’autre, pendant que Mademoiselle Rose jouait tranquillement dans sa chambre. - Ça ne peut plus durer. Il va falloir la punir un jour ! marmonnais-je entre mes dents...
En plus, notre fille était capricieuse, lorsque venait l’heure bénie de son coucher, celle que j’avais attendue toute la journée, elle refusait toujours de se mettre au lit. - Non ! Je veux pas !
Maewenn avait une patience à toute épreuve, alors, je la laissais gérer ces moments délicats : - Pourtant il va falloir te coucher. Il est déjà très tard, tu sais. - J’ai pas envie !
Et lorsqu’elle n’y arrivait plus, je prenais le relais, mais le ton employé n’était plus le même : - Et depuis quand c’est toi qui décides ! Alors, au lit ! Et tout de suite ! - Oui Papa.
Une chance pour nous, lorsque j’élevais la voix, elle se calmait. - Yes, elle dort ! s’exclamait alors Maewenn. Et moi, je soufflais : - Ben, c’est pas trop tôt !
Je pouvais enfin embrasser ma femme tranquillement, en me demandant si nous n’avions pas fait une bêtise, le jour où nous avions décidé de garder notre bébé. Nous étions tellement bien, tous les deux, avant qu’elle n’arrive dans nos vies...
Ce jour-là, Rose était partie pour la journée chez mes parents, et j’avais rejoint Maewenn dans la salle de bain. - Ça fait du bien un peu de tranquillité, tu ne trouves pas, ma chérie ? - Oh oui ! Cela faisait une éternité que je n’avais pas pris de bain, par exemple. Toutes ces douches à la va-vite..., c’est moins agréable. - Il faut dire que Rose est très prenante... tentai-je, l’air de rien.
Je marchais sur des œufs. Je ne voulais pas que Maewenn soit heurtée par ce que j’aurais pu dire. - Très prenante et très présente, me répondit-elle. J’apprécie vraiment quand nos parents la prennent avec eux.
- Je t’avoue que moi aussi... soupirai-je. - Tu sais, je regrette vraiment ces moments où nous n’étions que tous les deux, Léandre...
- Moi aussi. Malheureusement, on n’en a pas eu beaucoup... Et tu regrettes Rose ? - Non, je n’irai pas jusque-là. Mais on l’a fait beaucoup trop tôt. - On a été imprudents, et on n’a pas mesuré les conséquences... - C’est certain. Mais ce qui est fait, est fait.
Je voulais quand même tâter le terrain, pour vérifier ce que pensait réellement Maewenn des enfants : - Qu’est-ce que tu dirais si je te demandais d’avoir un autre enfant ? - Tu plaisantes ! Je ne suis pas une poule pondeuse ! J’en ai fait un. Il n’y en aura pas de deuxième ! Jamais.
- Tant mieux. C’est ce que je voulais t’entendre dire. Car moi non plus, je ne veux plus d’enfants. - Parfait. De toute façon, j’ai pris mes dispositions pour que ça n’arrive plus, me répondit-elle, déterminée.
Ma femme était extraordinaire. Nous étions toujours sur la même longueur d’ondes.
Ce jour-là, dans la salle de bain, notre décision avait été sans appel, et j’espérais de tout cœur que Maewenn ne reviendrait pas dessus. Ce n’était pas ainsi que j’avais imaginé ma vie avec elle. Un enfant n’avait jamais été prévu dans le tableau de mon bonheur idéal. En tous cas, pas tout de suite. Pourtant, nos parents avaient été heureux de nous avoir. Tout avait été trop vite pour nous. Nous étions à peine sortis de l’adolescence lorsque Maewenn avait su qu’elle était enceinte...
Suite chapitre 1 ____________________________________
Cet après-midi-là, je travaillais sur mes « pièges à clic » lorsque je reçus un appel de Maman. Elle voulait savoir si elle pouvait venir à la maison. - Evidemment que tu peux venir. Tu viens quand tu veux !
Puis elle précisa : « avec Yann et Aldéric ». - D’accord. A tout à l’heure. Maewenn était au travail et, franchement, je me demandais ce que voulait bien dire cette réunion impromptue.
A peine arrivés, ils me mirent dans le vif du sujet. Il s’était passé quelque chose. Yann avait reçu la nuit dernière la visite du Créateur, et deux marques : une dans le cou et l’autre sur le bras gauche.
Le Créateur avait dit à Yann que sa famille, la famille Quellec, serait dorénavant la famille protectrice de l’Elu. Les marques en seraient la preuve.
Je me levai pour raccompagner Aldéric. - Bon, mon garçon... je me charge de prévenir Angela et Gildas. Occupe-toi de Maewenn, et ménage-la surtout. - Ne te fais pas de soucis pour ça.
- Je ne m’en fais pas. A bientôt Léandre.
Lorsque je me retournai, Maman était en train d’annoncer à Yann qu’elle aussi allait partir.
- Quelle histoire, hein ? - Je trouve que c’est une bonne chose pour la famille, mon chéri.
- Embrasse Morgane et Papa, hein ? - Bien sûr.
- Je vais leur annoncer tout cela ce soir. - Tu ne traines pas...
- C’est parce que j’ai la part la plus facile. Papa et Morgane connaissent déjà l’histoire de notre famille. Je n’aurais qu’à leur parler des Protecteurs. - Oh, c’est vrai. Tu as vraiment de la chance.
- Léandre ? Tu es sûr que ça va aller ? Il faudra que tu lui en parles tôt ou tard, de toute façon. L’un de vos enfants sera un jour l’Elue. - Ça va je t’assure... - Appelle-moi si tu as besoin de conseils. Je suis là pour toi mon chéri, tu le sais, n’est-ce pas ? - Oui Maman. Mais ça va aller. Je gère.
Lorsque je revins au salon, Yann m’interpella encore avec cette nouvelle qu’il fallait annoncer à Maewenn. - Je peux rester avec toi si tu veux. Ce sera plus facile de lui annoncer à deux, tu ne crois pas ? - Non.
- Non ? C’en était trop. Pourquoi ne me fichaient-ils pas tous la paix ? J’avais besoin de réfléchir, seul... - Maewenn est ma femme. Et Maewenn est enceinte. Je ne permettrai pas qu’on l’informe maintenant, sur la mission de ma famille, ou sur la tienne. Je verrai cela quand elle aura accouché.
- Tu es sûr ? - Oui. Ne t’a-t-on jamais dit qu’une femme enceinte a des émotions décuplées. Je veux qu’on la laisse tranquille, c’est clair ? Lorsque je jugerai nécessaire de le lui dire, je le lui dirai.
- Très clair. Dans ce cas, je m’en vais. A plus Léandre. - A plus.
Lorsque Yann partit, je me plantai devant la fenêtre, complètement désorienté.
Tout le monde me disait d’annoncer la nouvelle à Maewenn, mais que faire ?
Je la savais très fragile, en ce moment... De toute façon, comment aurais-je pu lui annoncer une telle nouvelle ? Il y avait trop de non-dits autour de ma famille, et maintenant de la sienne...
Je l’entendis arriver d’un pas assuré. Sa voix était guillerette. C’était décidé. Je ne lui dirai rien. - Coucou mon chéri ! Alors ? Comment s’est passée ta journée ? - Comme d’habitude. La création de clics, ça me prend un peu de temps...
- Tu es sûr que ça va, Léandre ? Je trouve que tu fais une drôle de tête ! - Ça va du tonnerre ! Je te le promets.
- Tant mieux parce que j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer. - Ah bon ? Dis-moi tout.
- J’ai été promue « Investigatrice » ! Mon travail va être plus intéressant, et surtout, mieux payé ! - Quelle merveilleuse nouvelle mon amour ! Je suis très heureux pour toi !
C’était faux. Ma femme avait eu une promotion avant moi, et j’étais horriblement jaloux... - En plus, tu le mérites. Tout ce travail acharné... - C’est vrai. Je n’arrête pas. Un peu de reconnaissance, ça fait du bien.
Par contre, moi, je me la coule un peu douce ces derniers temps... Il faut vraiment que je me ressaisisse pour être à la hauteur. - Ta grossesse ne les a pas arrêtés, apparemment. - Absolument pas. Ils m’ont promue à cause de mon professionnalisme. Je n’ai eu que des louanges.
Je me sentais mal. Je n’en avais pas fait autant... En réalité, je m’endormais sur mes acquis, alors que j’aurais dû être un exemple pour elle. Qu’allait-elle penser de moi ? - Mes patrons ont dit que j’avais du potentiel et qu’ils me voyaient aller loin. N’est-ce pas formidable mon amour ? - C’est merveilleux !
Heureusement pour moi, le cours de la conversation dévia sans prévenir. - Léandre ! Le bébé bouge ! Notre bébé bouge ! - C’est vrai ?
- Oh mais oui ! Ton ventre fait des vagues ! - Et des glouglous à l’intérieur...
A ce moment-là, j’étais complètement émerveillé. - Mon amour... Cette vie en toi... C’est magique... Notre fils ou notre fille grandit en toi... - Chaque instant de ma grossesse est magique. J’aimerais que cela dure éternellement.
- Une fille ou un fils ? Qu’est-ce que tu en penses ? me demanda-t-elle. - Fille ou garçon, peu m’importe. Ce sera notre enfant. - Tu ne veux pas savoir alors ? - Je préfère la surprise.
Cet après-midi-là, alors que je travaillais à fond pour montrer à mes supérieurs que je savais faire autre chose que des « pièges à clic », Maewenn rentra du travail. - Bonjour, mon chéri. Encore en train de travailler ? - Comme d’habitude, mon amour, comme d’habitude. Et toi ? Ta journée ? - Boulot, boulot... Et je n’ai pas encore fini.
- Ma puce, il faudrait vraiment te ménager. Tu es enceinte, je te le rappelle. - Je le sais bien. Mais je veux leur montrer... Je peux faire tellement plus...
Je lui dis alors que je lui avais réservé une surprise. J’avais passé la journée à emménager une chambre pour notre bébé et je voulais qu’elle la voie. - Une surprise ? - Oui. Tu me suis ?
Je la conduisis jusqu’à la chambre de notre futur bébé. - Léandre... Je ne sais pas quoi dire...
Elle se retourna vers moi : - Tu avais l’air tellement indifférent...
- Mais qu’est-ce qui t’a fait penser une chose pareille ? Je t’aime, tout comme notre enfant à venir. - Tu ne m’avais pas l’air si... intéressé
- Tu te trompes. Je le suis plus que tu ne le penses. - Cette chambre est magnifique. Elle me plait beaucoup mon amour.
- Elle est pour notre enfant. Fille ou garçon, les couleurs iront, non ? - Tu as très bien choisi. Et je t’aime tant mon amour.
Ce jour-là, Maman me fit une visite impromptue.
- Ta femme m’a dit que tu avais emménagé une chambre pour le bébé ? - Et tu veux la voir, c’est ça ?
J’emmenai donc Maman jusqu’à la chambre... - Alors, elle te plait ? - Je l’adore !
Maman alla ensuite voir Maewenn. - Comment vas-tu ? - Tu m’as l’air en pleine forme ! - Je suis très en forme ! Et dire qu’on m’avait parlé de la fatigue de la grossesse !
Maman demanda alors à Maewenn de toucher son ventre. - Ton petit est très actif, et ton ventre bas, ce sera un garçon, c’est sûr ! - Sûr ?
- Sûr ? Non. Mais j’ai porté Léandre ainsi. Ce qui ne veut rien dire, bien évidemment. - Franchement, j’aimerais avoir une fille... Mais je n’ose le dire à Léandre.
- J’ai l’impression qu’il a tellement envie d’un fils... - Quelle importance ? Vous voulez la surprise, non ?
- Formule-lui tes envies, dis-le-lui. Léandre est un bon garçon, il t’entendra, je le connais. - Cassandre, je t’adore ! Tu es la plus merveilleuse des belles-mères !
Après mon anniversaire, tout arriva très vite, sauf pour les deux jours où je dus attendre que Maewenn devienne adulte. Nous nous aimions depuis longtemps et je désirais plus que tout, l’avoir près de moi, et pour toujours. Ce fut donc une évidence de lui proposer le mariage, et elle accepta tout de suite, folle de joie. Cependant, connaissant son père, Maewenn me suggéra d’aller lui demander officiellement sa main. Aldéric fut surpris de ma requête, mais me donna son accord dans une accolade virile. Nous nous mariâmes le mois suivant. Maman et Angela avaient tout organisé. Nous eûmes un magnifique mariage nocturne aux chandelles, entourés de nos familles et de nos amis. Un moment qui restera à jamais gravé dans nos mémoires.
Il avait ensuite fallu apprendre à nos familles, et surtout à nos mères qui se chamaillaient gentiment pour savoir laquelle des deux aurait le privilège d’héberger le jeune couple, que nous avions décidé d’aller vivre à San Myshuno, dans notre propre appartement. Cela les déstabilisa un peu, il y eut quelques larmes, mais tout le monde finit par comprendre.
Maewenn avait tout de suite adhéré à mon idée de venir vivre dans la métropole. Nous étions jeunes, plein de vie et d’envies, et elle pensait que la frénésie de cette ville nous irait parfaitement. Ma femme s’était vaguement demandé pourquoi nous n’avions jamais mis les pieds ici avant, et je lui avais répondu que nous avions probablement nos petites habitudes, entre Windenburg et Willow Creek, et que nous ne ressentions pas le besoin d’aller ailleurs. Je ne pouvais quand même pas lui expliquer que San Myshuno était sorti de nulle part au moment où j’avais soufflé mes bougies. Peut-être un jour... Mais pas maintenant. - Et tu as vu la vue qu’on a d’ici, Léandre ?! C’est magnifique. J’ai hâte de voir ça de jour.
Si nous avions pu nous permettre de louer dans un tel endroit, en plein quartier chic, c’est parce que Maman et Papa nous avait donné une partie des fonds de leur foyer afin que nous puissions vivre correctement. Nous avons donc craqué pour cet appartement avec terrasse et piscine intérieure. Un vrai petit nid d’amour. Maewenn et moi étrennâmes le bain à remous le premier soir de notre arrivée.
Je me sentais si heureux. J’avais l’impression que mon cœur allait exploser de joie à chaque respiration. Je ne m’imaginerais plus une seconde, sans elle.
Pendant plusieurs semaines, nous vécûmes dans cet appartement, sans presque jamais en sortir, sauf pour aller acheter quelques légumes chez le marchand du coin. Il fallait bien s’alimenter entre deux parties de câlins intensifs. Nous avions baptisé toutes les pièces de la maison, et fait un merveilleux voyage de noces au sein même de notre appartement. Mais il nous avait fallu revenir à la réalité, et trouver du travail. Les deniers que Papa et Maman m’avaient laissés, fondaient comme neige au soleil. Maewenn voulait devenir critique gastronomique, et elle trouva, pour commencer, un boulot de livreuse de journaux et de prospectus, dans une entreprise d’évènementiel qui s’appelait « Moments ». Il fallait bien débuter un jour, et comme je le lui dis, l’important est qu’elle avait déjà un pied dans une entreprise très célèbre. Je la savais capable d’y faire son trou.
De mon côté, ce n’était pas mieux, puisque j’avais été embauché chez Sim.TV comme auteur de pièges à clics. Mais au moins, je travaillais dans les réseaux sociaux, et c’était ce que je voulais. Pour avancer dans nos carrières, nous devions tous les deux peaufiner notre compétence en écriture. Nous avions donc installé nos bureaux face à face, puisque nous passions beaucoup de temps sur nos ordinateurs. Cela nous permettait aussi de discuter et de nous voir...
Ce soir-là, Maewenn fut la première à savoir que notre vie allait être bousculée.
- Léandre ! Je suis enceinte !
Quel choc ! Je déglutis avant de lui répondre, d’un air peu enthousiaste, j’en ai bien peur : - Wow ! On n’avait pas prévu ça, hein ?
Ce n’était effectivement pas dans nos projets immédiats, puisque nous avions envisagé de faire un enfant dans plusieurs années seulement, lorsque nos carrières professionnelles auraient été bien assises. Et surtout, nous voulions profiter de notre amour, de notre bulle de bonheur à deux, sans personne autour. Mais le destin en avait décidé autrement... - Non ce n’était pas prévu mais... on va le garder, non ? - Bien sûr qu’on va le garder.
Je n’avais pas hésité, en lui disant cela, malgré la boule que je sentis se former, au fond de ma gorge. - Bien sûr qu’on va le garder, mon amour ! Ce n’est pas un petit bébé qui va nous faire peur !
Même si j’avais dit le contraire à Maewenn, j’avais tout de même un peu peur. Est-ce que notre amour allait rester le même, avec la présence de ce bébé ? J’avais vraiment peur qu’il ne se mette entre elle et moi...
Ma femme était une épouse merveilleuse, une maîtresse exceptionnelle et une cuisinière hors-pair. Je ne le savais pas, lorsque nous étions ados, alors, je la découvrais tous les jours. - Ça te dit d’aller faire un tour dans le quartier des arts, tout à l’heure ? - J’aimerais beaucoup.
Il était de mon devoir de prendre soin d’elle. Mon père avait toujours pris soin de ma mère, et je comptais bien en faire autant avec ma femme, ma merveilleuse femme, l’amour de ma vie. - Cela te fera du bien de sortir dans ton état. Il faut que tu prennes l’air. - Et il faut surtout que je me tienne au courant de l’actualité artistique, si je veux un jour être critique d’art.
- De même pour moi. Si je veux alimenter les réseaux sociaux de Sim.TV, j’ai intérêt à connaître la vie de la métropole. - Tu as raison, ça va me faire du bien de prendre l’air. Je me sens un peu barbouillée... - Repose-toi un peu. Nous avons toute la journée et il fait beau aujourd’hui ! - Oui, je pense que je vais aller me rallonger une petite heure. - Je vais en profiter pour aller faire quelques longueurs dans la piscine. Et laisse-moi débarrasser le petit déj’. - D’accord.
J’adorais notre appartement. Les grandes baies vitrées nous offraient une vue imprenable sur la ville.
Mais surtout, j’avais l’impression de vivre dans les nuages.
- Oh, tu n’as pas l’air d’aller mieux. - Ça va passer...
- Est-ce que tu veux qu’on rentre à la maison ? - Non. Tu vois, c’est déjà fini. Et on n’a pas fini notre tour du quartier. - Comme tu veux.
- J’aimerais acheter quelques fruits et légumes. J’ai vu une petite boutique pas loin. - D’accord, ma chérie, allons-y. Et ensuite, on se boira un café.
- Bonjour Madame, j’aurais voulu quelques pommes, des oignons et des champignons, s’il vous plait. - N’oublie pas le citron. On n’en a plus.
- Tu sais qu’il va falloir qu’on prévienne nos familles pour le bébé, me dit-elle. - Quand ça ? - Le plus rapidement possible. Ça commence vraiment à se voir maintenant. - Je me demande bien ce qu’ils vont dire. On n’a pas trainé...
- Ils vont être contents, c’est certain. - En tous cas, j’ai hâte de voir la tête de ton père ! - Je pense qu’il sera heureux lui aussi. Il a l’âge d’être grand-père après tout. - C’est vrai. Mais je revois toujours sa tête le jour où je lui ai demandé ta main. J’ai cru qu’il allait me dire non...
Maewenn avait ensuite insisté pour que nous visitions la galerie d’art du quartier, et elle s’arrêta devant une toile représentant un cactus. Elle se mit à l’admirer. Longtemps. Très longtemps... Un peu trop longtemps à mon goût. Je m’excusai alors et lui dis que j’allais faire un tour dans le musée.
Le tour fut vite fait pour moi et, lorsque j’arrivai au dernier étage, je constatai que ma femme était toujours en admiration devant la même œuvre. Un vrai mystère pour moi qui était imperméable à l’art.
Par contre, derrière cette porte du dernier étage se cachait ce que je considérais comme une vraie caverne d’Alibaba.
Enfin quelque chose d’intéressant ! J’allais pouvoir m’amuser un peu dans ce lieu un peu trop sérieux, à mon goût.
Ce soir-là, nous avions invité nos familles respectives afin de leur annoncer la nouvelle de la grossesse de Maewenn. Ils étaient tous ravis de venir car, depuis notre emménagement à San Myshuno, ma femme et moi ne les avions pas vus, trop occupés que nous étions à nous aimer. Seul le téléphone avait été notre lien jusque-là. - Ça y est, tout est prêt. Le ragoût est au chaud. - J’avoue que je suis un peu stressé, pas toi ?
- Non. Pourquoi ? - Ton père... Il va me tuer, c’est sûr lorsqu’il va apprendre que j’ai mis sa fille enceinte ! - Léandre... Nous sommes mariés... - Ouais, c’est vrai. J’sais pas pourquoi mais je me sens toujours coupable de quelque chose, avec lui.
La famille était arrivée. J’étais en train d’embrasser Maman lorsque j’entendis Aldéric se manifester.
Nos mères étaient très enthousiastes.
Aldéric s’assit enfin... Ce qui me détendit. Je ne me sentais pas à l’aise, lorsqu’il paraissait plus grand que moi...
Tout le monde se leva à la suite de Maman, sauf... Aldéric.
Aldéric me tendit les bras.
Et il me chuchota. - Tu es le bienvenu dans ma famille, mon garçon...
- Mais si tu fais du mal à ma fille, je t’étriperais, tu le sais ?
Je pris mon courage à deux mains pour lui répondre, en le regardant droit dans les yeux : - Bien sûr que je le sais. Mais je ne lui ferai jamais de mal. Et ça aussi tu le sais. - C’est une évidence. De ce jour-là, je sus qu’Aldéric était de mon côté et je ne le craignis plus jamais.
Au fil du temps, Léandre et Morgane devinrent l’un pour l’autre des confidents. - Tu vois que c’est important de se dire les choses. - Ça m’aura servi de leçon. Jamais je n’aurais imaginé que Yann faisait tout ça, pour seulement être avec moi.
- C’est vrai que vous, les garçons, vous ne dévoilez pas beaucoup vos sentiments. - On garde tout pour nous. Mais on ne devrait pas.
- Et Maewenn ? Comment a-t-elle pris la chose. Vous devez vous voir moins souvent du coup. - Elle est super. Elle a très bien compris. Et, au contraire, elle préfère me voir seul, un peu moins souvent, mais profiter réellement de moi.
- Pas de bêtises, hein ? - Petite sœur, c’est moi qui devrais te dire ça. Je m’approche de l’âge adulte, moi.
- Je sais bien mais Yann t’en voudrait énormément. - Oui, mais j’aurais surtout peur d’Aldéric !
- C’est pas faux. - De toute façon, je respecte trop Maewenn pour faire n’importe quoi avec elle.
La situation s’était vraiment apaisée dans le trio Yann, Léandre et Maewenn.
Les garçons avaient pris l’habitude de faire des sorties de garçons, à deux. Certes, ces sorties étaient souvent bien arrosées, mais ils pouvaient partager leur grande amitié masculine, sans fille au milieu.
Après ces viriles soirées, Léandre appréciait le calme et la douceur de ses rencontres avec Maewenn.
Ils pouvaient enfin vivre de précieux instants qui ne seraient dorénavant plus entachés par la présence de Yann.
Une intimité bien méritée...
Et, malgré tout, ils continuaient à sortir ensemble, tous les trois, pour passer des moments où chacun s’appréciait...
Et où personne ne regrettait la présence de l’un ou de l’autre.
Ce jour-là, Christian et moi avions « convoqué » les enfants pour une réunion de famille au bazar Chevalier. Léandre allait bientôt quitter l’adolescence, et il devenait urgent de savoir où ils se situaient, par rapport à leur désir de devenir ou non le prochain Elu.
Le bazar familial n’était plus un magasin depuis longtemps. Ma mère en avait cassé des murs afin d’agrandir le cimetière, comme elle l’avait promis à sa mère. D’ailleurs, nous ne l’appelions plus le bazar mais bel et bien le cimetière. De mon côté j’avais revendu tous les objets inutiles qui s’y trouvaient, et conservé uniquement les objets choisis par chaque Elu, à chaque évolution de notre monde. C’est pour cette raison que j’avais trouvé opportun d’amener tout le monde ici pour une telle conversation.
- Pourquoi tu nous as fait venir ici ? demanda Léandre On y vient que pour les enterrements normalement ? - Tout à fait. Et je vais bientôt enterrer ma vie d’Elue. L’un de vous deux prendra la suite. Alors je voulais un peu vous montrer les objets choisis par les précédents Elus, chaque fois qu’un pan de notre monde a été récupéré.
- Ici vous avez l’antenne satellite d’Angélique. C’était une grande scientifique. C’est aussi elle qui a découvert Sixam. Elle a créé cette antenne principalement pour empêcher les enlèvements extraterrestres. Elle a d’autres fonctions mais je ne les connais pas.
- Et là, vous avez le tout premier ordinateur de la famille, celui de Perrine, notre fondatrice. Elle est arrivée sans rien et a dû travailler dur pour se l’acheter. A côté, ce sont les platines de votre grand-mère Linette, dont l’un des objectifs était t’atteindre le niveau dix de la compétence DJ.
- Et elle y est arrivée à force de travail acharné. Et juste là, c’est la glacière de Maxime. Il était un grand amoureux de la nature et allait souvent en vacances à Granite Falls. Cette glacière le suivait partout.
Léandre n’avait toujours pas répondu à ma question...
C’était un plaisir de voir le frère et la sœur s’entendre aussi bien. Un vrai régal pour nous.
Je sortis un des chevalets que j’avais pris au restaurant, un chevalet portant le menu de la saison.
Dans la semaine, Christian et moi avions enfin vendu la boulangerie. Elle nous avait rapporté 183 378 § ; et les fonds de notre foyer s’élevaient à présent à 617 901 § ! J’étais assez fière de moi car j’avais presque récupéré la fortune initiale laissée par mon ancêtre Maxime à ma grand-mère Michèle. Ils s’élevaient alors à 672 796 § ! Il me restait encore près de 55000 § à récupérer mais je doutais d’y arriver. Ce que nous savions, Christian et moi, c’est que nous ne laisserions pas nos enfants dans l’embarras.
Les fonds que nous avions amassé, même à se partager, permettrait à nos enfants de vivre à l’aise durant des années avec leurs propres enfants, et même leurs petits enfants. Et s’il y avait besoin, ils pourraient même vendre le restaurant.
Mais, ce matin-là, il allait falloir leur annoncer que la boulangerie Jules, celle de Mamie Linette, était vendue...
Et moi qui croyais que c’était Léandre qui aurait fait le plus de difficultés...
Léandre s’était mis à courir...
Et à courir encore. Il avait dû écumer tous les endroits insoupçonnés de Windenburg. Il avait dit vouloir entretenir son corps. Et il s’y astreignait, tous les matins, avant d’aller au lycée. Mon fils souhaitait, avant toute chose, un corps entretenu avant de devenir adulte, et ce, afin de plaire à sa future femme, avait-il dit : Maewenn.
Au petit déjeuner, le matin des anniversaires de Christian et de Léandre, ce dernier nous annonça qu’il avait reçu la visite du Créateur dans la nuit.
J’essayais de rester optimiste, pour Léandre, mais j’étais tout de même un peu inquiète.
La journée passa très vite et nos invités arrivèrent en début de soirée, comme prévu. Angela et Aldéric étaient venus avec Maewenn et Yann, Corentin et Lilith, avec Antonin qui était devenu un bel adolescent. Daniel était venu seul car Cyrielle gardait les enfants. Emilie était venue avec sa fille Suzanne. Nous comptions aussi parmi nous Alexis et Alexandra, ainsi qu’Inès.
Nos deux compères, Aldéric et Corentin, avaient, eux aussi, vieilli.
Les conversations allaient bon train. Becca s’était proposée pour tenir le bar.
Et chacun en profitait.
Toutes les personnes concernées avaient pu ressentir le changement : Léandre, mais aussi Morgane, Corentin et Antonin, tous les trois des héritiers, et moi, bien sûr. Une métropole était apparue dans notre monde. Avec des immeubles, des bars à karaoké et des festivals.
Léandre chuchota, soulagé, à son père : - C’est bon, j’ai les objectifs. - Tu vois, fallait pas s’inquiéter.
Léandre me chercha du regard pour me le dire, et je compris. Mais Daniel nous ramena à la réalité.
Et mon mari bien aimé prit à son tour un coup de vieux...
Mais qu’est-ce qu’il était beau !
FIN DE LA GENERATION 6
Fonds du foyer finaux : 633 083 §
Les objectifs de Cassandre :
Ouvrir un restaurant : Le resto de Windenburg
Développer la compétence Cuisine au niveau 10 : Fait
Développer la compétence Cuisine gastronomique au niveau 10 : Fait
Atteindre le niveau 10 de la carrière culinaire, branche Chef : Chef renommé (fait)
Choisir un objet du pack « Au restaurant » : Menu de table ultra-pratique
Le temps passait. Léandre voyait Maewenn, de plus en plus souvent, et son amour pour elle n’avait pas l’air de faiblir. Je le soupçonnais de passer autant de temps sur le tapis de course, pour se rendre plus désirable aux yeux de la belle.
Christian, lui restait plus souvent à la maison qu’il n’allait au travail, car beaucoup de son travail de programmation pouvait se faire depuis n’importe quel ordinateur. C’était du pain béni pour moi, car il m’aidait ainsi beaucoup pendant la journée, organisant ses heures de travail plutôt le soir.
De mon côté, je cherchais à élaborer de nouvelles recettes, afin d’établir une nouvelle carte pour le restaurant. Je comptais la modifier, à chaque saison. J’avais un peu de temps, l’hiver n’était pas encore là.
Christian ét moi étions vraiment pris par nos occupations. Heureusement, les enfants étaient autonomes.
Ils faisaient leurs devoirs d’eux-mêmes, sans qu’on ne leur demande rien. Et ils savaient s’occuper seuls. Alors que Léandre faisait du sport, chantait ou jouait de la guitare, Morgane, elle, jouait sur sa tablette, ou avec son kit de médecin.
Nous arrivions, quand même, à nous ménager quelques instant, rien qu’à nous, en amoureux.
- Cassandre... Je ne me lasserai jamais de t’embrasser... Je t’aime tant.
De petits moments magiques, alors que les enfants sont encore à l’école... Des instants précieux pour ne pas oublier que nous nous aimions.
- Que j’aime ces moments où tu n’es rien qu’à moi...
Ce soir-là, Léandre devait sortir avec Maewenn et Yann, à l’Usine. Les deux amoureux se plaignaient régulièrement d’avoir sans cesse Yann dans leurs jambes. Dès que Yann savait que sa sœur avait un rendez-vous avec mon fils, il s’invitait invariablement, et leur tenait compagnie, bon gré, mal gré. Cette situation commençait vraiment à les tourmenter. Nos deux tourtereaux espéraient donc que cette sortie serait une occasion pour le « caser » avec une fille. Léandre ayant beaucoup d’amies parmi les lycéennes, Maewenn lui avait demandé d’inviter quelques-unes d’entre elles, en discothèque, afin de les présenter à Yann.
C’est donc ainsi que Yann fit la connaissance de Suzanne Mercier, Lola Garnier, Léa Frémont, Béatrice Morel et Marie Roussel, toutes des copines de classe de Léandre. De leur côté, Lilith et Angela avaient profité pour se faire une soirée discothèque entre sœurs tout en jouant les chaperons !
Léandre reconnut Caleb sur la piste. Il se rappela qu’il avait été notre pianiste le jour de mon anniversaire et décida d’aller le saluer.
Puis les enfants s’étaient dirigés vers le bar.
L’air de rien, Marie s’était assise à côté de Yann... mais elle ne semblait pas l’intéresser.
Béatrice avait ignoré le propos de Yann, et poursuivi sa conversation avec Maewenn, qui lui rappela que leur mère, et leur tante, étaient là pour les chaperonner.
A la fin de la soirée, Léandre ramena Yann et sa sœur jusqu’à leur domicile. Il s’était même risqué à embrasser Maewenn devant Yann, qui ne put s’empêcher d’intervenir.
Ce matin-là, Christian et moi prenions un café au Burger Sims avec nos meilleurs amis. Léandre nous avait tout raconté de sa soirée, et Maewenn en avait fait de même avec sa mère.
Mes amis comptaient beaucoup pour moi, et j’aimais quand nous nous réunissions. Et ces derniers temps, nous avions besoin de nous changer les idées.
Le temps passait tellement vite. Certains de nos amis vieillissaient tandis que d’autres nous avaient définitivement quitté et, chaque fois que nous nous rencontrions, c’était à un enterrement. Emilie avait perdu son mari le mois dernier. Nous avions également perdu Georges Saurel, Henri Lefebvre, Stéphane Blanc et Anaïs, notre amie Anaïs. Elle laissait son mari seul, avec leur fils Brice.
Nous ne voulions rater aucune occasion de passer de bons moments ensemble.
Après avoir charrié un peu Alexis, nous discutâmes encore un peu, dansâmes une bonne heure puis nos invités prirent tranquillement congé.
Ce samedi après-midi, Maewenn et Léandre avaient décidé d’emmener Gildas, Morgane et Antonin au parc. Mais ils étaient, une nouvelle fois, affublés de leur chaperon personnel : Yann. - Je suis désolée mais je n’ai pas réussi à le dissuader de venir. - T’en fais pas. Je m’en doutais un peu.
Gildas avait fêté son anniversaire récemment et pouvait maintenant jouer aux mêmes jeux que son cousin Antonin, et que Morgane. Yann murmurait dans son coin.
Léandre et Maewenn n’en revenaient pas. Yann avait invité une fille. Leur plan à la discothèque avait donc fonctionné !
Pour épater Béatrice, Yann alla même jusqu’à jouer les monstres de l’espace, ce qui fit bien rire Léandre.
- Je ne suis pas sûr que Béatrice soit sa copine. Je n’ai rien vu, de près ou de loin, qui ressemble à une amourette. - Peut-être sont-ils discrets ?
- En tous cas, il est quand même venu avec nous, une nouvelle fois. Franchement, quand tu as une copine, tu as envie de la voir seul. Tu ne l’invite pas au parc avec plein de gamins autour ! - Vous l’avez bien fait, Maewenn et toi.
- Oui, mais on est ensemble depuis un moment. Et Morgane est ma sœur, Gildas son frère, et Antonin son cousin. Ce n’est pas pareil. - Je crois franchement que tu devrais parler à Yann.
- Je sais déjà ce qu’il va me dire ! - C’est faux. Comment pourrais-tu le savoir ? - Il va me ressortir le couplet sur le fait qu’il protège sa sœur. - Tu n’as même pas essayé de parler sérieusement avec lui.
- Fais-le venir à la maison. Demain. Ton père et moi emmenons Morgane à la piscine. Vous serez tranquilles. En plus, ça fait combien de temps que vous ne vous êtes pas vus tous les deux, seuls, sans Maewenn ? - Je ne sais même plus. - Tu vois ! Ça ne peut que vous faire du bien. - Tu as raison, Maman. Tu es géniale ! Je vais appeler Yann tout de suite.
Léandre entra très vite dans le vif du sujet.
- Voilà, je t’ai fait venir pour que tu m’expliques un truc. Pourquoi tu es toujours dans nos pattes à Maewenn et à moi ? - Et moi qui pensais que tu voulais juste me voir...
- Nous sommes meilleurs amis, non ? Pourquoi as-tu si peu confiance en moi ? J’aime Maewenn. Je ne lui veux aucun mal. Et tu te comportes comme si j’étais ton ennemi.
- C’est bon ? Tu as fini ? Je peux parler maintenant ?
- Je ne te considère pas comme mon ennemi, et je sais que tu ne feras pas de mal à ma sœur. Et si je viens toujours avec vous, ce n’est pas pour vous surveiller.
- Mais tu n’arrêtes pas de dire que tu veux protéger ta sœur... - Parce que si je te donne la vraie raison, tu vas me prendre pour un idiot.
- Arrête de dire n’importe quoi. C’est quoi, cette vraie raison ? - Depuis que tu es amoureux d’elle, on ne se voit plus. Même quand tu viens à la maison, c’est pour la voir, elle. Alors, j’ai trouvé cette excuse pour quand même te voir, et passer du temps avec toi.
- Mais ce n’est quand même plus pareil. On ne fait plus des trucs de potes, comme avant. - Mince... Je ne m’en étais vraiment pas rendu compte. Je suis désolé.
- Ça, j’ai bien vu. Mais ce n’est pas grave. Je me suis habitué. - Si, c’est grave. A partir de maintenant, ça va changer. Quand je verrai Maewenn, je verrai Maewenn. Mais il faudra qu’elle s’habitue à me voir un peu moins car nous ferons des sorties, seuls, tous les deux, toi et moi, sans elle. Et il y aura d’autres moments où nous serons tous les trois.
- Tu es sûr ? Tu as l’air si proche d’elle... - Oui, je suis sûr. Je ne veux surtout pas perdre ton amitié.
- Pardonne-moi, Yann. - C’est déjà fait, mon pote.
- Ça te dit une soirée babyfoot à l’Auberge, ce soir ? - Carrément ! Babyfoot et bière, tu veux dire ?
- Evidemment ! Sinon, ce ne serait pas une soirée !
Ce jour-là, nous fêtions l’anniversaire de Morgane. Elle avait aidé Christian à mettre les décorations, pendant que Léandre m’aidait en cuisine.
- Papa, c’est trop beau ce qu’on a fait ! - On a travaillé comme des pros, ma chérie.
Léandre n’était pas du même avis : - C’est... rose ! dit-il en roulant des yeux. - Ta sœur est une fille. Ne l’oublie pas.
- Papa, tu crois qu’il faut encore rajouter des ballons ? - Non. Je ne pense pas que ce soit nécessaire.
- Les invités peuvent arriver maintenant, alors ! - On va aller se changer, d’abord. Ensuite, ils ne tarderont pas à venir.
Lorsque Mégane grandit, je pus constater qu’elle avait tous les traits de son père. Elle lui ressemblait énormément.
La nuit était déjà tombée sur Windenburg lorsque s’acheva cette belle journée d’anniversaire. - Il n’y a plus qu’à ranger, et enlever les décos, maintenant...
- Du coup, j’ai pris ma décision. Il est hors de question que je revoie ce type. - Tu as l’air bien décidé en effet.
- Qui est-il pour moi ? Personne. - Il faut dire qu’il n’a rien fait pour toi dans ta vie. - Exactement ! Alors de quel droit il vient m’ennuyer chez moi ? - J’ai entendu ma mère en parler avec mon père. Apparemment, ce n’était pas un garçon recommandable pour les filles.
- Oui, je sais. Mon père m’en a parlé. - J’espère juste que tu n’as pas récupéré ses gênes.
- Non mais qu’est-ce que tu racontes ? J’ai la tête d’un type qui cherche des filles, à droite et à gauche, peut-être ? - Non. Excuse-moi. Je n’aurais jamais dû dire ça...
- En plus, tu n’as même pas de petite amie... - Non... - Tu n’as jamais été amoureux, Léandre ? - Je n’ai pas besoin d’être amoureux.
- Tu es marrant ! Ça ne se commande pas, ça ! - Peut-être mais il y a des choses plus importantes. On est pas bien, là, tous les deux ? - Oh si ! On est même très bien ! - Alors tu vois, c’est ça le plus important. Je n’ai envie de rien d’autre.
Maewenn avait dû se lever. Son père l’avait appelée pour lui demander de ne pas trop tarder à rentrer. - C’est dommage. On était si bien. Je serais bien restée encore un peu avec toi. - Moi aussi.
Quand ses sentiments pour Maewenn avaient-ils évolué ? Je ne sais pas mais, à cet instant précis, Léandre s’approcha pour l’embrasser, puis se ravisa aussitôt. - Maewenn, je...
- Tu allais m’embrasser... - Oui...
- Je n’aurais pas dû... - J’en avais très envie aussi... Je t’aime, Léandre - Moi aussi je t’aime. Mais on n’a pas le droit. Je l’ai promis à Yann.
- Mon frère n’a rien à voir avec nous... - C’est mon meilleur ami. Nous nous sommes promis de ne jamais draguer la sœur de l’autre. Jamais. Je ne peux pas le trahir, Maewenn... - Tu ne reviendras pas sur ta décision alors ?
- Je ne peux pas... - Je t’aime depuis que je suis enfant, Léandre ! Au revoir.
Je revins du travail peu de temps après. - Léandre, ça va ? - Pas trop, non.
- Maewenn a dit qu’elle m’aimait. Et je lui ai dit que je l’aimais. - Et ce n’est pas une bonne chose ?
- Non. Parce que j’ai fait la promesse à Yann de ne jamais tenter quoique ce soit avec sa sœur. - Ah... - Je suis coincé Maman. Je ne sais pas comment faire. - Pourquoi n’en parlerais-tu pas tout simplement à Yann ?
- Il va m’en vouloir, c’est sûr. Je vais y réfléchir. - Je sais que ce n’est pas le jour mon chéri, mais j’ai quelque chose à te dire. - Encore des mauvaises nouvelles ? - Jonathan Moreau est mort.
- Ah bon... Comment l’as-tu su ? - Il avait laissé mon nom, comme personne à prévenir, en cas d’urgence. - Tu sais, je n’arrive même pas à être triste. - Cela se comprend très bien. Tu ne le connaissais pas après tout.
- Non, et puis ça va peut-être te paraître égoïste, mais je suis davantage préoccupé par cette histoire avec Maewenn. - Je ne te considère pas comme un égoïste.
- Mettons que j’aille parler à Yann ? - Oui ? - Si je lui dis que j’aime sa sœur mais qu’il me dit quand même de ne pas la fréquenter... - Est-ce que tu es sûr de l’aimer ? Que ce n’est pas un béguin passager ?
30
- Maman, je suis sûr de l’aimer, je l’aime comme un fou. Tu m’as déjà vu avec une autre fille ? - Non, c’est vrai. - C’est parce que j’aime Maewenn, de toutes mes forces. Si je n’étais pas si jeune, je l’épouserais. - Alors, il faut que tu en parles avec Yann.
- Je vais essayer mais je t’avoue que j’ai un peu peur du résultat. - Qui ne tente rien n’a rien, comme on dit. Et Yann est ton meilleur ami.
Léandre était ensuite parti se réfugier à l’étage, pour jouer de la guitare. Il se débrouillait de mieux en mieux, et sa musique laissait transparaître toutes ses émotions. C’était magique.
Morgane, elle, était un vrai petit singe. Elle passait tout son temps sur l’échelle horizontale, à se pendre et à se suspendre.
Une semaine après le décès de Jonathan, Léandre émit le désir d’aller voir sa tombe. Je le conduisis au cimetière familial. - Voilà. Il est là. - Comment se fait-il qu’il soit dans notre cimetière ?
- C’est moi qui aie récupéré son urne, et l’ai déposée ici. Je voulais que tu puisses venir le voir quand tu le voulais, le cas échéant. Que tu n’aies pas à regretter de ne pouvoir le faire. - Je te remercie.
- Comme tu as pu le voir, il n’est pas avec les tombes de la famille, et pas non plus avec les urnes de nos amis. - Oui. C’est très bien comme ça. Il n’était ni l’un ni l’autre de toute façon. - Maman, c’est très bien ce que tu as fait, d’emmener cette urne ici. Grâce à toi, je me rends vraiment compte que cet homme n’a jamais rien représenté pour moi. Maintenant, j’en suis certain.
- Je suis heureuse que tu t’en sois rendu compte par toi-même. - Je vais pouvoir passer à autre chose. C’est bizarre mais c’est comme si je me sentais mieux, comme si on m’avait enlevé un poids. J’ai l’impression de me sentir plus fort.
Quelques jours plus tard, Yann vint à la maison. Cela faisait plus de deux semaines qu’on ne les avait pas vus, Maewenn et lui, depuis le jour où Léandre avait failli embrasser Maewenn. Je ne savais même pas si mon fils avait fini par parler à son meilleur ami, mais je supposais fortement que non. Je décidai donc d’entrouvrir la fenêtre du salon afin de ne rien perdre de leur conversation... - Léandre, il faut que je te parle. - Oui, je m’en doute.
- Maewenn t’a dit que j’avais failli l’embrasser, c’est ça ? - Non, elle ne me l’a pas dit, mais si tu as juste failli, c’est que tu ne l’as pas fait.
- En effet. - Maewenn n’est pas bien. C’est pour cela que je suis venu te voir. - Qu’est-ce qu’elle a ? - Elle est triste. Elle pleure, elle ne mange presque rien.
- Et elle reste tout le temps enfermée dans sa chambre. Elle ne veut plus sortir. - Et tes parents, ils en disent quoi ? - Ils n’en savent rien. Ils voient bien qu’elle est toujours dans sa chambre, mais c’est une ado, ça n’inquiète personne. Mais ils ne sont pas là quand elle jette sa nourriture, ou qu’elle passe sa journée au fond de son lit. - Mais toi, tu l’as vue ?
- Je l’ai vue. Mais surtout, je ressens toute sa peine. Je sais qu’elle est très mal. As-tu déjà entendu parler de cette connexion psychique qui existe entre les jumeaux ? - Oui, j’ai vu une émission sur le sujet sur Culture Monde.
- C’est ce qu’il se passe en ce moment. Je ressens tout ce qu’elle ressent. C’est pour ça que je t’affirme qu’elle est au plus mal. - C’est de ma faute. C’est parce que je lui ai dit qu’il ne se passerait jamais rien entre nous, c’est ça ?
- Non, c’est de ma faute. Lorsqu’elle est revenue de chez toi ce jour-là, elle était en larmes. Alors, j’ai voulu savoir ce qui se passait, comment la consoler... - Et ? - Elle m’a tout raconté. Elle m’a dit que tu lui avais parlé de notre promesse. Je te remercie vraiment. - Une promesse est une promesse. Surtout entre nous.
- Mais tu m’as prouvé là que notre amitié était une belle amitié. Bref, quand Maewenn m’a dit ça, j’étais fou. Je lui ai dit que tu avais eu raison, et que ce n’était même pas la peine d’essayer quoi que ce soit avec toi, qu’il y avait plein d’autres garçons au lycée, et que je ne voulais pas qu’elle touche à mon meilleur ami. - Non...
- Si. J’ai été très méchant, même. Mais je n’avais pas mesuré à quel point elle pouvait t’aimer... Elle est désespérée, je le sens... - Essaye de rattraper le coup. On ne peut pas la laisser comme ça. - Léandre, est-ce que tu aimes vraiment ma sœur ? - Bien sûr ! Je l’aime comme un fou. Je ne pense qu’à elle. Et ce que tu m’as dit me rend malade.
- Dans ce cas, je te libère de ta promesse. Va la voir. Je suis certain que tu es le seul remède à son mal. - Merci. - Mais attention, si tu fais du mal à ma sœur, nous ne serons plus meilleurs amis ! - Yann... - Nous serons des ennemis jurés, pour la vie ! Et en plus tu le regretteras amèrement. - Yann !
- Voilà, je voulais juste que tu entendes ça. Je suis son frère, je me dois de la protéger. Maintenant, on n’en parle plus.
- Mais enfin, Yann ! Est-ce que tu crois vraiment que j’irais faire du mal à Maewenn ? On se connait depuis que nous sommes bambins... Et si on allait la voir, maintenant ? Assez bavassé. - Tu ne peux pas. Ni aujourd’hui, ni demain. Papa est à la maison. Viens plutôt après-demain.
Le surlendemain...
- Qu’est-ce que tu as ? Tu en fais une tête... - Je ne fais aucune tête. Je réfléchissais, c’est tout. - Tu réfléchissais à l’amour ?
- Eh oui ! J’ai entendu ta conversation avec Maman, hier. - Tu es une petite maline, toi ! - Depuis quand est-ce qu’on écoute aux portes ? - Je n’ai pas écouté aux portes. J’ai entendu par hasard. C’est Maewenn, ton amoureuse ?
- Oui. Je l’aime beaucoup. - Moi aussi. Elle est très gentille. Et il faut que j’aille la voir d’ailleurs. - Tu me fais un câlin avant ?
- Mais oui ! J’ai toujours des câlins pour toi. - Tu sais, je suis super contente que tu sois amoureux avec Maewenn ! - Merci, ma puce ! Je vais le lui dire, je pense que ça lui fera plaisir.
- Salut mon pote ! - Maewenn ? Comment elle va ? - Pas mieux. Je n’ai pas pu lui parler depuis qu’on s’est vus chez toi.
- Mais comment ça se fait ? Tu devais te charger de lui remonter le moral. - Je sais mais je n’ai pas pu. - Mes parents étaient toujours dans le coin, et quand je vais dans sa chambre, elle refuse de me voir, et de me parler. - Ok.
- Donc, elle est toujours aussi mal qu’avant... - Va la voir, s’il te plait. Sa chambre, c’est la première porte à gauche. Et pas de bêtises, hein ? - Non mais tu plaisantes, là !
Maewenn était endormie ou plutôt, elle avait les yeux fermés. - Va-t-en, Yann ! Je t’ai dit que je ne voulais pas te voir. - Maewenn, c’est moi, c’est Léandre...
- Arrête d’être triste s’il te plait.
- Léandre ? C’est vraiment toi ?
- Oui, c’est moi. Je suis là. - Tu es venu pour me voir ?
- Je ne veux plus te voir triste, plus jamais. - Je n’en reviens pas...
- Tu es là... - Ma Maewenn, comme je t’aime. Je ne te quitterai plus, je te le promets.
Maewenn s’était ressaisie. - Mais Yann ? Que va-t-il dire ?
- C’est Yann qui m’a fait venir. Il s’inquiétait beaucoup pour toi. Tellement qu’il m’a libéré de ma promesse. - C’est vrai ? On va pouvoir s’aimer librement sans qu’il ne dise rien ?
- S’aimer sans se cacher, oui. Librement et sans qu’il ne dise rien, j’ai un doute. Tu connais ton frère, il va veiller au grain.
- Mouais, tu n’as pas tort. Mais bon, c’est déjà mieux que rien.
Léandre embrassa Maewenn. - Je t’aime.
A force de dire que j’allais transformer la piste de danse en chambre, je finis par le faire. J’avais fait murer l’espace et installer une porte.
De l’autre côté se trouvait notre nouvelle chambre avec de nouveaux meubles. Nous serions au rez-de-chaussée et gagnerions ainsi en intimité.
La chambre des enfants était devenue celle de Morgane et avait été repeinte en rose.
Et notre chambre était devenue celle de Léandre.
Après la guitare, notre fils s’était mis à la chanson. Il voulait pouvoir chanter, et jouer de la guitare, en même temps.
Sa première fan était, comme à chaque fois, Morgane.
J’étais heureuse de voir que nos enfants s’entendaient toujours à merveille, malgré le temps qui passe, et surtout, j’étais soulagée de voir notre fils retrouver le sourire. Ses amours, avec Maewenn, avaient l’air de lui réussir, et de l’inspirer. Son répertoire de chansons d’amour, chantées de sa voix grave et profonde, amenait de la douceur dans notre foyer.
Ce jour-là, au restaurant, j’eus la visite d’Aldéric et Angela. Ils souhaitaient s’octroyer un peu de bon temps, sans enfants, et avaient choisi de le passer dans mon restaurant.
J’eus aussi la visite d’Inès. Elle me présenta son mari, Patrick Amiotte, et leur fils Emile. - C’est donc vous, l’amour mystérieux d’Inès, celui pour qui elle a abandonné le Pub O ’Poivre, et tous ses habitués, il y a tant d’années ? - Eh oui ! Je plaide coupable !
Alors que j’étais ravie de discuter avec mes clients et mes amis, Léandre passait l’après-midi avec Maewenn, comme à son habitude, ces derniers temps. - C’est vraiment un très bel endroit. Je n’étais jamais venue par ici. - Maewenn, je tiens énormément à toi, tu le sais.
- Oui, je le sais. - Peux-tu me donner ta main s’il te plait.
- Je veux te prouver que je t’aimerai toujours. Alors, je te donne cette bague. - Léandre... Je ne sais pas quoi dire.
- Un jour j’aimerais t’épouser, lorsque nous serons adultes. Si tu acceptes cette bague, je saurai que tu es d’accord.
- Alors, tu acceptes ? - Oui, j’accepte. Je veux qu’on reste ensemble, tout le temps.
- Tiens, cette rose est pour toi. - Et ben dis donc, je suis gâtée aujourd’hui !
- Parce que tu le mérites. Parce que je t’aime. - Elle sent trop bon.
- Je suis heureux qu’elle te plaise. - Je vais la mettre dans ma chambre. Elle ne sera que pour moi.
Un matin, nous reçûmes un appel de la femme d’Éric Roussel, l’employé que j’avais nommé gérant de la boulangerie de Papa et Maman. Il venait de décéder, et il nous fallait absolument nous trouver un autre mode de fonctionnement.
Christian m’avait accompagnée. Nous devions recevoir une nouvelle employée appelée Charlotte Fontaine.
La jeune fille était enthousiaste souriante et très motivée. Elle nous plaisait beaucoup, à Christian et à moi. Nous décidâmes donc, de l’embaucher.
- Très bien. Vous nous avez convaincus. Bienvenue à la Boulangerie Jules, Charlotte.
Nous la présentâmes à Becca Clarke et Elodie Vatore, nos employées, qui étaient arrivées pour s’occuper de la mise en place du magasin. Toutes les deux étaient aussi enthousiastes que nous, et accueillirent la nouvelle, à bras ouverts.
Nous leur parlâmes également de la nouvelle organisation du magasin. Becca se porta volontaire pour la gérance de la boulangerie, tandis qu’Elodie n’était pas du tout intéressée, ce qui nous facilita la tâche. Becca repartit donc continuer son travail, consciencieusement, comme à son habitude.
J’avais pleinement confiance en elle. Je connaissais sa façon de travailler et elle était très méticuleuse. Elodie nous fit part de son enthousiasme.
Chaque fois que je regardais Elodie, elle me rappelait quelqu’un. Mais je n’arrivais pas à déterminer de qui il s’agissait. Christian, lui, n’avait pas du tout la même impression que moi, mais nous étions d’accord sur une chose, cette fille était courageuse et travailleuse.
- Eh bien voilà ! Nous avons notre nouvelle organisation, constata Christian, avec soulagement. Et j’ai l’impression qu’elle se présente plutôt bien.
- Oui, mais honnêtement, je me demande si je ne vais pas finir par vendre la boulangerie...
C’était, en effet, une idée qui me trottait dans la tête depuis quelques temps.
- L’affaire de tes parents ? Tu es sûre ?
- Oui.
- Comment voudrais-tu que l’on fasse ? lui dis-je. Nous avons nos emplois, et aussi le restaurant. Avec la boulangerie, ça fait beaucoup de choses ! Je ne sais plus comment faire ! Je me sens débordée !
- Je suis d’accord.
J’étais surprise. Je m’étais attendue à ce que Christian résiste un peu plus. Il adorait Maman.
- Tu as dit que tu étais d’accord ?
- Bien sûr.
- Et moi qui croyais que tu allais me faire un long discours pour ne pas que je vende !
- J’ai toujours été de ton côté, mon amour, toujours. Il est évident que nous ne pouvons pas tout mener, de front. En plus, ta mère a été claire : tu devais réaliser ton rêve, et faire du restaurant, ta priorité.
- Tu crois qu’il faut vendre, alors ?
- Je crois qu’il nous faut attendre un peu, afin de voir comment ça va se passer avec la nouvelle équipe, et après, oui, nous pourrons vendre.
Christian avait raison. Il fallait attendre de voir comment tournait la boulangerie, afin de la vendre à un prix raisonnable. Je passais donc mes journées entre la boulangerie, le restaurant et mon travail.
Les journées étaient bien remplies. Heureusement que mon mari était là pour m’aider.
Mais nous ne pourrions pas éternellement tenir ce rythme-là.
Ce soir-là, je m’étais installée devant la cheminée pour me replonger dans les biographies familiales. J’avais besoin de me rafraîchir la mémoire sur certains détails qui n’étaient plus très clairs, dans mon esprit.
Les enfants faisaient tranquillement leurs devoirs dans la salle à manger.
Depuis la visite de Jonathan, je trouvais Léandre, l’air perpétuellement triste et soucieux.
Christian et moi nous faisions du souci pour lui. Il ne nous parlait presque plus.
- Léandre, viens me retrouver là-haut quand tu auras fini tes devoirs, lui dit un jour, son père. Il faut qu’on discute.
- Si tu veux.
Le ton de notre fils était perpétuellement atone, lorsqu’il n’était pas sur la défensive. Et je savais que Christian souffrait énormément de cette situation.
Il vint à ma rencontre, alors que j’étais encore au salon :
- Bonsoir chérie !
- Bonsoir mon amour.
- Tu sais que je t’aime, toi ! me dit-il en m’embrassant tendrement.
Je me mis à chuchoter :
- J’ai entendu que tu voulais parler avec Léandre.
Christian était tendu :
- Oui, la situation ne peut plus durer. Il faut bien crever l’abcès, non ?
Je l’encourageai, alors, de mon plus beau sourire.
- Tu as raison. Notre fils ne va pas bien, et je pense que tu es le seul à pouvoir le rassurer.
- Je vais m’y employer.
- Moi, je vais aller travailler sur ma biographie.
- Et on n’écoute pas aux portes, hein ? me rappela mon mari.
- Tu voulais me parler ?
- Oui. Assieds-toi.
Léandre avait adopté un ton insolent :
- Voilà, je suis assis. Je t’écoute.
- Je sais que tu ne vas pas bien depuis que Jonathan est venu. On ne t’a jamais caché que tu as été adopté. Alors, j’aimerais savoir ce qui t’a autant bouleversé ?
Christian fut agréablement surpris de constater que le ton de Léandre s’était adouci. Il s’exprimait d’une voix plus calme.
- Je crois que c’est de l’avoir vu. J’aurais préféré qu’il ne vienne jamais.
- Et tu ne penses pas qu’un jour, tu aurais voulu savoir qui il était ?
- Je savais qu’il avait abandonné Maman lorsqu’elle était enceinte, et que c’était son amoureux au premier semestre d’université. Ça me suffisait.
- D’accord. Alors, pourquoi sembles-tu toujours si triste ?
- Tu veux vraiment le savoir ?
- Evidemment, sinon je ne te poserais pas la question !
Et je savais que Christian était prêt à tout entendre pour retrouver son fils.
- Je me demande pourquoi je suis si nul, au point qu’il n’a jamais voulu de moi.
- Mais enfin, tu n’es pas nul ! Pourquoi dis-tu une chose pareille ?
- Il m’a abandonné une fois lorsque j’étais dans le ventre de Maman, et une deuxième fois en renonçant à ses droits parentaux. Il n’a même jamais voulu me connaître. Sauf maintenant.
- Tu vois, tu viens de répondre toi-même. Comment aurait-il pu savoir si tu étais nul, ou pas, puisqu’il ne te connaissait pas. Il ne t’a pas abandonné pour ça. Tu n’y es pour rien.
- Mais pourquoi alors ? Pourquoi n’a-t-il pas voulu de moi ?
- Jonathan était un coureur de jupons de la pire espèce. Il séduisait les filles en leur faisant croire qu’il les aimait, mais il ne voulait que s’amuser. Il avait parfois plusieurs copines, en même temps, et chacune ignorait l’existence des autres. Ta mère était jeune. Elle s’est laissé avoir. Et toi, tu étais un obstacle à l’amusement de cet homme. Je ne te dis pas cela pour influencer ton amour envers moi, mais parce que Jonathan Moreau était ainsi connu sur le campus. Ce que je te dis est la vérité, Léandre.
- Alors, c’est pour ça... Ce n’est pas parce qu’il ne m’aimait pas ?
- Bien sûr que non. Comment aurait-il pu savoir à quel point tu étais génial, puisqu’il n’a même pas pris la peine de te rencontrer ?
- C’est vrai. Tu as raison. C’est pour ça que tu m’as adopté ? Parce que tu me trouvais génial, ou parce que tu aimais Maman ?
- Parce que j’ai fondu lorsque tu m’as fait ce joli petit sourire à la maternité, parce que mon cœur a failli exploser, le jour où tu m’as fait ton premier câlin, ou encore ce jour où tu m’as appelé Papa pour la toute première fois. C’est toi qui m’as choisi, mais si je t’ai adopté, c’est parce que je t’aime, toi.
- Alors ce n’était pas pour faire plaisir à Maman ?
- Bien sûr que non. J’aime Maman, évidemment mais si je n’avais aimé qu’elle, je me serais contenté de l’épouser sans pour autant t’adopter. Voilà tout.
- D’accord. Désolé si je t’ennuie avec mes questions, mais tu n’as pas été adopté, toi, tu ne peux pas comprendre.
- Alors... D’une, tu ne m’ennuies pas. Et de deux, justement, je n’ai jamais été adopté. Pourtant j’aurais bien voulu. Je pense que je vais te raconter mon histoire...
- Je ne comprends plus rien... Tu aurais voulu être adopté ?
- Oui. Mes parents sont morts dans un accident alors que j’étais bambin. Ensuite, j’ai connu la joie des familles d’accueil, une dizaine au total. Personne n’a jamais voulu m’adopter. Je suis resté sans famille jusqu’à ce j’épouse Maman et que je t’adopte.
- Mais c’est horrible. Personne n’a jamais voulu de toi ? Tu ne t’es jamais senti nul ?
- Si. Pendant très longtemps. Et puis, j’ai compris que les personnes qui voulaient adopter préféraient juste les bébés, ou les bambins. Alors je me suis fait une raison. Mais je savais que ce n’était pas de ma faute.
- C’est dingue ! En fait, ta vie a été pire que la mienne.
- Je ne trouve pas que ta vie soit horrible. Tu as une famille. Un père, une mère et une sœur. C’est plutôt une belle histoire, non ?
- Pardon, Papa. Des fois, je suis vraiment égoïste.
- Bien. A partir de maintenant, je veux que tu prennes conscience que je suis ton père. Pas ton père adoptif. Juste ton père. C’est compris ?
- Oui Papa, d’accord, tout ce que tu veux !
- Je t’aime fiston.
- Moi aussi, Papa, moi aussi, je t’aime !
- Mais on va peut-être se lâcher, hein ?
- Oui, tu as raison, fiston. Ça commence à devenir gênant.
- Et si tu me jouais un peu de guitare ? Ça fait longtemps que je ne t’ai pas entendu jouer.
- D’accord, Papa ! Mais sois indulgent.
J’étais concentrée sur ma biographie, lorsque j’entendis les premières notes.
La conversation avait dû bien se passer puisque Léandre s’était remis à jouer.
Et je les vis. Ils se souriaient.
J’allai doucement les rejoindre, le cœur rempli de joie.
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